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  • [Entretien] Amine Kessaci : « Les jeunes ont aussi besoin de vivre et de respirer »

    [Entretien] Amine Kessaci : « Les jeunes ont aussi besoin de vivre et de respirer »

    Figure de la lutte contre le narcotrafic, le jeune élu écologiste a commencé à mettre en pratique un projet pour la jeunesse dont il martèle que la Ville a fait une priorité.

    La Marseillaise : Quand les éducateurs vous transmettent leur rapport, que devient-il ?

    Amine Kessaci : Je le fais suivre à la fois au CLSPDR et au service prévention de la délinquance, qui ont les associations qu’on a déjà mandatées et avec qui on a démarché pour accompagner des jeunes, trouver des solutions emploi, etc. Et justement, ce que je suis en train de créer depuis mon arrivée, c’est une coordination entre les services, pour que, dès qu’on a des remontées comme celle-ci, on ait quelqu’un qui puisse justement faire le suivi, relancer, proposer des entretiens, des rendez-vous. Car j’ai constaté à mon arrivée, qu’il n’y avait pas de coordination entre les remontées terrain et le suivi de ces demandes. Jeunesse, prévention de la délinquance et CLSPDR, les trois services qui sont sous ma délégation travailleront ensemble.

    De quels moyens et budget disposez-vous pour ce faire ?

    A.K. : En tant que président du CLSPDR, le procureur de la République est le premier vice-président et peut nous donner les moyens niveau justice. On a la préfète de police qui est également vice-présidente et les structures sociales qui font les accompagnements. La Mission locale peut prendre le relais. Quand il s’agit de questions d’addictologie, on a des associations spécialisées. Marseille Habitat en tant que bailleur social peut aussi faire le lien, débloquer les situations. Ces dispositifs existaient déjà, je ne crée rien de nouveau, ce que j’apporte c’est la coordination. Niveau financier, nous sommes sous le coup des restrictions, la situation de la métropole nous met dans une situation inconfortable mais le maire l’a assuré, la jeunesse reste une priorité.

    Avez-vous des objectifs précis ?

    A.K. : Avec le maire, on s’est fixé deux lignes sur les politiques jeunesse. Premièrement, protéger les jeunes Marseillais face à l’entrée dans les narcotrafics, au mal-logement, au manque d’information, de formation, d’emploi, de dispositifs d’insertion. Le deuxième objectif, c’est de faire rêver la jeunesse, de permettre aux jeunes Marseillaises et Marseillais de pouvoir faire la fête, s’amuser. On se rend compte, qu’on est juste sur de l’action sociale, d’urgence, ce qui est important et nécessaire, mais les jeunes ont aussi besoin de respirer, de vivre. C’est quelque chose qu’on a oublié, notamment depuis le Covid. C’est pour ça aussi qu’on a lancé le dispositif « Vacances pour tous » qu’on a piloté avec Farida Benaouda [DVG, conseillère municipale déléguée en charge des vacances pour tous et des cités éducatives, Ndlr.] et Hassan Guenfici [DVG, adjoint au maire, en charge des centres sociaux et de l’éducation populaire]. La semaine dernière je me suis rendu à La Paternelle (14e), pour un départ en car des familles. Ces dernières sont meurtries, même si elles n’ont peut-être pas perdu des proches dans leur chair, elles ont en tout cas vu la guerre de la drogue de très près en 2023. Aujourd’hui elles peuvent partir, profiter d’une journée à l’extérieur grâce au dispositif « s’évader », mené avec ma collègue Anne-Sophie Sidani [PS, conseillère municipale déléguée à la politique de la ville].

    Peut-on déjà tirer un premier bilan de votre action, cinq mois après avoir été élu ?

    A.D. : Nous sommes en train de mettre en place toutes ces actions de coordination et de lancer une nouvelle dynamique au sein du CLSPDR. Sur le décrochage scolaire par exemple, on attendait que le jeune ait plusieurs centaines d’heures de décrochage scolaire pour le convoquer et pour mettre en place des dispositifs. Maintenant on agit dès le départ. Dès qu’on voit qu’il y a des jeunes qui commencent à avoir beaucoup d’heures d’absence répétées sans justification, l’Éducation nationale et le procureur de la République nous saisissent pour justement éviter aux familles les placements, les actions judiciaires. Et on réunit ces jeunes avec leurs parents, les deux parents. On met en place aussi un accompagnement social. Avec des associations qu’on mandate, qu’on finance et à qui on demande de faire le suivi avec un bilan un mois après pour voir si le jeune est retourné à l’école.

