Category: accueil-first

  • [Procès rue d’Aubagne] Les débats entrent dans le vif et la polémique

    [Procès rue d’Aubagne] Les débats entrent dans le vif et la polémique

    Après une journée à débattre d’incidents de nullité, le président de la cour Fabrice Naudé a invité les prévenus à « jeter les bases de leur ligne de défense ».

    Premier à s’exprimer, Xavier Cachard, avocat du syndic de copropriété et propriétaire au numéro 65 rue d’Aubagne. Il s’en est d’abord pris à la « presse qui titrait lundi “le procès de la cupidité et du mépris” ». « Je ne peux pas entendre que j’étais indifférent aux parties civiles ni que j’ai tout fait pour retarder les travaux et que je me suis enrichi sur la misère ! Il n’y a ni cupidité ni enrichissement », a clamé M. Cachard qui a réfuté aussi que son appartement fut un taudis. Sa maladresse éclate pour expliquer qu’il n’a jamais empêché la prise d’un arrêté de péril. « Je tutoie Julien Ruas. Si je veux empêcher un arrêté, je l’appelle, mais ça n’existe pas, je ne le ferai jamais. » On a vu meilleure entrée en matière.

    « Je veux démontrer que je n’ai commis aucune faute pénale », susurre l’architecte Richard Carta qui a constaté le péril grave imminent mais a abandonné les habitants dans l’immeuble, pour vite aller dans un avion pour Copenhague. « Le 18 octobre, il ne m’est apparu aucun élément me permettant d’envisager un effondrement pour décider l’évacuation des habitants. »

    Julien Ruas se livre tout en douceur à ses juges. L’ancien adjoint en charge de la gestion des risques s’incline sur les huit morts. « Je ne peux pas venir devant vous sans une pensée pour les victimes de la rue d’Aubagne et le fait que j’ai fait appel n’y enlève rien. » Il souligne à la cour qu’il a été relaxé en première instance sur quatre manquements mais condamné pour n’avoir pas lancé de travaux d’office. « Mais nous ne pouvions pas mobiliser les fonds disponibles sur le 65 », assure-t-il.

    En marge du procès, le maire de Marseille a répondu lundi soir au Collectif du 5 novembre et aux autres associations qui dans une tribune parue le 8 octobre dans La Marseillaise, lui demandaient d’encadrer la protection fonctionnelle accordée à Julien Ruas. Selon nos informations, la Ville a versé plus d’un demi-million d’euros à la défense de M. Ruas : 209 000 euros partagés entre les trois premiers avocats de M. Ruas au cours des quatre années de la phase d’information judiciaire. Puis la Ville s’est acquittée de 156 000 euros d’honoraires pour les deux avocats du procès de première instance. Le même montant a été versé pour le procès en appel, ce qui porte à ce jour l’ardoise totale de cette protection fonctionnelle décriée à plus de 521 000 euros.

    « Je partage votre colère face à l’indécence des sommes en jeu », reconnaît le maire qui dit ne pas se résoudre « à ce que l’argent des Marseillaises et des Marseillais doive financer les sommes exorbitantes destinées à la défense de celles et ceux qui, par le passé, n’ont pas été à la hauteur de leur mission ». Le maire dit s’être employé à « limiter autant que possible les frais pris en charge en écartant plusieurs factures d’honoraires présentés par l’ancien élu qui étaient manifestement excessives ». Selon nos informations, la Ville a réduit non pas d’un tiers, mais de la moitié les montants des factures initialement présentées.

    Benoît Payan s’en remet au garde des Sceaux, Gérald Darmanin, pour réformer par décret le régime de la protection fonctionnelle en fixant un « plafond national » et pour que ne soient pris en charge que des « montants strictement nécessaires et proportionnés à l’exercice effectif des droits de la défense ».

    « Que l’on arrête de nous balader avec des éléments de langage compassionnel et onctueux, et que l’on mette en place les outils réels et la transparence de l’administration pour rétablir un peu d’équité devant la justice », lui ont répondu lundi les associations. « Un plafonnement sur simple décision du conseil municipal peut suffire. »

  • Midterms : Les démocrates prennent le contrôle du Congrès des États-Unis

    Midterms : Les démocrates prennent le contrôle du Congrès des États-Unis

    C’est un tsunami pour le Parti démocrate, qui, à l’issue de ces élections de mi-mandat prennent le contrôle du Congrès des États-Unis. Selon les derniers résultats communiqués ce mercredi matin, les démocrates ont remporté 226 sièges à la Chambre des représentants contre 139 pour les républicains. Au Sénat, les démocrates sont crédités, à cette heure, de 54 sièges contre 44 pour le camp conservateur. Dans ces deux chambres, le Parti démocrate a désormais la majorité.

    Donald Trump a assuré dans la nuit qu’il «acceptait» le résultat du scrutin. «Je suis tout à fait disposé à accepter ces résultats», a-t-il déclaré au New York Times.

    «Nous travaillerons avec les démocrates ; nous nous réjouissons, vous savez, de collaborer avec eux. Nous parviendrons probablement à trouver un terrain d’entente». À noter que l’article 1, section 7 de la Constitution américaine donne un droit de veto au président, lui permettant de rejeter une loi votée par le Congrès.

