Tag: BD

  • [Le coin BD] François Ruffin, député et toujours reporter au chevet du pays

    [Le coin BD] François Ruffin, député et toujours reporter au chevet du pays

    Angry black woman » contre « white savior » … C’est à partir de ces concepts américains qu’ils ne se donnent même pas la peine de traduire en français que, sur les réseaux sociaux et dans les médias, d’anciens amis politiques de François Ruffin, des insoumis, l’attaquent allant jusqu’à le qualifier de raciste. Ces militants anticoloniaux ou décoloniaux ne se rendent même pas compte que leur imaginaire et leur conception politique sont eux-mêmes totalement colonisés par une pensée venue des USA et de l’idéologie libérale de ses campus, issue d’une société héritière de la ségrégation raciale alors que la France a, elle, été une puissance coloniale, avec d’autres tares et crimes à dénoncer. Oubliant l’approche de classes marxiste, tout aussi obsédés par la couleur de peau des gens que l’extrême droite qu’ils prétendent combattre, les auteurs de ces attaques en meute ne se donnent même pas la peine de regarder ce que dit cette BD et confondent les constats que dresse François Ruffin dans cette suite d’histoire prise sur le vif et les propres opinions de celui qui s’annonce aujourd’hui comme un futur candidat à l’élection présidentielle. Venu du journalisme indépendants, élu et réélu député de la Somme face à un Rassemblement National qui l’emporte partout autour, défenseur des travailleurs sous-payés du soin et du service, François Ruffin donne sans juger la parole à de nombreuses personnes dans cette BD et affiche son objectif : réparer une France atomisée afin que tous puissent vivre ensemble. Face aux attaques qui déchirent une gauche qui n’en a pas besoin, cette BD sous-titrée « Les aventures de François Ruffin député-reporter » est à lire pour faire sa propre opinion, positive ou négative, lui-même reconnaissant quelques erreurs.

  • Face au vacarme, Joann Sfar fait dialoguer BD et musique à Marseille

    Face au vacarme, Joann Sfar fait dialoguer BD et musique à Marseille

    Je veux croire qu’ils ont fait une erreur et n’ont pas ouvert le livre », espère l’artiste qui soutient la paix au Moyen-Orient depuis trente ans. Invité au théâtre de La Criée pour présenter son dernier ouvrage Terre de sang dans lequel il explore les fractures liées au conflit Israël-Palestine, l’auteur de bandes dessinées a essuyé les foudres du collectif Cultures en lutte 13.

    Le 25 mai sur Instagram, le collectif avait appelé au boycott de Joann Sfar sous le slogan : « Sionistes hors de notre ville ! » Il reproche à l’auteur ses prises de position depuis le 7 octobre 2023, notamment dans une tribune collective adressée à Macron dans laquelle les signataires s’opposent à une reconnaissance de l’État palestinien « sans conditions préalables ». Avant le concert, devant le théâtre national, le collectif Nous vivrons est venu soutenir le dessinateur armé de pancartes : « Antisémites, hors de la République ! » Il faisait front aux militants de l’Union des juifs de France pour la paix (UJFP) et de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) qui ont rejoint l’appel au boycott. Un petit cordon de policiers, sous le fronton du théâtre estampillé de l’inscription « pour une vie ensemble, uni-e-s et solidaires », séparait les antagonistes d’un navrant spectacle. Les uns criant « fascistes ! », les autres rétorquant « non, vous fascistes ! ». Tous desservant au final le principe de la paix.

    Toutes les voix

    Le concert-dessiné a eu lieu pour présenter l’ouvrage dont le titre fait écho à Joseph Kessel et à son Terre d’amour et de feu, publié en 1965. Organisatrice du festival, l’association Des livres comme des idées a défendu sa programmation et rappelé la présence dans ses différentes éditions, de personnalités telles que Karim Kattan, Leïla Shahid, Elias Sanbar ou Hiam Abbass. Quant au maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, il avait tranché : « Ce sont la violence et les messages de haine qui ne sont pas les bienvenus à Marseille. »

    « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Attribuée de manière erronée à Voltaire, la citation n’en défend pas moins la liberté d’expression qui ne connaît pour frontières que le racisme et l’antisémitisme. Et l’œuvre de Sfar est exempte de propos fascistes et haineux. « Je m’oppose aux extrémistes de tous les camps », a-t-il assuré. Aux bruits des bombes, il opposait vendredi soir le trait de son crayon et le son de la musique manouche jouée par Frank Anastasio, Marcello Marella et Steven Reinhardt. Face au tumulte de positions irréconciliables, il veut croire à la force du dialogue, qu’il a mis à l’épreuve, de Tel Aviv à Ramallah en s’évertuant à « faire entendre ici les voix palestiniennes et israéliennes qui œuvrent pour la paix ». Il a du pain sur la planche. Plus loin, dans les bars du port, le son de Jul mettait tous les clients au diapason.

  • Éclats de lire revient pour une 13e édition au Vigan

    Éclats de lire revient pour une 13e édition au Vigan

    Face aux écrans, les festivals de littérature jeunesse font de la résistance ! Ce sera encore le cas les 29, 30 et 31 mai au Vigan qui accueille la 13e édition des Éclats de lire et espère rassembler une partie des enfants des Cévennes en proposant des ateliers, lectures, spectacles et des rencontres avec des auteurs.

