Tag: auteurs

  • Aubagne : le parquet national antiterroriste se saisit de l’affaire Lakanal

    Aubagne : le parquet national antiterroriste se saisit de l’affaire Lakanal

    L’affaire du collège Lakanal à Aubagne prend une autre tournure… Les premières investigations, « notamment l’exploitation des supports numériques du mineur, mettent en évidence la probable adhésion à la mouvance True Crime Community (TCC) ainsi que l’inscription de l’action criminelle intervenue au sein de son établissement scolaire dans cette idéologie », a indiqué le Parquet national anti-terroriste (Pnat) dans un communiqué ce mardi 13 octobre, précisant qu’il se saisissait de faits. Et de détailler : « La TCC est un écosystème de communautés numériques qui glorifie les auteurs de tuerie de masse et incite, dans certaines formes, au recours à la violence extrême. »

    Une enquête a été ouverte pour « tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste », « association de malfaiteurs terroriste en vue de crimes contre les personnes et infractions à la législation sur les armes, en relation avec une entreprise terroriste » et confiée à la Sdat (sous direction anti-terroriste), service coordonnateur, à la DGSI et à la direction zonale de la police nationale Sud. Des précisions devant être apportées à l’issue de la garde à vue du jeune homme démarrée lundi.

    De « mal aimé » à « acte prémédité »

    Élève de troisième au sein du collège, le jeune homme qui a tiré, à plusieurs reprises, au fusil de chasse sur le principal et une professeure, avait dans un premier temps été décrit comme mal dans sa peau, se « sentant mal aimé » selon les premières constatations. Mais sur les ondes de FranceInter ce mardi le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, avait lui insisté sur « le caractère prémédité » de l’acte. « Il avait organisé son périple et il a eu le temps quand même de recharger son fusil en cours de route. Donc, on est quand même bien sur un jeune qui avait une intention claire de tuer », a-t-il ajouté.

    Dans les témoignages des autres élèves recueillis devant l’établissement quelques heures après le drame, une de ses camarades, Sarah, également élève de 3e et en classe avec lui l’an dernier, raconte être sortie de son cours en courant et être tombée sur le jeune tireur. « Il a dit : “Je suis venu que pour les profs, pas pour les élèves. De toute façon, les profs font chier” », assurait-elle décrivant « un élève perturbateur, qui avait beaucoup de rapports mais s’en fichait (…) il n’obéissait pas aux profs ». Alors que d’autres évoquent un élève qui « avait l’air calme ». Le père et la mère de l’adolescent ont aussi été placés en garde à vue « pour essayer de comprendre comment ce jeune s’est retrouvé en possession de cette arme », avait indiqué lundi le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez venu avec son homologue de l’Éducation, sur les lieux.

  • Les Correspondances de Manosque inaugurées sur fond de débat sur l’IA

    Les Correspondances de Manosque inaugurées sur fond de débat sur l’IA

    Mercredi, au moment de l’inauguration du festival littéraire des Correspondances de Manosque, l’opinion et le public étaient divisés entre choc et doutes concernant les accusations d’utilisation de l’intelligence artificielle visant Thélyson Orélien, auteur invité qui présentera son roman au public lors d’une rencontre ce jeudi. L’écrivain est accusé par un compte X d’avoir écrit cet ouvrage à l’aide de l’intelligence artificielle. Alors que le maire de Manosque Camille Galtier (DVD) évoquait cette polémique dans son discours inaugural mercredi soir, des voix s’exclamaient : « C’est faux ! » dans le public. Après s’être prêté à un exercice littéraire d’imagination du futur de la ville de Manosque et avoir évoqué la libération de l’écrivain Boualem Sansal, l’édile a lancé : « Cette histoire, je ne l’ai pas inventée, je n’ai pas eu besoin de l’intelligence artificielle. A priori, cela pose quelques soucis dans l’attribution des Prix Goncourt de cette année. » « Ce n’est pas totalement étonnant, puisque tout le monde utilise l’intelligence artificielle. Chacun sera à même de préférer l’imagination et la créativité humaine plutôt que l’intelligence d’un ordinateur », a-t-il estimé, interrogé après son discours.