    Cette vague bleue s’accompagne de victoires hautement symboliques pour les minorités aux États-Unis. Parmi lesquelles, celle d’Abdul El-Sayed, issu de l’aile gauche du parti, qui a remporté l’élection sénatoriale dans l’État du Michigan. Il devient ainsi le premier musulman au Sénat et le premier médecin démocrate à siéger dans cette chambre depuis 1969. Dans le New Hampshire, Chris Pappas, devient le premier sénateur ouvertement gay. Adam Hamilton devient le premier sénateur démocrate du Kansas depuis 1932. James Talarico, fait basculer le Texas côté démocrate pour la première depuis 1988 de même qu’Annie Andrews en Caroline du Sud.

    En ce qui concerne les gouverneurs, 24 démocrates et 18 républicains ont été élus à ce stade. En Géorgie, État marqué par son histoire ségrégationniste, Keisha Lance Bottoms a été élue gouverneure, devenant la première femme noire à occuper ce poste à l’échelle des États-Unis. Dans le Nouveau-Mexique, Deb Haaland, membre de la tribu Laguna Pueblo, est devenue la première femme amérindienne à se hisser à la fonction de gouverneure.

    Enfin, l’actuel chef des députés démocrates, Hakeem Jeffries, pourrait devenir le premier homme noir à présider la Chambre des représentants.

  • La gauche veut des mesures d’urgence

    La gauche veut des mesures d’urgence

    La date n’a pas été choisie au hasard. C’est bien en réaction au projet de budget de l’État et de la Sécurité sociale que les centrales syndicales se sont unies et ont lancé cet appel à la manifestation et à la grève ce jeudi 5 novembre. « C’est donc le moment de faire des choix politiques de priorité budgétaire », insiste le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard qui liste « l’augmentation du Smic et des salaires, le blocage des prix et l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires. Des réponses formulées par les organisations syndicales et sur lesquelles le gouvernement doit désormais donner des réponses à la hauteur de l’ampleur des difficultés sociales que rencontrent un grand nombre des concitoyennes et des concitoyens ».

    Même son de cloche du côté des communistes qui réclament la mise en place de ces mesures d’urgence pour le pouvoir d’achat, et qui, au-delà du blocage, continuent de plaider pour la nationalisation de TotalEnergie. « Les raffineurs sont des profiteurs de guerre qui créent les conditions d’une spéculation sur le dos des Françaises et des Français et il est temps que ça s’arrête ! », tempête le secrétaire de la fédération des Bouches-du-Rhône du PCF, Jérémy Bacchi. Il plaide également pour « des mesures d’encadrement des prix du gaz et de l’électricité » alors que dans le pays « un tiers des Françaises et des Français déclarent ne pas se chauffer comme ils le devraient en raison des coûts de l’énergie. Dans un pays comme la France, c’est extrêmement dramatique », fustige le sénateur communiste.

    L’élu s’appuie sur le baromètre 2026 du médiateur national de l’énergie publié mardi qui révèle que « 34% [des foyers interrogés] déclarent avoir rencontré des difficultés à payer certaines factures d’électricité ou de gaz, contre 18% en 2020 ». C’est 55% chez les moins de 35 ans. À cela s’ajoute l’augmentation de 35% des prix de l’alimentation depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée en 2017. C’est, par exemple, 56% de plus pour les légumes et 61% pour l’huile et le beurre selon les données de l’Insee. « On propose une loi pour choisir un panier de 100 produits à prix bloqués. Ce qui permet aux gens de manger sainement sans se ruiner. Quand on voit les milliards de profits de la grande distribution, on a juste envie de pleurer », cingle le sénateur écologiste Guy Benarroche qui critique les orientations gouvernementales : « Ce n’est pas en facilitant la dérégulation des grandes entreprises et en ne touchant ni à leur capital, ni à leur profit, ni à leur dividende, qu’on va faire en sorte que les citoyens vivent mieux. Ce n’est pas la solution. Et pourtant, c’est celle qu’on continue à appliquer. C’est celle que défend encore l’État libéral, qui est le nôtre actuellement », tacle le Vert.

    Des discussions en vain ?

    Au crépuscule de la macronie, les discussions autour des amendements permettent surtout de dresser un bilan. « Le gouvernement nous balade. Vous avez, sans accord formel, un axe entre la droite et l’extrême droite qui fait tomber tous les amendements qui permettraient d’améliorer ce texte », dénonce le député PS Laurent Lhardit. « Le plus probable, c’est qu’on aboutisse aux ordonnances, c’est-à-dire que le gouvernement reprendra son texte de départ. » Sans oublier l’article 49.3, qu’il peut dégainer à tout moment.

    Le socialiste appelle à s’inspirer du modèle espagnol avec « un changement de politique qui passe nécessairement par une relance économique qui favorise le pouvoir d’achat. Donc l’inverse de ce qui a été fait depuis 10 ans en aidant directement les secteurs de l’économie avec cette théorie du ruissellement ». Il rappelle par ailleurs que son groupe portera, lors de sa journée réservée le 19 novembre à l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à baisser les prix du carburant à la pompe par l’encadrement des marges des raffineurs.

    « On a vraiment beaucoup à faire sur l’accompagnement de celles et ceux qui prennent leur voiture tous les jours, qui viennent généralement de milieu rural, des ouvriers et ouvrières, qui ont besoin de faire des kilomètres et en payent le prix fort beaucoup plus que dans les villes », pointe Pascaline Lécorché, adjointe au maire de Marseille et déléguée nationale de Place publique. « La revalorisation du Smic telle que nous la proposons permet de donner un peu d’air à des personnes qui, aujourd’hui, se retrouvent asphyxiées par le coût de la vie », souligne-t-elle.

