Tag: Coupes budgétaires

  • Les salariés du secteur médico-social en action

    Les salariés du secteur médico-social en action

    De la petite enfance aux jeunes majeurs à protéger, de personnes en situation de handicap ou en dépendance, ils sont plus de 3 000 à être accueillis et accompagnés dans les 7 dispositifs de la trentaine de sites gérés par Sauvegarde 13 qui emploie 950 salariés. Ces missions qui participent à la mise en œuvre de politiques publiques sont mises en péril par un déficit de moyens alertent à nouveau les syndicats.

    Mobilisés dans la cour de l’association départementale, 4 rue Gabriel Marie dans le 10e arrondissement de Marseille, où ils organisent un pique-nique revendicatif les salariés exigeront : « Des financements adaptés, des emplois préservés et des droits respectés », résume Myriam Machy, déléguée syndicale CGT Sauvegarde 13. Les syndicats CGT et CFDT Santé-sociaux ont appelé à une journée morte dans les établissements et ont demandé audience auprès du directeur général.

    « Aujourd’hui, la situation financière de l’association est particulièrement préoccupante. Et les orientations retenues pour rétablir l’équilibre budgétaire pèsent sur les emplois, les conditions de travail et la qualité de l’accompagnement proposé », annoncent les syndicats, précisant : « Le CSE central a déclenché une alerte économique et engagé une expertise des comptes. » Dans les crèches, les salariés sont confrontés à « des remplacements qui se raréfient et un nombre d’enfants en augmentation », dans les IME « les dépenses sont réduites » et la direction « vient encore demander des efforts aux personnels dans les établissements ».

    Jérémy Bacchi en soutien

    Soumis à la logique des appels d’offres publics les établissements et services médico-sociaux sont confrontés à des tensions financières croissantes « À l’heure où les difficultés du secteur social et médico-social, et notamment la crise de la protection de l’enfance, sont régulièrement pointées du doigt, il est indispensable de donner aux professionnels les moyens d’exercer leurs missions », a appuyé le sénateur communiste Jérémy Bacchi qui apporte son « plein soutien » à la mobilisation. Les syndicats n’exonèrent pas « la gouvernance associative de ses responsabilités » et exigent « de la transparence ». Ils se joignent également à l’appel à manifester du 5 novembre.

  • Les élus locaux d’Occitanie font bloc pour défendre le thermalisme

    Les élus locaux d’Occitanie font bloc pour défendre le thermalisme

    Plusieurs centaines d’habitants et de curistes se sont retrouvés en fin de matinée devant les thermes de Balaruc-les-Bains. Ils répondaient à l’appel « #DeboutPourNosCures », lancé sur les réseaux sociaux par la Spleth, la société gestionnaire des thermes et dont la commune est actionnaire majoritaire (lire ci-dessus). À la tribune, entouré de son équipe municipale, le maire (PS) de Balaruc, Christophe Rioust, a défendu le bien-fondé des soins délivrés dans les équipements thermaux. Le président (PS) de l’intercommunalité Sète Agglopôle Méditerranée, Loïc Linares, est allé dans son sens : « Quelques millions d’économie, en enlevant les bénéfices du thermalisme, vont handicaper demain la Sécurité sociale. » Les autres maires, conseillers régionaux et parlementaires présents ont tour à tour fustigé une « médecine à deux vitesses » et un « plan social » dans le secteur du thermalisme.

    Le sénateur (PS) Hussein Bourgi a dit vouloir rencontrer la préfète de l’Hérault ainsi que l’Agence régionale de santé (ARS). Il a suggéré que les conseils municipaux votent des motions pour le maintien du remboursement. Il a aussi annoncé une démarche conjointe avec d’autres sénateurs. Le député (LFI) Sylvain Carrière envisage de faire de même à l’Assemblée nationale. Marie Costa, la maire (DVD) de la ville thermale d’Amélie-les-Bains-Palalda (Pyrénées-Orientales), et présidente de la Fédération thermale d’Occitanie, a évoqué la pétition qu’elle a postée sur Change.org et intitulée « Le thermalisme, poumon socio-économique de nos territoires ». Le texte a déjà recueilli plus de 50 000 signatures.

  • [Entretien exclusif] François Crémieux, AP-HM : « Nous avons deux années devant nous qui sont les plus difficiles »

    [Entretien exclusif] François Crémieux, AP-HM : « Nous avons deux années devant nous qui sont les plus difficiles »

    La Marseillaise : Le conseil de surveillance a alerté, le 16 octobre, sur les difficultés de trésorerie de l’AP-HM. Comment en arrive-t-on là ?

    François Crémieux : C’était attendu depuis plusieurs années, la Chambre régionale des comptes avait fait ce diagnostic-là dès 2022. Entre 2005 et 2016, l’AP-HM s’est endettée de manière exceptionnelle à hauteur de plus d’un milliard d’euros, ce qui l’a conduite à être endettée à hauteur de 90% du montant de ses recettes, une situation exceptionnelle en France. Sur la même période, les déficits se sont cumulés. Les aides reçues pendant le Covid ont gelé tout cela. Dans l’après-Covid, nous avons eu, au tout début, beaucoup de postes vacants, et donc des dépenses et des recettes moindres. Mais cela continuait à être sécurisé par les dispositifs Covid. Désormais, nous nous retrouvons dans la situation d’avant le Covid, avec un endettement qui reste extrêmement élevé, même s’il a baissé progressivement. Depuis 2020, il est passé de plus d’un milliard à 850 millions d’euros, et en proportion du budget, il a baissé de 90% à 45%. Nous avons repris notre activité normale, nous avons à la fois recruté des professionnels et rouvert des lits. Résultat, nous nous retrouvons face à l’impact de cette dette historique sur notre trésorerie. Au moment des discussions sur les reprises de dette post-Covid, l’AP-HM aurait dû avoir une reprise de dette d’à peu près 500 millions d’euros, finalement, cela a été capé à environ 250 millions d’euros. La situation s’aggrave en 2027 parce que nous avons les décaissements des grands plans de travaux, comme le projet du pôle Femmes-Parents-Enfants. Cela nécessite des aides en trésorerie exceptionnelles pour l’assistance publique en 2027 et 2028.

    Vous alertez sur un risque pour la continuité du service public. Quelles sont les conséquences aujourd’hui ?

    F. C. : La direction des finances jongle avec une trésorerie très serrée, cela nous oblige à prioriser nos paiements. Nous avons un délai de paiement moyen de 110 jours, cela devrait être légalement à 40 jours. En France, les hôpitaux sont en moyenne autour de 70 jours. Nous arrivons bon an mal an à prioriser nos versements en fonction de l’urgence pour nos fournisseurs et des nécessités pour continuer notre activité. Mais il ne faut pas que ça s’aggrave plus. Il faut que la trésorerie permette à tout moment de ne pas augmenter significativement les délais de paiement au-delà d’une centaine de jours.

    Cela risque-t-il de retarder les chantiers de modernisation de l’AP-HM ?

