Comédie du livre : « un festival de résistance »

« Un choix politique » : le pari de la culture

Avec la Comédie du livre – 10 jours en mai, « Montpellier entre en festivals », annonce Michaël Delafosse. D’abord avec les livres, donc, ensuite avec le théâtre (Printemps des comédiens, 29 mai-21 juin), la danse (Montpellier Danse, 20 juin, 4 juillet) puis la musique (festival Radio France Occitanie, 5-18 juillet). Quatre manifestations d’envergure nationale accueillies coup sur coup dans la capitale héraultaise. Une exception culturelle rendue possible par « un choix politique, au sens le plus noble du terme, celui du service public de la culture », insiste le maire de Montpellier et président de la Métropole.

Dans un contexte où, « pour des raisons budgétaires ou idéologiques, des festivals littéraires disparaissent » et où la situation du livre « est marquée par un vrai recul de la lecture, toutes tranches d’âge confondues », rapporte Régis Pénalva, directeur artistique de la manifestation, la Comédie du livre fait œuvre de résistance. Un mot qui constitue la colonne vertébrale de cette nouvelle édition. « René Char disait : “Je n’écrirai pas de poème d’acquiescement.” On ne vous a pas programmé un festival d’acquiescement. On vous a programmé un festival de questionnement, de contestation, de résistance. »

Durant une dizaine de jours, du 15 au 24 mai, plus de 270 auteurs seront accueillis à Montpellier, où 220 rendez-vous seront proposés sous toutes les formes (rencontres, tables rondes, lectures, ateliers…). La manifestation se terminera, comme chaque année, sur 3 jours de salon du livre (22, 23 et 24 mai) sur la promenade du Peyrou. « À part acheter un livre pour soutenir les auteurs, les éditeurs, les libraires, tout est gratuit », insiste Michaël Delafosse. Là encore, un choix qui fait exception dans le paysage des festivals littéraires.

La part belle à l’édition indépendante

Comme il est de coutume, deux éditeurs seront mis en avant : les éditions Christian Bourgois, qui fêtent leurs 60 ans et l’éditeur québécois La Peuplade. L’occasion de souligner la part accordée dans la programmation à l’édition indépendante : « 30% des auteurs invités sont édités dans des maisons indépendantes. Je pense qu’il y a peu de festivals littéraires en France capables de leur faire une telle part », souligne Régis Pénalva. Une forme, là aussi, de résistance au phénomène de concentration dont est victime ce secteur « où l’internationale réactionnaire est à l’œuvre », déplore Michaël Delafosse.

Une édition féminine et engagée

Avec 56% d’autrices et de créatrices invitées, cette édition sera particulièrement féminine. Confiée à Salomé Saqué, journaliste au média alternatif Blast et autrice de l’essai Résister (Payot), vendu à 500 000 exemplaires et « devenu le bréviaire de lutte et d’engagement de toute une génération », la carte blanche du festival sera, cette année, composée exclusivement de femmes (Camille Bordenet, Titiou Lecoq, Camille Etienne et Blanche Sabbah ont répondu à l’invitation de Salomé Saqué) et marquée par le féminisme, l’écologie et la résistance à « la vague obscurantiste » des idées d’extrême droite.

Autre figure féminine incontournable de cette édition, Gisèle Pelicot interviendra le 20 mai dans le cadre des grandes soirées du festival (sur réservation), accompagnée de la journaliste et romancière Judith Perrignon avec laquelle elle a coécrit Et la joie de vivre (éditions Flammarion), paru en février. Autre invitée de marque : la journaliste et écrivaine Sofia Andrukhovych, « une des principales voix de la littérature ukrainienne ». C’est elle qui ouvrira le festival le 15 mai à l’Opéra Comédie, autour de son roman-fleuve Amadoca (Belfond), « qui traverse l’histoire de l’Ukraine au XXe siècle, de la répression stalinienne à la guerre du Donbass ».

Des temps forts

Bien d’autres temps forts rythmeront le festival… on a l’embarras du choix ! On notera notamment la lecture-concert de Léonor de Recondo autour de l’escapade amoureuse et artistique de George Sand et Frédéric Chopin à Majorque (17 mai) ; le grand entretien avec Natacha Appanah autour de son livre La Nuit au cœur (Gallimard), prix Femina 2025, qui tresse l’histoire de trois femmes victimes de la violence furieuse de leurs compagnons (23 mai) ; ou encore la rencontre avec le prix Goncourt 2025, Laurent Mauvigner, qui présentera La Maison vide, paru aux éditions de Minuit (20 mai).