    Pour se dédouaner, l’exécutif aime à rappeler à l’envi, qu’en l’absence de majorité et à six mois de l’élection présidentielle, il a les mains liées. « Ce que le gouvernement a du mal à comprendre, c’est qu’il y a des millions de Français aujourd’hui qui n’ont pas le luxe d’attendre six mois pour avoir des réponses à leurs difficultés », alerte Manuel Bompard qui sera dans la rue ce jeudi. « Si nous voulons l’emporter, il faudra que ce débat budgétaire au Parlement soit accompagné d’une mobilisation sociale de grande ampleur », renchérit Jérémy Bacchi.

  • En grève, les agents du Mucem guettent Costa

    En grève, les agents du Mucem guettent Costa

    Suspendu de ses fonctions de président du Mucem le 30 juin pour quatre mois par le ministère de la Culture, Pierre-Olivier Costa a annoncé dimanche qu’il allait de nouveau occuper son siège. De quoi rendre les salariés du musée marseillais furieux et déclencher une grève mardi. « Ne voyant rien venir avant, on a alerté le ministère de la Culture pour savoir ce qu’il se passerait le 1er novembre. Mais silence radio. Puis, on a appris par voie de presse qu’il comptait reprendre », rappelle en ce 3 novembre un représentant du personnel Sud Culture du Mucem, sur le piquet de grève. Une grève votée par « 85% » d’une centaine de salariés présents lors d’une assemblée générale, sur les 125 employés du musée. Mardi après-midi, la reprise du travail pour mercredi a été approuvée. Mais un préavis court jusqu’à la fin de semaine prochaine.

    Sur le qui-vive

    Organisé par Sud Culture et la FSU, ce mouvement vise au départ définitif de Pierre-Olivier Costa qui a fait l’objet d’une enquête menée par l’Inspection générale des affaires culturelles (Igac) pour des « faits de mal-être » au Mucem et un management toxique. Sans compter l’ouverture d’une enquête pour harcèlement moral et sexuel. Malgré ses annonces dans la presse et un mail adressé aux agents du Mucem duquel ne ressort aucun mea-culpa, nulle trace de Pierre-Olivier Costa sur le site. « Aucun gréviste n’a envie de le revoir revenir. Même des gens du comité de direction sont en grève. D’autres le sont aussi pour la première fois de leur vie alors qu’ils travaillent dans la fonction publique depuis 30 ans », indique sur place une autre représentante syndicale Sud Culture qui s’étonne que le ministère n’officialise rien au sujet de cet ancien directeur de cabinet et proche de Brigitte Macron. « Mais si d’aventure, il était quand même confirmé, on se mettra encore en grève dès qu’on le reverra au Mucem », prévient-elle.

  • Les principales revendications lycéennes restent entières

    Les principales revendications lycéennes restent entières

    « Ce que je souhaite surtout c’est, compte tenu du fait que la jeunesse a été entendue, qu’elle puisse reprendre les cours, que le calme revienne et qu’on puisse rouvrir dans de bonnes conditions ces lycées », a insisté Emmanuel Macron dans un entretien diffusé, mercredi, sur la chaîne YouTube HugoDécrypte. De quoi parle-t-il ? La création de seulement 500 postes ? Des 15 000 nouvelles places dans l’enseignement supérieur alors que les organisations en demandent 250 000 ? Le remplacement en 2028 de la plateforme Parcoursup, alors que les lycéens veulent son abrogation ? Les organisations de jeunesse appellent à poursuivre la mobilisation avec des assemblées générales et des blocages, dès mardi.

    Classes surchargées

    « Des élèves suivent les cours debout »

    Dans le 1er arrondissement de Marseille, au lycée Saint-Charles, « les classes sont surchargées, on est 35 à 37 par classe. Parfois, on doit demander des chaises dans les salles d’à côté », pointe Joachim. « C’est encore pire pour l’option maths », note le lycéen. À côté de lui, Matis abonde. « Les professeurs choisissent au hasard qui va pouvoir suivre le cours… ça ne devrait pas être à eux de prendre cette décision. C’est horrible de devoir fermer la porte à quelqu’un. Surtout que les options peuvent être très importantes suivant les études qu’on veut faire », souffle-t-il. Pour Léopold, « c’est le meilleur choix, ils ne peuvent pas décider arbitrairement qui peut suivre le cours ou pas ». Il poursuit : « Les options adoptées en terminale, c’est coefficient 2. Les options prises dès la seconde ou la première, c’est coefficient 4. Moi, je devais en avoir deux, mais à cause des emplois du temps qui se chevauchent, j’ai dû en abandonner une. » « Moi aussi j’ai essayé de faire deux options et j’ai dû en abandonner une », ajoute Matis.