    F. C. : Ce serait le pire des scénarios. Les chantiers de modernisation sont très largement subventionnés, il n’y a pas d’impact budgétaire sur nos investissements puisque nous avons des subventions de l’État, notamment dans le cadre de Marseille en grand, et des collectivités territoriales. Aucun de ces co-financeurs ne nous fait défaut. Mais il faut qu’on s’assure que la trésorerie soit là pour pouvoir décaisser au moment où ces bâtiments sont livrés.

    L’État est venu en aide à l’AP-HM l’été dernier, cela n’a pas suffi ?

    F. C. : Les aides annoncées, deux fois 20 millions d’euros en 2025 puis en 2026, étaient nécessaires pour tenir cette trésorerie. C’était un engagement de Madame Catherine Vautrin. Nous avons maintenant besoin d’un engagement pour 2027 et 2028.

    De quoi l’AP-HM a-t-elle besoin pour passer ce cap ?

    F. C. : Nous ne pouvons pas donner de chiffre précis, c’est en cours de discussion, y compris techniquement. L’ordre de grandeur serait à peu près de 70 millions d’euros, pour maintenir cette trésorerie à hauteur d’une centaine de jours de délais de paiements en 2027.

    Comment l’AP-HM fait-elle pour réduire ses dépenses dans ce contexte ?

    F. C. : Il n’y a pas de baisses de dépenses, nous ralentissons leur progression, comme tous les autres hôpitaux. En 2026, les dépenses de personnel n’augmentent que de 3%, pour des raisons liées à l’évolution des carrières, à l’augmentation des rémunérations pour les gardes et astreintes des médecins. Mais les dépenses de médicaments augmentent de 8% alors que les tarifs n’augmentent pas en 2026. Nous avons un plan d’efficience, comme d’autres, avec une série de mesures. Sur le personnel, nous déployons des pools de professionnels pour compenser les absences et éviter de fermer des lits, maintenir l’activité. Nous travaillons à la maîtrise de la prescription de médicaments et de biologies, qui sont deux éléments qui coûtent, avec un travail sur la traçabilité des dispositifs médicaux. Nous avons aussi fait des efforts considérables sur la dépense énergétique qui augmente, parce que les prix du gaz et de l’électricité ne baissent pas…

    À quel point la flambée des matières premières et des taux d’intérêt pèsent ?

    F.C. : Jusqu’à présent, l’inflation est restée modérée, autour de 3%, mais elle commence à augmenter. Pour l’instant, nos plans d’investissements tiennent leurs budgets : nous avions prévu 23 millions d’euros pour le nouveau Samu, il a coûté environ 22 millions d’euros. Nous nous attendons à 3,5% d’inflation pour les prochains mois, il faut réussir à l’absorber puisque les tarifs n’augmentent pas. Sur les intérêts, nous payons 15 millions d’euros de plus qu’un CHU équivalent dans une situation normale. Et cela fait dix ans que cela dure.

    Craignez-vous les conséquences du projet de loi de financement de la Sécurité sociale actuellement examiné au Parlement ?

    F. C. : Je ne le crains pas particulièrement, mais clairement, cela va être des années difficiles. Il y a aujourd’hui un Ondam [Objectif national des dépenses d’Assurance-maladie, Ndlr] contraint, des tarifs annoncés aujourd’hui à 0% d’évolution. Pourtant nous avons une inflation, une augmentation des taux d’intérêt, l’évolution naturelle des dépenses de personnel et une augmentation très importante des dépenses de médicament. Comme tous les hôpitaux de France, il faut que l’on fasse des efforts assez vite. La difficulté majeure, c’est que nous ne sommes pas un hôpital comme les autres. Nous sommes une assistance publique qui a connu une décennie 2010-2020 de dégradation massive de sa situation financière, et qui connaît une décennie 2020-2030 de rétablissement douloureux de sa situation, en termes d’activité, de fonctionnement, d’investissement, de sécurité. L’objectif est que l’on puisse avoir une décennie sereine en 2030-2040 pendant laquelle nous pourrions réemprunter, développer notre activité, continuer à attirer les professionnels avec des conditions de travail acceptables. Nous devons tenir bon pour amener l’AP-HM à bon port en 2030. Pour ça nous avons deux années devant nous qui sont les plus difficiles, parce que cela coïncide avec les perturbations politiques, géopolitiques, et en même temps avec les gros décaissements pour son plan de modernisation et avec l’historique de cette trésorerie.

    Vous restez optimiste ?

    F. C. : Je suis très optimiste parce que l’AP-HM a montré depuis quelques années qu’elle était capable de se rétablir par rapport à la décennie précédente. Nous avons une activité très dynamique, en augmentation de plus que 4% en 2026, avec un développement de l’hospitalisation à domicile, de l’ambulatoire, avec des équipes très mobilisées. Le plan Marseille en grand se déroule exactement comme annoncé, les travaux n’ont pas de retard, les budgets n’augmentent pas. Oui, nous allons trouver la manière d’être accompagnés pour permettre de passer les deux-trois dernières années compliquées avant une décennie 2030 où les choses seront nettement mieux.

    Rencontre avec l’ARS

    Alors que le directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Yann Bubien doit rencontrer la direction des hôpitaux de Marseille ce mercredi, il promet : « Nous allons voir ce que nous pouvons faire de mieux pour aider l’AP-HM, qui est notre navire amiral. » Mais il tient à rappeler : « Nous l’aidons déjà beaucoup, nous finançons l’ensemble des projets immobiliers avec les collectivités territoriales, ce qui est rarissime, et nous aidons déjà en trésorerie. »

    Y.S. avec M.R.

  • Ailleurs en Europe, la jeunesse aussi se révolte

    Ailleurs en Europe, la jeunesse aussi se révolte

    Ils veulent étudier dans des conditions dignes, rejettent la casse des services publics et la militarisation de l’économie, exigent de pouvoir vivre de leur travail, habiter dans des logements salubres aux loyers décents quand certains dénoncent la corruption de leurs dirigeants. Ils rejettent la politique néolibérale qui leur a été imposée par leurs aînés et dont ils subissent les conséquences. Loin d’ouvrir le dialogue, les capitales européennes choisissent la répression. En Espagne, au Portugal, en Belgique, en Italie mais aussi en Grèce, en Albanie et en Serbie, cette jeunesse qui rêve d’un monde meilleur et plus juste ne recule pas et déambule dans les rues, solidaire, s’inspirant des luttes de son voisin.

    Témoignages recueillis par Laureen Piddiu à lire ci-dessous

    En Espagne, « le reflet de la crise du logement »

    Au Portugal, « l’extrême droite en puissance » En Serbie, « contre la corruption »

    En Albanie, « on ne trouve pas de travail »

    En Belgique, « la militarisation signifie la casse de nos services publics »

    En Serbie, « contre la corruption »

    En Italie, « transformer la colère, un défi »

    En Grèce, « pour la guerre, il y a de l’argent !