L’imaginaire et la BD

La fine fleur des littératures de l’imaginaire sera présente et comme chaque année depuis désormais 3 ans, le Grand prix de l’imaginaire (GPI) sera remis durant le festival (23 mai). La BD ne sera pas en reste, avec une vingtaine d’auteurs invités et un partenariat noué, cette année, avec la collective Gilxcott, née à l’annulation du Festival d’Angoulême, qui proposera une série de rencontres.

Le festival se clora le 24 mai sur un moment particulièrement fort : un échange entre Elias Senbar, « grande figure politique palestinienne, poète, essayiste, historien et ambassadeur permanent de la Palestine auprès de l’Unesco » et Elie Barnaby, « grande conscience morale de la gauche israélienne », ancien ambassadeur d’Israël en France, qui évoqueront leurs dictionnaires amoureux respectifs dédiés à la Palestine et à Israël. « Deux hommes de dialogue et de paix, deux grandes consciences morales de notre époque. »

Littérature et cinéma

La Comédie du livre accueille, au centre Rabelais, « D’un regard l’autre », cycle de films documentaires qui fait dialoguer cinéastes et écrivains. Au programme :

Samedi 16 mai, 19h : Would you have sex with an Arab ?, de Yolande Zauberman. « Une enquête sur les corps, sur le désir entre ennemis ». Suivi d’une rencontre avec le journaliste et écrivain Selim Nassib.

Dimanche 15 mai, 20h : La vie devant elle, de Manon Loizeau. Journal intime d’une jeune Afghane qui a décidé de raconter son exil avec sa famille. Suivi d’une rencontre avec l’écrivaine Leonor de Recondo.

Jeudi 21 mai, 20h : Personne n’y comprend rien, de Yannick Kergoat, qui retrace 14 années d’enquête de Médiapart sur l’affaire Sarkozy-Kadhafi. Suivi d’un échange avec le journaliste Fabrice Arfi.

– Dimanche 24 mai, 15h : Carré 35, d’Eric Caravaca. Enquête intime sur une sœur décédée dont le réalisateur ne sait rien. Suivi d’une rencontre avec l’écrivaine Marie-Hélène Lafon.

ET AUSSI

Grand entretien avec Philippe Boucheron

18 mai, 18h, centre Rabelais

L’historien Philippe Boucheron, carte blanche du festival en 2023, revient présenter son nouveau livre, La Peste noire (Seuil).

Grand entretien avec Ahmet Atlan

19 mai, 20h, Opéra Comédie

La Comédie du livre reçoit pour la première fois l’écrivain et journaliste intellectuel turc Ahmet Atlan, grand défenseur de la démocratie emprisonné de 2016 à 2021, à l’occasion de la parution de son nouveau roman, Boléro (Actes sud).

Rencontre avec Jón Kalman Stefánsson

21 mai, 18h30, Opéra Comédie, salle Molière

Habitué du festival, le célèbre romancier islandais Jón Kalman Stefánsson présentera Corps célestes à la lisière du monde (Bourgois), un grand roman historique et lyrique.

Dialogue entre Salomé Saqué et Blanche Sabbah

22 mai, 19h-22h30, centre Rabelais.

Dans le cadre de sa carte blanche, Salomé Saqué invite l’autrice et dessinatrice de BD Blanche Sabbah (Mythes et meufs, La bataille culturelle) pour un dialogue sur le thème : « Résister en 2026 ».

Des écrivains au musée Fabre

23 mai, 19-22h, musée Fabre

À l’occasion de la Nuit européenne des musées, le festival propose une déambulation à travers les collections du musée Fabre en compagnie de 6 écrivains. Chacun lira un texte inspiré d’une œuvre qu’il a choisie, en présence de cette œuvre (sur inscription).

À hauteur d’enfants

Une programmation dédiée aux plus jeunes est proposée durant les 3 jours du salon, du 22 au 24 mai. Programme détaillé sur : www.10joursenmai.fr

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