    C’est un travail de dentelle ?

    A.K. : Oui et franchement c’est nécessaire. Les jeunes ont besoin aussi de voir un jeune comme eux en face. Piloter au niveau « macro », c’est très bien et cela fait partie évidemment de mon rôle, mais la proximité ça a toujours été ma marque et je compte bien continuer.

  • Les salariés de Fibre Excellence en colère après la liquidation de l’usine

    Les salariés de Fibre Excellence en colère après la liquidation de l’usine

    Après plusieurs mois de lutte, le couperet est tombé pour les salariés de Fibre Excellence à Tarascon. Le tribunal de commerce de Toulouse a acté, mercredi, la liquidation judiciaire du site, évoquant une « situation irrémédiablement compromise, sans perspectives de redressement », avec un « passif [ensemble des dettes et obligations financières d’une entreprise envers des tiers, Ndlr] de 105 millions d’euros ». Près de 270 emplois directs, ainsi qu’une centaine de postes d’intérimaires et de sous-traitants, sont concernés par cette décision. Depuis jeudi, le site de l’usine est occupé par plusieurs syndicalistes de la Filpac-CGT, déterminés à inscrire leur combat « dans la durée ».

    La décision, malgré la mobilisation des élus locaux, était attendue depuis lundi, date à laquelle le tribunal a rejeté l’offre de reprise portée par le banquier d’affaires Matthieu Pigasse avec un soutien des Régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur., les « conditions suspensives n’ayant pas été levées ». La proposition du financier était en effet subordonnée à plusieurs engagements de l’État. Parmi eux, un rachat à un tarif plus avantageux de l’électricité produite par les turbines et la réintégration du fabricant dans le système européen des quotas carbone.

    Des exigences auxquelles le gouvernement n’a pas donné suite, comme le laissaient entendre les déclarations de Roland Lescure, ministre de l’Économie, qui affirmait, le 21 juillet à l’Assemblée nationale, que « l’offre n’était pas au niveau ». De quoi mettre en colère la CGT qui, dès mardi, dénonçait dans un communiqué « une lourde responsabilité politique incontournable : celle d’un État qui refuse d’assumer son rôle de stratège industriel alors même qu’une solution de reprise existe ».

    Lundi, un industriel avait manifesté à la dernière minute son intérêt pour le site de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), où travaillent également 270 salariés. Le tribunal lui avait laissé jusqu’à mercredi pour effectuer un versement de deux millions d’euros, condition pour obtenir un nouveau délai afin de formuler une offre de reprise en bonne et due forme. Cette seconde décision n’a pas été rendue mercredi matin et pourrait l’être ce jeudi.

    « Ça recommence »

    À Tarascon, l’annonce a été accueillie avec colère et résignation. Mercredi matin, une cinquantaine de salariés se sont réunis devant les grilles de l’établissement avant la décision de « la dernière chance ».

    Sous une casquette bleue, Hubert Costa, 46 ans, employé du site depuis deux ans, verse des larmes : l’ouvrier vit son deuxième plan social en peu de temps après avoir dû quitter une autre usine à papier près d’Avignon : « Quand je suis arrivé ici, on nous annonçait des investissements, des projets. Je pensais retrouver une entreprise solide. Et là, ça recommence. » Père de trois enfants, il s’inquiète désormais de l’avenir. « Quand on n’a pas de diplôme, les usines sont parmi les seuls emplois qui permettent encore de vivre correctement. »

    Pour lui, la fermeture dépasse le sort des seuls salariés : « C’est quand même important la souveraineté industrielle. Pendant le Covid, pour tout ce qui était produit en France, t’étais un dieu. Aujourd’hui, quand on écoute les informations, on n’entend parler que de fermetures ».

    Même amertume chez Frédéric Sanchez, délégué syndical CFDT. « Bien sûr que c’est une trahison, lance-t-il. On va faire venir de la pâte du Brésil ou de Chine alors qu’on a les capacités pour la produire ici. Économiquement, c’est aberrant. » Il souligne aussi les difficultés de reclassement dans la région : « Pour retrouver de l’industrie lourde, il faut aller vers le bassin de Fos-sur-Mer. Ici, les entreprises du secteur recrutent peu ».