  • [La jeunesse européenne se révolte] En Belgique, « la militarisation signifie la casse de nos services publics »

    [La jeunesse européenne se révolte] En Belgique, « la militarisation signifie la casse de nos services publics »

    La protestation, partie des régions francophones, s’est, peu à peu, étendue au reste du pays et au monde du travail. Les syndicats CSC, la FGTB et Synova, appellent à une journée de mobilisation le 23 novembre prochain, contre les mesures austéritaires prévues par le gouvernement « ces préoccupations méritent des réponses politiques à la hauteur des enjeux. Les organisations syndicales refusent que l’ajustement des finances publiques se fasse une fois de plus sur le dos des travailleurs, des allocataires sociaux et des services publics », dénoncent-ils dans un communiqué publié ce mercredi.

    Octave Daube, député du Parti du travail de Belgique (PTB)

    « Le mouvement a commencé au printemps 2025. Nous avons des ministres qui sont à l’offensive pour casser l’enseignement et ont forcé les profs à travailler plus pour le même salaire. Les élèves du secondaire sentent que c’est leurs conditions de travail qui vont être dégradées par les attaques sur leurs enseignants. Au même moment, l’enseignement supérieur subi toute une série d’attaques avec le coût des frais d’inscription qui est passé de 835 euros à 1 200 euros d’une année à l’autre. Ces jeunes ont repris la mobilisation à la rentrée en bloquant les établissements, manifestant et se formant politiquement. La génération qui se lève est impressionnante. Partout en Europe, la jeunesse a conscience que la militarisation du continent à vitesse grand V signifie la casse de tous nos services publics. »

  • [Entretien croisé] « Grigny et Marseille s’attaquent à la pauvreté »

    [Entretien croisé] « Grigny et Marseille s’attaquent à la pauvreté »

    La Marseillaise : L’actualité
    est marquée par le mouvement lycéen, suivi par cette journée du 17 octobre émaillée de violences. Comment l’avez-vous vécu en tant que maires ?

    Jean-Marc Coppola : Ce qui m’a frappé en rencontrant les lycéens, c’est qu’ils n’avaient pas d’interlocuteurs. Nous avons eu un échange avec une trentaine d’entre eux, nous leur avons donné la parole en conseil d’arrondissements. Ils sont d’une grande maturité, ils ont des revendications tout à fait justes. Mais le gouvernement ne répond pas à la hauteur de ce qu’ils demandent en matière de bonnes conditions d’études, de dignité, de respect. Ils n’ont pour seules réponses que des violences policières, auxquels nous avons été confrontés dans le 15e arrondissement. Derrière, il y a eu un samedi de chaos, auquel on ne s’attendait pas, avec cette accusation que ce sont des jeunes de quartiers, des cités qui viennent, alors qu’il s’agit d’éléments extérieurs. L’expression contre les institutions, la Marianne à terre, montrent une grande défiance. Je ne suis pas de ceux qui disent que parce que les politiques publiques sont violentes il faut répondre par la violence. La violence n’a jamais rien donné. Mais ce qui est inattendu aussi, c’est la réponse inappropriée de l’État qui n’a pas anticipé ce qui s’est passé, face à quelque chose de très organisé. Un État qui n’est plus capable de protéger ses concitoyens est un État en délabrement total. C’est le résultat de politiques menées depuis très longtemps, particulièrement avec Emmanuel Macron depuis dix ans. Cela pose des questions sur ce qu’il faut recoudre, des actes à prendre pour montrer que l’on entend les souffrances, la violence sociale. Nous sortons d’une rencontre avec des mères à la Castellane, qui nous disent qu’elles veulent le mélange, que l’humain soit pris en compte, qu’il faut de la mixité. Il faut des politiques qui rétablissent de la justice et de l’égalité.

    Philippe Rio : À Grigny, je n’ai ni commissariat, ni lycée. Mais nous avons donné la parole aux lycéens, j’ai été devant des lycées pour écouter longuement. Il y a une exigence d’égalité très claire. Les manifestations parisiennes se sont faites dans la joie, les élèves, les professeurs, les parents d’élèves étaient présents. Se retrouver ensemble pour réclamer la même chose, un avenir, c’était extrêmement rafraîchissant. Ce mouvement de samedi, des gens m’en parlent depuis quinze jours. Des gens qui ne sont pas politisés, qui n’ont jamais été à des manifestations qui me demandaient si j’y allais. Il y a un symbole dans la France invisible qui se dit qu’il se passe quelque chose, c’est le signe d’une colère extrêmement profonde. Je condamne sans conteste tous les dérapages qui ont eu lieu. Mais le biais médiatique aujourd’hui fait qu’on oublie le mouvement social, la lutte contre la vie chère. Au bout de dix ans, on se dit que la question des libertés publiques, de l’ordre public, des privatisations rampantes se pose dans le pays. Cela fait une addition très importante, il n’y a plus rien qui fonctionne. Il y a des Français polarisés et un président de la République qui appelle à la rescousse les corps intermédiaires pour demander l’arrêt des violences après nous avoir mis de côté pendant dix ans, mais qui ne donne aucun débouché. Nous sommes en début de mandat et on nous prend 7 milliards d’euros pour rembourser les dettes du pays, de l’argent que l’on n’a plus comme le service public de proximité. Nous sommes la dernière digue et on nous prend encore des moyens !

    Vous avez parlé des revendications sur le pouvoir d’achat. Il y a le même niveau de vie à Grigny que dans ce secteur. Que pouvez-vous faire face à la misère ?

    P.R. : Grigny et Marseille sont les deux villes qui en France ont décidé de s’attaquer à la pauvreté. Nous sommes au XXIe siècle dans la sixième puissance mondiale et ce sont des collectivités locales qui aujourd’hui se disent qu’il faut faire de la rénovation urbaine de manière XXL, s’attaquer aux copropriétés dégradées. Le logement est le premier poste de dépense des Français, si le logement va mal, les familles vont mal. Même s’il y a aussi l’emploi, l’éducation, parce qu’inégalités sociales et scolaires se nourrissent mutuellement. Nous ne sommes pas dans le déni : ça s’appelle de la pauvreté. Elle touche d’abord nos enfants, deux tiers des enfants à Grigny. Ce sont les femmes aussi, les familles monoparentales. Quand on prend le sujet pour construire des politiques publiques, on s’aperçoit qu’il y a plein de choses qui dysfonctionnent. Quand la moitié de ceux qui pourraient toucher le minimum vieillesse ne le touchent pas chez nos anciens, notre monde est détraqué. Nous avons décidé courageusement d’apporter des réponses, d’interpeller l’État. Ce n’est pas simple. Il y a trois ans, je suis venu ici à Marseille pour voir comment vous faisiez votre stratégie pauvreté, avec Audrey Garino [alors adjointe PCF aux solidarités, Ndlr]. Il y a eu une expérimentation, territoire zéro non-recours aux droits. Cela commence à fonctionner, j’ai interpellé l’État pour que cela ne s’arrête pas à la fin de l’année, avec une tribune ce mardi dans Libération.

