Tag: Coupes budgétaires

  • La rentrée frappée par des fermetures de classes

    La rentrée frappée par des fermetures de classes

    « Avez-vous le chiffre des fermetures de classes cette année et à venir, notamment en milieu rural ? À cette question posée, mardi 25 août à Paris, lors d’une rencontre avec des titres de la presse régionale (La Marseillaise n’a pas été conviée), le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a préféré botter en touche. « Pour cette rentrée, nous avions tablé sur 150 000 élèves de moins. En fait, c’est 161 000 élèves de moins dans le système éducatif à la rentrée. Nous sommes à peine à 11,6 millions d’élèves contre 12,3 millions en 2017. Nous sommes sur une baisse démographique majeure. Moi, je ne veux pas qu’un maire découvre en mars ce qu’il fait en septembre. » Pour la précision de la réponse, on repassera. Les chiffres sont pourtant connus, département par département, commune par commune. Et le constat est sec : la baisse de la démographie sert de prétexte au gouvernement pour faire des économies budgétaires.

    Dans les départements du Gard et de l’Hérault, en cette veille de rentrée scolaire, mardi 1er septembre pour les élèves (la veille pour les enseignants), les suppressions de classes dans le premier degré (maternelle et primaire) se comptent par dizaines. Le Gard perd 58 classes pour seulement 15 ouvertures. Le département voisin de l’Hérault paie le prix fort avec 100 classes fermées pour seulement 60 ouvertures. 20 postes d’enseignants sont aussi supprimés.

    Les directeurs académiques des services de l’Éducation nationale, les Dasen, appliquent les directives du ministère et les rencontres avec les syndicats au sein des CSA (comités sociaux d’administration) se sont considérablement tendues au fur et à mesure que les projets de suppressions de classes se confirmaient.

    Pour le SNUipp de l’Hérault, principal syndicat dans le premier degré, « les syndicats font l’amer constat que ce sont des écoles de même profil, dans les mêmes quartiers, qui sont impactées par ces décisions injustes, sans prendre en compte les difficultés du terrain. Ce qui exacerbe le sentiment d’iniquité ressenti par les habitants et les collègues. » Dans le Gard, la quasi-totalité des syndicats a voté fin juin contre les 58 fermetures de classes dont 20 classes en éducation prioritaires, près de la moitié d’entre elles étant situées à Nîmes, détaille le Syndicat des enseignants Unsa. « La parole des parents et des organisations syndicales représentant les personnels n’est pas entendue » renchérit le SUipp34.

    Dans ce contexte, les résultats du dernier baromètre du Syndicat des enseignants Unsa n’ont rien d’étonnant. Ils sont ainsi trois sur quatre à se déclarer inquiets sur leur avenir, et 71% ne se sentent ni respectés ni reconnus dans l’exercice de leur métier, selon cette enquête à laquelle ont répondu plus de 42 000 agents et rendue publique à la veille de la rentrée.

    « Le salaire, fatigue majeure des personnels »

    « Ça dit quelque chose de très important de la défiance qui s’est installée entre les personnels et entre les politiques éducatives qui ont été conduites ces dernières années », souligne la secrétaire générale du syndicat enseignant, Élisabeth Allain-Moreno. « Le salaire est devenu la fatigue majeure des personnels de l’Éducation nationale », ajoute Julie Duhamel, secrétaire nationale du SE-Unsa. Pour 48% des répondants, le mot qui vient spontanément à l’esprit lorsqu’ils pensent à leur travail est celui de « salaire », soit une hausse de 14 points par rapport à 2024. « Pour nombre d’entre eux, le salaire de base n’est plus suffisant pour vivre correctement de son métier », a-t-elle déploré. Le syndicat réclame une revalorisation générale des rémunérations, plutôt qu’un recours accumulé aux primes qui ne rentrent pas dans le calcul de la retraite. Pour Élisabeth Allain-Moreno, le malaise est le résultat de choix politiques accumulés depuis plusieurs années. « Le désengagement du gouvernement dans le service public » depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017 « à des conséquences dramatiques », a-t-elle jugé.

