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  • [Biographie] Zinédine Zidane, aux sources de la légende

    [Biographie] Zinédine Zidane, aux sources de la légende

    Peut-on encore apprendre quelque chose sur Zinédine Zidane ?

    Dans la biographie qu’il lui consacre, Arnaud Tulipier répond par l’affirmative. « C’est vrai que, sur l’aspect sportif, tout a pratiquement été dit et écrit. Mais grâce à certains de ses intimes, j’ai pu trouver un nouvel éclairage, en partant de son second départ », indique l’ancien grand reporter de France Football.

    Remise en question

    Il s’est attaché à révéler le parcours du Zizou entraîneur, « alors que personne ne le voyait réussir, lui le premier », insiste l’auteur. Grâce à ses contacts, il a pu ainsi obtenir le témoignage de Jean Fernandez, celui qui a lancé sa carrière professionnelle. Alors que Luis Fernandez a été son complice pour la préface. « Luis, c’est un peu le trait d’union. Ils ont joué ensemble à Cannes, avant que l’un devienne l’entraîneur de l’autre. »

    Au fil des chapitres, le lecteur découvre un Zinédine Zidane qui n’hésite pas à se remettre en question. « Il est parti de la base, en allant passer les diplômes les uns après les autres, alors qu’il aurait pu attendre que tout lui tombe tout cuit dans les mains. »

    Ce Zizou là apparaît ainsi sous un jour nouveau. Avec, en fil conducteur, l’amitié qui le lie à David Bettoni.

    Zidane – La légende

    Préface
    de Luis Fernandez

    City Editions
    240 pages, 19
     euros

  • [Beau livre] L’OM, ou le mythe en blanc et bleu

    [Beau livre] L’OM, ou le mythe en blanc et bleu

    Quel est le point commun entre deux champions du Monde Brésiliens, un « Jaguar » gardien de but et tireur de penalties ou encore un « Commandante » Argentin ?

    Ces quatre Sud-Américains ont porté une tunique légendaire. Un maillot blanc aux parements bleus (plus ou moins intense en fonction des saisons) qui est bien plus qu’un morceau de tissu. À Marseille, le maillot de l’OM est un symbole. Celui d’une ville métissée et ouverte sur le monde. À l’image d’un stade, le Vélodrome, melting-pot des cultures.

    Ces cultures que l’on retrouve au film des saisons. Au fil de l’évolution du design. Mais dont la blancheur profonde reste le fil rouge. C’est cette histoire qui est déclinée dans l’ouvrage de Thierry Agnello.

    Chemises et zoo de Marseille

    Au fil des pages, ce sont quarante-et-une de ces tuniques qui sont remises en lumière. « Les maillots symbolisent l’histoire du club. Chaque match, chaque victoire, chaque défaite, chaque trophée, chaque titre, chaque saison, chaque moment est incarné par un maillot » détaille Thierry Agnello.

    Chaque paragraphe est aussi l’occasion de rappeler ceux qui ont contribué à faire la renommée de ce maillot. Des Minots avec leur Zoo de Marseille, aux exploits européens sous le signe de Panasonic, ou du tandem Paolo César – Jaïrzinho arborant « Michel Axel » sur leur poitrine. « Qui mieux que ceux qui les ont portés pour en parler ? », justifie l’auteur pour qui « la plupart des maillots sont le choix de chaque témoin. Les complémentaires sont un peu arbitraires, selon ma sensibilité d’auteur et le mérite dans l’histoire de l’OM de chaque maillot », conclut-il.

    L’amour du maillot

    Thierry Agnello, Editions Hugo sport

    260 pages, 24,95 euros

  • [Le coin BD] Le bouleversant destin de Betty, mise en lumière dans la noirceur

    [Le coin BD] Le bouleversant destin de Betty, mise en lumière dans la noirceur

    De son enfance de sixième enfant sur huit métis autochtones jusqu’à son jeune âge adulte, cette BD poignante permet de suivre Betty Carpenter, adorée par son père, dans sa famille aimante et dysfonctionnelle où le poids du passé alimente les drames du présent. Dans cette Amérique rurale de l’immédiate après-guerre, Betty va être confrontée aux difficultés d’être une femme pauvre à la peau sombre, confrontée à la misogynie et au racisme ordinaire. Largement inspirée de la vie de la mère de l’autrice Tiffany McDaniel tout en restant une fiction, cette histoire s’ancre dans les drames transmis de génération en génération, les décès qui se succèdent, la noirceur de l’âme de certains hommes mais offre aussi une rédemption par l’amour et l’écriture.