    35 à 37 élèves par classe

    Avec 22,5% des contributions, les classes surchargées figurent parmi les principaux thèmes soulevés par les élèves sur la plateforme de concertation ouverte le 6 octobre. Pour y répondre, le gouvernement a annoncé un plafonnement à 28 élèves dans certaines classes à partir de la rentrée prochaine. « élèves et étudiants sont parfois mélangés avec d’autres filières dans leurs cours généraux, il n’y a pas assez de place dans les classes, donc ils restent debout », assure Neila, élève au lycée Diderot (13e). Souvent, les revendications sont liées : « On est bien trop nombreux en classe et ça accentue la chaleur », gronde Nino, en terminale au lycée Frédéric-Mistral, à Avignon.

    Vétusté des lycées

    « Dès qu’il pleut, il y a des fuites partout »

    L’une des revendications majeures des lycéens reste des conditions d’éducation dignes. Sur la plateforme gouvernementale, 48,2% des contributions portent sur le bâti scolaire et leur adaptation thermique, avec 18,3% des élèves qui signalent des bâtiments vétustes et 15,7% une chaleur étouffante en été. C’est ce que subissent les lycéens de Thiers, à Marseille (1er). « L’été il fait 40°, c’est horrible », lâche Mirco, élève de seconde. Une problématique soulevée au lycée Langevin, à Martigues : malgré les rénovations le thermomètre affiche « 38° en classe à 13h parfois ». Au lycée Théodore-Aubanel, à Avignon, « il fait toujours très chaud en classe et certaines fenêtres ne s’ouvrent pas. C’est très difficile de rester concentré », soupire Lina, en classe de première.

    « Moisissure au plafond »

    À un peu plus d’un kilomètre, de là, au lycée Frédéric-Mistral, la situation n’est pas meilleure. « Il fait 35° en juin et septembre et il fait très froid en hiver. C’est d’autant plus grave que c’est dans ces conditions qu’on passe le bac. On ne peut pas accepter l’état de nos lycées », tempête Jeanne, en terminale.

    « Nous étudions dans des conditions déplorables. Il y a des fuites d’eau qui provoquent la chute du plafond, c’est arrivé pendant le bac l’an passé. Les toilettes aussi dégagent une odeur immonde, il n’y a pas de papier, pas de savon, pas de lumière, de la moisissure au plafond », pointe Lilou, élève du lycée du Parc Saint-Jean, à Toulon. Le gouvernement a promis une enveloppe de 4 milliards d’euros de prêts d’ici à 2030 pour la rénovation des lycées.

    Professeurs pas remplacés

    « Pas de philo depuis le début de l’année »

    Parmi les doléances des lycéens, 25,9% déplorent le manque de professeurs et les absences non remplacées. Au lycée Saint-Charles, dans le 1er arrondissement de Marseille, « la terminale 5 n’a pas eu de prof de philo depuis le début de l’année », assure Diane. Même problème au lycée Montgrand, dans le 6e arrondissement, où deux classes de terminale n’ont pas eu de cours de philo, faute d’enseignant. « On ne leur en parle pas, ils ne savent pas s’ils en auront avant la fin de l’année et l’examen du bac, on ne leur dit rien », souffle Lucile. « En seconde, je n’ai pas eu de professeurs de français pendant trois mois. Les profs peuvent avoir des absences, ce n’est pas ça le problème, mais plutôt le fait qu’ils ne soient pas remplacés », renchérit l’élève de terminale.

    Une expérience partagée par ses camarades varois. « Notre professeure d’enseignement professionnel, qui avait déjà été absente pendant trois mois en seconde sans être remplacée, l’est à nouveau en terminale pendant un mois, alors que c’est l’enseignement qui compte le plus. Plusieurs profs d’espagnol sont également absents », témoigne Lilou, lycéenne au Parc Saint-Jean, à Toulon.

    Le projet de budget 2027 dans le viseur

    À Gap, Evalinka, élève au lycée Aristide-Briand, se dit préoccupée : « La santé mentale de nos profs est en déclin. Moi, j’ai une prof, le gouvernement l’a poussée à bout, c’est pas humain. Elle ne vient plus, et nous, les élèves, on n’a plus ce cours en attendant. »

    Jana, élève de 16 ans, en terminale au lycée Esclangon, à Manosque, s’inquiète des « coupes budgétaires » dans le budget de l’Éducation nationale. « On a besoin de plus de profs et d’un meilleur salaire pour les profs, que leur métier soit mieux valorisé », avance-t-elle, regrettant la suppression de plus de 1 500 postes d’enseignants prévue dans le budget 2027. « C’est le manque de professeurs qui fait qu’après, on est trop par classe et qu’on a des emplois du temps mal construits. » La gronde a contraint le gouvernement à annuler ces suppressions et prévoir la création de 500 postes supplémentaires…

    Emplois du temps

    « On a que 55 minutes pour manger, parfois, c’est impossible »

    C’est, de loin, la revendication principale des lycéens : une meilleure organisation du temps scolaire. Sur les 67 000 contributions récoltées par le gouvernement, 70% concernent les emplois du temps trop chargés ou les trous qui rallongent les journées, selon les retours de la première synthèse. Sur cette revendication, l’exécutif assure garantir une heure minimum de pause déjeuner dès septembre 2027… « Nos emplois du temps ne sont pas tenables. On nous dit qu’on aura des horaires similaires dans le monde du travail. Mais cela n’a rien à voir : pour bien travailler demain, on veut des conditions d’études dignes aujourd’hui ! », tonne Denis, élève au lycée Bonaparte, à Toulon.

