Tag: Coupes budgétaires

  • La droite marseillaise dans les pas des magistrats financiers

    La droite marseillaise dans les pas des magistrats financiers

    Les échanges promettent d’être animés en fin de séance, ce vendredi, lorsque le rapport de la chambre régionale des comptes consacré à la gestion de la Ville de Marseille sera présenté en conseil municipal (notre édition du 14/10). « Le maire a indiqué qu’il répondra lui-même », glisse le conseiller d’opposition Romain Simmarano (Ren.). Mais lui-même n’a pas attendu les débats au sein de l’hémicycle municipal pour livrer face à la presse, ce mercredi après-midi, sa lecture du rapport.

    « Objectivement, les questions de probité et de déontologie sont sérieuses », avance-t-il, en réclamant des explications sur l’embauche d’un déontologue qui avait signé un appel à voter pour le Printemps marseillais. « La vérité, c’est que quand vous n’avez pas de contre-pouvoir, vous dérapez systématiquement », avertit l’ancien directeur de cabinet à la Région. « Au niveau de l’inspection générale des services, il y a eu une division par deux des effectifs, on diminue les contrôles », pointe à ses côtés l’ex-maire (LR) des 11-12, Sylvain Souvestre.

    Mais comme les magistrats financiers, c’est davantage l’augmentation de la masse salariale, à hauteur de 570 millions d’euros depuis 2018, qu’ils ont dans le viseur. « Cela concerne majoritairement des cadres de catégorie A, très bien payés, dans les bureaux », tance Romain Simmarano. En posant : « Il faut avoir l’humilité de dire qu’il faut moins de fonctionnement et plus d’investissements ». Même s’il concède que ses critiques sur les chantiers de l’éducation ont été infirmées par les magistrats et que la dette a été réduite sur la période étudiée. Quant au ton de la réponse du maire à la chambre, « c’est significatif d’un état d’esprit dans la gouvernance de la Ville, moi seul contre le monde entier, le vieux costume rapiécé des maires de Marseille ».

    De son côté, le président des Républicains dans les Bouches-du-Rhône, Ludovic Perney, rappelait dans un communiqué, la veille, la hausse de la taxe foncière. « Si les recettes fiscales ont augmenté de 274 millions d’euros depuis 2018, ce n’est pas pour financer de nouveaux équipements sportifs, culturels ou de santé, mais essentiellement pour supporter les nouvelles embauches », critique-t-il. Interpellant la municipalité sur le contrôle des casiers judiciaires pour chaque personne travaillant avec des enfants, sur le respect des délais de paiement, la présentation d’un plan chiffré d’investissements ou la mise en place d’un dispositif complet de lutte contre la corruption.

  • Les syndicats du spectacle vivant face à la « casse sociale »

    Les syndicats du spectacle vivant face à la « casse sociale »

    « Grande souffrance morale », « On est épuisé », « Une détresse psychologique incommensurable », « On risque de liquider l’association »… Ces phrases sont extraites d’une enquête réalisée par les syndicats des employeurs du spectacle vivant de la région Paca (Synavi, Syndeac, SMA, Scène ensemble) visant à sonder la situation financière de leurs adhérents. Les conclusions ont été présentées à la presse, mercredi, à la Friche la Belle de Mai.

    Alors que la Métropole Aix-Marseille, réunie en conseil ce jeudi tente de faire face aux contraintes liées à sa situation budgétaire, les acteurs de la culture boivent la tasse. 23 structures ont répondu à l’enquête, avec les résultats suivants : 252 000 euros de subventions en moins, 8 licenciements actés ou envisagés, 64 contrats d’intermittents supprimés et 2 200h de travail perdues.

    Les syndicats évoquent notamment le dispositif PAM, qui devait permettre la diffusion de spectacles gratuits dans 50 communes métropolitaines. Alors que « des engagements avaient déjà été pris auprès de troupes sur les montants alloués, certains collectifs ont appris l’annulation en septembre ». Opening Nights, un collectif de compagnies proposant des spectacles dans la Métropole, a « annulé quinze dates et perdu 70% de son budget avec la suppression de sa subvention », selon Marie Didiez, de Syndeac.