    Placée en redressement judiciaire fin avril, Fibre Excellence a déjà cessé toute activité sur ses deux sites de Tarascon et Saint-Gaudens. Son actionnaire indonésien, le milliardaire Jackson Wijaya, qui affirme avoir injecté près de 300 millions d’euros dans le groupe, avait décidé au printemps de ne pas poursuivre son soutien financier, invoquant l’absence de rentabilité.

    Amers, les salariés rappellent que la dépollution du site est estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros, beaucoup plus, selon eux, que le soutien nécessaire à la poursuite d’activité.

    RÉACTIONS

    Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie

    « Mes premières pensées vont aux salariés qui ont travaillé pendant des années sur ce site et qui vivent aujourd’hui un moment d’une grande incertitude, tout comme leurs familles. Notre priorité est désormais d’être aux côtés des salariés concernés et de les accompagner concrètement dans cette période difficile. Une prestation “grands licenciements” sera mise en place afin de proposer à chaque salarié un accompagnement renforcé et un suivi individualisé pour faciliter son retour à l’emploi et sa reconversion. L’état va aussi collaborer étroitement avec les élus locaux et les acteurs du territoire pour préparer l’avenir du site, engager sa reconversion et favoriser l’émergence de nouvelles activités industrielles. »

    Syndical CGT, national

    « La CGT soutiendra pleinement les mobilisations décidées par les salariés. Nous ne laisserons pas démanteler un outil industriel stratégique et fonctionnel construit par des générations de travailleurs pour qu’il finisse à la ferraille », a déclaré dès mardi la centrale syndicale.

    Conseil régional Paca

    « Au-delà des 270 emplois directement concernés, cette liquidation menace toute une filière économique (…). » Aussi, « la Région Sud demande la tenue en urgence d’une réunion avec l’ensemble des acteurs concernés pour mesurer l’impact de cette liquidation et examiner toutes les solutions susceptibles de préserver une activité industrielle à Tarascon et assurer la pérennité de la filière bois. »

    Stéphane Paglia, président de la CCI d’Arles

    « C’est un choc pour le pays d’Arles. Sincères pensées pour les 275 salariés et leurs familles mais aussi pour les nombreuses entreprises du territoire qui seront directement ou indirectement touchées. Cette décision aura des conséquences bien au-delà du seul site industriel. Elle affecte tout un écosystème économique et humain auquel beaucoup d’entre nous sommes attachés. »

    Jérémy Bacchi, sénateur (PCF) des Bouches-du-Rhône

    « L’état n’a pas pris ses responsabilités ! Son inaction condamne notre souveraineté industrielle. Soutien total aux salariés et à leurs familles. »

    La France Insoumise, Bouches-du-Rhône

    « C’est un scandale industriel et social. C’est un savoir-faire stratégique qui est sacrifié sur l’autel des logiques financières. (…) Nous exigeons le maintien de tous les emplois de Fibre Excellence. »

  • Fibre Excellence : l’usine de Tarascon liquidée

    Fibre Excellence : l’usine de Tarascon liquidée

    Le tribunal de commerce de Toulouse a rendu sa décision ce mercredi 29 juillet : le site de Tarascon de Fibre Excellence, dernière usine de pâte à papier française, est mis en liquidation judiciaire, sa “situation [étant] irrémédiablement compromise, sans perspective de redressement”, a justifié la juridiction en dépit de la mobilisation des syndicats, des Régions Occitanie et Sud Paca et d’une offre de reprise. Ce sont donc près de 270 salariés qui s’apprêtent à perdre leur emploi. Cette décision intervient deux jours après le rejet de l’offre de reprise de l’homme d’affaire Matthieu Pigasse, qui n’avait pas été retenue, les « conditions suspensives n’ayant pas été levées », avait précisé Christophe Clerc, avocat du Comité social et économique (CSE) de l’entreprise.

    Placée en redressement judiciaire le 27 avril dernier, la société dispose d’un autre site d’exploitation à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Son avenir n’est pas encore scellé, un nouvel industriel s’étant manifesté pour sa reprise récemment. Le tribunal de commerce doit rendre sa décision ce mercredi.