    Chère cantine à Béziers

    Alors que l’État met fin à l’expérimentation de l’uniforme à l’école, le maire d’extrême droite de Béziers le généralise au frais des Biterrois. En revanche, dénoncent les communistes, Robert Ménard n’a pas vanté la hausse des tarifs de la cantine de 20cts par repas. « C’est un coup dur pour les familles les plus précaires. » Le PCF demande l’annulation de la mesure et la création d’un échelon de gratuité « pour les familles les plus modestes. »

  • Tableau noir

    Tableau noir

    Interdiction du portable au lycée et questionnaire sur les violences sexuelles : ces deux nouveautés annoncées en grande pompe par le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, ne peuvent être l’arbre qui cache la forêt. Car c’est sous le signe de l’austérité budgétaire que se déroule la rentrée scolaire 2026-2027, en pleine année de campagne présidentielle. La Loi de finances 2027 prévoit un budget pour l’éducation à la hausse de quelque 800 millions d’euros sur une enveloppe totale de 65 milliards. Mais ces 800 millions seront avalés par l’inflation et ne changeront pas la réalité, notamment le gros point noir des rémunérations des enseignants et des personnels et, plus largement, de tous les fonctionnaires et assimilés. Car le cap
    du gouvernement Lecornu est à l’austérité.

    Le service public détérioré

    La baisse de la démographie aurait pu cette année être une chance historique pour réduire le nombre d’élèves par classe. Mais le choix fait par le gouvernement est à l’opposé, des classes sont supprimées. L’école illustre la détérioration du service public au profit d’une politique tournée vers le patronat et les entreprises du CAC40. Il est significatif que le premier débat public de la présidentielle entre une partie des candidats se soit déroulé lors de la rentrée du Medef. Les candidats de droite ont redoublé de courbettes à l’égard de leurs obligés mais la palme revient à la frontiste Marine Le Pen. L’héritière du parti à la flamme a donné des gages au patronat en promettant de présenter « juste avant le débat budgétaire [sa] trajectoire de rétablissement des finances publiques avec 125 milliards d’euros d’économies ». Preuve, s’il en fallait une de plus, que l’extrême droite choisit toujours les puissants contre le peuple et ses enfants.

  • Le budget à l’os des Universités

    Le budget à l’os des Universités

    Les universités françaises vont mal ; financièrement s’entend. Le futur budget de la Nation redressera-t-il la barre ? Rien n’est moins sûr. Le plafond prévisionnel 2027 du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche est fixé à 31,8 milliards d’euros, soit une légère hausse à peine au-dessus de l’inflation, donnée fluctuante s’il en est. Il ne sera donc, sans surprise, absolument pas au niveau des défis que doivent relever les universités déjà étranglées comme le révèle le rapport issu des Assises du financement des universités, rendu public le 24 juin.

    Ouvrir le débat démocratique

    De plus, ce budget, selon le gouvernement, « confortera les moyens des grands opérateurs de recherche, notamment le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), le Cnes (Centre national d’études spatiales), ainsi que ceux dédiés à la vie étudiante ». Des étudiants menacés de voir leur aide au logement réduite.

    Cerise sur le maigre gâteau budgétaire, faute de majorité pour la macronie à l’Assemblée nationale, la loi de finances 2027 pourrait ne pas être votée à huit mois de l’élection présidentielle et laisser place à une loi spéciale reconduisant le précédent budget.

    Une année « blanche » ? Plutôt « noire » pour le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. Aussi, la décision des présidents d’universités de se mêler du débat lors de la campagne présidentielle, est une bonne nouvelle : le débat démocratique doit s’ouvrir et, parmi les enjeux du scrutin, la question des moyens publics pour les universités n’est pas la moindre.

  • Les APL dans le viseur du gouvernement

    Les APL dans le viseur du gouvernement

    Un rapport rendu public, une polémique qui enfle et un démenti. En arrière-plan, un budget en préparation, plus austéritaire que jamais, et une campagne pour l’élection suprême.

    Afin de préparer son ultime projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), la macronie est prête à tout pour des économies. Loin de s’attaquer aux plus riches, elle vise, comme à l’accoutumée, les plus précaires. Ici, les étudiants. Commandé par le Premier ministre, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) remettent, en juin dernier, un rapport nommé « revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales » qui prévoit 2,5 milliards d’euros d’économies à court terme et 4,5 milliards à long terme. Les préconisations visent ainsi plusieurs mesures d’aide aux familles, parmi lesquelles l’aide personnalisée au logement (APL).

    Les deux grands corps de l’État proposent, dès lors, d’« améliorer le caractère redistributif des APL versées aux étudiants rattachés au foyer fiscal de leurs parents, en prenant en compte les ressources parentales ». Ce qui signifie intégrer les revenus des parents dans le calcul de l’allocation. « Près de 40% des étudiants bénéficiaires de cette aide sont associés à des revenus familiaux des deux déciles les plus élevés », justifie le texte rendu public le 14 août, qui chiffre les économies réalisées à 550 millions d’euros.

