Category: culture

  • Agora des savoirs à Montpellier : une saison pour comprendre

    Agora des savoirs à Montpellier : une saison pour comprendre

    Depuis 2009, l’Agora des savoirs s’attache à rapprocher le monde de la recherche et le grand public. Conférences, échanges et débats permettent d’explorer les dernières avancées scientifiques, mais aussi d’éclairer les grandes questions historiques et sociales. « Alors que ne cesse de progresser dans nos sociétés un régime de post-vérité qui tend à nous faire préférer mensonges, idées reçues et opinions personnelles à l’objectivité des faits, il nous paraît essentiel de préserver et multiplier ces moments de rencontre et de discussions entre les scientifiques et les citoyens », souligne Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole. Avant de rappeler que « le savoir est une arme puissante contre toutes les formes d’obscurantisme et de haine de l’autre ».

    L’Histoire pour comprendre les résistances

    Ce premier cycle, constitué de 7 rencontres suivies de débats, accorde une place particulière à l’Histoire, aux luttes politiques et aux conquêtes de droits. La saison s’ouvrira le 4 novembre avec une conférence de Yann Potin consacrée à Marc Bloch (1886-1944), qui fut enseignant à Montpellier. Historien, combattant des deux guerres mondiales, résistant, celui qui fut assassiné par les nazis en 1944 incarne « une figure majeure de l’intellectuel engagé ». Son entrée au Panthéon en juin dernier offre l’occasion de revenir sur une œuvre « qui a profondément renouvelé les études historiques » et sur « l’inextricable alliance savante, politique et morale qu’incarne son parcours ».

    Le 18 novembre, l’historienne Éliane Viennot, autrice de La Forteresse assiégée. La France, les femmes et le pouvoir, 1860-2000 (CNRS éditions, 2026), s’intéressera à la conquête du pouvoir par les femmes en France. De l’accès aux études supérieures à la représentation politique, elle retracera les étapes de la progression vers l’égalité, mais aussi les résistances, les stratégies et les violences qui ont longtemps entretenu la domination masculine. Une conférence qui interroge les acquis et les obstacles persistants dans la société contemporaine.

    Du vivant aux crises géopolitiques

    La programmation fera également la part belle aux sciences du vivant. Le 25 novembre, une projection du documentaire Tardigrade, l’animal indestructible, suivie d’un échange avec les scientifiques Simon Galas et Myriam Richaud, permettra de découvrir ces animaux microscopiques capables de survivre à des conditions extrêmes (températures de -270 à plus de 100°C, rayons X, vide spatial, déshydratation…). Leurs étonnantes propriétés nourrissent les recherches de certains scientifiques, qui s’intéressent « à leur mode de vie et aux mystères de leur génétique, au cœur d’innovations prometteuses en médecine, pharmacie, cosmétique ou astrobiologie… qui pourraient bien révolutionner notre futur. »

    Le 9 décembre, l’historien François Godicheau proposera de « nouveaux regards sur la guerre d’Espagne (1936-1939) » : « Aujourd’hui, de nombreuses recherches et archives, mais aussi des témoignages, permettent d’écrire une nouvelle histoire de la guerre d’Espagne. Cette histoire dévoile le long travail de sape de la démocratie par les forces réactionnaires et l’extrême droite espagnole, bien avant 1936. Elle montre les mécanismes profonds de la dictature franquiste et se penche enfin sur l’expérience au jour le jour des acteurs de cet épisode majeur du XXe siècle européen. »

    Le 16 décembre, Grégoire Mettra remontera, lui, aux années 1970 pour éclairer les racines de certaines tensions actuelles au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique, à travers la politique étrangère américaine et les rivalités régionales.