    Le festival s’ouvre par une soirée vendredi 29 mai (18h) au cinéma Le Palace avec la projection Le Secret des mésanges, un long-métrage d’animation en papier découpé d’Antoine Lanciaux et Pierre-Luc Granjon, qui sera suivie par un échange avec Samuel Ribeyron, directeur artistique des décors du film.

    Dédicaces et spectacles

    À partir du samedi, pas moins de 11 ateliers sont organisés autour d’une fresque de la nature, d’images perdues du monde, de dessins de BD et de mangas ou encore sur les différentes techniques de dessin. Trois lectures « vitaminées » sont également au programme (15, 16 et 17h). Le spectacle Folkestone qui interroge les préoccupations de préadolescents, clôturera la journée à l’école Jean-Carrière (19h30, dès 8 ans).

    Dimanche, le programme sera encore plus fourni avec 13 ateliers, deux lectures, une parade (16h) et deux spectacles à l’auditorium. Le premier, Puisette et fragile (dès 4 ans) se déroule à 11h et s’appuie sur des papiers découpés pour illustrer un monde fantastique et aborder la notion de partage. Le deuxième, Cache-toi, Arsène! (16h45, dès 6 ans) rappelle le film Ratatouille où le rat n’est cette fois pas amoureux de la bonne cuisine française mais de la musique, passion qu’il partage avec son maître, Jean le pianiste.

    Tout le week-end, des séances de dédicaces avec huit auteurs présents, dont Romain Badel ou Magali Bardos, sont aussi organisées (samedi après-midi et dimanche toute la journée) dans les jardins du château d’Assas. Trois expositions seront aussi disponibles sur les insectes et les carapaces à plume à la médiathèque et sur l’école de l’imaginaire dans le hall du château.

  • [Le coin BD] Les animaux malades de la peste… et des humains aujourd’hui

    [Le coin BD] Les animaux malades de la peste… et des humains aujourd’hui

    Un procès, celui d’animaux qui viennent à la barre, qui seraient responsables des pandémies, l’occasion de questionner notre rapport aux autres espèces et la propre responsabilité des hommes dans les zoonoses… Alors que le souvenir du Covid 19 est toujours vivace, la question des maladies transmissibles de l’animal à l’homme comme la rage, la tuberculose ou la grippe aviaire est d’une actualité brûlante. L’anthropologue et philosophe du CNRS Frédéric Keck et l’illustratrice Héloïse Chochois font, à travers de nombreux exemples dans ce procès fictif, un récit de vulgarisation qui invite à repenser notre place parmi les autres espèces. Avec dans le box vison, chauve-souris, pangolin, singe ou poulet, les deux auteurs racontent de manière scientifique la transmission des virus d’une espèce à l’autre. Et surtout montrent comment le capitalisme qui a transformé les espèces vivantes en marchandise, entre élevage en batterie, urbanisation galopante, changement climatique et chute de la biodiversité, est l’un des principaux responsables, si ce n’est « le » responsable de ces zoonoses. Ce que démontre dans l’album le scientifique américain marxiste Mike Davis qui a largement travaillé sur ces questions et dont la pensée éclaire ce problème majeur. Avec une vraie question : foncer dans le mur avec une multiplication à venir des épidémies ou bifurquer ?

    Saint-Exupéry

    Et l’origine du Petit Prince… Cette intégrale de Pierre-Roland Saint-Dizier et Cédric Fernandez célèbre les 80 ans de la parution en France du plus célèbre livre de l’écrivain aviateur. À travers ces trois albums, ils reviennent sur la biographie d’Antoine de Saint-Exupéry depuis son début à l’Aéropostale en Afrique et en Amérique du Sud jusqu’à son crash mortel au-dessus des calanques de Marseille le 30 juillet 1944. C’est lors de son exil aux États-Unis qu’il écrira ce conte pour enfants immortel publié dans l’hexagone à titre posthume.

    Chez Glénat, 16€

    Le goût du métal

    Bruno Duhamel livre un très beau roman graphique situé dans le milieu agricole de la vallée du Beuvron sur le thème original des chercheurs de trésor flanqués de leurs détecteurs de métaux dont la quête de l’Eldorado détruit le patrimoine local. À travers le personnage de Léo, un garçon inadapté qui vit chez sa sœur, de son voisin éleveur ainsi que celui de Gabriel, un défenseur de ce patrimoine qui devient progressivement fou, il tresse un passionnant drame rural dans un milieu habituellement très peu traité. Une réussite !

    Chez Grand Angle, 15,90€

    La belle histoire des jardins

    De l’enclos néolithique aux jardins du Mucem de Marseille ou de la fondation Luma à Arles, en passant par ceux de Versailles et tous les autres, Catherine Delvaux et Simon Hureau proposent une plongée passionnante et érudite dans l’histoire des jardins qui charmera autant les amateurs que les néophytes. Au fil de 15 chapitres, le lecteur en apprendra autant sur les plantes et leur histoire que sur les styles qui ont conduit à leur agencement à travers le monde et les civilisations. Une somme incroyable et facile à lire.