  • [Incendies] L’État au chevet de l’économie locale

    [Incendies] L’État au chevet de l’économie locale

    Une réunion exceptionnelle est prévue, ce jeudi, au ministère de l’Économie. Le gouvernement a affirmé son souhait d’apporter « des réponses plus précises » aux « préoccupations » des entreprises dont l’activité est affectée par les feux de forêts qui frappent la Gironde a indiqué ce mardi 28 juillet le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin.

    Près de 14 500 sociétés ont été mises à l’arrêt, dont 7 000 artisanales et 6 300 commerciales, essentiellement dans le secteur du tourisme, 40 000 emplois et 7% du PIB départemental pour 3,2 milliards d’euros de retombées directes. « Nous sommes face à une crise totalement inédite. Les salariés sont démunis, tout comme les chefs d’entreprise, dont certains ont perdu leur logement » a indiqué Cécile Despons, présidente de l’organisation patronale Les Entrepreneurs (ex-CPME) de Gironde. Pour elle, il s’agit d’éviter « la double peine ». « Nous attendons des décisions à la hauteur de la gravité de la situation », ajoute-t-elle.

    La CGT appelle à accompagner aussi les salariés

    De son côté, la CGT demande dans un communiqué à « dresser un état des lieux exhaustif des entreprises touchées, qu’elles soient en cessation totale ou partielle d’activité, avec la mise en place de cellules départementales de suivi associant les organisations syndicales ». Pour le syndicat, « une vigilance particulière doit être portée aux établissements industriels à risques, notamment les sites Seveso ». La CGT insiste sur la prise en compte et l’accompagnement des salariés qui seraient, selon la Chambre de commerce de Bordeaux, 100 000 à 150 000 affectés par le chômage partiel. Le syndicat estime indispensable de « prendre en charge à 100% le dispositif exceptionnel d’activité partielle, afin qu’aucun [d’entre eux] ne perde un euro, et à mettre en œuvre via les services de l’État une information claire sur leurs droits ». Dans la même optique, la CGT appelle à « convoquer les instances représentatives du personnel afin d’évaluer les besoins au plus près du terrain, adapter les conditions de travail et garantir [leur] protection, organiser la solidarité entre entreprises et entre territoires ».

  • Fibre Excellence : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse rejetée par le tribunal

    Fibre Excellence : l’offre de reprise de Matthieu Pigasse rejetée par le tribunal

    Le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté ce lundi matin l’offre de reprise des deux usine de pâte à papier Fibre Excellence portée par le financier Matthieu Pigasse, dont « les conditions suspensives ne sont pas levées » d’après une source syndicale. Une offre de reprise du site de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, a été déposée, tandis que le site de Tarascon et ses 270 emplois directs reste à ce stade menacé de liquidation judiciaire. Rassemblés devant la sous-préfecture d’Arles au même moment lundi matin, l’intersyndicale FO-CGT du site de Tarascon a renouvelé sa volonté de défendre les emplois et les outils industriels, notamment par l’occupation de l’usine depuis jeudi dernier.

  • [C’est l’été] Sophian, ancien salarié de Solvay, n’a pas fini la lutte

    [C’est l’été] Sophian, ancien salarié de Solvay, n’a pas fini la lutte

    Sophian est l’une des figures de la lutte des salariés de Solvay à Salindres. Ce délégué syndical CGT avait en effet été l’un des premiers à alerter dans l’entreprise sur la dangerosité du TFA, produit sur le site gardois, après avoir beaucoup échangé avec les associations écologistes. La Marseillaise lui avait ainsi déjà consacré un portrait en octobre 2024, quelques semaines après l’annonce de la direction de la fermeture de l’usine de production.

    Après le départ de l’entreprise, Sophian a traversé une période difficile. « Ça a laissé des traces, comme chez beaucoup d’autres salariés. J’ai pris 30 kilos que j’ai perdus depuis. J’ai arrêté de fumer en même temps, ça n’a pas dû aider. Et j’ai déclenché un psoriasis. Il y a eu trop de choses en même temps et ça a dû jouer sur ma petite tête », explique-t-il aujourd’hui.