    Le procès de Mazan vu
    par des anthropologues

    Après les fêtes, le 6 janvier, les paléontologues Pierre-Olivier Antoine et Lionel Hautier retraceront près de 300 millions d’années d’évolution des mammifères. Une plongée dans une histoire peuplée d’espèces disparues, des premiers mammaliaformes aux géants qui ont précédé ou côtoyé les humains. Enfin, le 20 janvier, les anthropologues Perrine Lachenal et Céline Lesourd reviendront sur le procès des viols de Mazan à travers l‘ouvrage collectif Mazan, anthropologie d’un procès pour viols (Le Bruit du monde, 2025), auquel elles ont participé. « Depuis la salle d’audience jusque dans les rues d’Avignon et de Mazan, des anthropologues ont voulu suivre ce procès. L’enquête de ces quatorze chercheurs en sciences sociales, spécialistes en études de genre, a permis de recueillir des centaines de témoignages – de journalistes, avocates, membres de collectifs féministes, étudiantes, personnels de santé, commerçantes… – offrant un point de vue inédit sur cet événement. Elle donne à entendre les échos d’un procès de société et ce qu’ils révèlent des rapports de pouvoir et des relations entre les femmes et les hommes. »

    * Les conférences ont lieu le mercredi à 19 h au centre Rabelais, 27 boulevard Sarrail, à Montpellier. Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles. Les rencontres sont retransmises en direct et en différé sur la chaîne YouTube de l’Agora des savoirs, ainsi que sur Divergence, en radio numérique terrestre et via son application.

  • En grève, les agents du Mucem guettent Costa

    En grève, les agents du Mucem guettent Costa

    Suspendu de ses fonctions de président du Mucem le 30 juin pour quatre mois par le ministère de la Culture, Pierre-Olivier Costa a annoncé dimanche qu’il allait de nouveau occuper son siège. De quoi rendre les salariés du musée marseillais furieux et déclencher une grève mardi. « Ne voyant rien venir avant, on a alerté le ministère de la Culture pour savoir ce qu’il se passerait le 1er novembre. Mais silence radio. Puis, on a appris par voie de presse qu’il comptait reprendre », rappelle en ce 3 novembre un représentant du personnel Sud Culture du Mucem, sur le piquet de grève. Une grève votée par « 85% » d’une centaine de salariés présents lors d’une assemblée générale, sur les 125 employés du musée. Mardi après-midi, la reprise du travail pour mercredi a été approuvée. Mais un préavis court jusqu’à la fin de semaine prochaine.

    Sur le qui-vive

    Organisé par Sud Culture et la FSU, ce mouvement vise au départ définitif de Pierre-Olivier Costa qui a fait l’objet d’une enquête menée par l’Inspection générale des affaires culturelles (Igac) pour des « faits de mal-être » au Mucem et un management toxique. Sans compter l’ouverture d’une enquête pour harcèlement moral et sexuel. Malgré ses annonces dans la presse et un mail adressé aux agents du Mucem duquel ne ressort aucun mea-culpa, nulle trace de Pierre-Olivier Costa sur le site. « Aucun gréviste n’a envie de le revoir revenir. Même des gens du comité de direction sont en grève. D’autres le sont aussi pour la première fois de leur vie alors qu’ils travaillent dans la fonction publique depuis 30 ans », indique sur place une autre représentante syndicale Sud Culture qui s’étonne que le ministère n’officialise rien au sujet de cet ancien directeur de cabinet et proche de Brigitte Macron. « Mais si d’aventure, il était quand même confirmé, on se mettra encore en grève dès qu’on le reverra au Mucem », prévient-elle.

  • [Festival] À Villeneuve-lez-Avignon, le roman noir met le cap à l’Est

    [Festival] À Villeneuve-lez-Avignon, le roman noir met le cap à l’Est

    À Villeneuve-lez-Avignon, les crimes auront bientôt l’accent de Hambourg, de Varsovie ou des Balkans. Du 4 au 8 novembre, le Festival du Polar investit pour sa 22e édition les salles et les cloîtres de la Chartreuse, mais aussi les rues de la cité gardoise. Cette année, l’invitation au voyage prend la direction de l’Europe de l’Est, terre d’espions, de frontières mouvantes et de secrets enfouis.

    Pour guider les lecteurs dans ces « Mystères de l’Est », deux écrivains sont associés : l’Allemande Simone Buchholz, qui fait arpenter les bas-fonds de Hambourg à son enquêtrice Chastity Riley, et le Polonais Zygmunt Miloszewski, dont les intrigues sondent les blessures de l’Histoire. Le roman noir devient alors une manière d’explorer les sociétés, leurs fractures et leurs mémoires. Vendredi, Miloszewski embarquera sur le bateau Le Mireio avec son traducteur Kamil Barbarski pour une rencontre consacrée à la littérature polonaise. La rencontre « Nouvelles frontières, vieux crimes », dimanche 8 novembre, suivra notamment cette piste avec le Croate Jurica Pavičić et le Serbe Oto Oltvanji.