    Chez Les Arènes BD, 26€

    Français langue étrangère

    Éric Salch propose une BD sur un sujet pas vraiment drôle, l’accueil des réfugiés hommes et femmes qui ont fui guerres et misères et les cours de « français langue étrangère » qui leur sont dispensés par Marie, une professeure spécialisée. Avec justesse et sans pathos, il décrit le choc culturel de ces exilés et leur volonté d’apprendre pour s’en sortir. Un album qui va bien au-delà des clichés et sert sa cause sans en cacher les difficultés en privilégiant l’humain dans un mélange de réalisme et d’humour qui est la marque de fabrique de l’auteur.

    Chez Dargaud, 23,95€

    Dortmunder

    Dans la collection « Aire noire », Doug Headine et Jesus Alonso Iglesias adaptent en BD l’un des principaux personnages de Donald E. Westlake, John Dortmunder, cambrioleur et braqueur poursuivi par la poisse. Dans ce tome un, « Bank shot », il va tenter non de braquer une banque installée dans un mobile home mais de la mettre sur roue pour la subtiliser. Un plan brillant qui doit être servi par une équipe compétente et efficace, mais rien ne fonctionnera comme prévu dans une ambiance polar noir comme on les aime.

    M.B.

    Chez Dupuis, 21€

    Cécile la Shérif

    Au XIXe siècle, au cœur de la France, Cécile a un rêve : devenir la première magistrate du pays ! Rêve impossible, ce qui la conduira à traverser l’Atlantique en compagnie d’un musicien-poète-aventurier… C’est dans le Far West qu’elle pourra assouvir sa vocation pour le respect de la loi en devenant shérif. Walter Guissard et Victor Coutard livrent un récit de western enlevé et burlesque servi par un graphisme vif et coloré pour un album extrêmement original et plaisant entre Orléans et la Nouvelle Orléans.

    Chez Casterman, 24€

  • Comédie du livre : « un festival de résistance »

    Comédie du livre : « un festival de résistance »

    « Un choix politique » : le pari de la culture

    Avec la Comédie du livre – 10 jours en mai, « Montpellier entre en festivals », annonce Michaël Delafosse. D’abord avec les livres, donc, ensuite avec le théâtre (Printemps des comédiens, 29 mai-21 juin), la danse (Montpellier Danse, 20 juin, 4 juillet) puis la musique (festival Radio France Occitanie, 5-18 juillet). Quatre manifestations d’envergure nationale accueillies coup sur coup dans la capitale héraultaise. Une exception culturelle rendue possible par « un choix politique, au sens le plus noble du terme, celui du service public de la culture », insiste le maire de Montpellier et président de la Métropole.

    Dans un contexte où, « pour des raisons budgétaires ou idéologiques, des festivals littéraires disparaissent » et où la situation du livre « est marquée par un vrai recul de la lecture, toutes tranches d’âge confondues », rapporte Régis Pénalva, directeur artistique de la manifestation, la Comédie du livre fait œuvre de résistance. Un mot qui constitue la colonne vertébrale de cette nouvelle édition. « René Char disait : “Je n’écrirai pas de poème d’acquiescement.” On ne vous a pas programmé un festival d’acquiescement. On vous a programmé un festival de questionnement, de contestation, de résistance. »

    Durant une dizaine de jours, du 15 au 24 mai, plus de 270 auteurs seront accueillis à Montpellier, où 220 rendez-vous seront proposés sous toutes les formes (rencontres, tables rondes, lectures, ateliers…). La manifestation se terminera, comme chaque année, sur 3 jours de salon du livre (22, 23 et 24 mai) sur la promenade du Peyrou. « À part acheter un livre pour soutenir les auteurs, les éditeurs, les libraires, tout est gratuit », insiste Michaël Delafosse. Là encore, un choix qui fait exception dans le paysage des festivals littéraires.

    La part belle à l’édition indépendante

    Comme il est de coutume, deux éditeurs seront mis en avant : les éditions Christian Bourgois, qui fêtent leurs 60 ans et l’éditeur québécois La Peuplade. L’occasion de souligner la part accordée dans la programmation à l’édition indépendante : « 30% des auteurs invités sont édités dans des maisons indépendantes. Je pense qu’il y a peu de festivals littéraires en France capables de leur faire une telle part », souligne Régis Pénalva. Une forme, là aussi, de résistance au phénomène de concentration dont est victime ce secteur « où l’internationale réactionnaire est à l’œuvre », déplore Michaël Delafosse.

    Une édition féminine et engagée

    Avec 56% d’autrices et de créatrices invitées, cette édition sera particulièrement féminine. Confiée à Salomé Saqué, journaliste au média alternatif Blast et autrice de l’essai Résister (Payot), vendu à 500 000 exemplaires et « devenu le bréviaire de lutte et d’engagement de toute une génération », la carte blanche du festival sera, cette année, composée exclusivement de femmes (Camille Bordenet, Titiou Lecoq, Camille Etienne et Blanche Sabbah ont répondu à l’invitation de Salomé Saqué) et marquée par le féminisme, l’écologie et la résistance à « la vague obscurantiste » des idées d’extrême droite.