    Même si elle se situe dans un temps révolu et sur un autre continent, cette BD se confronte de front avec des thèmes malheureusement terriblement actuels : les abus faits à l’enfance, les dangers que rencontre toute femme du fait de sa seule naissance, les forces nocives des préjugés racistes, les ravages de la pauvreté… Mais elle ouvre aussi malgré tout une voie vers le salut et l’émancipation. De ce récit profondément humain, les deux auteurs ont tiré une adaptation graphique parfaitement maîtrisée, fidèle et respectueuse, dont l’émotion se dégage à chaque page. à découvrir absolument que l’on ait lu le roman ou non.

    ET AUSSI

    Décolonisations

    Sous-titrée « L’histoire au présent », cette BD de Stephen Desberg et Guillaume Blanc avec Mirranda Burton au dessin montre à travers le destin de plusieurs personnages l’impact qu’a encore aujourd’hui sur les vies concrètes la colonisation des XIXe et XXe siècles. Érythrée, Vietnam, Rwanda, Inde, Pakistan ou Algérie ont une histoire marquée au fer rouge par cette domination coloniale dont les conséquences sont encore fondamentales. À lire pour mieux comprendre et ne pas se fermer les yeux sur les débats contemporains car nul ne colonise impunément.

    Dargaud/Seuil, 24,50€

    Land

    Quel est le vrai prix de la colonisation de l’espace en cours qui devient de plus en plus une aventure privée, hochet de multimilliardaires à la Elon Musk ? Olivier Dubuquoy et Philippe Squarzoni apportent une réponse glaçante sur le prix écologique et humain payé pour cette folie qui pourrait même hypothéquer notre avenir commun. Heureusement, dans le monde entier, des juristes, des scientifiques et des astronomes tentent d’alerter le grand public sur ces dangers. Ce livre rappelle que plutôt qu’imaginer quitter la Terre, il faut avant tout la défendre !

    Delcourt, 25,50€

    L’incroyable histoire de l’humanité

    La fantastique série d’éducation populaire L’incroyable histoire de, s’enrichit avec cette « géohistoire des humains sur la Terre » signée Catherine Mory et Philippe Bercovici basée sur le travail de Christian Grataloup. Un livre fluide qui raconte une histoire longue et complexe sur les cinq continents, érudit et malin comme d’habitude alors que parait dans la même collection L’incroyable histoire des mathématiques de Quentin Lazzarotto, Avner Bar-Hen et Tristan Garnier. Le savoir à portée de ceux qui veulent savoir.

    Les Arènes BD, 25€

    Le roman de Jésus

    Dans la lignée de La vie de Jésus d’Ernest Renan, Jean-Charles Kraehn livre un magnifique roman graphique de 360 pages sur la vie de l’homme Jésus. Agnostique, il ignore les miracles, remplit les trous biographiques laissés par les textes sacrés et abandonne le mythe pour revisiter l’existence d’un homme qui marqua l’humanité, fondateur sans doute malgré lui de la religion comptant le plus de fidèles dans le monde aujourd’hui. La postface de l’archevêque de Rouen montre également que l’ouvrage n’est pas iconoclaste.

    Glénat, 35€

    La curieuse histoire des mots

    L’étymocurieux Sébastien Grimaud avec Joseph Falzon au dessin plonge le lecteur dans une joyeuse et jamais barbante exploration de l’étymologie avec cette série de textes illustrés et de pages de bande dessinée. Mêlant culture et pédagogie, l’auteur révélé sur Instagram propose une découverte ludique et marrante de l’origine des mots que l’on utilise tous les jours comme des évidences sans jamais chercher à trop savoir d’où ils viennent. Ce livre accessible et captivant est donc l’occasion de le faire.