    Près de trente auteurs viendront à la rencontre du public, parmi lesquels Bernard Minier et Pierre Lemaitre, qui vient de publier Les Belles promesses. Le prix Goncourt 2013 échangera samedi 7 novembre à 14h avec Miloszewski sur la place du passé dans leurs fictions, avant une rencontre qui lui sera consacrée le dimanche à 10h. Les éditions indépendantes Agullo, qui célèbrent leurs dix ans, seront également à l’honneur avec plusieurs auteurs européens de leur catalogue. Tables rondes, discussions et dédicaces feront battre le cœur du festival tout le week-end. Le Prix des lecteurs sera remis samedi à 10h, parmi sept romans en lice.

    Quand le lecteur devient enquêteur

    Mais il serait dommage de garder le nez dans les livres : à Villeneuve, le polar se vit aussi grandeur nature. Dès mercredi 4 novembre, une « reading party » invitera les participants à partager un moment de lecture silencieuse à la Maison Bronzini. Vendredi, direction le planétarium du Parc du Cosmos, aux Angles, pour une lecture immersive de La Station, thriller spatial du Polonais Jakub Szamałek. Et sur le bateau Le Mireio, un bal littéraire mêlera récit noir écrit en vingt-quatre heures, musique live et danse.

    Samedi, les visiteurs pourront jouer les détectives : une « murder party » transformera l’hôtel de la Magnaneraie en scène de crime, tandis que les enquêtes familiales entraîneront petits et grands dans les rues de la ville. Les cinéphiles découvriront le vendredi Un grain de vérité, adapté d’un roman de Miloszewski, puis le samedi Head On de Fatih Akin et La Vie des autres, plongée dans la surveillance en Allemagne de l’Est.

    Le festival expose enfin les photographies du Polonais Hubert Humka sur le devenir des corps après la mort, à la tour Philippe-le-Bel, et retrace à la Chartreuse les débuts de la police scientifique. De quoi rappeler que derrière les énigmes et les frissons, le polar sait aussi raconter le monde. Et parfois mieux que de longs discours.

    Rencontres et dédicaces en accès libre. Certaines animations sont payantes ou sur réservation. Programme sur polar-villeneuvelezavignon.fr.

  • Avec le festival Tamazgha, la culture berbère rayonne à Marseille

    Avec le festival Tamazgha, la culture berbère rayonne à Marseille

    Dédié à la musique et aux arts berbères, le festival Tamazgha, qui se tient traditionnellement au début de l’été, ouvre cette fois sa 21e édition mercredi 4 novembre dans la salle de spectacles 15e art, situé sur l’avenue de Saint-Louis. Au menu, des ateliers de « pratique musicale ouverts à tous » entre 14h et 17h, lors desquels amateurs comme initiés pourront faire vrombir des instruments tels que mandole, derbouka, cajon ou encore bendir.

    Musiques en fusion

    Le lendemain, ces mêmes lieux seront le théâtre, à 20h30, d’un concert d’Amar Amarni. Un artiste dont « la voix est née entre les montagnes de Kabylie et les échos du désert. Son univers musical voyage entre les rythmes ancestraux du gnawi et du chaâbi, et des horizons plus contemporains teintés de rock, folk et country », précise-t-on du côté de Sud Culture, association qui porte le festival Tamazgha. Tamazgha, comme ce mot qui désigne l’aire géographique berbère, du Maroc à la Lybie en passant surtout par l’Algérie, la Kabylie et le Sud du Sahara en tête. Vendredi, direction le Centre municipal d’animation Mirabeau pour une conférence musicale autour de l’œuvre de Chérif Kheddam (1927-2012), « compositeur majeur de l’Algérie indépendante, profondément attaché à la liberté et à la transmission de l’identité amazighe ». Clap de fin de cette 21e édition à la Cité de la musique, avec des concerts de Mohsen Ferrah et Hamid Matoub.