    Érosion des financements

    « On l’a pas encore dit aux enfants, car on espère encore que ça change », se désole Agnès Loudes, directrice du théâtre Antoine-Vitez, où devait être organisé un festival de théâtre engageant 200 jeunes lycéens du département. La directrice dit avoir pris connaissance « du gel des 23 000 euros de subventions de la Métropole en septembre ».

    « Les copains vont très très mal autour de nous, jamais on a autant entendu parler de reconversions professionnelles », déplore Wilma Levy, représentante syndicale Synavi. Le secteur n’en est en effet pas à sa première déconvenue. Depuis 2023, l’État et les collectivités territoriales réduisent régulièrement les budgets alloués au service public de la culture, souvent considéré comme une variable d’ajustement dans la lutte contre les déficits.

    Dans ce contexte, certains acteurs du secteur estiment que les subventions publiques peuvent devenir un outil de pression. Les syndicats citent l’exemple de la suspension de la subvention départementale de 90 000 euros au festival Actoral, qui se tenait en septembre, à Marseille. Cette décision, prise par la présidente du Département Martine Vassal (DVD) faisait suite à des critiques d’élus d’extrême droite visant la venue de l’essayiste Louisa Yousfi.

    Alors que le projet de loi de finances (PLF) entre en débat au Parlement et prévoit de nouvelles coupes, le Syndeac a annoncé demander un moratoire à l’État pour stopper ces réductions et de se rapprocher de l’objectif de consacrer 1% du budget à la culture (0,67% actuellement).

  • À la Métropole, deux motions face à l’Etat

    À la Métropole, deux motions face à l’Etat

    Après six mois de psychodrames, le conseil métropolitain qui se tient ce jeudi doit enfin tourner une page. D’abord en adoptant enfin un budget à l’équilibre avec la présentation d’une deuxième décision modificative. Un mois après le blocage politique, l’exécutif métropolitain a trouvé une issue comptable, au prix d’un endettement supplémentaire (notre édition du 08/10).

    Ensuite en mettant fin aux gratuités dans les transports en commun. L’hémicycle doit approuver la nouvelle grille tarifaire, applicable dès le 1er novembre prochain, avec une augmentation du prix des tickets et abonnements conjuguée à une tarification sociale pour 20% des usagers, en particulier pour les moins de 26 ans (notre édition du 14/10). Après la mobilisation du pays d’Aubagne, l’annexe jointe à la délibération, consultée par La Marseillaise, précise bien que le document y est « non applicable au 1er novembre 2026 ». De quoi y préserver pour l’instant la gratuité mise en place depuis dix-sept ans. « Rien ne se fait en 2026, rien ne se fera en 2027 », réitérait la présidente (DVG) de la RTM, Samia Ghali, face à la presse ce mardi. Mais elle déplorait : « à Aubagne, il y a des gens qui ont besoin d’être accompagnés parce qu’ils sont dans une situation de précarité, d’autres ne le sont pas et profitent de la gratuité ».

    « Casse généralisée »

    Mais tandis qu’ont été entamés le 15 septembre dernier les travaux sur la trajectoire financière de la Métropole pour les années à venir, la présentation du projet de loi de finances pour 2027 a fait l’effet d’une douche froide, avec 138 millions de coupes prévues sur le territoire. Alors comme l’a réclamé la dernière conférence des maires, une motion sera présentée au vote par le président (LR) Nicolas Isnard lui-même, pour dénoncer un effort « injuste, insoutenable et dangereux ». « Nous sommes conscients de l’impérieuse nécessité de redresser les finances publiques, mais ça ne saurait se faire au prix d’une casse généralisée pour les collectivités territoriales », déplore le document. Et d’alerter sur un projet qui pourrait plonger de nombreuses communes et intercommunalités « dans une crise financière très dangereuse pour le pays ». La motion demande donc un effort « ramené à un niveau soutenable », limité à 2% des recettes réelles de fonctionnement. En réclamant de débloquer le versement mobilité payé par les entreprises.

