« Ce que je souhaite surtout c’est, compte tenu du fait que la jeunesse a été entendue, qu’elle puisse reprendre les cours, que le calme revienne et qu’on puisse rouvrir dans de bonnes conditions ces lycées », a insisté Emmanuel Macron dans un entretien diffusé, mercredi, sur la chaîne YouTube HugoDécrypte. De quoi parle-t-il ? La création de seulement 500 postes ? Des 15 000 nouvelles places dans l’enseignement supérieur alors que les organisations en demandent 250 000 ? Le remplacement en 2028 de la plateforme Parcoursup, alors que les lycéens veulent son abrogation ? Les organisations de jeunesse appellent à poursuivre la mobilisation avec des assemblées générales et des blocages, dès mardi.
Classes surchargées
« Des élèves suivent les cours debout »
Dans le 1er arrondissement de Marseille, au lycée Saint-Charles, « les classes sont surchargées, on est 35 à 37 par classe. Parfois, on doit demander des chaises dans les salles d’à côté », pointe Joachim. « C’est encore pire pour l’option maths », note le lycéen. À côté de lui, Matis abonde. « Les professeurs choisissent au hasard qui va pouvoir suivre le cours… ça ne devrait pas être à eux de prendre cette décision. C’est horrible de devoir fermer la porte à quelqu’un. Surtout que les options peuvent être très importantes suivant les études qu’on veut faire », souffle-t-il. Pour Léopold, « c’est le meilleur choix, ils ne peuvent pas décider arbitrairement qui peut suivre le cours ou pas ». Il poursuit : « Les options adoptées en terminale, c’est coefficient 2. Les options prises dès la seconde ou la première, c’est coefficient 4. Moi, je devais en avoir deux, mais à cause des emplois du temps qui se chevauchent, j’ai dû en abandonner une. » « Moi aussi j’ai essayé de faire deux options et j’ai dû en abandonner une », ajoute Matis.
35 à 37 élèves par classe
Avec 22,5% des contributions, les classes surchargées figurent parmi les principaux thèmes soulevés par les élèves sur la plateforme de concertation ouverte le 6 octobre. Pour y répondre, le gouvernement a annoncé un plafonnement à 28 élèves dans certaines classes à partir de la rentrée prochaine. « élèves et étudiants sont parfois mélangés avec d’autres filières dans leurs cours généraux, il n’y a pas assez de place dans les classes, donc ils restent debout », assure Neila, élève au lycée Diderot (13e). Souvent, les revendications sont liées : « On est bien trop nombreux en classe et ça accentue la chaleur », gronde Nino, en terminale au lycée Frédéric-Mistral, à Avignon.
Vétusté des lycées
« Dès qu’il pleut, il y a des fuites partout »
L’une des revendications majeures des lycéens reste des conditions d’éducation dignes. Sur la plateforme gouvernementale, 48,2% des contributions portent sur le bâti scolaire et leur adaptation thermique, avec 18,3% des élèves qui signalent des bâtiments vétustes et 15,7% une chaleur étouffante en été. C’est ce que subissent les lycéens de Thiers, à Marseille (1er). « L’été il fait 40°, c’est horrible », lâche Mirco, élève de seconde. Une problématique soulevée au lycée Langevin, à Martigues : malgré les rénovations le thermomètre affiche « 38° en classe à 13h parfois ». Au lycée Théodore-Aubanel, à Avignon, « il fait toujours très chaud en classe et certaines fenêtres ne s’ouvrent pas. C’est très difficile de rester concentré », soupire Lina, en classe de première.
« Moisissure au plafond »
À un peu plus d’un kilomètre, de là, au lycée Frédéric-Mistral, la situation n’est pas meilleure. « Il fait 35° en juin et septembre et il fait très froid en hiver. C’est d’autant plus grave que c’est dans ces conditions qu’on passe le bac. On ne peut pas accepter l’état de nos lycées », tempête Jeanne, en terminale.
« Nous étudions dans des conditions déplorables. Il y a des fuites d’eau qui provoquent la chute du plafond, c’est arrivé pendant le bac l’an passé. Les toilettes aussi dégagent une odeur immonde, il n’y a pas de papier, pas de savon, pas de lumière, de la moisissure au plafond », pointe Lilou, élève du lycée du Parc Saint-Jean, à Toulon. Le gouvernement a promis une enveloppe de 4 milliards d’euros de prêts d’ici à 2030 pour la rénovation des lycées.
Professeurs pas remplacés
« Pas de philo depuis le début de l’année »
Parmi les doléances des lycéens, 25,9% déplorent le manque de professeurs et les absences non remplacées. Au lycée Saint-Charles, dans le 1er arrondissement de Marseille, « la terminale 5 n’a pas eu de prof de philo depuis le début de l’année », assure Diane. Même problème au lycée Montgrand, dans le 6e arrondissement, où deux classes de terminale n’ont pas eu de cours de philo, faute d’enseignant. « On ne leur en parle pas, ils ne savent pas s’ils en auront avant la fin de l’année et l’examen du bac, on ne leur dit rien », souffle Lucile. « En seconde, je n’ai pas eu de professeurs de français pendant trois mois. Les profs peuvent avoir des absences, ce n’est pas ça le problème, mais plutôt le fait qu’ils ne soient pas remplacés », renchérit l’élève de terminale.
Une expérience partagée par ses camarades varois. « Notre professeure d’enseignement professionnel, qui avait déjà été absente pendant trois mois en seconde sans être remplacée, l’est à nouveau en terminale pendant un mois, alors que c’est l’enseignement qui compte le plus. Plusieurs profs d’espagnol sont également absents », témoigne Lilou, lycéenne au Parc Saint-Jean, à Toulon.