    Casterman, 19€

    Le démon de la colline aux loups

    Dimitri Rouchon-Borie adapte avec Gaët’s et le dessinateur italien Vincenzo Baldano son terrible roman sur le mal et sa transmission. En prison, aux portes de la mort, Duke décide d’écrire ses confessions d’enfant martyr devenu assassin et sa dernière bataille contre le démon de la colline aux loups qui a précipité sa chute. Une BD à la fois magnifique et très dure tant par le scénario que par le dessin, où la noirceur est sauvée par la poésie et quelques rencontres lumineuses. À lire toutefois le cœur bien accroché comme le rappelle l’incipit.

    Aire Libre Dupuis, 27€

  • Des jeunes de la PJJ se donnent la réplique à Avignon

    Des jeunes de la PJJ se donnent la réplique à Avignon

    La scène de la FabricA d’Avignon est presque prête, les décors sont prêts et les derniers tests techniques sont en train d’être faits à une heure du lever de rideau de la pièce « Traverser la nuit ». Sauf que celle-ci ne sera pas jouée par des acteurs professionnels du théâtre, mais par des jeunes sous main de justice de toute la région et leurs éducateurs, devant leurs familles, mais aussi devant des juges et des représentants de l’État.

    Le projet est porté par la Protection judiciaire de la jeunesse avec le Festival d’Avignon et la compagnie Primesautier Théâtre. Il est monté de toutes pièces en cinq jours par les adolescents, leurs éducateurs, avec les metteurs en scène et les équipes techniques professionnelles du site. Tous sont logés au sein même de la FabricA, qui sert aussi de résidence aux troupes de théâtre pendant toute l’année. « C’est vraiment extraordinaire », s’exclame avec des étoiles dans les yeux Julia*, mineure, quelques minutes avant de monter sur scène. « C’est trop bien d’être aussi entourés d’adultes ! Ça m’a fait changer la vision que j’avais sur les éducateurs », ajoute-t-elle, précisant que « la pression monte un peu ». À quelques mètres, John* et Maya* sont, eux, éducateurs et montent également sur scène d’ici quelques minutes. « J’ai vu le projet en tant que spectateur il y a deux ans et ça me semblait hyper intéressant. On a tout partagé pendant quelques jours, c’était un vrai microcosme. C’est vraiment hyper impressionnant. Et on voit que la Gen Z, si à l’aise sur les réseaux, est quand même plus dans l’appréhension en face-à-face », ricane le premier. « Je n’ai jamais fait de théâtre et c’est une super expérience de vivre ça », ajoute la deuxième.

    Un nouveau dispositif a aussi été testé pour faciliter l’apprentissage des textes, avec des casques audio pour « libérer les jeunes de la lecture », confie une metteuse en scène.

    Sixième édition

    Le thème de cette sixième édition, le rapport à l’intelligence artificielle, n’est évidemment pas choisi au hasard. « Ce sont des sujets de société qui appellent à réflexion », rappelle Adam Costerg Dia, référente laïcité et citoyenneté de la Direction territoriale de la PJJ Alpes-Vaucluse. « C’est un gros dossier qui nous touche tous les jours. Et on voit les accords, les réflexions. On s’immerge vraiment dans une création », confie de son côté Julie Minck, comédienne et metteuse en scène qui a accompagné les néo-acteurs toute la semaine.

    Un projet qui est voué à se pérenniser au vu de son succès auprès des jeunes. « On veut continuer et toucher de nouveaux jeunes. Ça permet de faire découvrir ou redécouvrir le théâtre autrement », confie Juliette Marmisse, chargée des relations avec le public au Festival d’Avignon. D’autant que cela crée des relations et « on en revoit toujours l’été au Festival et certains sont même agents d’accueil ou de billetterie », ajoute Juliette Marmisse. Et peut-être bientôt sur les planches.