    « Au cours des dernières années, les collectivités territoriales et l’État ont engagé un effort sans précédent pour moderniser les transports publics », rappelle ainsi une deuxième motion présentée par la présidente (DVG) de la RTM, Samia Ghali. Qui ajoute donc qu’il « convient désormais de garantir, dans la durée, les ressources nécessaires à la poursuite des investissements et à l’exploitation des futurs équipements ». Et donc débloquer dans le projet de loi de finances le plafond de ce versement limité à 2% de la masse salariale pour s’aligner sur le Grand Paris. Sans monter jusqu’aux 3,2% appliqués par la capitale, la Métropole imaginant déjà une évolution « de manière différenciée selon les territoires, en tenant compte de la densité et de l’importance des réseaux ». Une possibilité qui tombe à l’eau si le budget est adopté par ordonnances.

  • [Exclusif] Les maires menacent d’une fronde face aux nouvelles coupes budgétaires

    [Exclusif] Les maires menacent d’une fronde face aux nouvelles coupes budgétaires

    Lors de son avant-dernier déplacement à Marseille, le 23 avril, le Premier ministre Sébastien Lecornu, avait reconnu que la dernière copie budgétaire du gouvernement pour 2026 était « dure pour les intercommunalités ». « Il est certain que les intercommunalités devront faire l’objet d’une méthode complètement différente pour le budget de l’année prochaine, où alors on viendrait abîmer des territoires où il y a des projets économiques », s’engageait-il. Six mois plus tard, la promesse n’est que très partiellement tenue.

    Comme elle s’y était engagée lors de sa dernière conférence des maires, le jeudi 8 octobre, la Métropole Aix-Marseille a ainsi chiffré précisément, commune par commune, l’impact du projet de loi de finances pour 2027 qui arrive ce mardi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Selon ce document, que La Marseillaise a pu consulter, l’addition s’élève à 93,4 millions pour les communes de l’intercommunalité – dont plus d’un tiers pour la seule Ville de Marseille – auxquels s’ajoutent 45 millions d’euros pour la Métropole elle-même. Et cela sans compter la hausse des cotisations payées à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL), qui ajoute quelque 25,5 millions d’euros à l’addition.

    La crainte d’ordonnances sévères

    Certes, comme l’avait promis le Premier ministre, il n’y a plus de contribution spécifique aux territoires industriels, concède le vice-président (LR) de la Métropole chargé des finances, David Ytier. « Mais le projet de loi de finances est hypersévère, plus particulièrement pour le bloc communal, s’alarme-t-il. Pour le territoire, c’est une perte d’environ 170 millions d’euros, c’est colossal ! On double notre contribution au redressement des finances nationales, une contribution qu’on nous prend seulement pour payer les intérêts de l’État. » Le choc est dur pour l’intercommunalité, qui s’attendait à des coupes deux fois moins élevées. D’abord parce qu’elles arrivent après une année budgétaire chaotique de laquelle l’institution ne sort que par un jeu d’écritures comptables, après avoir refusé au mois d’avril de voter son budget face à déjà environ 60 millions d’euros de ponctions de l’État. Ensuite, parce qu’elles s’ajoutent à un mur financier pour l’année à venir qui était déjà chiffré a minima à 150 millions d’euros à trouver. Surtout, « les mesures que l’on vote sur nos recettes sont immédiatement reprises par l’État, on ne peut plus y arriver », soupire David Ytier. Ainsi les 40 millions d’euros cumulés attendus à travers la hausse de la fiscalité sur les entreprises et celle des tarifs de la RTM sont immédiatement aspirés par ces coupes budgétaires.