    J.-M.C. : Nous sommes dans un secteur où il y a beaucoup de solidarités, à l’échelle de la cité. Cela tient comme ça, par ces associations qui permettent cette solidarité, qui permettent de la dignité mais ne règlent pas les problèmes de fond de la pauvreté. Il y a de nombreuses préoccupations sur ce secteur, mais la question de pouvoir manger se pose tous les jours.

    P.R. : Nous allons reprendre les distributions et nous allons voir de nouveaux visages, des travailleurs, nos anciens qui après une vie de labeur vont faire la queue ! Il y a un gouvernement qui ne peut plus faire et un peuple qui n’en veut plus. Nous, les communes sommes au milieu de tout cela et nous devons faire face à ces défis, à la pauvreté, au changement climatique. On l’a vécu pour la première fois avec une telle importance cet été. Dans ce moment très complexe, nous avons un rôle particulier à jouer. Dans ma ville, j’ai les petits-déjeuners financés par l’État pour tous les enfants et heureusement. J’ai dû me battre. Pareil pour qu’ils paient moins cher les inscriptions sportives, je fais entre 0 et 75 euros et j’ai 2 000 inscrits de plus dans mes clubs, avec 40% de filles.

    J.-M.C. : En tant que maire de secteur, je suis l’oreille et le porte-voix des souffrances et des aspirations à vivre dignement. Le trait d’union entre les institutions, la mairie centrale, la Métropole, l’État… pour apporter des réponses et des solutions concrètes. Les élus de proximité sont en première ligne et on doit surmonter des paradoxes. Sur le logement, il en manque 70 000 à Marseille. Mais quand on vient nous en demander, on ne veut pas montrer l’impuissance de la politique. Il faut contraindre là où se décident les choses, là où sont les moyens. C’est ce que nous avons fait lors du dernier mandat, auprès de l’État qui pendant des décennies a complètement délaissé Marseille. Sans l’État, nous n’aurions pas pu répondre à l’incurie sur les écoles. On essaie de mener des politiques de proximité utiles, de lutter contre les inégalités en mettant des priorités. On construit des écoles prioritairement dans nos quartiers, là où rien n’a été fait pendant des années. Aujourd’hui, on ne peut pas avoir un État qui abandonne les collectivités, les étrangle, nous rend impuissants. C’est terrible.

    Justement, vous ouvrez des services publics, mais en même temps, les centres sociaux et missions locales perdent des subventions, les services publics de l’État ferment. Vous ne vous sentez pas impuissants ?

    P.R. : C’est la question qu’on se pose tous les matins. Quand on parlait de logement, on mettait cinq ans pour avoir un logement social quand j’ai été élu maire [en 2012, Ndlr]. Aujourd’hui, c’est dix ans. Mais il faut toujours avoir de l’espoir. Même sans espoir, la lutte est encore un espoir, comme disait Romain Rolland. On arrive à bouger des choses. Je dis souvent à mes interlocuteurs de l’État, si vous voulez réussir la République, vous devez réussir Grigny. Si on veut réussir la France, il faut réussir Marseille. Je ne comprends pas pourquoi la deuxième ville de France est dans cet état. Marseille est un mystère pour moi. Une telle capacité à faire rayonner la France, et cette situation hallucinante. Je suis venu à Marseille il y a dix ans pour le plan initiatives copropriétés lancé par Julien Denormandie, du temps de la rue d’Aubagne. J’ai signé la deuxième opération d’intérêt national de rénovation de copropriétés dégradées, pour 5 000 logements. J’y habite, je viens du quartier de la Grande Borne. Tous les ans je vais à Paris, on parle toujours de nos deux villes sur les copropriétés. Nous sommes à l’avant-garde des défis de notre nation. Mais sur le logement : on en est où sur l’encadrement des loyers ? C’est le 26 novembre que l’expérimentation s’arrête. 83% des Français sont favorables, la crise sociale en Europe est autour du logement et pour la première fois il a été créé une commission européenne au logement. Il faut un encadrement des loyers obligatoires dans les opérations de requalification des copropriétés d’intérêt national. À Grigny, les marchands de sommeil louent à 50 euros le mètre carré ! C’est une mesure contre la vie chère facile à mettre en œuvre et qui fonctionne.

    J.-M.C. : Un des facteurs de mobilisation, c’est aussi de revaloriser ces quartiers. Je suis frappé des initiatives des adolescents eux-mêmes qui au centre social de Campagne Lévêque prennent une caméra et font un film de 10-15 minutes pour montrer que cette jeunesse n’est pas celle qui est décrite, dont on doit avoir peur. Ils montrent que leur quartier, leur cité est belle, ils grandissent là-dedans. Ici, il y a autant de qualités, d’atouts, de talents qu’ailleurs. Cela accompagne les initiatives que l’on peut prendre en direction des autres collectivités, de l’État, pour rassembler, dire que l’on existe. Par ces discussions, on peut montrer comment trouver des solutions, expliquer qu’il y a une indécence à avoir autant d’inégalités, d’avoir autant de richesses dans ce pays qui ne participent pas à un vivre ensemble. Nous sommes avant une échéance importante, et peu en parlent. Le leitmotiv depuis des années c’est on va baisser les impôts, mais l’impôt c’est la redistribution des richesses ! Il faut une grande réforme de la fiscalité pour donner des moyens aux collectivités, pour que les missions régaliennes de l’État soient aussi respectées. Redonner confiance, valoriser, cela permet de relever la tête. Je suis frappé par les initiatives bénévoles des habitants pour nettoyer leur quartier, créer des jardins partagés et ils attendent de nous qu’on les soutienne, qu’on les accompagne. Ce sont des petites choses mais la dignité passe par là.

    Il y a une chape de plomb à briser avec cette image que l’on peut avoir des quartiers Nord à Marseille, où celles renvoyées
    par Tibo Inshape quand il patrouille avec la Bac à Grigny ?