    *Prénoms modifiés

  • [Week-end] Le Bazar festival célèbre la diversité culturelle à Marseille

    [Week-end] Le Bazar festival célèbre la diversité culturelle à Marseille

    À l’heure où les discours identitaires et xénophobes pullulent en France, Singa veut « construire des ponts entre les gens et célébrer la richesse de l’immigration à Marseille », insiste Arnaud Mispolet, codirecteur de l’antenne marseillaise. De 14h à 23h ce samedi 24 octobre, l’association organise un festival gratuit au centre socioculturel de la Cômerie, dans le 6e arrondissement. L’occasion de célébrer les talents et initiatives des personnes réfugiées et migrantes que l’association accompagne au quotidien.

    Une journée basée sur la rencontre et l’ouverture

    Au programme : découverte du Dabke, une danse traditionnelle syrienne, un marché de créateurs accompagné par l’association de 14h à 18h, un atelier d’écriture de textes de rap avec un artiste de Singa, un cours de Hatha Yoga (sur réservation) et une performance théâtrale réalisée par écrivivre, un collectif littéraire fondé par des mineurs non accompagnés.

    L’événement se veut également familial avec des activités pour les plus jeunes. De 15h à 16h, un atelier créatif visant à sensibiliser à la protection de la mer (sur réservation à 5 euros) sera proposé. En parallèle, un stand de maquillage et un photobooth seront en libre accès pour graver la journée dans les mémoires.

    Un épisode du podcast « Oh ! la dinguerie », qui riposte au discours anti-immigration, sera enregistré de 15h à 17h, avec la participation de Benoît Hamon, directeur général de Singa France, Anaïs Bernard de SOS Méditerranée et d’autres acteurs associatifs proches de Singa.

    Le programme nocturne n’est pas en reste. De 19h30 à 20h30, des humoristes s’essaieront pour la première fois au stand-up, sur réservation et rémunération au chapeau. La soirée se prolongera avec des festivités dont un spectacle de danse à 20h40, puis une programmation musicale composée d’une scène de rap et d’un DJ set brésilien.

    Au vu de l’application du couvre-feu ce samedi soir, dont le périmètre n’inclut pas la Cômerie, l’événement a été raboté d’une heure pour qu’il puisse se conclure à 23h. Des dispositions ont ainsi été prises pour « que chacun et chacune puisse rentrer sereinement chez soi ».

    Billetterie sur Helloasso

  • La Cavale veut fédérer les librairies coopératives

    La Cavale veut fédérer les librairies coopératives

    Pas de patron, mais des centaines de voix pour faire vivre une librairie. À Montpellier, La Cavale, librairie coopérative implantée dans le quartier des Beaux-Arts, défend depuis huit ans un modèle fondé sur le collectif, l’engagement citoyen et la passion du livre. Dimanche 25 et lundi 26 octobre, elle accueillera, à son initiative, les premières rencontres nationales des librairies coopératives à la cité scolaire Françoise-Combes. Une sorte d’« assemblée générale » pensée comme un temps de partage autant que comme le point de départ d’une dynamique collective.

    « On s’est dit que les librairies coopératives ne devaient pas être si nombreuses que ça en France et qu’il y avait besoin d’échanges de pratiques, de réflexions, pour consolider nos propres bases », explique Marguerite Cros, coprésidente de La Cavale. L’idée a germé il y a deux ans et a rapidement convaincu les coopérateurs. Après avoir recensé les structures existantes et contacté leurs responsables, les organisateurs ont reçu des retours favorables. La France compte aujourd’hui « 53 librairies coopératives (dont 6 en Occitanie, La Cavale étant la seule dans l’Hérault), 56 si on compte celles qui sont en train de se créer », réparties sur le territoire et aux fonctionnements variés. Mi-octobre, les deux tiers avaient confirmé leur participation aux rencontres organisées à Montpellier.