    Autre figure féminine incontournable de cette édition, Gisèle Pelicot interviendra le 20 mai dans le cadre des grandes soirées du festival (sur réservation), accompagnée de la journaliste et romancière Judith Perrignon avec laquelle elle a coécrit Et la joie de vivre (éditions Flammarion), paru en février. Autre invitée de marque : la journaliste et écrivaine Sofia Andrukhovych, « une des principales voix de la littérature ukrainienne ». C’est elle qui ouvrira le festival le 15 mai à l’Opéra Comédie, autour de son roman-fleuve Amadoca (Belfond), « qui traverse l’histoire de l’Ukraine au XXe siècle, de la répression stalinienne à la guerre du Donbass ».

    Des temps forts

    Bien d’autres temps forts rythmeront le festival… on a l’embarras du choix ! On notera notamment la lecture-concert de Léonor de Recondo autour de l’escapade amoureuse et artistique de George Sand et Frédéric Chopin à Majorque (17 mai) ; le grand entretien avec Natacha Appanah autour de son livre La Nuit au cœur (Gallimard), prix Femina 2025, qui tresse l’histoire de trois femmes victimes de la violence furieuse de leurs compagnons (23 mai) ; ou encore la rencontre avec le prix Goncourt 2025, Laurent Mauvigner, qui présentera La Maison vide, paru aux éditions de Minuit (20 mai).

    L’imaginaire et la BD

    La fine fleur des littératures de l’imaginaire sera présente et comme chaque année depuis désormais 3 ans, le Grand prix de l’imaginaire (GPI) sera remis durant le festival (23 mai). La BD ne sera pas en reste, avec une vingtaine d’auteurs invités et un partenariat noué, cette année, avec la collective Gilxcott, née à l’annulation du Festival d’Angoulême, qui proposera une série de rencontres.

    Le festival se clora le 24 mai sur un moment particulièrement fort : un échange entre Elias Senbar, « grande figure politique palestinienne, poète, essayiste, historien et ambassadeur permanent de la Palestine auprès de l’Unesco » et Elie Barnaby, « grande conscience morale de la gauche israélienne », ancien ambassadeur d’Israël en France, qui évoqueront leurs dictionnaires amoureux respectifs dédiés à la Palestine et à Israël. « Deux hommes de dialogue et de paix, deux grandes consciences morales de notre époque. »

    Littérature et cinéma

    La Comédie du livre accueille, au centre Rabelais, « D’un regard l’autre », cycle de films documentaires qui fait dialoguer cinéastes et écrivains. Au programme :

    Samedi 16 mai, 19h : Would you have sex with an Arab ?, de Yolande Zauberman. « Une enquête sur les corps, sur le désir entre ennemis ». Suivi d’une rencontre avec le journaliste et écrivain Selim Nassib.

    Dimanche 15 mai, 20h : La vie devant elle, de Manon Loizeau. Journal intime d’une jeune Afghane qui a décidé de raconter son exil avec sa famille. Suivi d’une rencontre avec l’écrivaine Leonor de Recondo.

    Jeudi 21 mai, 20h : Personne n’y comprend rien, de Yannick Kergoat, qui retrace 14 années d’enquête de Médiapart sur l’affaire Sarkozy-Kadhafi. Suivi d’un échange avec le journaliste Fabrice Arfi.

    – Dimanche 24 mai, 15h : Carré 35, d’Eric Caravaca. Enquête intime sur une sœur décédée dont le réalisateur ne sait rien. Suivi d’une rencontre avec l’écrivaine Marie-Hélène Lafon.

    ET AUSSI

    Grand entretien avec Philippe Boucheron

    18 mai, 18h, centre Rabelais

    L’historien Philippe Boucheron, carte blanche du festival en 2023, revient présenter son nouveau livre, La Peste noire (Seuil).

    Grand entretien avec Ahmet Atlan

    19 mai, 20h, Opéra Comédie

    La Comédie du livre reçoit pour la première fois l’écrivain et journaliste intellectuel turc Ahmet Atlan, grand défenseur de la démocratie emprisonné de 2016 à 2021, à l’occasion de la parution de son nouveau roman, Boléro (Actes sud).

    Rencontre avec Jón Kalman Stefánsson

    21 mai, 18h30, Opéra Comédie, salle Molière

    Habitué du festival, le célèbre romancier islandais Jón Kalman Stefánsson présentera Corps célestes à la lisière du monde (Bourgois), un grand roman historique et lyrique.

    Dialogue entre Salomé Saqué et Blanche Sabbah

    22 mai, 19h-22h30, centre Rabelais.

    Dans le cadre de sa carte blanche, Salomé Saqué invite l’autrice et dessinatrice de BD Blanche Sabbah (Mythes et meufs, La bataille culturelle) pour un dialogue sur le thème : « Résister en 2026 ».

    Des écrivains au musée Fabre

    23 mai, 19-22h, musée Fabre

    À l’occasion de la Nuit européenne des musées, le festival propose une déambulation à travers les collections du musée Fabre en compagnie de 6 écrivains. Chacun lira un texte inspiré d’une œuvre qu’il a choisie, en présence de cette œuvre (sur inscription).