    « Nous sommes tétanisés, je ne sais pas comment cela va se terminer, souffle aussi l’adjoint (PS) aux finances de la Ville de Marseille, Joël Canicave. Nous préparons le budget 2027 avec des kilos d’incertitude. » D’autant plus qu’il craint un effet domino avec la Métropole, après avoir réussi à éviter une coupe de 36 millions d’euros dans la dotation de solidarité communautaire perçue par la municipalité. « Ce que vont faire les collectivités, c’est qu’elles vont emprunter un peu plus, cela va augmenter la dette, et elles vont réduire leurs investissements, explique-t-il. Cela entraînera une spirale négative, 70% des investissements publics sont faits par les collectivités locales en France ! »

    Une autre inconnue ajoute à l’inquiétude. « En général, le gouvernement passe de premiers documents un peu durs, et ensuite l’Assemblée et le Sénat rectifient un peu les choses », raconte Joël Canicave. « Mais si le budget est adopté par ordonnances, c’est le projet de départ qui est adopté », alerte David Ytier. À l’inverse des projets de loi de finances adoptés par 49.3, où le gouvernement pouvait conserver les amendements qu’il souhaitait. La précision du document original présenté par le gouvernement ne fait que renforcer cette hypothèse, pour le grand argentier de la Métropole.

    Une motion votée

    « Nous sommes arrivés au point de non retour, maintenant, nous allons organiser des actions, annonce tout de go le président des maires des Bouches-du-Rhône, Georges Cristiani. Nous n’allons plus nous laisser faire, c’est terminé. » Tandis que le conseil métropolitain doit voter ce jeudi une motion dénonçant ces coupes budgétaires, il a été chargé lors de la dernière conférence des maires de recueillir les suggestions pour répondre au projet de loi de finances. Avec des propositions qu’il espère rendre à la fin de la semaine. « Des actions sans violence, sans révolution, ce n’est pas notre style, précise-t-il. Mais nous allons bloquer l’état, cela c’est sûr. Nous avons beau essayer de calmer les collègues, ils n’y arrivent plus, ils sont asphyxiés. »

    Et de rappeler les services publics qui risquent d’être touchés : « Derrière ces milliards qu’ils nous volent, ces pourcentages qu’ils nous balancent, il y a la vie ! ».

  • En danger, le secteur des solidarités se mobilise

    En danger, le secteur des solidarités se mobilise

    En Occitanie, plus de 230 organisations privées à but non lucratif travaillent sur le handicap, l’exclusion, le grand âge ou l’enfance. Elles s’estiment aujourd’hui à bout de souffle. Faute de moyens, ces associations, mutuelles ou fondations ont de moins en moins la capacité de répondre aux besoins croissants de leurs bénéficiaires.

    L’organisation qui les représente, l’Uniopss*, et son antenne régionale, l’Uriopss Occitanie, ont préparé une grande campagne de sensibilisation intitulée « Et si nous arrêtions vraiment ? ». L’objectif est de faire réagir l’opinion sur les conséquences qu’occasionnerait la disparition de ces structures. Du 12 au 17 octobre, elles sont appelées à ouvrir leurs portes au grand public, à s’exprimer sur les réseaux sociaux et à s’adresser aux décideurs politiques.

    L’Uriopss Occitanie compte sur cette mobilisation pour interpeller les parlementaires de la région, qui débattent actuellement du budget. L’organisation professionnelle demande une hausse des crédits publics afin d’accompagner l’évolution démographique et notamment le vieillissement de la population. « Le minimum serait que les moyens suivent le niveau de l’inflation », avance son directeur Guillaume Fritschy. Au niveau national, le président de l’Uniopss, Daniel Goldberg, espère provoquer un sursaut chez les candidats à la présidentielle. « Nous voulons poser une question très simple à toute la société : et si nous arrêtions vraiment, que deviendrait notre cohésion sociale ? Qui ferait ce que nous faisons aujourd’hui ? », questionne-t-il dans un communiqué.

    Le scénario d’une disparition relève de moins en moins de la science-fiction. Le secteur associatif est confronté à un effet de ciseau. Les crédits publics, dont il dépend largement, connaissent une érosion. En 2025, la moitié des associations ont fait état d’une perte de financements publics, selon l’Uriopss. En face, les dépenses s’accroissent. À la faveur de l’ancienneté, une partie des salaires augmentent. Les employeurs de l’économie sociale et solidaire doivent également assumer la fin de l’exonération de la taxe d’apprentissage. L’inflation aggrave le tout.