    Un modèle fondé sur l’égalité

    Le principe de la coopérative repose sur une règle simple : une personne, une voix, quelle que soit sa participation financière. À La Cavale, qui a le statut de Scic (société coopérative d’intérêt collectif), une part sociale coûte 20 euros, un montant volontairement accessible « pour que ce soit ouvert à tout le monde ». De 28 fondateurs et fondatrices au départ, la librairie compte désormais « environ 550 coopérateurs et coopératrices », dont trois libraires salariés. « Notre implantation aujourd’hui est réelle et dépasse le quartier ». Étudiants, actifs, retraités… les profils sont multiples. « Ce qui nous lie, c’est l’amour et la défense du livre », résume Marguerite Cros. Tous les ans, à l’automne, l’ensemble des coopérateurs se retrouve à l’occasion d’une assemblée générale. Un conseil coopératif élu se réunit, lui, tous les 15 jours, en présence d’un libraire. « Il y a également toute une série de comités de volontaires consacrés à l’aménagement, aux lectures jeunesse, aux auteurs invités, etc. »

    Dans un secteur fragilisé par les difficultés économiques, marqué notamment par le placement en redressement judiciaire de grands réseaux nationaux comme le groupe Nosoli ou la liquidation récente de la librairie Sauramps à Montpellier, La Cavale a trouvé son équilibre. « On a aujourd’hui une librairie qui se porte bien », assure sa coprésidente. « Notre objectif n’est pas de faire des mille et des cents. C’est aussi ça qui change la donne. Ce qui est important pour nous, c’est de payer nos libraires. »

    Régulièrement, la librairie « reçoit des gens qui viennent voir comment ça se passe », rapporte Marguerite Cros. Dernièrement, des porteurs de projet venus des Alpes ont passé deux jours à La Cavale pour comprendre le fonctionnement de la coopérative et envisager la création de leur propre librairie. « C’est ça, aussi, qui nous a donné l’idée de ces rencontres nationales » : ces visites ont conforté l’équipe dans l’idée de mettre en commun les expériences et de faciliter la transmission d’un modèle encore minoritaire.

    Pendant deux jours, les rencontres privilégieront les échanges entre pairs plutôt que les interventions descendantes. Table ronde sur les expériences coopératives dans le secteur du livre, ateliers thématiques, échanges sur les modèles économiques et culturels des librairies coopératives nourriront les débats. L’Union régionale des Scop et Scic Occitanie Méditerranée accompagne le projet, soutenu par plusieurs partenaires institutionnels. L’enjeu principal se jouera le lundi 26, avec la volonté de poser les bases du premier réseau national des librairies coopératives. « C’est notre objectif et je pense qu’on va y arriver. Après, il faut trouver les forces militantes pour s’y engager, car cela demande du temps et de l’énergie », confie Marguerite Cros.

  • Un ancien cadre de l’AP-HM jugé pour le recrutement de sa compagne

    Un ancien cadre de l’AP-HM jugé pour le recrutement de sa compagne

    « Je suis meurtri par ce que j’ai entendu. Je suis un enfant de l’hôpital public que j’ai toujours servi avec un degré de probité exceptionnel. À aucun moment je n’ai dérapé », a nié jusqu’au bout du procès Pierre Pinzelli, 63 ans, ancien secrétaire général des Hôpitaux de Marseille (AP-HM), jugé lundi pour prise illégale d’intérêts avec sa compagne, la psychologue clinicienne Corinne Cuvello, accusée de recel. Elle a été recrutée en 2019 comme chargée de mission sur l’absentéisme puis sur la responsabilité sociétale, une fonction où elle ne brilla guère par sa présence.

    « Un emploi que j’estimais fictif »

    Pierre Pinzelli dirige désormais l’hôpital d’Avignon, où Le Canard enchaîné a révélé, en mars 2025, qu’il était encore visé par une procédure identique dépaysée au parquet de Montpellier pour la nouvelle embauche de sa compagne. À Marseille, les rumeurs avaient enflé et c’est une syndicaliste de la CGT de l’AP-HM qui adressait un signalement au parquet de Marseille, lasse de ne jamais voir cette psychologue recrutée en décembre 2019 en CDI pour 3 500 euros par mois pour une mission sur l’absentéisme – un sujet majeur à l’APHM où plus de 10% des agents étaient en arrêt maladie. Même avant la crise du Covid, personne ne la voyait dans son bureau. « J’étais très agacée de ne jamais pouvoir la rencontrer entre 2019 et 2021. Ça m’énervait de payer des impôts pour un emploi que j’estimais fictif. J’ai décidé de faire un tract et de menacer la DRH », a témoigné Colette Biscaldi, constituée partie civile, estimant avoir été victime de représailles. En février 2021, le tract intitulé « Baise, baise, baise à l’AP-HM ! » avait piqué bien des yeux.