    P.R. : Nous sommes confrontés à des narratifs et à des récits. Le récit français majoritaire sur les quartiers populaires donne un biais négatif. Ceux qui vivent les quartiers populaires connaissent leurs fragilités, leurs vulnérabilités, mais en même temps cette incroyable créativité, cette force de vie, cette solidarité, cette énergie épatante. Dans ce moment politique dans lequel nous sommes, à la veille d’une élection présidentielle extrêmement importante, je vois bien ce qui est raconté médiatiquement. Nous sommes les petits vilains canards de cette Nation. Soit on fait avec, soit on fait sans. C’est le grand choix qui sera posé dans cette élection présidentielle. Le sujet est un impensé aujourd’hui, comme celui des collectivités locales, comme celui de la pauvreté, y compris dans le milieu rural. Il ne faut pas jouer les fractures entre les ruraux et les urbains, de 15 à 20 millions de nos concitoyens vivent dans des territoires marqués par la pauvreté. Nous participons, avec les territoires ultra-marins, à une question de jeunesse. C’est l’avenir de cette jeunesse qui se joue. Certains voudraient la préférence nationale. C’est faire sécession. Qu’est-ce qui va se passer si le pire arrive dans six mois ? Quelles vont être les collectivités locales les plus touchées ? Aujourd’hui c’est simple de dézinguer une ville populaire sur les dotations, sur les crédits de la politique de la ville. Ce projet nauséabond de préférence nationale aura comme premières victimes les villes populaires, nous avons un intérêt majeur dans cette période. Je suis dans l’Association des villes de banlieue, nous avons fait notre séminaire de rentrée sur ce sujet-là, parce que nous avons extrêmement peur. Il ne faut pas être sidérés par cette peur, mais que cela nous permette de se mettre en mouvement, de prendre des initiatives. Les habitants des quartiers populaires contribuent à la richesse de ce pays, à l’identité de ce pays. Nous sommes un plus, et pas un moins, si ce n’est que nous partons avec un peu de retard. Mais nous sommes l’avant-garde de ce pays. Si on regarde d’un point de vue électoral, tous les spécialistes nous disent que les résultats du Nouveau front populaire c’est aussi une réaction des quartiers populaires qui se sont surmobilisés pour ne pas que le Rassemblement national gagne. On sait qu’il y aura un deuxième tour, et nous avons déjà l’identité d’une personne qui y sera. Moi je demande déjà à mes services de faire un plan B pour mon budget. Nous travaillons tous à nos budgets en ce moment. Nous nous serrons déjà la ceinture et nous ne savons pas comment nous allons faire, parce que notre boulot c’est le vivre ensemble, nous sommes des animateurs du vivre ensemble. Cela coûte, il y a des dépenses, ou plutôt des investissements, y compris dans l’humain. Nous allons construire nos budgets avec moins encore. Mais s’il y a une catastrophe au mois de mai, ils vont tout couper. Cela sera un autre mode de gestion. Qu’est-ce qui se passe si on nous enlève la dotation de solidarité urbaine ? Demain s’il y a un autre gouvernement, je ne suis pas sûr de l’avoir. Chez moi, c’est 18 millions d’euros. On voit le danger. Nous devons très rapidement prendre conscience que nous serions les premières victimes de ce régime s’il arrive au pouvoir.

    J.-M.C. : Notre rôle c’est de créer du liant entre les personnes. De montrer comment ces différences sont une richesse. Tout est fait pour opposer, diviser, le racisme est exacerbé. Aujourd’hui, on sait combien il y a de discriminations ici. J’ai rencontré ce matin une association qui permet l’accès au sport, à la nage, à 300 enfants de la Bricarde à la Castellane. Quand elle veut les amener dans un camping à l’extérieur, ils voient 13015 Marseille et ils disent : ce n’est pas notre public. Il y a ces discriminations, il y a aussi cette opposition cherchée entre les générations en plein mouvement lycéen, comme si on devait choisir entre les uns et les autres. Alors notre boulot c’est de créer du lien, apaiser les peurs, valoriser, sans mettre la poussière sous le tapis. On le sait que la pauvreté, l’absence de logement amènent à des dérives, que les trafics s’en nourrissent. Mais parlons de ceux qui se retroussent les manches. Je suis heureux qu’il y ait le projet de cité de cinéma à côté, c’est un des arts qui permet de montrer sans fards !

    P.R. : On a mille et une expériences de choses incroyables. Pour revenir au mouvement lycéen, il commence à Mayotte. Ils demandent de l’égalité. Il se poursuit à Créteil. Les lycées de banlieue arborent le drapeau bleu-blanc-rouge, c’est la première fois qu’il y a ça de cette manière-là. J’ai entendu La Marseillaise dans les défilés. Et très rapidement les grands lycées parisiens, de l’élite se sont mis en grève pour dire qu’ils ont tout, et se mobilisent pour ceux qui n’ont pas les mêmes chances. Quelle intelligence ! Il n’y a que notre monde adulte qui est stupide et nous fait courir un grand danger. Et dans les quartiers populaires il y a les petites choses de la vie qui nous changent. Le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises de France a grandi à Grigny, il a commencé à la JC, il a terminé à HEC ! J’ai deux influenceurs, Golo et Ritchie qui cartonnent sur les réseaux sociaux. Pour la première fois, un documentaire est fait avec eux sur la banlieue, il n’y a aucun policier, aucune violence. C’était le meilleur documentaire en nombre d’entrées de ces dix dernières années ! Nous sommes en train de gagner quelque chose.

  • [Rue de la République] Pascaline Lécorché : « Un second tour avec Raphaël Glucksmann, c’est un second tour gagnant »

    [Rue de la République] Pascaline Lécorché : « Un second tour avec Raphaël Glucksmann, c’est un second tour gagnant »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque samedi à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies. « Rue de la République » accueille chaque semaine une personnalité marquante de la vie du territoire.

    Raphaël Glucksmann

    Didier Gesualdi : Pourquoi selon vous Raphaël Glucksmann serait le mieux placé pour tenter de relever la gauche ?

    Je crois que Raphaël Glucksmann a déjà pu montrer son expérience, la force de rassemblement qu’il pouvait avoir autour de sa vision politique, d’un cap clair. Les élections européennes ont vu émerger un nouvel horizon politique pour la gauche démocratique, sociale, républicaine, européenne en 2024. Cela montre que cette force de rassemblement a su trouver un premier écho dans la population française.

    Léo Purguette : Donc pour vous le stage est réussi ?

    Il est complètement réussi, je dirais même qu’il est terminé.

    Léo Purguette : Au-delà de la vacherie de Ségolène Royal, il lui est reproché de ne pas avoir beaucoup d’expérience. Il n’a jamais été en gestion d’une collectivité, ministre… En quoi l’estimez-vous crédible ?

    Évidemment. En quoi être député européen ne donnerait pas cette légitimité ? Cela fait maintenant deux mandats qu’il est élu au Parlement européen avec un certain nombre de victoires obtenues sur les ingérences étrangères, la taxation aux frontières, un ensemble de politiques publiques qui parlent du quotidien des Français.

    Didier Gesualdi : Il a été félicité par François Hollande qui risque de le remplacer si ça ne décolle pas dans les sondages. Vous y croyez ?

    Pas du tout. Peut-être peut-il se le dire mais aujourd’hui cette victoire à la primaire sociale-démocrate montre un socle. Tout le monde prédisait l’échec de la primaire mais ce sont 130 000 personnes qui se sont rendues aux urnes électroniques et ont donné la victoire dès le premier tour à Raphaël Glucksmann à 66%. C’est un score qui veut dire beaucoup, qui assoit sa légitimité. François Hollande peut espérer autre chose mais maintenant, toute la famille sociale-démocrate est derrière Raphaël Glucksmann. Notre ambition est désormais de rassembler plus largement que cette famille.

    Didier Gesualdi : On prédit pourtant un duel RN-LFI…

    Je ne crois pas. On est très loin de cette élection. Le sondage publié après la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire montre bien la dynamique qui est derrière lui et le projet qu’il propose. L’Everest nous attend. Je crois qu’il n’y a pas de chemin de victoire pour Jean-Luc Mélenchon, qu’un second tour face à Marine Le Pen serait perdant. En revanche je crois fermement qu’un second tour avec Raphaël Glucksmann, c’est un second tour gagnant.