    À hauteur d’enfants

    Une programmation dédiée aux plus jeunes est proposée durant les 3 jours du salon, du 22 au 24 mai. Programme détaillé sur : www.10joursenmai.fr

  • [Le coin de la BD] Les droits des femmes, ce n’est pas que le 8 mars

    [Le coin de la BD] Les droits des femmes, ce n’est pas que le 8 mars

    Une balade trépidante sur les traces de l’histoire des femmes et une révolution féministe au cœur du Moyen Orient ! Ces deux BD sont à mettre entre toutes les mains pour rappeler que les droits des femmes ne viennent pas de nulle part et sont encore à conquérir tout au long des années et pas seulement le 8 mars.

    Dans La marche des femmes, l’historienne Michelle Perrot joue son propre rôle et va transmettre à une lycéenne à travers une promenade dans Paris les dates et les lieux clés de cette longue histoire, d’Olympe de Gouges à Simone Veil et Louise Michel… Car avant les travaux de Michelle Perrot, l’histoire de France était peuplée d’hommes et grâce à ses travaux, les femmes du passé et du futur existent ! À ses côtés, la grand reporter Annick Cojean, Sophie Couturier qui a milité aux côtés de Gisèle Halimi et la graphiste Emma Ere apportant leur pierre à ce travail essentiel.

    Direction la Syrie avec Les filles du Kurdistan où la réalisatrice Mylène Sauloy a longuement travaillé sur l’épopée du Mouvement des Femmes Libres, une histoire mise en dessin par Clément Baloup. En prenant les armes face à Daesh et aux gouvernements qui persécutent les Kurdes, ces combattantes ont planté les graines d’une société paritaire, écologique et multiconfessionnelle au cœur du patriarcat laïque ou religieux. Et qui ont germé dans le mouvement iranien « Femme, vie, liberté ». Souhaitons leur longue vie dans ce monde de brutes machistes.

    ET AUSSI

    Une voix pour la liberté

    Face au silence assourdissant du rap français, sur ce sujet comme sur tant d‘autres, cet album de l’autrice Bahareh Akrami en partenariat avec Amnesty International met en lumière le rappeur iranien Toomaj Salehi, emprisonné, torturé et condamné à la pendaison pour avoir été la voix de la révolte de son peuple. Avant d’être provisoirement sauvé par la mobilisation internationale. Un album magnifique et d’une actualité brûlante à l’heure où ce malheureux pays est pris en étau entre son régime dictatorial et une agression israélo-américaine.

    Chez Delcourt, 17,50 euros

    Gigi

    Claire Bouilhac et Catel Muller adaptent le chef-d’œuvre de Colette qui a marqué son époque et méritait sans doute un nouveau regard pour les jeunes générations. Gigi, qui fut l’une des dernières nouvelles de l’écrivaine, raconte la vie d’une adolescente qui vit modestement à la fin du XIXe siècle entre sa mère, sa tante, demi-mondaine ou ex, ainsi que sa grand-mère. Mais la jeune fille va prendre son destin en main et imposer ses choix jusqu’à devenir dans l’histoire littéraire une égérie féministe… Une relecture très réussie !

    Chez Dargaud, 26,95 euros

    Diplomatie clandestine

    Ceux qui ont adoré la série « Le bureau des légendes » vont se régaler avec cet album d’Hubert Maury qui offre une plongée inédite au cœur des services secrets français. L’histoire débute au Cambodge à la fin du XXe siècle mais se situe surtout en Afghanistan en 2010 quand Raphaël, officier de renseignement français tout juste débarqué à Kaboul doit licencier une source… Qui va lui faire une proposition difficilement refusable. Entre coups tordus et faux-semblants, cette fiction d’espionnage est aussi haletante que crédible.

    Chez Glénat, 28 euros

    Pour qui sonne le glas

    Jean-David Morvan et Pierre Dawance proposent avec brio leur version du grand roman d’Ernest Hemingway situé en pleine guerre d’Espagne où l’américain Robert Jordan, membre des brigades internationales, est chargé par l’armée républicaine de faire sauter un pont. Dans son groupe de maquisards qui combattent les fascistes, il croise le regard de Maria qui a vécu les pires horreurs dans les geôles franquistes. Le graphisme exceptionnel de l’album magnifie la tragédie intemporelle qui se joue entre guerre, amour et mort !

    Chez Sarbacane, 29 euros

    Un espoir sans papiers

    Sans mièvrerie ni pathos, Ingrid Chabert et Espé racontent la rencontre sur l’île d’Aix, au large de la Charente-Maritime, d’une vieille dame touchée par Alzheimer et d’un jeune migrant algérien rescapé d’un naufrage qu’elle va prendre pour son fils disparu depuis des décennies. Par petites touches, les auteurs vont rendre leur histoire et leur dignité à ces deux personnages abimés par la vie mais qui vont aussi rencontrer la solidarité ! Avec au bout du chemin, peut-être une nouvelle chance, même si le racisme et la bêtise bureaucratique rodent.