    « Je n’ai pas décidé seul dans un coin, ça a été validé par le directeur général. Cette mission avait du sens. C’est un jury de 4 personnes qui a décidé » se défend M. Pinzelli pas dérangé d’avoir siégé dans ce jury. « On était assez proche, mais on ne couchait pas ensemble. Nous avons commencé à faire vie commune bien après que j’ai quitté l’AP-HM » assure-t-il.

    Des photos de 2020 le démentent, extraites du rapport d’enquête d’un détective privé payé par l’ancien mari de Corinne Cuvello qui la soupçonne alors d’adultère. Elle est vue au domicile de fonction de M. Pinzelli sur la Corniche Kennedy. « Cela m’est arrivé de passer la nuit chez lui. Il m’a tendu la main quand j’étais en difficulté » admet Mme Cuvello. La relation extraconjugale avait en réalité débuté en 2007, puis s’était interrompue. Devant les dénégations persistantes, la présidente lit un mail de 2016 de Mme Cuvello à M. Pinzelli : « Si tu savais la chaleur qui entoure l’image que j’ai de toi ».

    L’enquête a dénombré plus de 3 200 contacts téléphoniques avec Pierre Pinzelli entre décembre 2021 et juin 2022. « Vous l’appelez tout le temps » dit la présidente qui pointe ensuite son « activité professionnelle faible ». « Vos ordinateurs sont si peu utilisés qu’on n’a pas l’impression que vous travaillez alors que vous êtes à temps plein. Sans être désobligeante, il est quand même très vide votre rapport d’activité. » Mme Cuvello rame à la barre : « J’étais à fond dans ma mission. L’absentéisme est un dossier crucial. Pour changer de paradigme, j’ai amené une vision différente. » Et si elle boude ses ordinateurs, c’est qu’« il y avait beaucoup de lecture et de réflexion ».

    « Qu’on en finisse

    avec cette mascarade »

    La procureure Patricia Ferreira Morais lit un échange énervé de la DRH de l’époque qui dénonce la perte de lucidité du secrétaire général : « Je voudrais que le DG tape une fois pour toutes sur la table et qu’on en finisse avec cette mascarade qui nuit à tout le monde ». Le parquet a requis la condamnation du couple. Lui en tant que chargé de mission d’un service public qui « a compromis son indépendance, son impartialité en intervenant sans cesse et en outrepassant ses fonctions. Sans ce lien personnel et intime, elle n’aurait jamais pu être recrutée car madame ne correspondait pas au profil ». De réclamer 12 mois avec sursis, 30 000 euros d’amende, deux ans d’inéligibilité et un an d’interdiction d’exercer dans la fonction publique. Contre Corinne Cuvello, 10 mois avec sursis sont requis, 15 000 euros d’amende, 2 ans d’inéligibilité et un an d’interdiction de la fonction publique mais aussi d’expertise, car la psychologue est aussi experte judiciaire près la cour d’appel de Nîmes.

    Délibéré le 10 novembre.

  • [#DisMoiPourquoi] je la retiens mieux quand je raconte une histoire à quelqu’un ?

    [#DisMoiPourquoi] je la retiens mieux quand je raconte une histoire à quelqu’un ?

