La Marseillaise : Comment se passe votre rentrée politique ?
Raphaël Arnault : C’était très centré sur la circonscription parce que l’Assemblée nationale reprend plus tard, cette année, à cause de dissensions au sein du bloc macroniste, qui est en train de se désintégrer, se désagréger, plus la campagne présidentielle arrive. Ce qui n’est pas plus mal, parce que souvent, on est assez frustré de ne pas avoir assez de temps pour ça. On a eu plusieurs angles de bataille. Comme les barbecues populaires. C’est l’occasion d’aller directement à la rencontre des citoyens qui nous disent que sans ce genre de moments, ils ne seraient pas allés à la rencontre de parlementaires. Ce n’est pas avec trois merguez qu’on efface ce qu’il s’y passe, mais on veut montrer le lien que l’on y trouve. On est allés aussi en dehors de la circonscription, comme à Carpentras, pour faire état de ce qu’il se passe dans une mairie RN et montrer qu’il y a une capacité de résistance. Sans oublier la sortie de mon livre, la semaine prochaine, qui raconte 10 ans de militantisme qui débouchent à la députation. Avec ce que c’est, aussi, d’être dans ces institutions, avec tous les bouleversements qu’il y a pu avoir. En deux ans de mandat, j’ai l’impression d’en avoir avalé quinze !
Comment vous projetez-vous sur les neuf prochains mois ? Serez-vous candidat à votre succession ?
R.A. : Là, il y a la bataille du budget à l’Assemblée nationale. Ça va pouvoir permettre de faire des parallèles avec ce qui se passe aussi ici, en circonscription. Ces neuf prochains mois, il ne faut pas se mentir, on va être beaucoup tournés vers la présidentielle. Le fait est que toute la vie politique, y compris à l’Assemblée nationale, va être aspirée. Forcément, ça vient perturber un peu un mandat. En tant que député, par exemple, j’étais mobilisé sur la question de la crèche à l’hôpital d’Avignon, sur la fermeture des bureaux de poste, de la question des services publics de façon générale. Ces luttes sont liées. Pour la suite, je répète souvent que c’est un choix collectif, au niveau local et national. Tout sera à rediscuter selon les enjeux politiques et le bilan qu’on porte. Mais ce serait une immense chance de pouvoir mener ce combat-là.
Vous êtes régulièrement attaqué, notamment par le maire d’Avignon, Olivier Galzi (DVD). Comment réagissez-vous à ces attaques ?
R.A. : Je serais inquiet si un personnage comme Olivier Galzi jugeait ma députation convenable, alors même que je défends une réelle alternative aux politiques menées depuis des années. De fait, il s’est lié d’amitié très forte avec le Rassemblement national, d’une part pour prendre le Grand Avignon, mais aussi politiquement, on voit qu’il y a des choses qui vont dans ce sens. Il y a une droite macroniste radicalisée et une extrême droite qui insensiblement s’affichent, et il se situe un peu entre les deux. Il vagabonde. Le bon sens, pour lui, c’est que vers la droite. Toute l’extrême droite me tape dessus depuis maintenant le début du mandat. Là, encore une fois, on a un nouvel acteur qui a décidé d’appuyer sur le même créneau, littéralement. Je ressens de l’inquiétude chez les habitants. Le peu de projets un peu positifs qui étaient en cours sont relégués à, soi-disant, plus tard.
On a l’impression pour beaucoup que Jean-Luc Mélenchon est un repoussoir, parfois plus que Marine Le Pen. Comment l’analysez-vous ?
R.A. : Jean-Luc Mélenchon fait peur à des gens qui ont de grands intérêts économiques liés à l’exploitation. Mais encore une fois, c’est plutôt positif. Ce qu’on observe sur le terrain, ce n’est pas ça. Dans les milieux populaires, non, Mélenchon n’est pas du tout considéré comme un repoussoir, bien au contraire. Maintenant, il est certain que pour gagner le pays, il va falloir s’adresser à des gens qui pensent qu’ils n’ont pas intérêt à se lier à un projet de rupture. Je pense à ceux qu’on appelle la classe moyenne, je n’aime pas trop ce terme, parce que ça ne veut un peu plus rien dire. Lorsqu’on dit que l’on va un peu redistribuer de la richesse en taxant comme il se devrait les quelques milliardaires qu’il y a dans ce pays, il y a des gens qui gagnent 4 000 euros et qui pensent qu’ils seraient liés à ça. Non, ils ne sont pas liés à la condition des milliardaires, loin de là.
On est à un peu plus de six mois après l’affaire Quentin Deranque. Qu’en retenez-vous ?
R.A. : Il y a eu une déferlante médiatique et des attaques politiques très fortes. Forcément, ça vient perturber une histoire militante, la question de l’antifascisme, la question aussi de la peur de l’extrême droite à ce moment-là, qui aurait pu prendre un dérapage très, très dur. Cela a aussi permis de se remettre en question sur tout un tas d’aspects. Quel antifascisme on veut, quelle limite on lui donne ou encore reconnaître qu’il a pu y avoir de grosses erreurs. Mais par contre de ne pas céder face à des gens qui voulaient réhabiliter des néo-nazis, qui voulaient réhabiliter la violence de l’extrême droite comme si ce n’était rien. Et de ce point de vue là, je pense que le pays a tenu bon.

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