    Ce nouveau mode de calcul conduirait à la suppression directe de l’APL pour 200 000 étudiants et la baisse de l’allocation pour 150 000 étudiants supplémentaires. Rapidement, les syndicats concernés ont tiré la sonnette d’alarme. « En intégrant les revenus parentaux dans le calcul de l’aide, le gouvernement ferait donc le choix de considérer que les parents doivent financer les études et le logement de leurs enfants, y compris lorsque ceux-ci ne disposent pas concrètement de cette aide familiale. Nous refusons cette conception de l’autonomie étudiante », tempête Solidaires étudiants, qui appelle à la mobilisation le 15 septembre prochain. De même que l’Union étudiante, qui interpelle les députés « une attaque sans précédent se prépare », alerte le syndicat.

    Pour la CGT, « cette mesure est particulièrement injuste au regard de la précarisation croissante des étudiants, qui constituent l’une des catégories de population les plus fragilisées économiquement. Elle revient à faire peser sur les familles une charge supplémentaire, sans tenir compte de la réalité des situations familiales », dénonce la centrale syndicale de Montreuil dans un communiqué.

    Face à la bronca populaire, le Premier ministre s’empresse de démentir : « Suppression des APL pour les étudiants, gel du RSA ou du minimum vieillesse, remise en cause du crédit d’impôt pour les services à la personne, hausse de l’impôt sur le revenu… Tout cela est faux ! Le budget pour 2027 est encore en préparation ; les véritables décisions seront annoncées lorsqu’elles auront été prises, en transparence. Critiquer les décisions du Gouvernement est légitime. En inventer pour inquiéter les Français ne l’est pas », écrit Sébastien Lecornu dans un post sur X.

    Puis, dans la foulée, c’est la ministre de la Santé qui, dans un entretien au Figaro, annonce que le gouvernement a finalement renoncé à doubler les plafonds des franchises médicales. Mais pas à les augmenter…

    Dès lors, faut-il croire l’exécutif ? Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs se sont attelés à réduire les APL de 5 euros, à réformer le mode de calcul, ne prenant en compte que les 12 derniers mois de revenus, et à exclure depuis le 1er juillet, les étudiants extra-européens non boursiers. Ils sont plus de 100 000 impactés qui se voient amputés de 150 à 250 euros par mois.

    La paupérisation des étudiants est loin d’émouvoir les néolibéraux. « La précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé », s’insurge l’Unef dans une étude publiée le 17 août qui fait le « bilan des dix ans au pouvoir d’Emmanuel Macron ». Le constat est sans appel, le coût de la vie étudiante a augmenté de 1,66% sur un an, et de plus de 35% depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, selon l’enquête annuelle du syndicat étudiant.

    EN CHIFFRES

    4,2

    En milliards d’euros, c’est le montant global des coupes budgétaires à long terme que préconise le rapport de l’IGF et de l’Igas en s’attaquant aux politiques familiales de l’État.

    200 000

    C’est le nombre d’étudiants qui pourraient être impactés par le nouveau mode de calcul des APL qui entraînerait, pour 200 000 jeunes, la suppression pure et dure de cette allocation.

  • La bataille du budget se profile

    La bataille du budget se profile

    Un pas en avant, trois pas en arrière… c’est la politique du gouvernement. L’adage maintes fois entendu dans les manifestations sied particulièrement bien à la période.

    À l’approche de la rentrée, l’exécutif multiplie les ballons d’essai pour tester l’opinion en vue de la préparation du budget de l’État. Le dernier de l’ère Macron qui, en dix ans, aura vu s’accroître considérablement les inégalités dans notre pays. Minoritaire à l’Assemblée nationale, ce gouvernement semble déterminé jusqu’au bout à mettre en œuvre une politique libérale et d’austérité pourtant désapprouvée à plusieurs reprises par les Français.

    Tactique

    Des rapports fuitent opportunément pour préparer les esprits à des économies sur les APL, des taxes sur les retraités, une augmentation des franchises médicales tandis que le Premier ministre assure que rien n’est décidé.

    Sans doute espère-t-il éviter l’effet « musée des horreurs » qu’avait imprimé dans l’opinion la présentation du projet de budget de son prédécesseur François Bayrou et qui avait entraîné son départ de Matignon.

    Pour autant de nombreuses mobilisations sociales sont d’ores et déjà programmées pour septembre et l’approche de la présidentielle ne devrait pas contribuer à l’apaisement des échanges dans le débat parlementaire.