    Jade, 8 ans en CE2 à l’école Jean Henri Fabre d’Avignon

    On retient mieux quelque chose quand on fait l’effort de l’expliquer à quelqu’un. Car, pour l’expliquer à un autre, tu dois d’abord l’avoir compris. Mais en plus, une histoire, c’est une construction, avec un début, un milieu et une fin. Ce qu’on appelle un récit, qui donne du sens à tous les détails. C’est pour cela que le philosophe Paul Ricoeur a fait un lien entre le récit et l’Histoire ; un événement historique, c’est un événement qu’on a raconté d’une certaine façon, pour lui donner du sens. Donc, avant de raconter une histoire à quelqu’un, tu dois d’abord la retenir, et ensuite retrouver l’ordre du récit. Si on élargit encore la réponse à ta question, les humains ont toujours inventé des histoires. Avant l’invention de l’écriture, la transmission de ces histoires était toujours orale. Les conteurs, les aèdes, connaissaient par cœur la structure et des formules qui les aidaient à avancer, comme des étapes pour ne pas perdre le fil. Ils inventaient les détails, ce qu’on appelle « étoffer ». Le fil, l’étoffe, le textile, tu vois que le mot « texte » est lié au tissage ? comme quand tu déroules un fil, avec une idée précise du résultat. »

    Caroline Antherieu-Yagbasan. Chercheure en philosophie AMUau Centre Gilles-Gaston-Grange.

  • Maurras passe finalement à l’as de la Semaine provençale d’Avignon

    Maurras passe finalement à l’as de la Semaine provençale d’Avignon

    La polémique était trop forte. L’association organisatrice de la Semaine provençale a décidé, mardi, de déprogrammer la lecture d’un texte de Charles Maurras, initialement prévue ce vendredi à la bibliothèque Ceccano. Une décision directement prise à la demande du maire Olivier Galzi (DVD) qui s’est dit « favorable au retrait » de l’auteur, « compte tenu de son profil ». « L’évocation de son seul nom a suscité tant de remous qu’on préfère avoir une conférence sereine », précise Bernard Deschamps, secrétaire de l’Oustau de la culturo provençalo, à Vaucluse Matin.

    Depuis plus d’une semaine, plusieurs associations (LDH, Libre pensée) ou partis politiques de gauche étaient montés au créneau pour s’opposer à cette séquence, en rappelant le parcours antisémite, nationaliste et xénophobe de l’auteur qui a fondé l’Action française. Une pétition soutenue par des universitaires avait aussi été lancée.

    Il y a une semaine, la Ville avait plaidé pour « une contextualisation claire et indispensable de cette lecture ». Précisons que la conférence incriminée n’est pas annulée en soi. Baptisée « Ils ont aussi écrit en provençal, le saviez-vous ? », elle est maintenue ce vendredi (14h), mais sans lecture de Maurras, donc. « On s’en félicite, la voix de la raison a été entendue », réagit Fabienne Haloui, présidente de la section Avignon-Carpentras-Orange de la Ligue des droits de l’homme. Ce qui n’empêche pas l’association, aux côtés du Mrap, de la CGT spectacle et d’Avignon collectif, de maintenir vendredi (19h, place Pie) une célébration populaire alternative pour rappeler qui était Maurras et lire des textes de poètes provençaux progressistes.

  • [Le coin BD] Quand la Russie et Poutine attaqueront les pays Baltes

    [Le coin BD] Quand la Russie et Poutine attaqueront les pays Baltes

    Sous-titrée « Juin 2029, la Russie attaque les pays Baltes », cette BD signée du journaliste spécialisée Olivier Truc et de Nicolas Otero qui utilise un graphisme et des couleurs totalement adaptés au propos prend aux tripes dès les premières pages et ne lâche plus son lecteur jusqu’à la fin. Ce récit surinformé d’anticipation, très proche, raconte comment la Russie pourrait utiliser tous les moyens de la guerre hybride pour récupérer les trois pays Baltes devenus indépendants à la chute de l’URSS, puis devenus membre de l’Union européenne et de l’Otan, organismes paralysés par leurs lourdes procédures. L’hypothèse de départ est un cessez-le-feu en Ukraine sous la surveillance de l’UE et de la Chine. La Russie va prendre parti d’un attentat qu’elle a sans doute commis elle-même et l’attribue aux « nazis ukrainiens » qu’elle va accuser de s’entraîner sur des bases de l’Otan dans les pays baltes. à partir de là, en quelques semaines, le régime poutinien va déstabiliser tous les alliés des Baltes avec des manipulations via les réseaux sociaux, des démonstrations de force militaire, l’utilisation de la « maskirovka », ce brouillard de guerre qui empêche de savoir si des troupes se massent ou s’il s’agit de leurres… Avant une invasion éclair « justifiée » par le droit international et soutenue par les Brics et les alliés africains de la Russie. Découpée en courts chapitres, cette fiction ressemble à un reportage d’anticipation tant elle apparaît crédible.