    Chez Dupuis, 21,50 euros

    Frankenstein

    David Sala livre sa version flamboyante et d’une virtuosité graphique époustouflante du chef d’œuvre devenu mythique de Mary Shelley. En revenant aux sources de l’histoire et sans hésiter à en combler les trous, il donne à son roman graphique des échos d’une incroyable modernité, le monstre du docteur ressemblant aux « réplicants » de Blade Runner ou aux futures créatures issues de l’intelligence artificielle. Sans oublier les thèmes de l’acceptation de la différence, de la peur de l’inconnu ou de la vindicte populaire en meute… Fascinant !

    Chez Casterman, 28 euros

  • [Le coin de la BD] Foot féminin et foot révolutionnaire et banni en Angleterre

    [Le coin de la BD] Foot féminin et foot révolutionnaire et banni en Angleterre

    Vingt-trois mars 1920. Le match opposant les Newton au Stone Hills Ladies s’annonce légendaire avec 60 000 spectateurs dans le stade de Liverpool. Il est l’aboutissement de l’enthousiasme né dans les années précédents autour du football féminin, symbole de l’émancipation des femmes par le sport dans l’Angleterre de l’après Première Guerre mondiale mais aussi de l’importance alors du mouvement ouvrier dans ce sport au départ aristocratique. Tout commence dans le Royaume-Uni de 1915 quand Katie, Linda et Emily se sont substituées dans l’usine aux hommes sur le front en France. Elles les ont remplacés au point de jouer comme eux au football durant les pauses, et même d’y jouer très bien. Julie Billault et Sébastien Piquet racontent comment de simple passe-temps, le football va devenir leur activité principale, leur notoriété se développant match après match, d’abord pour soutenir l’effort de guerre, puis les grévistes de l’après-guerre. Mais le retour de bâton sera violent : les hommes étant de retour et la fièvre révolutionnaire inquiétant le pouvoir, les autorités décident en 1921 un « ban » qui interdit aux femmes de pratiquer le football ainsi que toute compétition féminine. Une interdiction qui perdurera jusqu’en 1971. Pourtant, ces sportives féministes vont réussir à contourner ces interdictions via des tournées à l’étranger. Une superbe fiction inspirée de faits réels indispensables pour les amateurs éclairés de football.

    L’affaire des hommes disparus

    À la croisée du Club des cinq et de la culture Pulp, bienvenue à Hobtown, village de 2 006 habitants situé en Nouvelle-Écosse, au Canada anglophone, où Kris Bertin et Alexander Forbes situent leur triptyque Les mystères de Hobtown dont voici le premier volume. Car oui, il s’en passe des événements étranges à Hobtown, heureusement le club de détectives des lycéens est là pour mener l’enquête sur d’étranges disparitions et découvrir que même dans un petit bourg les faux-semblants sont nombreux. Une BD aussi palpitante que pleine de charme et de rebondissements.

    Chez Delcourt, 29,95€

    Matisse, le rêve absolu

    Jörg Mailliet et Julie Birmant évoquent à travers un graphisme inspiré un large pan de l’existence du peintre, de ses débuts difficiles jusqu’à la reconnaissance internationale à près de 40 ans, mais aussi de sa vie privée tiraillée entre son épouse et son modèle russe Lydia. Matisse y est peint comme un artiste en plein doute, rongé par l’angoisse et cherchant en permanence à explorer de nouvelles voies jusqu’à devenir un maître incontesté de l’art du XXe siècle sur lequel le Grand Palais à Paris organise une exposition-évènement jusqu’au 2 août.

    Chez Les Arènes BD, 24€

    Du pied gauche

    Dessinateur de presse originaire de la Drôme, Lara a suivi les élections présidentielles à gauche mais aussi la campagne des législatives après la dissolution qui aboutira à la constitution du Nouveau Front populaire. Mêlant aux espoirs et désillusions politiques de cet homme de gauche les drames familiaux qui le touchent, il livre une excellente chronique de la vie politique et de la gauche qui ne parvient plus à s’entendre. Un regard informé sur tout le spectre allant des écologistes à LFI en passant par les communistes et les socialistes.

    Chez Charivari, 21,50€

    Marcel Bascoulard

    Clochard magnifique et artiste de génie, marginal et travesti, Marcel Bascoulard a marqué la ville de Bourges jusqu’à son sordide assassinat crapuleux en 1978. Frantz Duchazeau rend un magnifique hommage en noir et blanc à ce virtuose du dessin, permettant de le redécouvrir ou tout simplement de le découvrir. Une belle biographie de cet artiste inclassable qui avait décidé de vivre et produire selon ses propres lois, pourtant soutenu par certains commerçants chez qui il échangeait des dessins contre de la nourriture.

    Chez Sarbacane, 25€

    Chagrin

    Rodolphe et Griffo s’inspirent du célébrissime « La peau de chagrin » d’Honoré de Balzac pour plonger leur lecteur dans le Paris des romantiques de ce début du XIXe siècle où aurait vécu le héros qui aurait inspiré le roman. Raphaël de Valentin, un jeune noble ruiné erre en quête d’un peu d’amour, de bonheur et d’argent ! Au bord du suicide, il entre dans une boutique d’antiquités, espérant y trouver quelque chose susceptible de le distraire. Un vieil homme mystérieux, lui montre un objet étrange : une peau… Et tout ira mieux. Ou pas !