    Contre-attaque

    Les associations sont d’autant plus fragilisées qu’elles sont mises en concurrence avec des opérateurs à but lucratif, par exemple dans le cas des crèches. Leur modèle économique n’est pas adapté aux lois du marché. Car, comme le rappelle le directeur de l’Uriopss Occitanie, elles ne peuvent pas jouer sur les prix. Pire, leur vocation d’intérêt général est invisibilisée. « Les pouvoirs publics vont considérer les associations par leurs prestations et beaucoup moins pour ce qu’elles sont, c’est-à-dire des espaces de construction citoyenne », pointe Guillaume Fritschy.

    L’Uriopss Occitanie entend aussi riposter à la suite de la parution, le 20 septembre, de la Une du Journal du dimanche titrée « 60 milliards engloutis par les associations ». L’organisation professionnelle estime que le secteur a été injustement mis en cause par l’hebdomadaire, propriété du milliardaire Vincent Bolloré. « Les associations n’engloutissent rien », clarifie Guillaume Fritschy. « Leurs financements sont réinjectés dans le service rendu aux personnes les plus vulnérables. »

    *Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux

  • Les maires de la Métropole réunis face aux coupes du projet loi de finances

    Les maires de la Métropole réunis face aux coupes du projet loi de finances

    Loin du psychodrame budgétaire traversé par l’intercommunalité depuis le mois d’avril, les maires de la Métropole Aix-Marseille retrouvaient un front uni ce jeudi à l’occasion de leur conférence, au palais du Pharo, soudainement rassemblés par la perspective de nouvelles coupes imposées par le gouvernement dans le projet de loi de finances. Un sujet qui a occupé la majeure partie des échanges à huis clos. « Cela me fait plaisir d’entendre certaines personnes parler de services publics », souriait le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, à la sortie de l’hémicycle, face à la perspective d’une « catastrophe pour le service public et ceux qui en ont besoin ». Avec environ 60 millions d’euros en moins pour la Métropole, estime la maire (UDI) d’Aix Sophie Joissains, qui déplore : « On prend sur les services publics locaux pour rembourser les intérêts de la dette ». L’hémicycle devrait voter une motion pour dénoncer ces coupes, le 15 octobre, tandis que les idées fusaient pour les dénoncer, jusqu’à la proposition d’un sit-in à Paris. Charge au président des maires des Bouches-du-Rhône, Georges Cristiani, de les recueillir.

    Mais pour le maire (DVG) d’Aubagne Jean-Pierre Squillari, cette conférence était aussi l’occasion de saluer « une victoire directe du terrain » après le moratoire sur l’abandon de la gratuité dans le pays d’Aubagne. Alors que la nouvelle grille de la RTM doit être dévoilée mardi, il portera une motion pour demander au gouvernement une hausse du versement mobilité payé par les entreprises.

  • Une « jeunesse en colère » qui attend de « vraies réponses »

    Une « jeunesse en colère » qui attend de « vraies réponses »

    Ils s’y attendaient. « Le préfet n’était pas là, on a été reçus par des représentants qui ont noté nos doléances sans nous apporter aucune réponse directe car ils n’ont aucun pouvoir », résume Alexis, membre du Mouvement national lycéen et de la délégation de quatre jeunes reçue, jeudi, en préfecture, après la manifestation. Ils y ont dénoncé « la répression policière » des derniers jours, évoquant les incidents survenus devant le lycée Marie-Curie, comme « le nassage, le gazage et les arrestations arbitraires » constatés, mardi, sur le cortège parti en manifestation non déclarée.

