Yves Métayer a pris ses fonctions le 1er août à la suite de Thierry Laval. Élève de l’école des officiers de l’Armée de Terre à Saint-Cyr, il a ensuite été affecté en unité opérationnelle à Canjuers mais aussi en Bretagne, en Nouvelle-Calédonie, à la Réunion où il a été commandant des forces armées de la zone sud de l’océan indien. Il a aussi été affecté à l’état-major des Armées durant huit ans au total. Il est marié et père de cinq enfants.
La Marseillaise : Comment envisagez-vous votre rôle de gouverneur militaire ? Quelle place entendez-vous donner au lien armée-nation ?
Yves Métayer : La colonne vertébrale du rôle et des missions d’un officier général de zone de défense, ce sont les opérations d’aujourd’hui mais aussi la préparation et l’anticipation de scenarii plus complexes. On a, par ailleurs, des interfaces notamment avec la jeunesse et le monde de l’éducation, plus récemment avec le monde économique également. Les Armées expliquent dans leur quotidien le sens de leur engagement et facilitent ainsi la diffusion de l’esprit de défense.
Un climat d’inquiétude se développe dans la population qui constate des interventions hors du droit international, des guerres… Notre pays est-il en sécurité ?
Y.M. : Oui notre pays est en sécurité parce qu’il dispose d’un outil de défense très large qui repose principalement sur la dissuasion nucléaire qui offre une capacité de défense face aux menaces du haut du spectre en toute souveraineté. Notre pays n’est pas seul, il est partie prenante d’alliances, si on devait faire face à des menaces critiques ne serions pas isolés. Il ne faut pas que le regard lucide que l’on pose sur le climat stratégique du moment soit anxiogène. Il faut que cela nous amène à être déterminés et à agir mais surtout pas à avoir peur. Nous avons la chance de vivre en France et en Europe, nous avons des leviers colossaux pour éviter que des cataclysmes n’arrivent.
Emmanuel Macron vient ce jeudi présenter ses vœux aux Armées à Istres. Pouvez-vous nous éclairer sur ce choix ? En quoi la base d’Istres est-elle stratégique ?
Y.M. : Le président de la République choisi chaque année un site emblématique de l’armée de Terre, puis de la Marine, puis de l’armée de l’Air. Istres, c’est un site stratégique, c’est un « Roissy militaire », c’est-à-dire que toutes nos capacités de transit-projection sont là avec les MRTT, ces appareils à la fois capables de faire du transports de fret, de passagers et de ravitaillement en vol. C’est un base qui a des fonctions, bien au-delà de la défense aérienne, c’est un hub logistique stratégique absolument fondamental pour les Armées. C’est certainement une des raisons du choix de ce lieu pour les vœux.
Le chef de l’État a annoncé un nouveau porte-avions. Quelles conséquences pour notre région ?
Y.M. : Cela a un impact majeur. J’en discute régulièrement avec l’Amiral Christophe Lucas qui est le commandant de la zone maritime Méditerranée et qui témoigne de l’ampleur des adaptations et des projets sur la base navale de Toulon autour des quais et des installations techniques nécessaires à l’accueil de ce porte-avions. Il y a un chantier industriel colossal qui est lancé à Toulon et qui a été très largement anticipé. Il y a une vraie dynamique économique tirée par ce projet.
Comment participez-vous à la transmission du devoir de mémoire auprès des jeunes générations ?
Y.M. : Cela fait partie de nos missions. Regarder ce qui s’est passé avant nous, c’est prendre en compte ce que nous ont légué nos anciens, Bien sûr que l’on peut être critique sur notre société mais nous sommes dans un pays où on vit librement, où on dispose de leviers pour s’épanouir. Il faut absolument le préserver. C’est un trésor qui a été attaqué par le passé et défendu également. C’est la fameuse phrase de Churchill, les peuples qui tournent le dos à leur passé sont condamnés à revivre les drames. Quand on pense aux événements fondateurs de La Marseillaise, on se rappelle que notre pays n’a pas toujours été en paix et quand des idéologies totalitaires sont venues prendre le contrôle de la population, heureusement des gens se sont levés, ont résisté. Avec l’aide de pays alliés, on a pu vivre la Libération et revenir aux fondamentaux de notre pays. À la fin des années 80, il y a eu une forme de mirage collectif à penser que c’était la fin de l’histoire. On a été rattrapé par l’état du monde qui est loin d’être apaisé.
Il y a pourtant une aspiration forte à la paix.
Y.M. : Le meilleur moyen de protéger ce que nous sommes et d’essayer d’étendre ce projet de paix au-delà de notre sphère, c’est de se donner les moyens d’entraver les démarches totalitaires qui s’affranchissent du droit, de la dignité humaine et cherchent à tout écraser sur leur passage. Les Armées sont en train de pivoter pour se préparer à affronter ces nouvelles menaces, elle ne peuvent pas le faire seules. Ça ne veut pas dire qu’on embarque le pays dans une démarche belliqueuse, guerrière, mais que l’on se donne les moyens de faire face. Nous les militaires qui avons eu l’occasion d’arpenter des terrains d’opération dans le monde avec des sociétés effondrées, des populations en souffrance, on sait que l’unité de la population est un bien majeur. On a la chance de vivre dans un pays libre, on a les moyens du débat démocratique, tous les gens qui sont tentés de fracturer au point d’opposer de façon violente les différentes composantes de la société, ont une responsabilité très grave.