    Chez Delcourt, 24€

    Woodstock 69

    Sous-titrée « Le concert du siècle », cette BD de José Luis Munuera et Kid Toussaint en met plein les yeux et plein les oreilles si on suit la bande-son de ce concert de légende de 1969. Il n’a d’ailleurs pas eu lieu à Woodstock, mais à Bethel, à 100 kilomètres de là. Rien n’était prêt pour la marée humaine qui y déferle : pénurie de nourriture et d’eau, toilettes impraticables, pluies diluviennes, état d’urgence déclaré… Et pourtant ce fut un festival qui marqua l’histoire pour un demi-million de jeunes. Voici l’odyssée de quelques-uns d’entre eux.

    Chez Le Lombard, 21,95€

  • L’éducation à la culture au cœur des vœux de la municipalité

    L’éducation à la culture au cœur des vœux de la municipalité

    C’est devant un parterre de professionnels de la culture, au Musée d’histoire de Marseille, ce mardi 20 janvier, que Jean-Marc Coppola (PCF), adjoint au maire en charge de la culture, a adressé ses vœux aux acteurs de la culture. L’élu a d’abord évoqué avec enthousiasme l’accueil du Festival interconnecté de la bande dessinée, qui débutera à la fin du mois de janvier dans l’ancienne enseigne de chaussure André, sur la Canebière. Un rendez-vous proposé suite à l’annulation de l’édition 2026 du festival international d’Angoulême (lire notre édition du 2 janvier). « C’est une première pour la ville de Marseille », a souligné l’adjoint.

    « Une affaire de vie

    et de gens »

    Jean-Marc Coppola s’est aussi félicité de l’augmentation historique du nombre de visiteurs dans plusieurs institutions culturelles de la ville : « Je souligne la fréquentation record dans l’ensemble des musées municipaux de la ville et nous en sommes fiers. » En 2025, plus de 880 000 personnes ont en effet franchi les portes de ces musées, soit une augmentation de 30% par rapport à l’année précédente (lire notre édition du 2 janvier).

    Les acteurs culturels de la ville sont « indispensables », insiste Jean-Marc Coppola, qui poursuit : « Je vous remercie pour votre engagement envers la culture, la création, la transmission et le partage. » Benoît Payan, maire (DVG) de Marseille et candidat aux élections municipales, a également pris la parole. « Nous entrons dans une période qui nous empêche de dire ce que nous aimerions dire, campe le candidat. La culture, c’est une affaire de vie et de gens. ». Benoît Payan a formulé un vœu « d’espoir pour cette nouvelle année ».

    Les politiques d’éducation artistique et culturelle (EAC), portées par la Ville, ont été évoquées lors de cette cérémonie. Ce dispositif a pour objectif affiché de placer la population au centre des dispositifs culturels. C’est dans cette perspective qu’en 2026, l’accent sera mis sur « le développement de la pratique artistique » ainsi que « l’éveil des sens des enfants, des crèches et des écoles », se réjouit Jean-Marc Coppola. Après le vote, en décembre, du conseil municipal actant l’acquisition par la Ville des locaux des Galeries Lafayette, cet espace devrait accueillir, dans les années à venir, « une philharmonie des enfants ».

    « Une plus grande maîtrise des outils »

    Jean-Marc Coppola a mis en avant une année de « reconquête culturelle » destinée à faire face « à la loi du plus fort qui piétine le droit (…), et aux prédateurs qui utilisent les réseaux pour bouleverser la société (…) ». L’élu a affirmé son souhait de développer l’éducation aux pratiques numériques : « Je pense qu’il faut une plus grande maîtrise de ces outils. Il faut développer l’éducation artistique et culturelle (EAC) dès le plus jeune âge, pour permettre aux enfants de maîtriser ces technologies. » La Plateforme, située dans l’ancien Dock des Suds et qui abrite actuellement l’école du numérique, a pour but de favoriser ce croisement entre technologies et propositions culturelles.

    Marseille, ville cosmopolite, « ne renoncera pas à une culture pour toutes et tous », martèle l’adjoint : « C’est l’accessibilité à tout le monde, à tous les âges, aux arts et à la culture. » Il ajoute : « C’est une invitation à la pratique artistique. Quand je parle de l’EAC, je souhaite les inviter [les spectateurs, Ndlr] à se confronter à l’autre, à la différence et à l’altérité dont on s’enrichit. »

  • Marseille offre une bulle d’air au festival de BD d’Angoulême

    Marseille offre une bulle d’air au festival de BD d’Angoulême

    Depuis des mois, nombre de syndicats et collectifs d’artistes dénonçaient la gestion du festival de BD d’Angoulême par la société 9e Art+. « Manque de transparence », « mauvaise gestion des cas de violence sexistes et sexuelles », mais aussi « vision trop mercantile de l’événement » ont conduit à l’effondrement de l’édition 2026 du plus gros festival international de BD.

    En attendant que l’A.D.B.D.A (Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême), qui en a repris les rênes, écrive une nouvelle page, plus saine, de son histoire, l’événement se décline en mini-festivals de la BD dans plusieurs villes françaises.