    Si certains de ses collègues sont partis chez Orano, Sophian fait partie de ces salariés dégoûtés par l’aventure Solvay qui veulent désormais éviter tout emploi industriel. Au détour d’un forum, il a bien postulé chez Perrier mais n’a pas eu de retour. « Je pense que quand les responsables des ressources humaines tapent mon nom sur internet, ils voient que je suis à la CGT et que je me suis mobilisé chez Solvay, ils se tournent alors vers un autre profil », dit-il sans dépit. Après une période de congés de reclassement, Sophian est désormais au chômage depuis le mois de juin même s’il a effectué quelques extras dans le restaurant familial. Surtout, il aimerait maintenant se réorienter vers le social et changer complètement de branche. Ou trouver un poste pour continuer d’alerter sur la dangerosité des Pfas…

    « Les Pfas dans la tête »

    Car Sophian n’a pas abandonné son combat pour alerter la population, faire reconnaître les dangers encourut par les ouvriers en contact avec ces substances chimiques, et plus largement, lutter contre cette pollution : « J’avais une petite conscience qui m’a permis d’ouvrir les yeux sur ces substances chimiques mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Je pensais qu’on était dans un pays où on était un peu protégé. Après 13 ans passés à Solvay, je connais l’odeur du TFA. Beaucoup de salariés sont en colère car ils se sont rendu compte a posteriori qu’ils ont été surcontaminés ».

    Toutes les semaines, Sophian participe à une réunion avec des associations écologistes. « Il n’y a pas une journée sans que j’aie les Pfas dans la tête », reconnaît-il. Il continue aussi de répondre aux journalistes et il est même apparu dans un documentaire diffusé sur Arte : « J’essaie de défendre les ouvriers en général et les anciens salariés parce que sinon j’aurais tout abandonné ».

    Ce travail a payé puisqu’il a réussi, avec d’autres associations, à faire intégrer 25 anciens salariés de Solvay à l’étude Opal : « C’est une étude d’imprégnation sur les salariés », explique-t-il. « Il y a l’étude Perle sur les riverains à Lyon et Opal concernait jusqu’ici une centaine de salariés d’Arkema Daikin. Nous avons désormais 25 salariés de Salindres qui font des prises de sang ». Les premiers résultats devraient être rendus publics dans les prochains mois avant la restitution complète en 2027. En attendant, Sophian continuera de se mobiliser.

    Tristan Arnaud

  • Les salariés de Kalhyge poursuivent leur combat

    Les salariés de Kalhyge poursuivent leur combat

    Deux ans et une enquête de l’inspection du travail plus tard, l’accord de performance collective (APC) ne passe toujours pas auprès des salariés de Kalhyge. Ce type d’accord permet aux entreprises de modifier le contrat de travail des salariés afin de répondre aux nécessités nouvelles du fonctionnement de l’entreprise. En pratique pour la blanchisserie industrielle, cela se traduit par la modification des conditions de travail, la réduction de la durée du travail, ou du salaire. « Entre autres, on nous a supprimé la prime d’ancienneté et la rémunération de la pause méridienne », énumère Kamel Bouanani, délégué CGT Kalhyge Marseille, lors d’une conférence de presse ce jeudi. Et de compléter : « C’est le piège de l’accord : le refuser, c’est provoquer son propre licenciement ».

    L’enquête de l’inspection du travail a démontré que cet accord signé par Kalhyge constituait une infraction : le contournement d’un plan social. « Car le recours au plan social est obligatoire quand plus de dix salariés sont licenciés en moins de 30 jours. Ce qui était le cas de Kalhyge », explique Maître Léa Talrich, l’avocat des salariés. Cette infraction constatée, le parquet de Marseille a décidé qu’il n’était pas compétent, et a transféré l’affaire au parquet de Créteil et « son pôle dédié au droit du travail » en avril dernier. « Depuis, on est sans réponse », souffle l’avocate.

    Un va-et-vient judiciaire qui dure depuis le début de l’enquête de l’inspection du travail, en 2024. Mais les salariés de Kalhyge Marseille sont, eux, mobilisés depuis plus longtemps. Dès 2020, date de la signature de l’accord, ils se sont mis en grève pendant dix jours.

    Une quarantaine de postes supprimés

    Depuis ce transfert, les salariés n’ont plus accès à leur dossier : « On est contraints de demander une information judiciaire pour obtenir une place dans le dossier, et prouver l’infraction de Kalhyge auprès du juge d’instruction, avant un éventuel renvoi devant le tribunal correctionnel », pose l’avocate. Un nouveau champ de bataille pour les employés qui réclament le retour de leurs avantages. Mais il leur faudra prendre leur mal en patience, car la procédure risque de durer encore…

    Concrètement, ce sont près de 40 postes supprimés, non remplacés, sur 143 salariés basés à Marseille. Sans compter les licenciements de CDI, substitués par des CDD ou des contrats intérimaires. « Tout ça pour des conditions de travail d’un autre temps, et un salaire à peine plus haut que le SMIC », se désole maître Talrich. Une réelle « opération de réduction des effectifs intentionnelle de la part de l’entreprise », selon elle. La direction n’a pas répondu, pour l’heure, à nos sollicitations.