    P.A.

    www.sudculture.org

  • [Spectacle] « Médée/s » ou le « vacillement » d’une mère à Marseille

    [Spectacle] « Médée/s » ou le « vacillement » d’une mère à Marseille

    Médée/s est « né du désir de la comédienne Rachida Brakni et du mien de questionner la place de l’infanticide dans notre société, et à travers lui, les mères qui le commettent », écrit dans sa note d’intention Louise Vignaud, autrice et metteuse en scène de cette pièce qui prend ses quartiers du mardi 3 au samedi 14 novembre aux Bernardines. Cette femme de théâtre marseillaise s’empare pour l’occasion de la tragédie imaginée par Euripide en 431 avant J.C., dramaturge grec ayant su déceler dès cette époque les assignations putrides accolées aux femmes, pour la faire se télescoper avec notre époque.

    Dans cette pièce, Rachida Brakni incarne « l’histoire d’une femme au bord du gouffre qui, à un moment de sa vie, se met à se poser des questions qu’elle ne s’était jamais posées. Face à ce miroir, une autre femme lui apparaît : c’est Médée. Un espace de dialogue inconscient se déroule entre sa vie et une vie déjà passée d’une autre femme, entre elle et toutes les femmes. Il n’est pas question ici de tuer ou pas ses enfants, mais de savoir ce qui fait qu’une femme en arrive au bord du gouffre et va vouloir en finir », explique Louise Vignaud, tout en soulignant l’étymologie du mot suicide, qui signifie « se supprimer soi-même, mais aussi supprimer ses enfants ».

    « En fait, il n’y a rien d’innommable »

    Dans la réécriture de cette tragédie par Louise Vignaud, « l’idée est de s’interroger sur ce qu’est une Médée contemporaine », note de son côté Rachida Brakni. Une trajectoire portée par cette dernière, au son d’une composition signée par la violoncelliste Orane Duclos, et appuyée par les dessins et la scénographie d’Irène Vignaud.

    « Médée est une figure féminine qui a été écrite maintes et maintes fois, mais toujours sous le regard d’un homme. Comme Médée a tué ses enfants, on en parle toujours comme d’une sorcière pour mieux la maintenir à distance. Or des Médées, il en existe malheureusement et pour de multiples raisons. La principale, c’est que les femmes qui tuent leurs enfants ont été victimes elles-mêmes d’inceste ou de violences conjugales », contextualise la comédienne à propos de cette pièce qui s’appuie également sur Mères à perpétuité, documentaire de Sofia Fischer dans lequel des femmes qui ont commis ce type de crime témoignent du tabou ultime. « Ce sont des madame tout le monde. On peut tous être confronté à ce vertige, à ce vacillement. Qu’est-ce qui fait qu’on bascule ou pas ? C’est tout l’enjeu de cette pièce qui permet de s’interroger à hauteur humaine sur ce qu’on pourrait qualifier d’innommable. Mais en fait, il n’y a rien d’innommable », éclaire Rachida Brakni.

    Places encore disponibles pour jeudi 12 et samedi 14 novembre. Entre 10 et 30 euros. www.lestheatres.net

  • [Entretien] « La guerre devrait être déclarée hors-la-loi »

    [Entretien] « La guerre devrait être déclarée hors-la-loi »

    La Marseillaise : Quel enseignement tirez-vous de votre expérience en tant que médecin militaire ?

    Raphaël Pitti : Je suis rentré dans l’armée en 1977 et j’ai donc couvert plusieurs conflits comme celui de l’ex-Yougoslavie, la guerre civile au Liban ou encore la première guerre du Golfe. à travers eux, j’ai compris que ceux qui en souffrent le plus ce sont les populations.

    À travers votre livre « Va où l’humanité te porte. Un médecin dans la guerre », pourquoi avez-vous ressenti le besoin de mettre votre expérience par écrit ?

    R.P. : Avec mon métier de médecin dans l’armée, j’étais principalement dans l’action. à partir de 2016, j’ai été approché par plusieurs éditeurs, mais chaque fois, je refusais l’exercice de l’écriture. Puis j’ai fini par accepter car j’y ai vu une forme d’engagement pour alerter autrui. La vie nous est donnée, mais sans mode d’emploi, donc l’engagement était un moyen de donner un sens à ma vie.