    Plutôt que de chercher la meilleure tactique pour infliger de nouvelles coupes budgétaires, Sébastien Lecornu serait bien inspiré d’accepter le débat sur les recettes. Les 500 plus grandes fortunes de France cumulent 1 200 milliards d’euros de patrimoine quand les dépenses de l’État se situent à environ 455 milliards en 2025.

  • Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Le grand retour des expulsions sans solution pour les Roms

    Un terrain à la Valentine dans le 11e arrondissement, un autre dans le 15e, une caserne dans le 3e à l’abandon depuis des lustres et squattée à plusieurs reprises. Seule certitude sur ces sites occupés depuis des années par des familles originaires de Roumanie, les expulsions sont pendantes. Et « le concours de la force publique est accordé », précise maître Adam Borie, avocat au barreau de Marseille. Quant aux dates ?

    Sollicitée à plusieurs reprises, la préfecture ne répond pas. De quoi laisser l’angoisse s’installer. D’autant plus que la rentrée scolaire approche et que sur chacun des sites, de nombreux enfants sont scolarisés. La Ville, propriétaire du site, motive quant à elle la demande d’évacuation par : « Un danger sur un bâtiment qui reste occupé, une activité de ferraille et des conditions d’occupation qui présentent un danger pour eux comme pour les riverains, le non-respect des installations d’accès à l’eau, à l’électricité et à l’hygiène en dépit d’un grand travail d’accompagnement pour sécuriser le site. » Pour autant, elle avait porté « une exigence de relogement », qui incombe à l’État.

    « Les expulsions produisent une rupture dans le parcours de soins des personnes malades, le suivi des femmes enceintes et l’accompagnement social », ajoute Laurent Sapin, à l’origine de la conférence de presse. Car il se dégage un scénario trop couru pour être ignoré, dans ces injonctions à quitter le terrain. À l’écoute, le père Paul Daniel, qui a officié à la Belle de Mai, se souvient avoir ouvert les portes de la paroisse à des familles expulsées, un soir d’octobre 2012, par un fort mistral, « des enfants, des personnes âgées, des malades, épuisés par la marche », traquées par les CRS pour les empêcher de s’installer dans une nouvelle friche.

    Des droits à défendre

    Elena, qui vit à Marseille depuis 15 ans, « représente une association de soutien aux familles roms » et témoigne : « On en a marre de changer d’endroit à chaque fois que la police vient nous déloger. À chaque fois, c’est justifié par la question de la sécurité. Mais il n’y a jamais de solution durable. » Elle argumente et interroge : « Quand dans les bidonvilles ont été évacués, des logements ont été construits pour reloger. Pourquoi les autorités ne choisissent pas le dialogue plutôt que l’expulsion qui coûte plus cher. Évacuer un terrain, c’est 4 000 euros. » Et répond à son tour : « On nous demande pourquoi on vit en groupe. C’est pour se protéger des violences. » Car les cas n’ont pas manqué, d’attaques violentes, de tentatives d’incendie.

    « Oui, il y a des nuisances qui peuvent excéder les voisins », reconnaît Framboise Robert, responsable de l’association culturelle Arte Cavhalo. Rare signataire à connaître la situation de très près pour avoir travaillé plus de 16 ans avec les enfants des squats. « Mais si on nous laissait le temps d’organiser des activités avec des aides, bien encadrées, bien gérées, avec un budget au lieu de couper les subventions des associations, ça pourrait bien se passer. » À Gardanne ou à Lyon, des expériences d’accompagnement ont fait leurs preuves. « Ici, les projets sur les friches Euromed n’ont fait que repousser les squats, de Bougainville à Gèze, à la Belle de Mai », regrette-t-elle.

    « Nous devons faire entendre notre voix » ont convenu les familles. « Nous sommes ici pour dire que ces familles ne sont pas seules », a rappelé Laurent Sapin avec à ses côtés une militante de Front commun et Imram Trocmé, élu LFI des 4-5. Une représentante d’Un centre-ville pour tous et du Collectif d’habitants organisés du 3e (CGO3) propose « d’agir ensemble, de créer des liens ». Le premier pas se fera sur le plan judiciaire. Sans toit, ces familles ne sont pas sans droits. Maître Adam Borie annonce : « Ces familles n’étaient pas représentées lors de l’ordonnance. Elles ont droit au débat devant un juge. Nous allons saisir le Juge de l’exécution. » De quoi gagner un délai.