    à ses côtés, Younes, de l’Union étudiante Aix-Marseille, note la « réussite » de cette nouvelle journée organisée au pied levé. Pour lui, la force du mouvement réside aussi dans le rapprochement entre lycéens et étudiants. Côte à côte sur les cortèges, ils partagent les mêmes difficultés. « Lorsque les lycéens disent qu’ils n’ont pas de chaise, pas de table, pas de professeur, la vérité, c’est qu’à la fac aussi », note l’étudiant en droit. Manque d’enseignants, locaux dégradés, personnels administratifs débordés, précarité des personnels : les mêmes problématiques traversent l’enseignement supérieur. Younes balaie d’ailleurs d’un revers les critiques du gouvernement sur le flou des revendications et renvoie aux dix mesures portées depuis des années par les organisations étudiantes.

    « On n’imagine pas la fin de ce mouvement tant qu’on n’a pas de vraies réponses. On ne peut pas dire qu’on augmente le budget et qu’on supprime des postes de professeurs », reprend Alexis, rappelant que des lycées marseillais étaient déjà mobilisés, au printemps, contre les coupes budgétaires dans l’éducation nationale. « Un milliard, ce n’est rien. Il faut rattraper toutes les coupes qui ont été faites depuis plus de dix ans », abonde Younes.

    Malgré l’approche des vacances, personne ne croit à un essoufflement. « La jeunesse est en colère et la colère ne se calmera pas avec deux semaines de vacances », assure Odile, du Comité de lutte d’Aix Marseille université, estimant que l’appel à la grève des syndicats travailleurs pour la rentrée battra le rappel. « C’est une mobilisation très créative. Les vacances peuvent casser une dynamique, mais je crois que beaucoup trouveront quoi faire pendant les vacances, ça sera un beau moment à vivre. »

  • La Métropole trouve une issue de secours pour son budget

    La Métropole trouve une issue de secours pour son budget

    C’est un tour de passe-passe financier que la Métropole sort de son chapeau pour sortir de sa crise budgétaire. Près d’un mois après le séisme qui a secoué l’institution avec l’échec de son président à faire passer en force pour faire porter à Marseille l’essentiel des coupes dans les dotations aux communes, les maires se réunissent de nouveau, ce jeudi matin dans l’hémicycle du Pharo, pour un point d’étape, avant le prochain conseil métropolitain du 15 octobre.

    Pour la première fois depuis le début de l’année, son exécutif pourra présenter un budget à l’équilibre. Sans couper dans les dotations aux communes. « Il y avait une solution technique qui n’était pas vue jusque-là comme une solution », explique le vice-président (LR) aux finances, David Ytier. Une solution comptable, validée auprès des services de l’État du trésor public, qui consiste à retirer les 53 millions qui manquaient encore dans les amortissements des investissements métropolitains, qui seront donc financés par l’emprunt. Sans ajouter, dans l’immédiat, aux 91 millions de coupes claires dans les dépenses de l’institution. « Mais cela va dégrader les ratios financiers de la Métropole qui sont scrutés par les marchés, les banques », pointe l’argentier de l’intercommunalité. Avec en bout de course une épargne nette négative. Une façon de reculer avant de sauter dans l’année 2027, où la trajectoire financière anticipe un trou plus important encore, auquel s’ajoutent les nouvelles coupes de l’État, que la Métropole espère chiffrer d’ici la fin de la semaine.

  • Face à l’illettrisme, la formation perd ses moyens

    Face à l’illettrisme, la formation perd ses moyens

    « La difficulté que nous avons, c’est que c’est relativement invisible », souffle la directrice générale de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), Cécile Jaffré. Ce mercredi 30 septembre, c’est sous les ors de la préfecture de région que l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) présentait une étude inédite sur les risques d’illettrisme en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    Un phénomène certes quasi-invisible, mais massif. « Au niveau national, sur 100 personnes scolarisées en France, 11 éprouvent des difficultés fortes à l’écrit ou en calcul à l’âge adulte », explique Olivier Sanzeri, chef de projet à l’Insee. Soit 3,7 millions de personnes empêchées face aux démarches du quotidien. Et contraintes à la débrouille. « Pour prendre le métro, un homme prenait le nombre de pièces correspondant au nombre de stations qu’il fallait passer, et les changeait de poche à chaque arrêt pour savoir où descendre », illustre la coordinatrice régionale de l’ANLCI, Corinne Matteaccioli.