  • Les approches se diversifient dans la contestation de la Très haute tension

    Les approches se diversifient dans la contestation de la Très haute tension

    Sur la route d’Arles aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les champs bordent le bitume, parfois séparés de petits canaux iconiques de la Camargue. Mais passé le croisement de la D570 et de la route du Mas d’Agon, impossible de rater ce container rouge érigé sur une parcelle agricole, visible à plus d’un kilomètre.

    « Voici un cinquième de pylône THT » arbore en blanc le monolithe depuis vendredi dernier. Une allusion directe à la hauteur moyenne des 145 pylônes du projet de RTE de ligne à Très haute tension (THT) devant relier Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer, pour 2029. Ce projet est depuis le départ fortement contesté sur les territoires concernés. Surtout par les agriculteurs à l’instar de Carole Guintoli, propriétaire du terrain sur lequel se trouve le container. « J’ai pris mon pinceau et j’ai écrit, on s’imagine mieux l’impact sur la Camargue », retrace-t-elle au petit-déjeuner des opposants mardi matin.

    Un acte militant, pour cette ancienne élue avec le maire d’Arles Patrick de Carolis (Hor), présent. « La Camargue est belle car justement il n’y a rien. Avant de mettre la THT, mettez l’eau au robinet partout ! » lance-t-elle. « Comment on va travailler avec des pylônes au milieu des rizières ? On a des solutions alternatives. C’est comme si je prenais mon âne pour livrer mon riz au supermarché, qu’on ne dise pas qu’on n’est pas capable de faire autrement avec les ingénieurs qu’on a quand de mon côté je sème mon riz par drone. »

    « On se bat pour notre environnement »

    Dans cette mobilisation « ce n’est pas une question de bord politique » assure Julien Besançon, 1er adjoint de Saint-Martin-de-Crau et secrétaire national des Centristes. « L’État avance sans les élus du territoire qui eux se battront jusqu’au bout par tous les moyens pour une autre solution » que la ligne aérienne, selon l’élu. Le coût et le délai sont inaudibles. « Le coût est déjà plus élevé qu’à la base et les délais s’entendent s’il n’y a aucun recours ou action en justice. Sauf qu’il y en aura ! » promet-il.

    En filigrane, l’articulation de l’environnemental et du social. « On nous dépeint comme des grands empêcheurs, mais ce n’est que pour faire peur aux travailleurs pour leurs emplois et aux petits patrons s’imaginant qu’une partie des 20 milliards d’investissement est pour eux. Pour mieux les monter contre les opposants » analyse Jean-Laurent Lucchesi du collectif THT13/30, ornithologue et ancien directeur des Marais du Vigueirat. Car outre la protection des oiseaux et du vivant, le militant rappelle que « décarboner n’est pas dépolluer » et estime que les promesses de 60 000 emplois sont « des mirages », alors que le projet Carbon, 3 000 emplois et le plus dépendant de l’apport électrique, est abandonné.

    La rencontre des intérêts progressistes, environnementaux voire de classe se trouve peut-être dans cette approche, au-delà des discours sectorisés ou identitaires.

  • Jean-Pierre Farandou : « Déployer le modèle de la feuille de route de l’industrie de Défense dans tous les secteurs où c’est nécessaire »

    Jean-Pierre Farandou : « Déployer le modèle de la feuille de route de l’industrie de Défense dans tous les secteurs où c’est nécessaire »

    La Marseillaise : Vous venez de signer une feuille de route visant à accompagner le développement industriel de la filière défense dans le Var. Ce modèle est voué à être répliqué ailleurs et dans d’autres domaines ?