    Une heure de trajet matin et soir

    Même constat dans les Alpes. « Ici, beaucoup de gens habitent dans la montagne. Moi, quand je fais du 8h-18h, j’ai en plus le trajet d’une heure le matin et une heure le soir », insiste Louise, lycéenne àAristide-Briand à Gap. « J’habite loin des cours, donc quand je fais 8h-18h, je me lève à 6h et quand je rentre, il est assez tard », déplore Hanna, du lycée Saint-Charles, à Marseille (1er). Au lycée Diderot (13e), Sacha se plaint d’emplois du temps « avec deux, trois, voire quatre heures de trous. Se lever à 6h pour aller au lycée pour un seul cours puis plus rien jusqu’à 15h, c’est aberrant ». Élève du même établissement, en filière technologique, Neila pointe des « emplois du temps chargés » : « Je finis tard tous les jours, même le mercredi ! »

    Les pauses déjeuners sont parfois passées à la trappe. « Notre temps de pause a été raccourci. On n’a plus que 55 minutes pour manger et avec toute la queue qu’il y a au self, il est parfois impossible de manger. Même les externes n’ont pas le temps de rentrer chez eux », s’agace Lilou, lycéenne du Parc Saint-Jean, à Toulon.

    Parcoursup

    « Un système déconnecté »

    Mise en place en 2018, durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron par les ministres Frédérique Vidal, alors chargée de l’Enseignement supérieur, et Jean-Michel Blanquer, à l’Éducation nationale, la plateforme Parcoursup cristallise la colère des élèves, de leurs parents et de certains enseignants. « Le problème avec Parcoursup, c’est qu’il y a trop d’inégalités, tout le monde ne peut pas accéder à son rêve. Je vise une fac de droit et de sciences politiques, c’est très demandé, donc il faut déjà avoir accès aux bonnes options. Mais elles ne sont pas proposées par tous les petits lycées de campagne ! C’est une élitisation de l’éducation, c’est injuste », peste Noah, en première au lycée Aristide-Briand, à Gap.

    Quelque 16,4% des contributions, à la consultation nationale, ciblent la plateforme nationale de préinscription en première année d’enseignement supérieur. « Parcoursup, ça me stresse. Les professeurs veulent bien nous aider, mais même eux sont parfois perdus avec la législation qui évolue sans cesse. J’ai raté pas mal de cours et j’ai peur que cela joue sur mon dossier », s’inquiète Nino, en terminale au lycée Frédéric-Mistral, à Avignon.

    Pour l’abrogation

    « Parcoursup, ça fait peur. Des élèves de terminale de notre lycée, qui avaient la moyenne partout, ont fait plein de vœux et se sont retrouvés sans études. On se dit que même si on a des bonnes notes, ça ne servira à rien », se désespère Margot. Elle et ses camarades de terminale du lycée Marie-Curie, dans le 5e arrondissement de Marseille, exigent l’abrogation de ce système jugé discriminant : « Si t’es pas privilégié en général, que tu viens pas d’un bon lycée, que t’as un mauvais prénom ou nom de famille… », glisse Sémiramis. À ses côtés, Antonin fulmine : « C’est un système complètement déconnecté de la réalité sur lequel il y a aussi les élèves qui veulent se réorienter. C’est normal que les classes soient surchargées ! » Le gouvernement a annoncé le remplacement, et non son abrogation, à la rentrée 2028.

    Droits à manifester

    « On revendique nos droits »

    Depuis le début du mouvement, le ministère de l’Intérieur recense 7 950 gardes à vue, dont 85% concernent des mineurs. L’IGPN a ouvert 36 enquêtes portant sur des violences présumées. « Certains blocus sont assez pacifiques et les policiers interviennent quand même, ils peuvent être violents et virulents. Faut pas oublier qu’on n’est pas des adultes », dénonce Jillian, lycéenne à Saint-Vincent de Paul, à Marseille (6e). « C’est la répression policière qu’on devrait blâmer plutôt que nous, qui revendiquons nos droits », fulmine Clara du lycée Saint-Charles, à Marseille (1er).

  • Des dizaines de milliers de manifestants à Marseille pour un avenir digne

    Des dizaines de milliers de manifestants à Marseille pour un avenir digne

    Ce samedi après-midi, l’interdiction de manifester dans le centre-ville de Marseille et l’important dispositif policier déployé, « robuste et agile » selon les mots du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, n’ont pas dissuadé des dizaines de milliers de personnes de se rassembler aux Réformés. Pour ce troisième samedi d’affilée, pour cet acte III de la mobilisation déclenchée par le mouvement lycéen, ils étaient 10 000 dans la rue, selon les chiffres de la préfecture de police déléguée, qui en comptait 17 000 le week-end précédent. Si aucune manifestation n’a été déclarée, à l’inverse du samedi précédent, c’est un cortège joyeux et pacifique qui s’est élancé vers le palais Longchamp.

    En amont de la participation, les militants communistes s’étaient rassemblés au pied des escaliers de la gare Saint-Charles, en dehors du périmètre d’interdiction de manifester. « Il y a une vraie colère dans le pays, qui est légitime, alerte Ariane Lombardi, membre du conseil national du PCF. Nous sommes là pour que le 5 novembre soit une réussite, nous sommes aux côtés des travailleurs pour faire entendre la voix du monde du travail, de la jeunesse. »,

    Revendications costumées

    Plus loin dans le cortège, ils étaient nombreux à être venus déguisés en ce jour d’Halloween. Ajoutant par leurs costumes de nouvelles façon d’interpeller le gouvernement. « Le capitalisme a mangé ma grand-mère », dénonce ce petit chaperon rouge. « Cruella ? Un ange en comparaison », affiche la protagonistes des 101 dalmatiens, son porte-cigarette au bord des lèvres.