    Le co-directeur du festival, Olivier Chaudenson, s’est lui gardé d’évoquer cette polémique liée à l’usage de l’intelligence artificielle pendant sa prise de parole sur scène. « C’est très difficile, parce que j’ai envie de croire que c’est Thélyson Orélien qui a écrit son livre, et je n’ai aucun moyen d’avoir un avis personnel et technique qui dirait le contraire. Je me mets à sa place : cela doit être quand même terriblement difficile de répondre à des accusations pareilles. Je suis triste qu’il ait à subir cela », a-t-il déclaré à La Marseillaise. « Soit on lui a fait un mauvais procès, et c’est triste et injuste ; soit il y a quelque chose et là ce serait vertigineux, parce que pour la première fois, l’IA aurait réussi à créer un bon texte de littérature lu comme tel par les lecteurs et les professionnels », a-t-il ajouté.

    « La campagne en ligne lancée contre Thélyson Orélien commence à prendre l’allure d’une chasse aux sorcières », s’apparentant à du « harcèlement », a défendu sur Facebook Dorcy Rugamba, metteur en scène qui sera sur scène aux côtés de l’auteur, ce jeudi lors de la rencontre organisée dans le cadre des Correspondances de Manosque.

    Un public « partagé »

    Dans le public, mercredi soir, Jeanne, retraitée venue d’Avignon pour le festival littéraire, se dit « choquée » par ces accusations, alors qu’elle a vu Thélyson Orélien à la Grande Librairie quelques jours auparavant. Selon elle, ces imputations pourraient s’apparenter à du « racisme ». « J’en ai marre d’entendre parler que de ça ! », lance de son côté Brigitte Dauberte, venue assister au festival, interrogée sur ces débats sur l’utilisation de l’intelligence artificielle. « Il ne faut pas que l’on se fasse complètement assister par l’IA, on n’a plus aucun esprit d’analyse », regrette-t-elle.

    Françoise, une animatrice d’ateliers d’écriture, se dit tiraillée par ces questions d’actualité. « J’ai été confrontée à cela : je suis dans des commissions où on me demande si je veux être formée pour apprendre à faire des comptes rendus générés par l’IA. Cela m’indispose beaucoup, cela crée des biais », a confié celle qui organise le Labo de l’édition, qui invite les lycéens à débattre autour de manuscrits dans le cadre des Correspondances. « Je suis très partagée, parce que j’avais entendu beaucoup de bien de cet auteur. »

    L’éditeur avec lequel elle travaille pour organiser ce Labo de l’édition, Benoît Verhille, se pose lui aussi des questions concernant ces accusations, dénonçant « une sale polémique ». « Il y a un vrai questionnement concernant l’utilisation de l’IA dans la création », constate-t-il, évoquant « une campagne de destruction massive » par l’intelligence artificielle dans la musique et le cinéma.

    « L’accès à la culture ne doit jamais dépendre de l’endroit où l’on habite. Les Correspondances répondent parfaitement à cette ambition », a par ailleurs lancé pendant son discours inaugural Alain Delsaux, conseiller départemental délégué à la culture.

  • Un salon culturel pour créer du lien à Figuerolles

    Un salon culturel pour créer du lien à Figuerolles

    Grâce à la pugnacité de la Carmagnole et au soutien d’associations telles que Ademass ou l’Atelier d’écriture, une nouvelle édition (gratuite) aura lieu dimanche 13 septembre. De 10h à 17h, plusieurs dizaines d’auteurs, la plupart locaux, présenteront leurs ouvrages place Salengro.