    Les rapports avec le PS et La FI

    Léo Purguette : Vous citez le score très important recueilli par Raphaël Glucksmann. Il est presque humiliant pour les socialistes qui concouraient. Les conditions sont-elles réunies pour vous rassembler localement avec par exemple Yannick Ohanessian qui était porte-parole d’Olivier Faure ?

    Il a été sans ambiguïté dans la presse pour dire que cette primaire avait donné de la force à Raphaël Glucksmann et que chacune et chacun s’est engagé en signant une charte, à soutenir le gagnant. Aujourd’hui, je vois les faits, celles et ceux qui sont autour de nous. Je vois le député Laurent Lhardit qui a apporté son soutien, Yoan Levy, à la mairie de Marseille, Loïc Gachon, le maire de Vitrolles…

    Didier Gesualdi : Raphaël Glucksmann prône la rupture avec la France insoumise. C’est le principal argument qui fait qu’il est sorti vainqueur de cette primaire ?

    Non je ne crois pas. Évidemment ça ne suffit pas. Il y a la rupture avec la France insoumise, il y a aussi la rupture avec le macronisme. Cela fait maintenant deux ans que nous travaillons à un projet avec des experts et des expertes. Ce projet c’est une ambition pour la France, pour la réveiller. Une ambition qui repose sur le renforcement des services publics, sur la volonté de prendre enfin en compte la transformation écologique. J’ai lu un post d’Emmanuel Macron disant que c’était le « combat du siècle » mais pourquoi ne l’a-t-il pas mené pendant ses deux mandats où rien ne s’est passé ? Il est vraiment temps de changer de méthode, d’en finir avec cette verticalité du pouvoir.

    L’orientation politique

    Léo Purguette : On voit bien quelle est la différence avec Jean-Luc Mélenchon. Pouvez-vous nous préciser la différence avec Emmanuel Macron puisque vous parlez de rompre avec son bilan ?

    Là où lui a détricoté les services publics, démantelé notamment l’Éducation avec toute une série de suppressions de postes d’enseignants, nous nous prévoyons non seulement la revalorisation mais aussi de permettre, grâce à la baisse démographique, de diminuer le nombre d’enfants par classe. On a aussi ces cadeaux qui ont été faits aux riches durant les deux mandats d’Emmanuel Macron, nous, on dit qu’il faut plus de justice fiscale pour plus de justice sociale. Par exemple en disant comment on va pouvoir taxer notamment les héritages et augmenter les salaires des travailleurs.

    Léo Purguette : Dans une présidentielle, il s’agit de faire plus de 50%. C’est possible sans rassembler la gauche ? Est-ce que ça veut dire tendre la main à quelqu’un comme Gabriel Attal ?

    Pas du tout. Vous savez à qui nous avons tendu la main dès le soir de la victoire à la primaire : à nos amis écologistes, à toutes celles et tous ceux de la grande famille de la gauche républicaine, sociale, démocrate, européenne. C’est évidemment eux nos partenaires légitimes.

    Marseille et La Métropole

    Léo Purguette : Vous êtes vice-présidente de la Métropole Aix Marseille Provence. C’est une institution en souffrance. A-t-elle un avenir ?

    J’en suis convaincue. Aujourd’hui l’histoire se fait dans la solidarité des territoires. Que ce soit l’histoire européenne ou métropolitaine. Les Villes vont pouvoir coopérer sur la question de la mobilité qui est le premier sujet de ce territoire. C’est une question qui ne peut être prise qu’à l’échelle métropolitaine.

    Léo Purguette : Sur les transports, attaque contre la gratuité, augmentation des tarifs, ce n’est pas vraiment une politique de gauche qui y est menée.

    Quand on fait une tarification juste et sociale, oui je trouve que c’est une politique de gauche. Nous avons besoin de cette mobilité pour développer le territoire d’un point de vue économique, pour que les jeunesses puissent avoir une formation, trouver un travail. Développer les transports, c’est ce à quoi s’attelle Mme Samia Ghali avec le vice-président en charge des transports, Frédéric Vigouroux. Cette tarification permet que les familles les plus modestes puissent se déplacer dans les meilleures conditions et que l’on puisse continuer à investir pour désenclaver les pôles économiques et d’enseignement supérieur.

    Didier Gesualdi : La gouvernance partagée pourra-t-elle tenir ?

    Je crois. Un État qui pratique des coupes budgétaires injustes, ça génère aussi de la solidarité territoriale. Elle s’est manifestée cette semaine avec le vote du budget métropolitain qui a en effet été difficile parce qu’il ne revenait pas à une commune plutôt qu’une autre de supporter ces coupes budgétaires. Nous avons trouvé une voie de sortie collective. C’était celle que souhaitait le maire de Marseille. Nous sommes donc très satisfaits.

    Léo Purguette : Tout cela nous renvoie au budget de l’État. Faut-il censurer le gouvernement ?

    Cette semaine, il y a un vote de rejet de ce budget. Je crois qu’il fallait voter ce rejet. Le décalage est immense entre ce que dit le RN à l’Assemblée et son projet.

    Léo Purguette : Avez-vous parlé avec Benoît Payan des prochaines échéances ? Il a récemment déclaré à La Marseillaise que la primaire ne l’intéressait pas.

    Je crois que le maire de Marseille s’occupe de la Ville de Marseille, il s’occupe des politiques publiques que mène notre large majorité qui s’appelle le Printemps marseillais et qui est composite. Je comprends la préoccupation qui est la sienne de préserver cette majorité et s’occuper en priorité du sort de la Ville dans une période budgétaire difficile.

    L’éducation

    Léo Purguette : Contrairement aux lycéens, les écoliers ne sont pas en mesure de manifester. Où en sommes-nous du plan écoles ?

    J’étais dans une école il y a quelques jours et c’est la période d’élection des délégués de classe. Il y avait toute une série d’affiches où certains candidats portaient l’ambition d’écouter leurs camarades notamment pour lutter contre le harcèlement, d’autres faisaient des rimes, étaient un peu poètes. Donc je crois que sans manifester, dès le plus jeune âge on se saisit de ces questions. La démocratie s’apprend très tôt. Sur le plan écoles dont ma collègue Mme Nasséra Benmarnia a la charge, il y a 81 écoles qui vont sortir durant ce mandat. Toutes les deux, sur toutes les questions qui concernent les écoles, elle sur le bâti, moi sur la communauté éducative, nous nous mobilisons pour faire en sorte que chaque enfant puisse s’émanciper et devenir un citoyen de demain.

    le RN

    Léo Purguette : Avez-vous été surprise par l’éviction du collaborateur de Franck Allisio pour des écrits jugés racistes, antisémites ou misogynes mis en lumière par une enquête de Libération ?

    Surprise ? Pas du tout.