  • Dans les Hautes-Alpes, une cellule de veille pour aider le secteur associatif

    Dans les Hautes-Alpes, une cellule de veille pour aider le secteur associatif

    C’est une avancée que l’Union départementale de l’économie sociale et solidaire (Udess), attendait depuis longtemps. Alors qu’à l’échelle nationale, le monde associatif subit fermetures, licenciements, ou passage contraints au temps partiel, les données restent difficiles à comptabiliser de manière précise, tant de nombreuses associations disparaissent ou doivent licencier sans bruit, dans un secteur « habitué » à faire avec presque rien. C’était tout l’enjeu de la rencontre du 8 juin, entre les représentants de l’Udess et la sous-préfète Hélène Dargon. Dans un communiqué paru la semaine dernière, l’Udess affirme que la préfecture a acté la mise en place d’une cellule de veille départementale sur l’emploi ESS, comme proposé durant l’entrevue.

    « Les structures de l’économie sociale et solidaire (associations, coopératives, mutuelles) dans notre pays et plus particulièrement dans les Hautes-Alpes, (…) rencontrent d’importantes difficultés en raison de la diminution ou du décalage dans le paiement des financements que les pouvoirs publics lui accordent », pose le communiqué. Face à cela, le secteur associatif des Hautes-Alpes a déjà mis en place des dispositifs solidaires innovants, comme un fonds de mutualisation alimenté par les structures ESS. « Mais ce n’est pas suffisant pour aider les entreprises en difficulté structurelle », alerte l’Udess. Si « de nombreux dispositifs nationaux et régionaux de soutien existent en fonction du degré de difficulté », l’Udess rappelle que « la plupart des entreprises de l’ESS ne les connaissent pas ». La cellule de veille aura donc pour but, « après repérage des situations de structures en difficultés », de leur proposer « des solutions visant à les aider à traverser la situation de tension qu’elles traversent ».

    Enrayer l’abandon

    du monde associatif

    La dernière note d’étude du CRESS de la région Paca le rappelle : « L’ESS des Hautes-Alpes ne s’effondre pas. Mais ses bases tremblent. » Si l’ESS dans les Hautes-Alpes a vu le nombre d’emploi augmenter en 2025 (+0,8%), le nombre d’établissements employeurs recule
    (-2,8%), tandis que l’augmentation des salaires (+0,1%) a été inférieure à l’inflation. Dans ce contexte, la cellule de veille départementale sera mise en place « dans les semaines à venir », affirme l’Udess. La mission de son organisation et de son fonctionnement a été confiée à Dalila Raïs, inspectrice à la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP). La prochaine se tiendra le 7 octobre, et d’ici la mise en place formelle de la structure, les entreprises et associations de l’ESS sont invitées à faire connaître leurs difficultés à l’adresse suivante : udess05@udess05.org.

  • [Exclusif] Le budget métropolitain du préfet attaqué en justice

    [Exclusif] Le budget métropolitain du préfet attaqué en justice

    Candidat aux sénatoriales, le maire (PS) du Puy-Sainte-Réparade Jean-David Ciot avait menacé au début de l’été de déposer un recours pour contester le budget métropolitain arrêté par le préfet de région après le refus des élus de le voter. C’est désormais chose faite. Alors que le délai de deux mois après publication de l’arrêté préfectoral du 16 juin « portant règlement d’office du budget primitif 2026 de la Métropole Aix-Marseille-Provence » s’achevait ce dimanche, le tribunal administratif confirme auprès de La Marseillaise n’avoir enregistré qu’un seul dossier le contestant, déposé par la commune du Puy-Sainte-Réparade. Sans qu’il n’y ait pour l’instant de date d’audience programmée.

    « J’avais indiqué dès le début que j’allais demander à des juristes de regarder ce budget, le préfet outrepasse les droits qui lui sont ouverts dans le cadre de la procédure d’urgence », explique Jean-David Ciot. En se défendant d’utiliser cette procédure dans sa campagne pour le palais du Luxembourg : « C’est plutôt l’inverse, ces décisions prises d’en haut par le préfet ont facilité l’idée d’être au Sénat pour représenter les maires. »

    Décision modificative compliquée en vue

    Le représentant de l’État avait décidé de s’écarter des préconisations formulées par la chambre régionale des comptes le 11 juin dernier, en tranchant en faveur de 53 millions d’euros de coupes dans les attributions de compensations versées aux municipalités sur la base de l’ancienne taxe professionnelle, dont il considère une partie comme indues, plutôt que dans la dotation de solidarité communautaire versée pour corriger les inégalités entre communes. « Il n’avait pas le droit de modifier le volume des attributions de compensation, qui relève de la compétence des communes », attaque l’édile du Puy-Sainte-Réparade. Il pointe aussi le manque de justifications de la préfecture pour déroger aux préconisations des magistrats financiers. « Il profite de cette opportunité pour s’attaquer au problème des relations financières entre la Métropole et les communes que la préfecture n’a jamais attaquées », déplore l’ancien député pour lequel l’État « n’a pas été courageux » en faisant payer les communes plutôt qu’en augmentant les impôts.