    Au milieu de la manifestation essentiellement composée de lycéens, étudiants et jeunes travailleurs, Béatrice est venue sur un cheval de plastique. « J’ai lâché 120 euros dans le plein d’essence, je n’ai plus le choix maintenant », sourit l’institutrice, alarmée par la hausse des prix. « Avant, avec cette somme, on mangeait pour deux semaines. Maintenant, c’est une semaine. » Plus loin, les Dalton sont venus au complet, portant un avis de recherche pour un Macron dépeint en Lucky Luke. « Nous soutenons la grève du 5 novembre, nous allons la rejoindre, on espère qu’il y aura du monde », glisse Léon, électricien « en colère » venu en famille.

    S’il n’y avait pas d’appel officiel de leurs organisations, de nombreux syndicalistes se mêlent aussi à la foule. « Le gouvernement veut museler un mouvement social inédit, la jeunesse et les travailleurs demandent seulement un avenir digne », pointe Johnny Benoît, des territoriaux CGT de Marignane. Et d’annoncer : « Le 5 novembre, je serai en grève, nous nous mobilisons. »

    Cinq jours après les premières concessions du gouvernement, les lycéens restent aussi massivement présents. « Leurs annonces, ce n’est pas très sérieux », balaie Alissa, élève en première au lycée Saint-Charles. « Leurs mesures, c’est pour 2028, ils ne seront même plus au pouvoir, complète Djanette. Ils ont trouvé de nouveaux professeurs, mais ils étaient où ces dernières années ? » Alors, les amies regardent vers la date du 5 novembre appelée par l’intersyndicale : « Nous serons mieux protégées avec les syndicats et ça ramène plus de monde », estiment-elles. « La grève a un impact au niveau du travail, appuie à leurs côtés Manon. Être seulement dans les rues, le gouvernement n’en aura pas grand chose à faire. »

    Fin de journée tendue

    Dans les rues justement, le cortège oblique face aux nombreux barrages policiers qui orientent le parcours loin du centre-ville. Un long face-à-face immobilise la manifestation, boulevard Sakakini. Puis de nouveau aux alentours de 16h sur le boulevard Chave. Cette fois, la tête de cortège approche la ligne des CRS. De premiers jets de projectiles fusent, les forces de l’ordre répliquent. Si une partie du cortège se disperse au niveau de la gare de la Blancarde, d’autres veulent continuer. De nouveau sur le boulevard Sakakini, la police charge. Dans leur intervention, une personne attablée à un café est violemment matraquée, ne peut plus se lever et doit être pris en charge par les marins-pompiers. La préfecture de police confirme la prise en charge d’une personne « présentant des blessures légères ». Les manifestants, eux, se regroupent sur la Plaine, où un grand feu est allumé. Avant que ne tombent, plus tard dans la soirée, les grenades lacrymogènes. Ce dimanche matin, la préfecture de police annonce 19 policiers blessés légèrement, face notamment à « des groupes hostiles très mobiles », et 18 interpellations. Parmi elles, cinq personnes qui tentaient de cambrioler les réserves de Foot Locker. Une intrusion, dans l’école maternelle Saint-Savournin, a également été rapidement interrompue, sans dégâts majeurs.

    « Ni notre ville, ni les revendications légitimes et pacifiquement exprimées par les manifestants ne doivent être les victimes de ceux qui ne veulent que le chaos et la violence », dénonçait le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan. Qui insiste : « Ces revendications doivent trouver des réponses politiques. »

    « Ces revendications doivent trouver des réponses politiques »

  • À gauche, Sophie Rigaut se lance à la présidence du Département de Vaucluse

    À gauche, Sophie Rigaut se lance à la présidence du Département de Vaucluse

    C’était attendu, c’est désormais officiel : Sophie Rigaut (PS) brigue la présidence du conseil départemental. L’élue du canton de Vaison-la-Romaine a officialisé, vendredi, sa candidature dans un communiqué de presse. Ce lundi à partir de 9h30, les 34 conseillers départementaux se réunissent pour désigner un successeur à Dominique Santoni (LR). La présidente a dû démissionner de sa fonction – elle reste conseillère départementale – après son élection au Sénat.

    « Je suis la candidate d’un collectif, avec mes collègues, il nous paraît important de marquer une candidature avec des priorités sur lesquelles il y a une attente, même s’il reste 18 mois de mandat », confie, à La Marseillaise, celle qui préside le groupe « Pour un Vaucluse solidaire et écologique ». « Notre assemblée a la responsabilité majeure de porter les politiques de solidarité territoriale et humaines indispensables à nos concitoyens », souligne-t-elle dans sa déclaration.

    Avantage Mounier ?

    À l’instar de ses prises de parole régulières en séance sur la protection de l’enfance, Sophie Rigaut entend « protéger les plus vulnérables d’entre nous en proposant une prise en charge adaptée aux enfants placés sous notre protection, à nos aînés, aux personnes en situation de handicap et en situation d’insertion ». Allusion à la gestion décriée du RSA par la majorité de droite. Amplification de « la politique d’accès à la santé », mais aussi plus de « volontarisme » pour construire des « logements abordables » font également partie de la feuille de route. Plan climatique aux collèges, eau, agriculture et soutien aux sapeurs pompiers complètent les axes programmatiques.