    Le vernis du Rassemblement national a encore craqué. Mais pas seulement sur des posts Facebook. On l’entend dans l’hémicycle, où le RN montent les uns contre les autres, parle de la solidarité comme si elle supposait un acte de naissance, parle de « submerssion migratoire », des mots qu’on ne voudraient plus entendre. Vous savez, ça ne me surprend pas. J’étais candidate aux législatives contre Monique Grisetti qui a supprimé de Facebook tous les propos racistes qu’elle pouvait avoir tenus. Franck Allisio non plus ne doit pas être surpris. C’était son collaborateur principal qui travaillait avec depuis des années. Je suis élue des 11-12 où le RN est en gestion et va jusqu’à prendre le micro à l’un de mes collègues pendant qu’il parlait.

    La République c’est quoi ?

    Pascaline Lécorché : « La République c’est laïc, c’est social, c’est une et invisible, c’est l’école. L’école de la République est le berceau de notre société, elle doit permettre à chaque enfant, quelle que soit la famille dans laquelle il grandit, quel que soit son code postal, d’avoir les mêmes possibilités de construire son avenir. »

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Gérard :

    Je trouve que c’est très bien d’entourer les lycéens pour leurs manifs mais ce sont des travailleurs en formation, il faut leur proposer quelque chose pour être acteurs de leur vie

    Pour moi, l’éducation ce n’est pas encore un travail. On vient plutôt recevoir une formation, un savoir. Je crois qu’ils sont déjà acteurs de leur vie quand ils vont dans la rue et qu’il faut leur faire confiance, écouter ce dont ils ont envie. La crispation qu’il y a dans la rue, la tension avec cette répression policière qui est très politique, il faut dire les termes, c’est une forme de mépris, un manque de confiance. Il leur a fallu 10 jours pour être reçus par le ministre.

    Je trouve que ce mouvement lycéen est très dur et aussi très beau dans la manière dont les lycéennes et les lycéens s’emparent de leur avenir. Ça dit beaucoup de la manière dont nous nous préoccupons du sort des jeunes. Je les soutiens pleinement. J’étais avec eux mardi, nous les avons accueillis avec le maire de Marseille Benoît Payan et les autres élus en charge des politiques publiques de la jeunesse. En tant qu’adjointe à l’Éducation, je soutiens leurs revendications : plus de moyens humains qui sont à la charge de l’État mais aussi des conditions d’accueil dignes. La Région Sud finance à peu près deux fois moins par an et par lycéen que la Région Bourgogne-Franche-Comté. On est avant-dernier. Nous croyons à cette jeunesse, il lui faut des moyens.

  • La réponse du maire de Marseille aux magistrats financiers

    La réponse du maire de Marseille aux magistrats financiers

    Si la France n’a pas raflé l’or aux Mondiaux de judo, le maire de Marseille a bien suivi les préceptes de la « voie de la souplesse », ce vendredi matin. Face au rapport de la chambre régionale des comptes portant sur la gestion municipale, Benoît Payan (DVG) a pris soin de retourner la force de cette attaque contre elle-même, sur les tatamis du conseil municipal.

    Tandis que les magistrats reprochaient « des charges de gestion qui augmentent fortement » avec les recrutements de la municipalité, l’édile, lui, ironisait : « Il faut les aider à avoir des moyens. J’ai recruté parce que je manquais de moyens, poussons le gouvernement pour dire que nous avons besoin d’avoir des gens qui nous éclairent et nous font avancer. » Une attaque dans l’attaque, pour l’édile, qui regrettait « qu’ils n’aient pas eu le temps de vérifier le contradictoire, qui est l’élément le plus consubstantiel de la justice ». Même si plusieurs éléments de réponse sont bien cités au fil du rapport.

    Mais c’est dès l’ouverture du conseil municipal que le maire est venu apporter une réponse politique à ces magistrats qui estimaient que la Ville « ne fait pas de la maîtrise de l’évolution des charges de personnel une priorité ». Face aux colères de la jeunesse qu’il refuse de balayer – « on est parfois très sérieux quand on a 17 ans », glisse-t-il – il énumère les actions sociales mises en place par la municipalité. Et annonce : « Je souhaite que nous allions plus loin encore, nous continuerons d’augmenter les effectifs, quoi qu’en pensent certains. »

    L’Himalaya de 2027

    Une défense du service public martelée au fil d’une séance menée tambour battant. Lorsque l’opposition d’extrême droite monte à la charge pour demander au maire ce qu’il compte faire pour protéger les marins-pompiers après l’incendie d’un véhicule, le 1er octobre, Benoît Payan remonte la chronologie de la journée. « Nous avons vu sur nos caméras les premiers heurts arriver vers 7h10, nous avons alerté immédiatement l’État. La première intervention de la CRS a eu lieu à 8h56 », décrit-il. Avant d’enfoncer : « Cela raconte l’état de délabrement. Quand l’État en est à me demander la police municipale pour faire du maintien de l’ordre, ce qui est strictement illégal, c’est qu’il y a un vrai problème ».

    Le rappel est d’autant plus nécessaire face aux coupes supplémentaires inscrites dans le prochain projet de loi de finances, en débat à l’Assemblée nationale. La veille, le conseil métropolitain avait affiché un front unanime pour refuser les baisses de dotation, avec un appel qui doit faire tache d’huile dans toute la région. « C’est 48 millions d’euros que l’État va prendre directement aux Marseillais, l’intégralité de la paie de toute la police municipale plus toute la cantine scolaire », illustre Benoît Payan. Lui qui avait poussé pour refuser de voter le budget métropolitain, charge la chambre régionale des comptes et ceux qui prônent des économies supplémentaires. « On a vu à la Métropole ce que cela donne, c’est un plan social qui commence, des milliers de personnes au chômage. Bravo les économies. »

    « Comme le feuilleton métropolitain qui s’est terminé hier le laisse à prévoir, l’année 2027 s’annonce himalayesque », résume de son côté l’adjoint (PS) aux finances Joël Canicave, au moment de présenter le budget supplémentaire de la municipalité. La veille, le conseil métropolitain évoquait un Himalaya budgétaire à gravir.

