Quatre cent soixante et un romans publiés entre août et octobre au niveau national. Une production en légère baisse par rapport à 2025 (484), mais largement de quoi faire son miel de mots à l’occasion d’une rentrée littéraire qui s’inscrit dans un contexte global de recul de la lecture. Avec, en toile de fond, le placement en redressement judiciaire, au printemps, de grandes enseignes de librairies dont Gibert, Le Furet du Nord et Decitre ainsi que la liquidation récente de Sauramps à Montpellier.
Qu’en est-il au niveau régional ? Comment le monde du livre traverse-t-il ces turbulences ? Si elle n’échappe pas aux maux du moment : « L’évolution des pratiques de lecture, la concurrence des écrans, la question de l’IA, aussi, qui nous interroge notamment sur la question de la place de l’auteur », la filière du livre occitane semble toutefois portée par un maillage et une dynamique solides, assure Adeline Barré, directrice du pôle livre et lecture de l’agence unique Occitanie Culture, portée par la Région. « Librairies, auteurs, maisons d’édition : l’Occitanie est une région très dense si l’on ramène le nombre de professionnels du livre au nombre d’habitants », souligne-t-elle. Un vivier important, donc, et très diversifié : « On a aussi cette chance de couvrir tous les domaines éditoriaux, qu’il s’agisse des auteurs, des maisons d’édition ou des librairies, dont certaines sont spécialisées », poursuit la responsable du pôle livre et lecture. « Cela confère au territoire une relative stabilité en termes de création. »
Près de 1 300 auteurs et 283 librairies en Occitanie
Quantité, diversité, mais aussi qualité, insiste Adeline Barré : « On a, dans chaque secteur, la chance d’avoir des locomotives. » C’est par exemple le cas, dans l’édition, de la maison gardoise Au Diable Vauvert, qui fêtait l’an dernier ses 25 ans d’existence, ou encore des éditions Privat à Toulouse. « Ces maisons installées jouent le jeu de la cooptation avec les nouveaux. Il y a un phénomène de solidarité au sein de la filière du livre », relève la représentante de l’agence Occitanie Culture. Qui mentionne également le dynamisme des filières de formation aux métiers du livre dans la région : « Il y a 20 ans, on voyait arriver des projets beaucoup moins structurés. Le monde du livre s’est énormément professionnalisé grâce aux filières de formation professionnelles. Désormais, chaque année à Montpellier, 19 éditeurs et éditrices intègrent le marché de l’emploi. Ils ne restent pas tous en Occitanie, mais c’est un atout certain. »
Comme chaque année à l’heure de la rentrée littéraire de septembre, le pôle livre et lecture de l’agence Occitanie Culture organise à Toulouse -la même manifestation se déroule chaque printemps à Montpellier- une journée destinée à promouvoir une quinzaine de nouveautés d’auteurs et autrices d’Occitanie ainsi qu’une maison d’édition régionale. Le choix s’est porté cette année sur Espaces 34, maison d’édition spécialisée dans le théâtre contemporain. Implantée à Castelnau-le-Lez, elle est dirigée depuis peu par Stanislas Nordey, comédien et metteur en scène qui a dirigé le théâtre national de Strasbourg de 2014 à 2023. À noter également, parmi les auteurs invités, la Perpignanaise Lucie Rico, en lice pour le prix littéraire du Monde avec son roman Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?, chez P.O.L.
Le catalogue des nouveautés édité à l’occasion de ces rentrées littéraires, établi à partir des titres portés à la connaissance de l’agence par les auteursde la région, recense, au second trimestre 2026, près de 150 nouveautés, tous genres confondus, contre près de 130 au second semestre 2025. Globalement, le nombre d’auteurs est en hausse dans la région : les chiffres-clé de 2025 -les derniers- comptabilisent 1 294 auteurs et autrices occitans, soit une progression de 5,63% sur deux ans. Ce qui n’empêche pas une précarisation des revenus de ces auteurs du fait de la réduction du Pass Culture, de la baisse des budgets des festivals, du ralentissement de la production éditoriale, de l’inquiétude face à la concurrence de l’IA générative… De leur côté, les librairies tiennent bon malgré la crise de la lecture. La base de données de l’agence recense 283 librairies dans la région. « Il y a une forme de compensation entre les librairies qui ferment et celles qui s’ouvrent. Le chiffre reste relativement stable », assure Adeline Barré. Six établissements se sont ainsi lancés dans l’aventure entre 2023 et 2025 dans l’Hérault.