    Il est pourtant prêt à retirer son recours, « à condition que l’on trouve un consensus le 10 septembre avec un accord équilibré pour tout le monde ». Ce jour-là, le conseil métropolitain doit voter une décision modificative pour reprendre le budget arrêté par l’État. Un chantier de taille mené de front avec la préparation d’un budget 2027 dont le déficit s’annonce encore plus dur à combler, tandis qu’aucun accord n’a pu être trouvé avant les vacances sur la composition d’une Clect, la commission chargée d’évaluer les transferts financiers entre la Métropole et les communes. De quoi annoncer une rentrée compliquée.

  • Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    Rejet et précarité, le quotidien des Roms

    « Nous n’avons pas reçu d’avis d’expulsion », assure Bianca, porte-parole des familles sur ce site du 3e arrondissement. Les signataires de la tribune évoquent la date fatidique du 24 août, choqués par une telle opération programmée à quelques jours de la rentrée scolaire.

    « Nous voulons qu’on nous donne la possibilité de rester pour que les enfants continuent à aller à l’école, pour qu’ils aient un autre travail que fouiller dans les poubelles, revendre des affaires aux puces ou la ferraille à Bougainville », plaide cette mère de quatre enfants. Tous les enfants sont scolarisés dans les écoles, collèges et lycées du quartier. « Je suis la seule de la fratrie qui ne soit pas née ici », complète Armecna, sa fille. Un bébé de trois mois dans les bras, Béatrice précise : « Il y a au moins trois enfants de moins de deux ans et quatre femmes enceintes ici. » C’est sans compter « un handicapé et de nombreux malades, diabète, hypertension… », ajoute Bianca.

    Originaire de la région de Bucarest, en France depuis 20 ans, dont 16 à Marseille, elle a vécu plusieurs expulsions. « C’est toujours la même chose, on doit retrouver un lieu, s’organiser pour vivre. C’est de plus en plus difficile avec de moins en moins d’argent. Un gros camion, il faut trois jours pour le remplir, ça représente à peine cent euros. moins le prix du gasoil », déplore la jeune femme. Dans l’enceinte de la caserne investie par des voitures et deux camions, des enfants jouent au ballon tandis qu’un homme s’attelle à la réparation d’un moteur. Des douches et des sanitaires avec un espace prévu pour les machines à laver ont été aménagés. L’association Solidarités International a aidé à une meilleure gestion de l’eau. Un effort de traitement des déchets a aussi été entrepris car c’est suite à des plaintes du voisinage, incommodé par les fumées, que la demande d’expulsion a été faite sur ce bâtiment, propriété de la Ville.

    Du côté de la mairie centrale, on explique : « La préfecture a en effet la main sur le dossier, mais la Ville travaille depuis des mois avec l’État pour trouver une solution de relogement. L’objectif est d’éviter les remises à la rue. » Particulièrement sensible à la situation, Emilia Sinsoilliez, enseignante et première adjointe au maire du secteur, explique : « Nous avons mené un accompagnement social avec ces familles et les associations partenaires de la Ville, Rencontres Tsiganes, l’Addap 13… et le deal avec la préfecture, c’était que les sept familles à la Busserade aient chacune un logement avant la rentrée. C’est pour cela que ça a pris du temps. » Des situations souvent complexes à gérer et plus ou moins soutenues par l’État. « On y travaille, petit à petit de nombreuses familles roms ont des toits sur la tête à Marseille. Leurs enfants sont des petits Marseillais à part entière. »

    Interrogée, la préfecture n’a pas donné suite. D’autres procédures d’expulsions sont pendantes.

    Déjà 25 ans de galère

    À La Valentine dans le 11e arrondissement ou aux Aygalades, dans le 15e arrondissement, sur l’ancien site de la cité des Créneaux. « Il y a un retour en arrière du côté de l’État », craint un associatif. Les budgets se resserrent et le travail partenarial engagé par la Ville avec les associations historiques de terrain perd en forces. Il est notable que l’Ampil (association méditerranéenne pour l’insertion par le logement) qui s’est vue sucrer celui dédié à la résorption des squats et bidonvilles se retrouve mise sur la touche, privée de moyen d’actions.