    Quand les moyens et les infrastructures sanitaires sont détruits, comment peut-on encore soigner ?

    R.P. : Malheureusement, on est amené à trier et ce tri se fait en fonction des moyens que l’on a. Auparavant, on triait entre « urgence absolue » et « urgence relative ». Le blessé très grave prévalait sur celui moins grave. Mais avec des conflits comme celui de Gaza, où même les infrastructures sanitaires sont visées, on peut être amené à faire ce que l’on appelle le « triage inverse ». C’est-à-dire qu’on abandonne les blessés les plus graves au profit des moins graves dont on est sûrs de pouvoir soigner avec le peu de moyens qui nous reste. C’est ce que j’ai vécu pour la première fois, en 2024, à l’hôpital européen de Gaza.

    Qu’est-ce que cette situation dit du droit international et des droits fondamentaux de l’Homme ?

    R.P. : Il y a une perte de nos valeurs fondamentales. Les biens matériels nous rendent esclaves et on évolue dorénavant dans l’individualisme total au détriment du groupe social. Depuis plusieurs années, on met en avant la réussite personnelle qui permettrait le bonheur. Or, c’est faux ! Le bonheur, c’est de pouvoir partager avec les autres.

    Vous vous êtes engagé auprès de populations dont vous ne partagez pas forcément la langue, l’histoire… Qu’est-ce qui rend possible cette rencontre ?

    R.P. : Quand il souffre, l’être est dans toute son humanité. Il perd toute son arrogance et c’est à ce moment-là que la relation médecin-malade est la plus pure. Plus besoin de parler, en un regard, on se comprend.

    Lorsque vous revenez en France après une mission, ressentez-vous un décalage entre la réalité vécue sur le terrain et la manière dont les conflits sont perçus ici ?

    R.P. : Effectivement, les gens ne s’imaginent pas justement les horreurs vécues ailleurs, car ils sont pris par leurs propres problèmes quotidiens. Or, il n’y a pas de distinction entre la misère internationale et celle plus locale. Donc, la situation d’un sans domicile fixe fait autant appel à votre humanité que celle du blessé de guerre.

    Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre ouvrage ?

    R.P. : Je veux que le lecteur se pose la question : « Quel monde je veux pour demain ? » Et s’il conclut qu’il souhaite un monde différent, alors il doit s’engager et donc agir concrètement. Mais pour ça, il doit accepter de prendre des risques.

    Que peut-on faire concrètement pour soutenir les populations touchées par les conflits ?

    R.P. : On ne doit plus être indifférent face à la situation actuelle. Nos dirigeants accordent un budget colossal à la défense, mais aucun pour la défense de la paix. Or, si on prenait, ne serait ce, qu’1% du budget alloué à la défense, cela représenterait déjà 500 millions d’euros. Une somme qu’on pourrait accorder alors à la sensibilisation pour la paix ou à l’éducation à l’interculturalité, par exemple.

    Comment transmettre aux jeunes générations ce sens de l’engagement et de la responsabilité collective ?

    R.P. : Les images, dorénavant retransmises en temps réel, doivent nous aider à agir. On doit vouloir autre chose, espérer autre chose. Le XXe siècle nous a donné une leçon sur ce qu’est la confrontation, avec une violence à son paroxysme. Donc le XXIe siècle doit être celui de la conciliation. Or, on est entrés dans ce XXIe siècle avec des hommes, des dirigeants, qui ont conservé la mentalité du XXe siècle. Cette situation doit alerter la jeunesse : ne vous laissez pas imposer ce discours par ces hommes de la confrontation ! On doit faire taire ces voix.

    Quelle leçon majeure retirez-vous de votre parcours dans la médecine de guerre ?

    R.P. : La guerre devrait être déclarée hors la loi. Cette interdiction devrait même être inscrite dans la Constitution. Certes, on doit conserver le droit de se défendre, mais on doit abroger celui de décider de faire la guerre.

    On a appris la semaine passée l’arrestation de Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant égyptien « Mada Masr », qui devait participer aux Nouvelles rencontres d’Averroès. Selon vous, que traduit cet événement concernant la liberté d’expression ?