    Jean-Pierre Farandou : Oui, l’objectif est de vérifier que les grands secteurs industriels souverains de notre pays disposent des salariés et des compétences nécessaires. On sait, par exemple, que dans la défense, il y aura énormément de commandes qui vont arriver. C’est 10 000 emplois à créer d’ici 2030. Et ce modèle-là, je m’apprête à le déployer partout en France où ce sera nécessaire. Ce sera la même chose dans le nucléaire, autour de l’énergie. Donc il faut s’organiser. Bien sûr, il y a déjà des filières qui existent, des formations. On voit bien qu’on a un saut quantitatif à faire. Et donc, j’ai voulu m’assurer que les industriels auraient bien les salariés nécessaires à cela. Et ensuite, on vérifiera que sur le territoire, on s’organise, et il faut le faire au niveau local.

    Quels vont être les acteurs
    à mobiliser et les grands enjeux pour organiser au mieux
    cette filière
     ?

    J.-P. F. : On mise sur la formation, les élus locaux, les industriels, l’éducation nationale, d’abord pour exprimer les besoins, et vérifier si on dispose des ressources, si on a enclenché les bonnes formations. Il y a aussi des sujets connexes comme le logement. Par exemple, il faudra loger les militaires, tel que Madame la ministre des Armées l’a rappelé. Il faut aussi être capable d’attirer des gens qui vont venir. Et donc, il faudra pouvoir les loger. Il y a aussi la question des services publics à apporter, la mobilité… Et j’ai toute confiance dans la capacité des forces vives du Var pour être à la hauteur des enjeux.

    Les liens avec les entreprises industrielles sont-ils établis ? Comment se matérialisent-ils ?

    J.-P. F. : Oui, elles sont très présentes avec nous. C’est pour elles qu’on se mobilise, mais elles-mêmes nous aident, bien évidemment. Elles financent, à l’image de l’école d’ingénieurs dans laquelle on est aujourd’hui [lire encadré]. Tout le monde se tend la main.

    En sortant du cadre strictement varois, les épisodes de canicule sont de plus en plus fréquents. Des dispositions sont-elles prévues pour garantir les droits des travailleurs ?

    J.-P. F. : Depuis 2025 un décret chaleur impose aux entreprises de prendre des mesures pour protéger leurs salariés en cas de chaleurs intenses : aménagement des horaires de travail, adaptation des postes et des lieux de travail, mise à disposition d’eau fraîche, augmentation des temps de pauses… Dès le 22 mai, afin de m’assurer, que les mesures de protection étaient bien prises, j’ai demandé à renforcer les contrôles de l’inspection du travail. Nous en sommes déjà à plus de 4 500 contrôles, soit plus que l’ensemble des contrôles réalisés en 2024 sur la période estivale. 430 mises en demeure ont été prononcées. Je rappelle que les employeurs peuvent être sanctionnés par une amende de 10 000 euros par salarié concerné. J’ai également invité les préfets des départements en vigilance rouge à arrêter les chantiers de 13 h à 21 h s’ils estiment que la situation locale l’exige, c’est une première en France. Enfin j’ai convoqué la semaine dernière les plateformes de livraisons et les représentants des livreurs pour qu’ils prennent des mesures concrètes de protection, et les plateformes ont pris la décision de suspendre les livraisons entre 14 h et 18 h pour les départements en vigilance rouge canicule. J’appelle également les restaurants à faire preuve de solidarité avec les livreurs en leur permettant l’accès à l’eau et à des espaces de fraîcheur. Dès aujourd’hui, le Premier ministre a activé le tout nouveau plan ORSEC « Chaleurs extrêmes », qui vient renforcer la réponse et la coordination des moyens face aux fortes chaleurs, sur l’ensemble u territoire.

    Le 27 juillet aura lieu l’audience de reprise de l’entreprise Fibre Excellence. L’Élysée a assuré qu’une solution serait trouvée pour lever les conditions suspensives. Qu’en est-il ?

    J.-P. F. : C’est un dossier particulièrement suivi par le gouvernement puisque plus de 600 emplois [directs] sont en jeu. Depuis 2020, l’État a soutenu l’entreprise avec près de 100 millions d’euros investis et est prêt à mobiliser 150 millions supplémentaires. En ce qui concerne le volet social du dossier, j’ai décidé d’enclencher le dispositif d’activité partielle de manière dérogatoire depuis le mois d’avril pour préserver les compétences et les chances de reprise. Cette mesure coûte presque 1 million€ par mois. À ce stade, l’investisseur potentiel évoque une participation de 5 millions et demande une mobilisation de l’État supplémentaire de 80 millions. Le projet de reprise doit reposer sur un modèle économique solide, et financé notamment par des fonds privés. Nous serons très attentifs à l’évolution de la situation dans les prochaines semaines.