    Depuis des décennies la politique de la solidarité en dent de scie de l’État, associée à un « odieux amalgame », roms, gitans sédentaires et gens du voyage, « assimilés à des délinquants » ne favorise ni l’apaisement de tensions de voisinage, ni les situations des familles, notait déjà Alain Fourest, l’ancien président de Rencontres Tsiganes dans un rapport publié sur Cairninfo : « 1997-2012 : quinze années de galère et de chasse aux Roms. » En 2012, la préfecture proposait d’accueillir les familles roms, balayées d’une friche à l’autre au gré des expulsions, dans l’ancienne Bastide militaire La Guillermy. Une expérience avortée face au tolé des riverains. En charge de la solidarité pour la nouvelle municipalité marseillaise en 2020, Audrey Garino (PCF) élabore avec Laurent Carrié, préfet délégué pour l’égalité des chances, le projet d’un village insertion sur la friche d’une aire d’autoroute à Saint-Henri. La préfecture l’abandonne en 2024.

    Pour autant, ces solutions existent. Près de Lyon, le Village d’insertion de Saint-Genis-les-Ollières s’est révélé une expérience positive. Créé en 2015, il a accueilli 16 familles qui avaient été évacuées de bidonvilles, sous la réprobation des habitants. Trois ans plus tard, « 80% des familles ont trouvé emploi et logement, et leurs enfants sont tous scolarisés », publiait France Soir en 2018.

  • [Entretien] Laurent Guilloteau, CGT des Sdis : « La politique d’austérité du gouvernement impacte les pompiers »

    [Entretien] Laurent Guilloteau, CGT des Sdis : « La politique d’austérité du gouvernement impacte les pompiers »

    La Marseillaise : Le rassemblement prévu ce jour devant le ministère de l’Intérieur est organisé par les neuf organisations syndicales représentatives des Sdis précisez-vous dans un communiqué unitaire. C’est inédit ?

    Laurent Guilloteau : Dans ce sens, oui. Cela fait un an que les neuf organisations syndicales sont unanimes sur le constat qui a été dressé dans ce communiqué et que nous sommes entièrement d’accord sur l’ensemble des revendications. La Sécurité civile a, aujourd’hui, le pantalon sur les chevilles. La politique d’austérité du gouvernement et les coupes budgétaires qu’ont subies les conseils départementaux et les communes ont impacté les Sdis. Nos principales revendications ont toutes un lien avec le financement. L’un des principaux axes, c’est le recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels. Sur l’année 2025, on a plus de 2 200 lauréats du concours. Mais certains de l’édition précédente, donc 2023, n’ont toujours pas été recrutés, faute de budget.

    Cette politique austéritaire explique-t-elle pourquoi les sapeurs pompiers volontaires – non limités en heures – sont davantage sollicités au détriment des sapeurs pompiers professionnels ?

    L.G. : Totalement. Aujourd’hui, la faute est à un plafond horaire annuel qui est de 2 256 heures et qu’on ne peut pas dépasser. Pourtant, il y a un texte de loi de 2023 qui permet de libérer des sapeurs-pompiers professionnels sur leur temps de travail. Sauf que les directeurs sont ultra-réticents à détacher du temps de travail des sapeurs-pompiers professionnels au profit des autres départements, dont ils disent pourtant être solidaires. Ils préfèrent les envoyer sur leurs repos ou leurs congés, et sur le statut de sapeurs-pompiers volontaires, parce que du coup, ils ne perdent pas de temps de travail. Il est impensable de se dire qu’on se prive d’une ressource quantitative et qualitative sous l’effet d’un statut alors que, concrètement, on est agent de la fonction publique territoriale.

    Vous entendez peser sur le prochain Projet de loi de finances pour 2027 ?

    L.G. : Il est vrai, comme le dit Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur], que la Sécurité civile a vu une augmentation de son budget alloué au titre des derniers projets de loi de finances. Mais ce que le ministre oublie de dire, c’est que si on fait un ratio de ce que pèse aujourd’hui la Sécurité civile – un des derniers services publics qui arrive encore à fonctionner, malgré les difficultés et les contraintes que l’on peut rencontrer – par rapport à l’investissement qui a été mis sur les projets de loi de finances, notamment pour les JO 2024, pour les Armées et pour la Sécurité intérieure, on est très loin du compte. Alors oui, on va interagir sur le projet de loi de finances. C’est vital à l’échelle nationale. On a loupé le coche après la saison des feux de 2022 où il aurait fallu déjà revoir les budgets des services départementaux d’incendie et de secours. Cela va être difficile à rattraper aujourd’hui avec toutes les coupes budgétaires que présente M. Macron…

    Que peut-on retirer du Beauvau de la Sécurité civile ?