    R.P. : Le but, aujourd’hui, est de terrifier les populations pour ensuite mieux les museler. Avec des actions pareilles, les hommes au pouvoir conservent des états de guerre bien plus lucratifs que l’état de paix. Par exemple, pour la France, qui est un des premiers pays producteurs d’armes au monde, l’état de guerre lui ramène de nombreux acheteurs prêts à payer le prix fort pour se défendre face à l’adversaire. C’est un système révoltant.

    « Va où l’humanité te porte. Un médecin dans la guerre », 304 pages, éditions Tallandier
  • Sous les costumes, une histoire d’amour

    Sous les costumes, une histoire d’amour

    Chaque année, le couple participe au festival en respectant un thème commun. L’an dernier, ils avaient choisi d’incarner Toad et Toadette, les célèbres personnages de la franchise vidéoludique japonaise Super Mario. Cette année, leur choix s’est porté sur Woody et la Bergère, héros des films d’animation Toy Story.

    Couturière pour l’une, développeur web pour l’autre, les deux passionnés de cosplay ont créé un compte Instagram consacré à leur passion commune pour les univers de l’imaginaire. Sous les pseudonymes Nayumi et Yasorai, ils y partagent régulièrement leurs créations et leurs aventures de couple. Samuel et Abbygaël aiment visiter l’ensemble du parc Chanot : « Comics, Marvel, mangas… Il y a toujours des nouveautés, toujours de nouveaux univers. »

    Au fil des années, le couple a noué des liens avec d’autres festivaliers partageant la même passion. « Ce festival, c’est une famille », résume Abbygaël. Leur enthousiasme a également gagné leurs proches, qui les accompagnent désormais à l’événement, costumés ou non.

    Cette année, les deux cosplayers viendront avec une invitée particulière : leur fille Louise, âgée de 5 mois. Déguisée elle aussi pour l’occasion, « petite Yoshi », découvrira pour la première fois le HeroFestival.

  • Le HeroFestival revient pour une 12e saison à Marseille

    Le HeroFestival revient pour une 12e saison à Marseille

    Le programme s’annonce chargé ces samedi 7 et dimanche 8 novembre. De 9h30 à 18h30, les visiteurs pourront plonger dans les univers du cinéma, des mangas, des jeux vidéo et des séries, en compagnie de plus de 100 artistes locaux, nationaux et internationaux.

    Parmi les invités figurent notamment Holly Marie Combs, interprète de Piper Halliwell dans la série culte Charmed, ainsi que Laurence Bréhéret, voix française notamment de Mrs. Bucket dans Charlie et la Chocolaterie et de Cersei Lannister dans Game of Thrones. Les talents locaux ne seront pas en reste, à l’image de Jérôme Alquié, auteur et dessinateur de bande dessinée.

    Sur près de 30 000 m², le festival promet une immersion sensorielle complète : outre les cerisiers en fleurs, les ateliers jeux et les animations, des aliments du « foodcourt » de l’univers de Broadway se glisseront dans l’assiette des visiteurs. « Le voyage se fait aussi dans les papilles », sourit Annabelle Fouques-Lefèvre, coorganisatrice du festival.

    Elle se félicite de « l’ambiance hyper familiale » de l’événement. La diversité du public constitue en effet l’une des marques de fabrique du HeroFestival. Jeunes, familles et seniors s’y retrouvent pour partager leurs passions, notamment le cosplay et les univers de l’imaginaire. « Même les enfants ont de petits costumes », souligne Elise, jeune habituée du festival. Celle qui fréquente la manifestation depuis le collège apprécie notamment « l’effet famille » où « personne ne se juge ».

    Une « bienveillance » que les organisateurs revendiquent. Année après année, le HeroFestival s’impose comme une « safe place » pour les cosplayers, toujours plus nombreux à fréquenter l’événement. Cassandra, cheffe de projet du festival, espère accueillir cette année « au moins 43 000 visiteurs ».