    Reste à savoir qui sera séduit par cette candidature dans une assemblée morcelée. Outre Sophie Rigaut, Anthony Zilio est le seul autre candidat déclaré (notre édition de jeudi). Le maire (DVC) de Bollène, qui avait fini par soutenir Dominique Santoni en 2021, se pose en rassembleur des blocs égaux de droite et de gauche [12 élus chacun en théorie]. Côté majorité de droite, aucune annonce officielle n’a été faite, mais Christian Mounier, vice-président délégué à l’eau et à l’agriculture, sera le candidat. Le groupe RN, fort de 7 élus, devrait se tenir à l’écart des candidatures et s’abstenir. L’extrême droite dispose d’un dernier élu, Jonathan Argenson, dernier survivant de la bompardie (Ligue du sud).

    Sophie Rigaut trace son chemin et, selon nos calculs, pourrait récolter 10 voix. Les 6 de son groupe – outre la sienne, Annick Dubois, Laurence Lefèvre, Alexandre Roux, Fabrice Tocabens et Rémy Blanc – plus 4, venues de Samir Allel (Ecologistes) et du centre gauche. À savoir le binôme Jean-François Lovisolo / Noëlle Trinquier et Max Raspail, le doyen qui présidera la séance. Selon nos informations, sa binôme Myriam Silem pencherait plutôt par le vote Zilio. Contactée, elle n’a pas donné suite. « Chacun vote en son âme et conscience, je suis fière d’avoir rassemblé autour des grandes orientations qui nous tiennent à cœur et qui sont le fruit d’un travail collectif », ne s’appesantit pas Sophie Rigaut. Pas plus que sur la candidature d’Anthony Zilio, avec qui des échanges ont eu lieu jusqu’à lundi. Est-ce que le choix du maire de Bollène a fait douter Sophie Rigaut pour se présenter ? « Non, pas du tout », assure-t-elle.

    Beaucoup d’observateurs doutent du dessein d’Anthony Zilio, qui ne pourrait recueillir que 3 voix : la sienne, son binôme Christine Lanthelme et Myriam Silel. Cela signifierait que la majorité de droite serre bien les rangs et fait bloc derrière Christian Mounier. L’ex-maire de Cheval-Blanc pourrait ainsi glaner 13 suffrages, les 12 de son groupe et celui de Léa Louard (ex-écologiste). Sachant que la majorité absolue est à 18 voix, plusieurs tours sont à prévoir.

  • [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité

    [Rue de la République] Posez vos questions à notre invité

    Etat des lycées, climat social, priorités régionales, futures échéances…

    À vous la parole ⬇️

  • Marseille : des milliers pour défendre les libertés

    Marseille : des milliers pour défendre les libertés

    Venant de toutes artères de Marseille mais aussi des communes voisines où les regroupements étaient interdits, des dizaines de milliers d’étudiants, de militants, de retraités, de chômeurs, ont convergé samedi à Marseille dans une ambiance enjouée et déterminée pour la seule manifestation autorisée par la Préfecture, un acte II d’une grande puissance protestataire.

    « C’est une grande satisfaction, un ouf de soulagement pour nous la CGT et les autres syndicats d’avoir emmené cette manifestation pour la liberté d’expression de nos revendications » s’est félicité en fin de parcours Marc Pietrosino, secrétaire général de l’UD CGT 13. Il revendiquait 100 000 manifestants contre 17 000 selon la Préfecture dans ce cortège intersyndical CGT, FSU et Solidaires colossal.

    Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG) a salué le « calme » de la manifestation et un dispositif policier qu’il a estimé cette fois « à la hauteur de l’enjeu » après les folles exactions du 17 octobre. Plus tard, il rejoignait le poste de supervision urbain, des débordements sporadiques ayant lieu avec des dégradations et des pillages dans une ambiance de lacrymogènes et de feux de poubelles. Dimanche matin, la Préfecture comptait pour tout le département 7 commerces pillés ou dégradés, 71 interpellations dont 40 majeurs et 61 gardes à vue.

    Pour le préfet, cette manifestation dérogatoire s’est déroulée « dans de bonnes conditions ». Lancé à 14h15, après une minute de silence aux Réformés en hommage aux victimes de l’attentat criminel raciste de Trappes, l’immense cortège emmené par la CGT et de nombreux militants et élus communistes prenait la direction de la gare Saint-Charles, sécurisé par les dockers CGT. Postés sur la Canebière près d’un canon à eau, des CRS continuaient de barrer l’accès de l’hypercentre à de potentiels fauteurs de trouble pour ne pas répéter le sac du 17 octobre.

    « On vient de Carpentras, on tenait à manifester dans une ville où ça a de l’ampleur » expliquent Alia et Ludivine, motivées comme jamais. « Nous sommes en guerre contre ce gouvernement corrompu » proclame la pancarte de la mère. « Tout ce que j’ai retenu de la Marseillaise, c’est aux armes citoyens ! » dit celle de sa fille. Les pancartes en disent long et gros sur la colère sociale concentrée sur Emmanuel Macron, figure d’un pouvoir honni. « La voilà ta République en marche, connard ! » conspue celle d’Émilie venue avec Pierre son papa. « La répression policière fait peur, mais ça fait longtemps qu’on n’a pas ressenti des émotions aussi fortes en manif. Ça redonne de l’espoir d’être tous ensemble » assure ce dernier.