    « Faire vivre Salengro »

    À l’origine littéraire, le rendez-vous s’étend désormais à plusieurs pans de la culture afin d’élargir son public. Certains stands seront tenus par des photographes, peintres, conteurs tandis que des musiciens se chargeront de l’animation musicale. « On s’est posé la question et on a voulu poursuivre le festival de Thierry Arcaix en lui donnant une ambiance de festival de quartier, avec des animations de rue et de quoi se restaurer », résume Jean-Philippe Martin.

    Militant de la Carmagnole, située à deux pas, rue de la Palissade, il insiste aussi sur la nécessité de faire vivre un quartier gangrené comme tant d’autres par le trafic de stupéfiants. « La place Salengro est un peu en déshérence, des commerces ont fermé, des points de deal se sont installés. Il nous semble important de recréer du lien, donner envie aux gens de sortir, d’échanger, se cultiver ». Avant la brocante de mai ou le rendez-vous jazz du printemps, la Maison pour tous organisera un autre événement musical et culturel samedi 19 septembre.

  • Une filière du livre occitane très dense et qui résiste

    Une filière du livre occitane très dense et qui résiste

    Quatre cent soixante et un romans publiés entre août et octobre au niveau national. Une production en légère baisse par rapport à 2025 (484), mais largement de quoi faire son miel de mots à l’occasion d’une rentrée littéraire qui s’inscrit dans un contexte global de recul de la lecture. Avec, en toile de fond, le placement en redressement judiciaire, au printemps, de grandes enseignes de librairies dont Gibert, Le Furet du Nord et Decitre ainsi que la liquidation récente de Sauramps à Montpellier.

    Qu’en est-il au niveau régional ? Comment le monde du livre traverse-t-il ces turbulences ? Si elle n’échappe pas aux maux du moment : « L’évolution des pratiques de lecture, la concurrence des écrans, la question de l’IA, aussi, qui nous interroge notamment sur la question de la place de l’auteur », la filière du livre occitane semble toutefois portée par un maillage et une dynamique solides, assure Adeline Barré, directrice du pôle livre et lecture de l’agence unique Occitanie Culture, portée par la Région. « Librairies, auteurs, maisons d’édition : l’Occitanie est une région très dense si l’on ramène le nombre de professionnels du livre au nombre d’habitants », souligne-t-elle. Un vivier important, donc, et très diversifié : « On a aussi cette chance de couvrir tous les domaines éditoriaux, qu’il s’agisse des auteurs, des maisons d’édition ou des librairies, dont certaines sont spécialisées », poursuit la responsable du pôle livre et lecture. « Cela confère au territoire une relative stabilité en termes de création. »

    Près de 1 300 auteurs et 283 librairies en Occitanie

    Quantité, diversité, mais aussi qualité, insiste Adeline Barré : « On a, dans chaque secteur, la chance d’avoir des locomotives. » C’est par exemple le cas, dans l’édition, de la maison gardoise Au Diable Vauvert, qui fêtait l’an dernier ses 25 ans d’existence, ou encore des éditions Privat à Toulouse. « Ces maisons installées jouent le jeu de la cooptation avec les nouveaux. Il y a un phénomène de solidarité au sein de la filière du livre », relève la représentante de l’agence Occitanie Culture. Qui mentionne également le dynamisme des filières de formation aux métiers du livre dans la région : « Il y a 20 ans, on voyait arriver des projets beaucoup moins structurés. Le monde du livre s’est énormément professionnalisé grâce aux filières de formation professionnelles. Désormais, chaque année à Montpellier, 19 éditeurs et éditrices intègrent le marché de l’emploi. Ils ne restent pas tous en Occitanie, mais c’est un atout certain. »

    Comme chaque année à l’heure de la rentrée littéraire de septembre, le pôle livre et lecture de l’agence Occitanie Culture organise à Toulouse -la même manifestation se déroule chaque printemps à Montpellier- une journée destinée à promouvoir une quinzaine de nouveautés d’auteurs et autrices d’Occitanie ainsi qu’une maison d’édition régionale. Le choix s’est porté cette année sur Espaces 34, maison d’édition spécialisée dans le théâtre contemporain. Implantée à Castelnau-le-Lez, elle est dirigée depuis peu par Stanislas Nordey, comédien et metteur en scène qui a dirigé le théâtre national de Strasbourg de 2014 à 2023. À noter également, parmi les auteurs invités, la Perpignanaise Lucie Rico, en lice pour le prix littéraire du Monde avec son roman Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?, chez P.O.L.