    L’éclipse de 2026

    Dans l’opposition, c’est Thibaut Charpentier qui monte à la charge pour le RN sur la présentation du rapport de la chambre régionale des comptes et vient dénoncer les embauches réalisées par la municipalité. « Vous êtes allés chercher l’argent dans la poche des Marseillais », déplore-t-il, en demandant si cela a amélioré les services publics de la ville. « Oui », lui répond en chœur la majorité. Mais quand il en vient à parler de déontologie, c’est l’adjoint Pierre Huguet (G.s) qui l’interpelle : « Qui fait campagne avec un bracelet électronique ? »

    « Un rapport de la chambre régionale des comptes est beau comme une éclipse solaire, on sait quand ça va arriver et, quand ça arrive, on n’en rate pas une miette », sourit de son côté Romain Simmarano (Ren.). Il passe vite sur « une explosion des dépenses de ressources humaines et de la fiscalité ». « Ce n’est pas un problème de recruter des policiers municipaux, des personnes dans les crèches et les écoles, le problème, c’est les chargés de mission qu’on ajoute », défend-il en s’inquiétant d’un sous-investissement persistant. Mais c’est surtout la réponse du maire aux magistrats financiers qu’il cible. L’ancien directeur de cabinet à la Région cite le même Benoît Payan, face au précédent rapport, interpellant Jean-Claude Gaudin : « Le rapport de la chambre, c’est le thermomètre qui indique la fièvre, pas la maladie. » Et appelle à voir dans ce nouveau rapport « une source d’espoir ». « Il peut nous donner des indications, ne cédez pas à la tentation de vous enfermer dans cette mentalité d’assiégé. »

    « Il y a des préconisations, nous sommes passés de 28 dans le dernier rapport, avec de graves irrégularités, à 7, qui nous permettent d’avancer sur un certain nombre de sujets », répond Benoît Payan. En évoquant six réponses déjà engagées à ces recommandations, dont quatre presque terminées. Il rappelle ainsi que suivant les recommandations de l’Agence française anticorruption, il n’y a plus de recrutement direct par les élus ou l’administration. Et de se poser même en garant de la chambre régionale des comptes, « qui ne fait pas de politique ». « Je connais l’intention de quelques-uns de remettre en cause l’indépendance de la justice », glisse-t-il, le jour même où le Rassemblement national s’attaquait au Conseil constitutionnel. Sans répondre plus précisément au rapport. Quand on fait du beau judo, encore faut-il ne pas trop se dérober, au risque de s’exposer aux pénalités.

  • La droite marseillaise dans les pas des magistrats financiers

    La droite marseillaise dans les pas des magistrats financiers

    Les échanges promettent d’être animés en fin de séance, ce vendredi, lorsque le rapport de la chambre régionale des comptes consacré à la gestion de la Ville de Marseille sera présenté en conseil municipal (notre édition du 14/10). « Le maire a indiqué qu’il répondra lui-même », glisse le conseiller d’opposition Romain Simmarano (Ren.). Mais lui-même n’a pas attendu les débats au sein de l’hémicycle municipal pour livrer face à la presse, ce mercredi après-midi, sa lecture du rapport.

    « Objectivement, les questions de probité et de déontologie sont sérieuses », avance-t-il, en réclamant des explications sur l’embauche d’un déontologue qui avait signé un appel à voter pour le Printemps marseillais. « La vérité, c’est que quand vous n’avez pas de contre-pouvoir, vous dérapez systématiquement », avertit l’ancien directeur de cabinet à la Région. « Au niveau de l’inspection générale des services, il y a eu une division par deux des effectifs, on diminue les contrôles », pointe à ses côtés l’ex-maire (LR) des 11-12, Sylvain Souvestre.

    Mais comme les magistrats financiers, c’est davantage l’augmentation de la masse salariale, à hauteur de 570 millions d’euros depuis 2018, qu’ils ont dans le viseur. « Cela concerne majoritairement des cadres de catégorie A, très bien payés, dans les bureaux », tance Romain Simmarano. En posant : « Il faut avoir l’humilité de dire qu’il faut moins de fonctionnement et plus d’investissements ». Même s’il concède que ses critiques sur les chantiers de l’éducation ont été infirmées par les magistrats et que la dette a été réduite sur la période étudiée. Quant au ton de la réponse du maire à la chambre, « c’est significatif d’un état d’esprit dans la gouvernance de la Ville, moi seul contre le monde entier, le vieux costume rapiécé des maires de Marseille ».

    De son côté, le président des Républicains dans les Bouches-du-Rhône, Ludovic Perney, rappelait dans un communiqué, la veille, la hausse de la taxe foncière. « Si les recettes fiscales ont augmenté de 274 millions d’euros depuis 2018, ce n’est pas pour financer de nouveaux équipements sportifs, culturels ou de santé, mais essentiellement pour supporter les nouvelles embauches », critique-t-il. Interpellant la municipalité sur le contrôle des casiers judiciaires pour chaque personne travaillant avec des enfants, sur le respect des délais de paiement, la présentation d’un plan chiffré d’investissements ou la mise en place d’un dispositif complet de lutte contre la corruption.

  • Les syndicats du spectacle vivant face à la « casse sociale »

    Les syndicats du spectacle vivant face à la « casse sociale »

    « Grande souffrance morale », « On est épuisé », « Une détresse psychologique incommensurable », « On risque de liquider l’association »… Ces phrases sont extraites d’une enquête réalisée par les syndicats des employeurs du spectacle vivant de la région Paca (Synavi, Syndeac, SMA, Scène ensemble) visant à sonder la situation financière de leurs adhérents. Les conclusions ont été présentées à la presse, mercredi, à la Friche la Belle de Mai.

    Alors que la Métropole Aix-Marseille, réunie en conseil ce jeudi tente de faire face aux contraintes liées à sa situation budgétaire, les acteurs de la culture boivent la tasse. 23 structures ont répondu à l’enquête, avec les résultats suivants : 252 000 euros de subventions en moins, 8 licenciements actés ou envisagés, 64 contrats d’intermittents supprimés et 2 200h de travail perdues.

    Les syndicats évoquent notamment le dispositif PAM, qui devait permettre la diffusion de spectacles gratuits dans 50 communes métropolitaines. Alors que « des engagements avaient déjà été pris auprès de troupes sur les montants alloués, certains collectifs ont appris l’annulation en septembre ». Opening Nights, un collectif de compagnies proposant des spectacles dans la Métropole, a « annulé quinze dates et perdu 70% de son budget avec la suppression de sa subvention », selon Marie Didiez, de Syndeac.

    Érosion des financements

    « On l’a pas encore dit aux enfants, car on espère encore que ça change », se désole Agnès Loudes, directrice du théâtre Antoine-Vitez, où devait être organisé un festival de théâtre engageant 200 jeunes lycéens du département. La directrice dit avoir pris connaissance « du gel des 23 000 euros de subventions de la Métropole en septembre ».

    « Les copains vont très très mal autour de nous, jamais on a autant entendu parler de reconversions professionnelles », déplore Wilma Levy, représentante syndicale Synavi. Le secteur n’en est en effet pas à sa première déconvenue. Depuis 2023, l’État et les collectivités territoriales réduisent régulièrement les budgets alloués au service public de la culture, souvent considéré comme une variable d’ajustement dans la lutte contre les déficits.

    Dans ce contexte, certains acteurs du secteur estiment que les subventions publiques peuvent devenir un outil de pression. Les syndicats citent l’exemple de la suspension de la subvention départementale de 90 000 euros au festival Actoral, qui se tenait en septembre, à Marseille. Cette décision, prise par la présidente du Département Martine Vassal (DVD) faisait suite à des critiques d’élus d’extrême droite visant la venue de l’essayiste Louisa Yousfi.

    Alors que le projet de loi de finances (PLF) entre en débat au Parlement et prévoit de nouvelles coupes, le Syndeac a annoncé demander un moratoire à l’État pour stopper ces réductions et de se rapprocher de l’objectif de consacrer 1% du budget à la culture (0,67% actuellement).