    « Ils fabriquent la misère puis nous facturent la survie » a écrit Céline, éducatrice spécialisée qui n’a pas eu peur de venir « pour défendre les lycéens et les travailleurs sociaux » et qui est comblée de voir « tout ce monde de tous âges ». « M-A-C-R-O-N, Menteur, Arrogant, Corrompu, Répressif, Odieux, Narcissique » a écrit en grosses lettres Oscar, jeune chômeur pour qui « c’est un ras le bol accumulé de ces dix dernières années, le gouvernement Macron, la gestion de la crise Covid et des gilets jaunes, l’ignorance des cahiers de doléances, même l’affaire Epstein, tout !!! » Des Scop-Ti (ex-Fralib) sont là. Des parents d’élèves aussi. « On est un collectif de 360 parents « vaillants et révolutionnaires » des lycées de Marseille.

    Eva et son ami sont descendus d’Aix pour dénoncer les conditions d’enseignement à la faculté de droit Robert Schumann, mais pas que : « On n’arrive pas à joindre les deux bouts, on a peur de l’avenir. » Eugène, 19 ans, en BTS de cybersécurité, s’est déguisé en banane et en tutu rose pour demander lui aussi de « meilleures conditions matérielles d’études. »

    « Manu, Manu, jusqu’à la victoire ! » « Tout le monde emmerde le Rassemblement national ! » « Siamo tutti antifascisti ! » claquent dans les mains la foule hétérogène de ce très long cortège sécurisé par les dockers de la CGT qui a emprunté les allées Léon Gambetta, le boulevard d’Athènes, la gare Saint-Charles, la Place Marceau pour ensuite se disperser à la Porte d’Aix où des CRS finissent par gazer des manifestants boulevard des Dames. « La liberté est un droit fondamental. Sans elle, il n’y pas de véritable justice, pas d’égalité et pas d’avenir ! » venait de conclure au mégaphone une militante CGT. « Nous voulons la paix, la liberté pour construire un monde plus juste. Ne restons pas silencieux, continuons à défendre nos droits. La liberté a besoin d’hommes et de femmes prêts à la défendre ! Ensemble faisons vivre la liberté et rendez vous au 5 novembre ! » « Je suis là en solidarité avec la jeunesse quand je vois tous les coups qu’ils se sont pris pour exprimer leurs revendications » dit Jessie, mère de quatre enfants venue de Vitrolles pour affirmer son « droit à manifester ».

  • La région placée sous une chape de plomb

    La région placée sous une chape de plomb

    La décision du préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, est tombée telle un couperet en fin d’après-midi, ce jeudi 22 octobre : les manifestations sont temporairement interdites ce samedi, dans le département, pour « prévenir des troubles à l’ordre public ». Au regard des « événements survenus le week-end dernier à Marseille », marqués par « de nombreux pillages, dégradations et actes de vandalisme », justifie le représentant de l’État, et « pour des raisons de sécurité et de disponibilité des forces de sécurité intérieures », cette mesure s’applique à toutes les manifestations déclarées ou non, « y compris celles portant sur d’autres sujets que le pouvoir d’achat ».

    Quand le chef de l’État, Emmanuel Macron, annonçait dans la matinée l’interdiction des mobilisations non organisée par des syndicats. La veille, le préfet du Var avait pris une décision similaire pour Toulon, tout en maintenant concert et match de rugby.

    Le couvre-feu pris pour certaines zones de Marseille, le centre-ville et des zones commerciales de Grand Littoral ou de la Valentine, Plan-de-Campagne à Cabries et la zone des Paluds à Aubagne, est élargi pour les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi aux majeurs, dès samedi 23h.

    Pas de transports

    Les horaires sont modifiés : le couvre-feu démarrera une heure plus tard pour être effectif de 23h à 5h. À Marseille, le périmètre est étendu aux bâtiments publics et institutionnels. Métro, tramway, bus… Tous les transports en commun sont interrompus de samedi 5h à dimanche 5h sur toute l’agglomération marseillaise, en direction des zones commerciales de Plan-de-Campagne, Vitrolles, Aubagne, Miramas, mais aussi entre Aix-en-Provence et Marseille, entre Aix-en-Provence et Salon-de-Provence et entre Marseille et Salon-de-Provence.

    Pour les commerçants, des « mesures de sécurité passives » ont été définies en lien avec la Chambre de commerce et d’industrie et la Ville de Marseille, sans que ces dernières soient détaillées. Les agents municipaux ayant aidé depuis le 17 octobre à poser des panneaux de bois pour protéger les ouvertures des magasins dont les vitrines ont été détruites. Des arrêtés interdisent aussi « le port d’équipements de protection individuelle » de type casques, gants ou lunettes. Le transport de carburant est prohibé comme la vente, le port et le transport d’armes par destination.

    En mettant sous l’éteignoir tout un territoire, l’État a franchi un cap dont d’aucuns pointent déjà l’inconstitutionnalité. Pire, à jouer les pompiers pyromanes, il prend le risque d’attiser une colère déjà enracinée…