    Alerte en Vaucluse

    « Le premier facteur de risque est le niveau de diplôme », poursuit Olivier Sanzeri. Au total, 38% des personnes qui n’ont aucun diplôme sont en situation d’illettrisme, soit treize fois plus que celles qui ont un diplôme du supérieur. Le phénomène touche aussi 18% des personnes qui ont commencé leur scolarité hors de France, avec des risques deux fois plus élevés que le reste de la population, ainsi que les personnes les plus âgées, dont 13% de celles qui ont entre 50 et 64 ans.

    Autant d’éléments qui permettent de dresser une carte des territoires cumulant les facteurs de risque dans la région. Avec en premier lieu le Vaucluse, cinquième département le plus pauvre de France hexagonale, en particulier l’Enclave des Papes et le Pays d’Apt. Mais Marseille est aussi particulièrement concernée : 23,1% des habitants du 15e arrondissement n’ont aucun diplôme, et 21,7% dans le 14e. Plus du double de la moyenne nationale.

    Des guichets des centres communaux d’action sociale aux centres sociaux, ce sont les services publics du quotidien qui sont en première ligne pour repérer ces difficultés. L’association régionale des missions locales s’est engagée, en 2023, dans une expérimentation pour repérer les jeunes les plus en difficulté. « Mais la difficulté, c’est que nous n’avons pas d’outils sur les territoires qui puissent prendre en charge la problématique », alerte leur directrice, Lila Bua.

    La Région à la traîne

    Chef de file de la formation, le conseil régional finançait pourtant un dispositif de formation spécifique, les Espaces territoriaux d’accès aux premiers savoirs (Etaps). Ceux-ci ont été abandonnés dès 2017 après la bascule à droite de la collectivité. De son côté, France Travail avait pu utiliser les fonds du premier Plan d’investissement dans les compétences, lancé en 2019 pour toucher les personnes les plus éloignées de l’emploi. Devenu régional en 2024 pour sa deuxième phase, avec la Région cette fois-ci partie prenante, il ne comporte plus de dispositif spécifique. À l’inverse d’autres conseils régionaux, comme l’Occitanie qui, dès 2019, s’est impliquée contre l’illettrisme avec son programme Lectio. La Région Sud rappelle certes qu’elle finance le centre de ressource illettrisme et analphabétisme (CRIA), qui accompagne les professionnels, à hauteur de 92 500 euros par an, et qu’elle a investi 374 000 euros entre 2022 et 2025 pour le projet Filia, qui permet d’accompagner les personnes en situation d’illettrisme ou présentant un trouble « dys ». « À partir de 2027, nous irons plus loin avec un repérage renforcé dès l’entrée en formation et un accompagnement davantage individualisé », annonce-t-elle.

    Mais en attendant, cet accompagnement repose davantage sur les opérateurs de compétences, chargés de la formation professionnelle. « Cela relève aussi de la responsabilité de l’employeur, la majorité des personnes en situation d’illettrisme sont en emploi », souligne la coordinatrice régionale de l’ANLCI. Et surtout sur le tissu associatif, « qui joue un rôle fondamental parce qu’il est pérenne », insiste-t-elle. C’est le cas du centre social de la Farandole, à Istres, qui propose des cours spécifiques pour les adultes. Mais ces structures sont frappées de plein fouet par les coupes budgétaires, des collectivités comme de l’État. « Nous n’avons plus la volumétrie permettant de servir tous les besoins », reconnaît le secrétaire général adjoint de la préfecture, Philippe Matheron.

    « Si nous voulons améliorer la situation, il ne faut pas détruire un écosystème qui existe aujourd’hui », alerte face à lui la directrice générale de l’ANLCI. Il y a urgence : alors que 5,1% des jeunes des Bouches-du-Rhône éprouvaient des difficultés sévères de lecture en 2023 lors de leur journée défense et citoyenneté, leur proportion est passée à 6,7% en 2024.