    Dans la région, en été,
    les travailleurs saisonniers
    sont souvent confrontés
    à des difficultés de logement.
    Le ministre du Logement
    a soumis l’idée de créer
    des résidences emploi
    . Est-ce un
    dossier sur lequel vous travaillez ?

    J.-P. F. : On travaille avec Vincent Jeanbrun puisque la difficulté d’accès au logement est un des principaux freins à l’emploi. Cela concerne les saisonniers mais aussi les jeunes ou les salariés en reconversion. Des solutions peuvent être élaborées dans les territoires concernés. Je pense à Saint-Nazaire où le préfet de Loire-Atlantique a accompagné la création d’une foncière logement avec les collectivités et les entreprises, pour créer 300 logements afin d’accueillir les salariés des chantiers navals. Pour les travailleurs saisonniers je suis pleinement mobilisé pour favoriser des solutions d’hébergement en dur. En lien avec le ministère de l’agriculture, j’ai décidé de lancer un groupe de travail interministériel avec les partenaires sociaux du secteur agricole pour répondre au sujet de l’hébergement pour les saisonniers du secteur.

  • L’aéroport de Montpellier se donne de l’envergure sur le plan logistique

    L’aéroport de Montpellier se donne de l’envergure sur le plan logistique

    En attendant un éventuel rapprochement avec son voisin nîmois, l’aéroport de Montpellier Méditerranée continue son développement. Freinée par la crise Covid dans ses ambitions de devenir enfin un grand aéroport (2,5 à 3 millions de passagers visés à terme contre 1,8 million actuellement), la plateforme située sur la commune de Mauguio Carnon a fait du chemin depuis l’arrêt du trafic aérien en 2020.

    Dernière avancée en date : l’annonce fin 2025 de l’implantation, dès novembre 2026, de Volotea. 6 ans après Transavia, la compagnie low cost disposera bientôt d’un avion basé à Montpellier, ce qui doit permettre au trafic voyageurs de s’envoler au-delà des 2,5 millions de passagers annuels.

    Quel impact écologique ?

    Mais l’économie d’un aéroport ne se résume pas au transport de voyageurs. À proximité de l’aérogare dont le hall numéro 2 est ouvert depuis 2019 et des parkings qui sont source de revenus, se développe une véritable zone économique. Un aéropôle de logistique et de fret qui forme un hub. Dédié à la messagerie et à la logistique et visant à « répondre au transport du
    dernier kilomètre
     », ce pôle économique se structure depuis 10 ans. Soutenu, outre la société aéroportuaire Montpellier Méditerranée (Saamm), par des institutionnels (préfecture, Dreal, Drac), des collectivités (Région Occitanie, Département de l’Hérault, Agglo du Pays de l’Or, Ville de Mauguio-Carnon) et une douzaine de partenaires privés, le projet en cours pèse 150 millions d’euros d’investissement et 2 000 emplois annoncés d’ici 2030 (dont 700 déjà créés). À noter que de leur côté, les collectivités travaillent à la réalisation du barreau routier pour faciliter l’accès à la zone.

    Depuis la livraison du premier bâtiment de Chronopost en septembre 2024, les ouvertures s’enchaînent : Stef Transport (février 2025), les entrepôts et ateliers EMA (septembre 2025), puis XPO (mars 2026)… D’ici la fin de l’année, 5 autres bâtiments seront inaugurés. 15 d’ici à 2028, sur 30 hectares (ha) d’emprise foncière et 100 000 m² de surface de plancher, et à terme, 20 bâtiments sur 376 000 m² d’emprise. Parmi les grands noms de la messagerie express et de la logistique qui ont déjà fait le choix de l’aéropôle, on peut citer : PIC, le groupe la Poste, FedEx, UPS ou Mondial Relay…

    Revers de la médaille, le projet d’extension grignote un peu plus les terres à proximité de l’étang de l’Or. Quelques jours après avoir dénoncé le « greenwashing autour de l’avion vert », le collectif Atterrissons d’urgence nous a fait savoir son opposition. « On minimise le poids du transport aérien dans le réchauffement climatique. Si c’était du fret ferroviaire mais là… » De son côté, l’aéroport assure que l’impact de l’opération se couple à « une démarche de compensation écologique rigoureuse » sous l’œil du Conservatoire d’espaces naturels d’Occitanie.