    L.G. : Le ministère de l’Intérieur et le gouvernement ont fait des groupes de travail pour occuper le temps et le terrain. Pendant ce temps-là, ils ont oublié d’agir et de sortir le projet de loi prévu à l’issue de ces travaux. Depuis, on a vu défiler plusieurs ministres que ce soit Gérald Darmanin, Bruno Retailleau et aujourd’hui Laurent Nuñez.

    La Sécurité civile est-elle dans les priorités du gouvernement ? C’est notre interrogation. Je vous le dis, la réponse c’est non. Si on était vraiment dans les préoccupations du gouvernement, il aurait mis en place dans les projets de loi de finances et dans le Beauvau des mesures pour faire avancer la Sécurité civile.

    Cette saison des feux est particulièrement dévastatrice. Si des investissements ne sont pas rapidement faits dans la Sécurité civile, au vu du réchauffement climatique, les prochaines seront pires ?

    L.G. : La synthèse est la bonne. Les saisons comme 2026 vont devenir la norme. Le feu de forêt devrait être enseigné dans le risque courant. Depuis combien d’années on parle du réchauffement climatique et de son impact ? Les canicules, on en a déjà eu. On se rappelle de 2003 et des premières, dévastatrices, qui ont causé énormément de morts. Le ministre de l’Éducation nationale, a dit [le 26 juin 2026 ndlr], que le gouvernement avait anticipé la canicule. Si on avait anticipé, on n’aurait pas provoqué la fermeture de classes parce qu’il y faisait 35 degrés. S’il y a une chose que le gouvernement n’a pas faite, c’est d’anticiper.

    Si on était vraiment prêts et si on avait été en capacité de répondre au moment voulu sur des feux majeurs en même temps sur l’ensemble de territoire, on n’aurait pas eu à épuiser la ressource au 31 juillet, que ce soit de sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires et de personnels administratif, technique et spécialisé. Ce sont des gens dont on parle très peu et qui font aujourd’hui fonctionner les Sdis dans la partie administrative, la réparation des véhicules et le maintien de nos unités opérationnelles. Sans tous ces gens-là qu’on a sollicités durant un mois, corvéables à merci, durant des heures, en s’asseyant sur leurs périodes de repos et aussi leur période de congé, ça n’aurait pas existé.

    La polémique autour de la commande de Canadairs est-elle justifiée ? Qu’est-ce que cela aurait pu changer sur le terrain ?

    L.G. : Les Canadairs, c’est comme un camion-citerne feux de forêts, quand il tourne toute la journée, le lendemain, il a besoin d’une maintenance. Il y a des matins où il n’y en avait que 5 disponibles. Puis, l’après-midi, il y en avait peut-être 7 ou 8. Et le lendemain matin, on redescendait à 5. On parle souvent des machines mais il faut aussi prendre en compte les horaires de vol du pilote à l’intérieur, qui doit avoir une certaine lucidité durant toutes les missions qu’on lui demande. Souvent, ça aussi, ça nous fait défaut.

    Le travail de précision des Canadairs ne pourra jamais être remplacé par les hélicos supplémentaires qui ont été loués. Les Canadairs ont une capacité et une force de frappe qui est quand même différente. Gabriel Attal, lorsqu’il était Premier ministre, a sérieusement amputé le budget de la Sécurité civile, et notamment dans l’achat de cette flotte aérienne. Si deux Canadairs de plus avaient été présents sur les chantiers de Gironde, ils auraient peut-être compensé la maintenance qui était obligatoire pour l’aspect sécuritaire du personnel en vol et au sol.

    REPÈRES

    258 641

    sapeurs-pompiers sont recensés en France dont 200 961 volontaires. 13 377 sont militaires comme le bataillon des marins pompiers de Marseille. Les pompiers du 13 comptent 7 500 agents.

    80 %

    des interventions des SDIS sont consacrées au secours à la personne contre seulement 6% pour les incendies. Sur tout le territoire, 13 000 interventions par jour sont réalisées.

    Attaque massive

    La doctrine définie nationalement prévoit l’attaque massive des feux naissants.

    En clair maîtriser les incendies avant qu’ils n’atteignent 5 hectares.

    Feux d’hiver

    En 2019, sur les 43 000 hectares qui brûlent en France, 36 000 partent en fumée en janvier et février, note dans son rapport Effis, système européen d’information sur les feux de forêt.