    ET AUSSI…

    La fabrique de la pauvreté

    « De la lutte contre la pauvreté à la guerre aux pauvres » … L’ancien rapporteur de l’ONU sur les droits de l’Homme et l’extrême pauvreté Olivier de Schutter et Juan Mendez font œuvre extrêmement utile en rappelant que si 23% des 415 millions d’Européens sont à risque de pauvreté alors que la précarité s’installe partout, il ne s’agit pas d’une fatalité. Même si nos yeux s’y sont habitués, il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle mais du résultat de choix de société et d’orientations économiques. Un rappel salutaire.

    Chez Futuropolis, 20€

    Le problème à trois corps

    Après une adaptation en série moyenne, cette BD tirée de l’œuvre phénoménale du maître de la science-fiction chinoise Liu Cixin est au contraire une excellente surprise. Il reste deux tomes à venir mais le travail du dessinateur chinois Wu Qingsong et du mystérieux Three-body universe est fantastique, tant dans la fidélité à l’œuvre originale, et à sa complexité, qu’à travers son graphisme. Difficile à résumer, mais la Terre se retrouve sous la menace d’une invasion extraterrestre d’ici 400 ans alors que des physiciens chinois se suicident les uns après les autres…

    Chez Glénat, 20€

    Jusqu’à la tombe

    Vincenzo Bizzarri et Stefano Nardella livrent un excellent western spaghetti situé en 1863, juste après l’unification italienne, dans un Mezzogiorno encore moyenâgeux et qui refuse « l’invasion piémontaise ». Là, des bandes de brigands s’opposent à la loi du nord, dont Carmine qui, revenu d’entre les morts, affronte un potentat local qui lui a volé sa fiancée. Mais un soldat piémontais, lui aussi survivant de l’enfer, est à ses trousses alors que sa compagne vient de donner naissance à leur fils. Une BD en noir et blanc aussi âpre que réussie sur une période peu connue ici.

    Chez Sarbacane, 25€

    Billy the kid

    Dans cet imposant pavé de 232 pages en couleur, Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse vont au-delà du mythe d’un des hors-la-loi les plus célèbres du Far-West. Et ils le font même sauter, rappelant que « L’histoire est écrite par les vainqueurs » et que sa saga n’est qu’une fable journalistique. Ce qui se rapproche de la vérité est plutôt l’histoire d’un jeune gars paumé broyé par un capitalisme naissant et qui ne sera désigné comme outlaw que lorsque ses patrons n’auront plus besoin de lui. Une relecture aussi vivifiante qu’actuelle et humoristique.

    Chez Casterman, 28€

    13 jours, 13 nuits

    Après le film, la BD. Jean-Claude Bartoll et Renato Arlem adaptent le témoignage de Mohamed Bida, policier en charge de la sécurité de l’ambassade de France à Kaboul en août 2021 lors de la prise de la capitale afghane par les Talibans. Dans « l’enfer de Kaboul », il va tout mettre en œuvre pour sauver et évacuer Français mais aussi Afghans condamnés à mort par les nouveaux maîtres du pays. Une histoire vraie et un récit rythmé au cœur du chaos et du chacun pour soi durant 13 jours et 13 nuits sans sommeil ni repos, et sans soutien des alliés non plus.

    Chez Delcourt, 22,50€

    La femme au portrait

    Nicolas Tellop au scénario et l’italien Antonio Lapone au dessin offrent un polar rétro comme on les aime. Dans le Hollywood des années 1940, un tableau disparaît sur un plateau de tournage. Le réalisateur Ernst Spieler, sorte de Fritz Lang, ne peut tourner son film sans et les studios vont faire appel à la détective privée Miss X, ancienne actrice aussi caustique que séduisante. Intrigue à la Agatha Christie et dessin stylisé font le reste dans cette histoire où « plus on avance, moins on y voit clair ». Un vrai plaisir de lecture.

    Chez Dargaud, 21,50€