  • La Région Occitanie veut tenir le cap malgré les coupes

    La Région Occitanie veut tenir le cap malgré les coupes

    C’est un lieu qui dit déjà une partie du message. Vendredi 18 septembre, les élus régionaux gardois ont choisi le Centre d’art contemporain de Nîmes, au cœur de Pissevin, pour effectuer leur rentrée. Un équipement culturel implanté dans un quartier populaire, qui a accueilli 10 000 visiteurs en 2025 et auquel la Région vient de porter son soutien de 19 000 à 24 000 euros.

    Une façon d’ouvrir une matinée où les annonces concrètes ont côtoyé un refrain beaucoup moins réjouissant : celui des budgets qui se resserrent. Selon la Région, les décisions budgétaires nationales ont réduit ses ressources de 500 millions d’euros en trois ans. Les élus ont notamment réaffirmé leur volonté de maintenir la culture à 3% du budget de fonctionnement régional.

    L’effort affiché concerne d’abord les lycées. Pour les 231 000 élèves d’Occitanie, la collectivité mobilise 74 millions d’euros : manuels, LoRdi, premiers équipements professionnels ou transports scolaires gratuits, avec également une aide à la cantine renforcée pour les familles les plus précaires. « La rentrée reste la moins chère de France », revendique Fabrice Verdier, conseiller régional délégué aux ressources humaines et au dialogue avec les syndicats, reprenant le mot d’ordre de l’exécutif régional.

    Dans le Gard, 6 400 ordinateurs doivent notamment être distribués cette année et 18 000 élèves bénéficient de la gratuité des transports scolaires. Sur les mobilités, Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région en charge de la question, met en avant la progression de la « gratuité par l’usage ». Selon l’élu, celle-ci est passée de 600 000 à 7 millions de tickets pour les moins de 27 ans entre 2019 et 2026. Dans le Gard, plus de 30 000 jeunes sont inscrits au dispositif « +=0 ». La Région accélère aussi sur le vélo : au lycée Lucie-Aubrac de Sommières, une trentaine de vélos à assistance électrique sont mis à disposition. Une expérimentation menée dans huit établissements d’Occitanie avant une possible extension.

    « Il va falloir que l’État soit à nos côtés »

    L’été a aussi rattrapé la rentrée politique. Après les épisodes caniculaires, une cartographie de la vulnérabilité thermique des lycées est en cours. Isolation, brasseurs d’air, protections solaires, végétalisation ou salles refuges doivent permettre de cibler les prochains investissements. « Face aux contraintes budgétaires, il va falloir que l’État soit à nos côtés », prévient Aurélie Génolher.

    Les inquiétudes sont plus franches sur la formation. Julie Delalonde alerte sur la baisse des financements nationaux de l’apprentissage : « Ça réduit considérablement l’offre disponible… Or, pour beaucoup de jeunes, c’est la seule formation possible ! » L’élue pointe également l’absence annoncée de nouveaux crédits de l’État en 2027 pour la formation des demandeurs d’emploi. La Région a, de son côté, adopté un plan régional de formation 2027-2030 doté de plus de 660 millions d’euros.

    À l’autre bout du tableau, plusieurs projets prennent forme dans le Gard. La Région doit participer à la future école de kinésithérapie portée par le CHU de Nîmes, tandis qu’une formation d’aide-soignant en apprentissage doit ouvrir au Vigan. Au Mas de Mingue, à Nîmes, un centre de santé est annoncé d’ici 2027, en partenariat avec la Ville.

    Reste l’économie. Jalil Benabdillah, vice-président de la Région chargé de l’économie, de l’emploi, de l’innovation et de la réindustrialisation, décrit « une rentrée économique très contrastée », entre entreprises fragilisées et secteurs industriels porteurs. Décarbonation, aéronautique ou spatial sont ciblés, tandis qu’un rapprochement avec Nîmes Métropole autour du développement économique est évoqué. Derrière le catalogue des annonces, une question traverse ainsi cette rentrée : combien de temps les collectivités pourront-elles maintenir leurs investissements alors que leurs marges budgétaires se resserrent ?