Le projet de budget 2027 dans le viseur
À Gap, Evalinka, élève au lycée Aristide-Briand, se dit préoccupée : « La santé mentale de nos profs est en déclin. Moi, j’ai une prof, le gouvernement l’a poussée à bout, c’est pas humain. Elle ne vient plus, et nous, les élèves, on n’a plus ce cours en attendant. »
Jana, élève de 16 ans, en terminale au lycée Esclangon, à Manosque, s’inquiète des « coupes budgétaires » dans le budget de l’Éducation nationale. « On a besoin de plus de profs et d’un meilleur salaire pour les profs, que leur métier soit mieux valorisé », avance-t-elle, regrettant la suppression de plus de 1 500 postes d’enseignants prévue dans le budget 2027. « C’est le manque de professeurs qui fait qu’après, on est trop par classe et qu’on a des emplois du temps mal construits. » La gronde a contraint le gouvernement à annuler ces suppressions et prévoir la création de 500 postes supplémentaires…
Emplois du temps
« On a que 55 minutes pour manger, parfois, c’est impossible »
C’est, de loin, la revendication principale des lycéens : une meilleure organisation du temps scolaire. Sur les 67 000 contributions récoltées par le gouvernement, 70% concernent les emplois du temps trop chargés ou les trous qui rallongent les journées, selon les retours de la première synthèse. Sur cette revendication, l’exécutif assure garantir une heure minimum de pause déjeuner dès septembre 2027… « Nos emplois du temps ne sont pas tenables. On nous dit qu’on aura des horaires similaires dans le monde du travail. Mais cela n’a rien à voir : pour bien travailler demain, on veut des conditions d’études dignes aujourd’hui ! », tonne Denis, élève au lycée Bonaparte, à Toulon.
Une heure de trajet matin et soir
Même constat dans les Alpes. « Ici, beaucoup de gens habitent dans la montagne. Moi, quand je fais du 8h-18h, j’ai en plus le trajet d’une heure le matin et une heure le soir », insiste Louise, lycéenne àAristide-Briand à Gap. « J’habite loin des cours, donc quand je fais 8h-18h, je me lève à 6h et quand je rentre, il est assez tard », déplore Hanna, du lycée Saint-Charles, à Marseille (1er). Au lycée Diderot (13e), Sacha se plaint d’emplois du temps « avec deux, trois, voire quatre heures de trous. Se lever à 6h pour aller au lycée pour un seul cours puis plus rien jusqu’à 15h, c’est aberrant ». Élève du même établissement, en filière technologique, Neila pointe des « emplois du temps chargés » : « Je finis tard tous les jours, même le mercredi ! »
Les pauses déjeuners sont parfois passées à la trappe. « Notre temps de pause a été raccourci. On n’a plus que 55 minutes pour manger et avec toute la queue qu’il y a au self, il est parfois impossible de manger. Même les externes n’ont pas le temps de rentrer chez eux », s’agace Lilou, lycéenne du Parc Saint-Jean, à Toulon.
Parcoursup
« Un système déconnecté »
Mise en place en 2018, durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron par les ministres Frédérique Vidal, alors chargée de l’Enseignement supérieur, et Jean-Michel Blanquer, à l’Éducation nationale, la plateforme Parcoursup cristallise la colère des élèves, de leurs parents et de certains enseignants. « Le problème avec Parcoursup, c’est qu’il y a trop d’inégalités, tout le monde ne peut pas accéder à son rêve. Je vise une fac de droit et de sciences politiques, c’est très demandé, donc il faut déjà avoir accès aux bonnes options. Mais elles ne sont pas proposées par tous les petits lycées de campagne ! C’est une élitisation de l’éducation, c’est injuste », peste Noah, en première au lycée Aristide-Briand, à Gap.
Quelque 16,4% des contributions, à la consultation nationale, ciblent la plateforme nationale de préinscription en première année d’enseignement supérieur. « Parcoursup, ça me stresse. Les professeurs veulent bien nous aider, mais même eux sont parfois perdus avec la législation qui évolue sans cesse. J’ai raté pas mal de cours et j’ai peur que cela joue sur mon dossier », s’inquiète Nino, en terminale au lycée Frédéric-Mistral, à Avignon.
Pour l’abrogation
« Parcoursup, ça fait peur. Des élèves de terminale de notre lycée, qui avaient la moyenne partout, ont fait plein de vœux et se sont retrouvés sans études. On se dit que même si on a des bonnes notes, ça ne servira à rien », se désespère Margot. Elle et ses camarades de terminale du lycée Marie-Curie, dans le 5e arrondissement de Marseille, exigent l’abrogation de ce système jugé discriminant : « Si t’es pas privilégié en général, que tu viens pas d’un bon lycée, que t’as un mauvais prénom ou nom de famille… », glisse Sémiramis. À ses côtés, Antonin fulmine : « C’est un système complètement déconnecté de la réalité sur lequel il y a aussi les élèves qui veulent se réorienter. C’est normal que les classes soient surchargées ! » Le gouvernement a annoncé le remplacement, et non son abrogation, à la rentrée 2028.
Droits à manifester
« On revendique nos droits »
Depuis le début du mouvement, le ministère de l’Intérieur recense 7 950 gardes à vue, dont 85% concernent des mineurs. L’IGPN a ouvert 36 enquêtes portant sur des violences présumées. « Certains blocus sont assez pacifiques et les policiers interviennent quand même, ils peuvent être violents et virulents. Faut pas oublier qu’on n’est pas des adultes », dénonce Jillian, lycéenne à Saint-Vincent de Paul, à Marseille (6e). « C’est la répression policière qu’on devrait blâmer plutôt que nous, qui revendiquons nos droits », fulmine Clara du lycée Saint-Charles, à Marseille (1er).