« Don Giovanni » par Agnès Jaoui

Séducteur charismatique défiant à la fois Dieu et la société, Don Giovanni est devenu le symbole du libertin à la formidable force vitale pour les uns, au cynisme profanateur et mensonger pour les autres. Créé en 1787 à Prague, cet « opéra des opéras » – selon la célèbre formule de Richard Wagner – connaît depuis un succès constant. Mozart et Da Ponte ont réussi à fixer le mythe et offert à l’art lyrique son premier héros transcendant les époques.

Une mise en scène d’Agnès Jaoui

Pour cette nouvelle coproduction, réunissant 5 maisons d’opéra françaises, c’est l’actrice, scénariste et réalisatrice multi-césarisée Agnès Jaoui qui signe la mise en scène. Familière du monde opératique (elle a suivi une formation de chanteuse lyrique et déjà mis en scène deux opéras – Tosca en 2019 et L’uomo femina en 2024), elle propose ici une lecture centrée sur la puissance du désir, défiant les codes d’une société corsetée et codifiée par la morale catholique. « La grande force de Don Juan, c’est de frapper au cœur de la question du désir au point de faire vaciller le conformisme social, le jugement moral, la contrainte religieuse. Ce qui est troublant, c’est qu’il est totalement indéfendable, en particulier aujourd’hui où le problème de la prédation sexuelle se formule explicitement. On sait que Don Juan est un salaud. Pour lui, autrui n’existe pas, seul son désir prime, à tout instant. Et pourtant… On reste saisi par l’expression radicale de sa liberté : il ne transige avec rien, ne se soumet à rien, va jusqu’au bout de ce qu’il peut. Il y a malheureusement beaucoup de salauds, mais peu s’élèvent à une dimension tragique » exprime Agnès Jaoui dans un entretien.

Une distribution de haut vol

La direction musicale revient au chef néerlandais-australien Benjamin Bayl, qui fait ses débuts à la tête des forces vives de l’Opéra Orchestre, rejointes par un étincelant plateau de solistes. Le rôle-titre est incarné par le baryton-basse russe Mikhail Timoshenko, dont la présence scénique et la puissance vocale ont déjà été saluées lors de sa prise de rôle en novembre dernier à Toulouse. À ses côtés, la mezzo-soprano star Karine Deshayes, sacrée

trois fois artiste lyrique de l’année aux Victoires de la musique, revêtira à nouveau le rôle de Donna Elvira, personnage déchiré entre amour et colère.

LM

* Durée : 3h20 avec entracte. Tarifs : de 29 à 83 euros. Chanté en italien surtitré en français et en anglais.

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