    « La Ville de Marseille a été sollicitée pour accueillir l’un d’eux, du 30 janvier au 1er février », se félicite Jean-Marc Coppola. L’adjoint au maire en charge de la culture précise : « Nous sommes en train de l’organiser dans un lieu loué et préempté, l’ancienne enseigne de chaussure André, sur la Canebière, où nous accueillerons une dizaine d’autrices de BD, dont quelques Marseillaises. Ce sera l’occasion d’un partenariat avec la bibliothèque de l’Alcazar, qui dispose d’un fond très ancien de BD ».

  • [Portrait] Nine Antico, virtuose de la bande dessinée avec « Une obsession »

    [Portrait] Nine Antico, virtuose de la bande dessinée avec « Une obsession »

    « Amour de la Méditerranée »

    Née il y a 44 ans à Aubervilliers d’un père italien venu des Pouilles et d’une mère française d’origine espagnole, Nine Antico vit à Marseille depuis dix ans et y travaille dans un vaste appartement du centre-ville transformé en atelier qu’elle partage avec onze autres femmes chacune créatrice dans son domaine, autrices, réalisatrices, traductrices ou graphistes, ce qui permet des confrontations d’idées et une ouverture d’esprit alors que le travail de la BD est « tellement solitaire ». Une zone non mixte « non voulue mais qui s’est faite toute seule ».

    C’est « par amour et amour de la Méditerranée » que cette « raconteuse d’histoire » a posé ses pinceaux et ses feutres dans la cité phocéenne en quittant Paris où elle avait débuté tout en ayant des boulots alimentaires en publiant des fanzines, une volonté de dessiner qui vient de l’enfance à laquelle s’est ajoutée celle de raconter des histoires, d’abord chez des éditeurs indépendants puis chez Glénat, Dupuis ou Dargaud. Ce qu’elle fait également à travers l’image puisqu’elle est réalisatrice de trois courts-métrages et d’un long Playlist et qu’elle en prépare un autour de sa ville d’adoption où elle anime également des ateliers à la maison d’arrêt des Baumettes. Une cité où elle retrouve des ambiances de vacances familiales dans le sud de l’Italie, évoquées dans Une obsession et le mélange qu’elle a connu et apprécié à Aubervilliers et qui est « le vrai visage de la France ». À Marseille, elle retrouve également avec le côté latin « un rapport au temps différent dans une ville qui pousse à se rendre disponible, à s’accorder plus de temps libre ». Tout en ayant une autodiscipline féroce pour s’atteler à la table à dessin, « être sa propre secrétaire » et mener plusieurs projets éditoriaux de front sur plusieurs années. Pour un lectorat intéressé par la BD d’auteur d’abord essentiellement féminin et qui aujourd’hui, comme elle le voit en dédicace, compte de plus en plus d’hommes et qui de façon générale « soutient à fond mon travail ».

    C’est en 2008 qu’elle bascule comme autrice professionnelle de bande dessinée, son style évoluant depuis « sans que je ne le décide ». « Mes inspirations sont autobiographiques, la chronique d’instants de vie autour de moi, le réel, des conversations, des phrases qui peuvent sortir de manière commune mais qui avec le travail prennent un autre sens », raconte-t-elle. « C’est ce décalage, cet humour qui m’intéresse. »

    La cause des femmes

    La cause des femmes et le point de vue féminin sont aussi au centre de son œuvre où les questions comme le désir, la sexualité, la représentation de soi et la difficulté plus grande de la liberté chez les filles que chez les garçons sont abordées de manière crue et frontale sans jamais sombrer dans la vulgarité ou le voyeurisme mais de façon politique sans avoir l’air d’y toucher. Elle va par ailleurs participer au boycott du prochain Festival d’Angoulême, la Mecque de la BD européenne mais dont la direction est aujourd’hui fortement contestée par les auteurs.

    « Ces questions étaient là à la base, cette interrogation sur la liberté que les filles devaient payer de quelque chose que les garçons ne payaient pas. C’était une rage, une envie irrépressible sur laquelle je revenais toujours », se souvient-elle. « Aujourd’hui, je suis un peu un tank et je sais que je suis chanceuse d’être publiée et d’avoir une résonance. J’aime bien dire les choses telles qu’elles sont, ce qui n’est pas déguisé, avec les gens qui m’entourent on a ce franc-parler. Mes BD sont à la fois très directes mais ont aussi une manière détournée, ce que l’on retrouve par l’utilisation du masque et de l’ellipse : je ne montre pas tout ce que je dis et les mots utilisés sont à la fois directs et très choisis. Le dessin vient ensuite finaliser l’envie de texte et d’histoire. »

    Évoquant des passages extrêmement durs de sa biographie qu’elle « n’aurait pas pu écrire sans masque », l’autrice reconnaît que mettre des mots lui a fait du bien. Même si la dimension artistique a pris le dessus sur l’aspect psychologique et que les difficultés ont été surmontées « avec de la distance dans le temps et une volonté de dénouer quelque chose ». « Ma mère m’a trouvée courageuse et ça m’a fait beaucoup de bien », résume-t-elle.