    Le catalogue des nouveautés édité à l’occasion de ces rentrées littéraires, établi à partir des titres portés à la connaissance de l’agence par les auteursde la région, recense, au second trimestre 2026, près de 150 nouveautés, tous genres confondus, contre près de 130 au second semestre 2025. Globalement, le nombre d’auteurs est en hausse dans la région : les chiffres-clé de 2025 -les derniers- comptabilisent 1 294 auteurs et autrices occitans, soit une progression de 5,63% sur deux ans. Ce qui n’empêche pas une précarisation des revenus de ces auteurs du fait de la réduction du Pass Culture, de la baisse des budgets des festivals, du ralentissement de la production éditoriale, de l’inquiétude face à la concurrence de l’IA générative… De leur côté, les librairies tiennent bon malgré la crise de la lecture. La base de données de l’agence recense 283 librairies dans la région. « Il y a une forme de compensation entre les librairies qui ferment et celles qui s’ouvrent. Le chiffre reste relativement stable », assure Adeline Barré. Six établissements se sont ainsi lancés dans l’aventure entre 2023 et 2025 dans l’Hérault.

  • [C’est l’été] Lecture : « Visitez la Grèce avec… »

    [C’est l’été] Lecture : « Visitez la Grèce avec… »

    Alors, à l’heure où la littérature et le cinéma rendent hommage à Homère et à son Odyssée, n’hésitez pas, et, comme vous l’aurait dit ce cher Balzac : embarquez-vous sur leurs mots, et accomplissez ce délicieux voyage !

    La Table Ronde,
    26
     euros

  • La DZ mafia nie avoir menacé le maire d’Alès

    La DZ mafia nie avoir menacé le maire d’Alès

    Six personnes cagoulées derrière une table recouverte d’un drap avec le logo DZ, qui n’est pas sans rappeler la vidéo publiée après le meurtre, en octobre 2024, d’un chauffeur de VTC à Marseille par un adolescent de 14 ans. Dans ce nouveau film de quelques minutes posté mercredi soir sur les réseaux sociaux, des membres assurant appartenir à l’organisation criminelle se dédouanent, niant toute implication dans les menaces visant le maire d’Alès dans le Gard, Christophe Rivenq, exfiltré de son domicile par le Raid en pleine nuit.

    L’homme au centre de l’image assure que l’organisation « n’est en aucun cas responsable » des menaces visant l’édile, qualifiées « d’acte lâche et odieux fait par des personnes voulant nuire à la société, rabaissant la moralité française, mais surtout en visant le groupe de la DZ ». Plus inquiétant encore, il assure également que le groupe cherche à identifier les auteurs de « cet acte qui nuit énormément à (leurs) affaires ».

    Une enquête

    toujours en cours

    Contacté, le Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), chargé de l’enquête sur l’ensemble des menaces visant le maire, nous indique qu’à « ce stade, il a eu connaissance de cette vidéo », et que les « investigations se poursuivent ».

    Le maire LR d’Alès, Christophe Rivenq, a reçu le 16 juillet une enveloppe contenant deux balles de calibre 9 mm, ainsi que des inscriptions menaçantes taguées sur le mur de sa clôture, signées « DZ NG », pour DZ Mafia nouvelle génération, possible scission du groupe. Placé sous protection policière depuis, il a été exfiltré de son domicile par le Raid, dans la nuit de lundi à mardi, après la remontée d’une menace évoquant la possible présence d’une voiture piégée, information non confirmée à ce stade.