    Un événement professionnalisant

    Qui a dit que cosplay et insertion professionnelle ne faisaient pas bon ménage ? Pour la cinquième année consécutive, la mission locale de Marseille tiendra un stand au sein du festival afin de présenter aux jeunes visiteurs différentes opportunités d’emploi et de formation. « Cette jeunesse est stigmatisée. Parfois, elle n’a pas de visibilité sur son avenir », affirme Eddy, membre de la mission locale de Marseille.

    L’objectif est d’offrir à cette jeunesse une perspective nouvelle, révélant parfois un lien entre ce qu’ils aiment et les attentes professionnelles. « Un jeune qui anime un live, c’est de l’aisance à l’oral et de la technique. Ces passions sont déjà de la compétence », souligne Josette Furace, présidente de la mission locale.

  • De La Ciotat à Paris, la route des « Résistants d’ailleurs »

    De La Ciotat à Paris, la route des « Résistants d’ailleurs »

    à partir de ce lundi et jusqu’au 6 décembre, l’Hôtel national des Invalides accueille « Résistants d’ailleurs ». Cette exposition trouve son origine à La Ciotat, portée par l’association citoyenne Des Amis et des Actes, engagée dans la transmission de la mémoire combattante. « C’est un moyen de parler des oubliés du récit », défend le président de l’association, Aurélien Michel.

    À travers quarante portraits de Résistants, complétés par un volet consacré à la France libre et à l’armée d’Afrique, l’exposition entend « mettre en lumière les Résistants français, dont une grande partie était d’origine maghrébine, qui ont résisté à l’occupant, qui ont versé leur sang, et pour certains été déportés, pour défendre leur pays », rapporte le président de l’association, également pilote de formation pour l’Armée de l’air et de l’espace.

    « Comment faire pour rassembler les Français autour d’une histoire commune ? » C’est la question que s’est posée ce collectif d’une vingtaine de bénévoles après avoir constaté que « dans les quartiers Nord, des gamins ne savent pas que certains de leurs ancêtres sont venus libérer Marseille en 1944 ».

    Depuis 2022, l’association travaille à la construction de cette exposition itinérante. « On est content de dire que ce projet émerge de La Ciotat et de Marseille, un peu comme l’hymne national était parti de Marseille », sourit Aurélien Michel. L’association anime des débats publics et intervient en milieu scolaire : « Notre projet est national. On pense que c’est important de présenter un nouveau récit de la Seconde Guerre mondiale, qui est celui de ces soldats blancs, noirs, maghrébins, qui se sont battus côte à côte. »

    L’exposition sera inaugurée par Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants, ce lundi, à Paris.

  • La préparation de la flottille pour Gaza en photos

    La préparation de la flottille pour Gaza en photos

    Pendant des semaines, dans le port de l’Estaque, une centaine de personnes se sont unies pour lutter contre l’isolement du peuple palestinien. « Je voulais montrer l’effervescence et l’intelligence collective que j’ai pu observer là-bas », explique Hermine Roquet. Invitée dans le cadre d’une résidence culinaire organisée par une cheffe militante au bar-restaurant Le Plan de A à Z (117 la Canebière), la photographe y présente, depuis le 28 octobre et jusqu’au 4 novembre, ses clichés argentiques. Quelques semaines avant le départ, depuis Marseille, des 19 bateaux de la flottille Thousand Madleens to Gaza, elle avait rejoint ce vaste chantier préparatoire, où marins marseillais, habitants de l’Estaque et militants venus de différents horizons avaient uni leurs forces.

    Décoration des voiles selon une technique traditionnelle palestinienne, tri de denrées alimentaires, réparation de coques ou encore raccommodage de filets de pêche : ses photographies mettent en lumière les gestes de ceux qui ont pris part à cette aventure collective. La photographe entend aussi retranscrire l’esprit de communauté dont elle a été témoin : « Je pense que cela montre que grâce à l’écoute, l’entraide, la disponibilité, plein de personnes qui font de petites choses peuvent vraiment faire bouger les lignes. » Avant de préciser l’objectif de cette exposition : « Le but, c’est de continuer de visibiliser la cause palestinienne et de remémorer un événement qui a laissé une trace importante dans la mémoire de nombreux Marseillais. »

    Tous les bénéfices tirés de la résidence culinaire et de la vente des photos seront redistribués à la solidarité alimentaire en Palestine.