  • « Le modèle de librairie classique est obsolète »

    « Le modèle de librairie classique est obsolète »

    Au 3, rue Crémieux, l’Agora porte un nom qui a du sens pour ses créateurs. « On voulait redonner son sens littéraire à un mot pleinement ancré dans l’histoire nîmoise », explique Jordan. Amoureux de la littérature, il a repris avec sa compagne Lavinia un espace en plein cœur de la ville dans l’idée de le transformer en une librairie qui se construit avec ses lecteurs. « Il faut qu’il y ait un échange, les clubs de lecture sont obligatoires. On ne peut pas seulement être une centrale d’achat » défend le couple de guides qui prend en compte les lectures favorites de chacun.

    Critique, Lavinia ne cache pas que la stabilité financière du lieu repose principalement sur le coffee shop. « Si j’avais ouvert une simple librairie, j’aurais fermé en 2 semaines. » Après avoir essuyé un refus de financement de la Direction régionale des affaires culturelles pour approvisionner ses rayons, le couple a dû réfléchir à un modèle pérenne dans une économie du livre aujourd’hui en équilibre fragile.

    Le projet, en réflexion depuis 2017, a fait le pari de réunir librairie, salon de thé et rétrogaming (pratique des jeux vidéo anciens) en un lieu unique. « Il fallait qu’on ait un endroit qui nous ressemble et qui puisse survivre par lui-même », appuie Lavinia pour qui « le modèle classique de la librairie est complètement obsolète. » Si l’idée d’allier livres et sucreries n’est pas nouvelle, l’initiative unique à Nîmes a séduit les habitants. C’est d’ailleurs grâce à eux que certains rayons existent à l’Agora. La boutique se divise en deux pôles : l’occasion, pôle généraliste qui offre un large panel d’ouvrages, côtoie une sélection de livres neufs mûrement réfléchie, centrée sur la science-fiction et la fantasy. Les deux passionnés les connaissent sur le bout des doigts : « On les maîtrise tous et on sait qu’on peut les vendre. »

    Une alternative

    inédite pour les Nîmois

    L’avenir de la librairie, le jeune couple ne l’appréhende pas encore. « On n’a pas pris le temps d’être inquiet parce qu’on vient de se lancer » confie Lavinia. Le salon de thé appâte des visiteurs venus renouer avec la lecture et Jordan est optimiste : lors des événements et des rencontres d’auteurs, la majorité du public est étudiante. Pour cela, l’Agora est très active sur les réseaux sociaux. « Ce qui porte préjudice aux librairies traditionnelles aujourd’hui, c’est leur déconnexion avec les réseaux », estime Jordan. L’Agora suit les tendances, les nouvelles sorties qui animent le monde du livre et du jeu vidéo, en s’appuyant notamment sur le BookStagram, ce fil d’actualité et d’échange entre les passionnés de lecture. Connaître les intérêts des jeunes lecteurs d’aujourd’hui a permis à Lavinia et Jordan d’inviter des personnalités-phare au sein des rayons. Début juin, ils accueillaient Adeline Chetail, doubleuse célèbre pour la série Arcane et le jeu vidéo montpelliérain récompensé aux Game Awards Clair Obscur, une première pour une librairie nîmoise. L’Agora remet le couvert pour une nouvelle rencontre ce vendredi 26 juin, avec l’autrice « feel good » à succès Carène Ponte, pour une séance de dédicaces.

  • [Portrait] Chez Anacharsis, « un livre n’avance jamais seul »

    [Portrait] Chez Anacharsis, « un livre n’avance jamais seul »

    Pour saluer l’esprit d’aventure et la radicalité de ces éditions, on rappellera prioritairement qui serait le personnage d’Anacharsis : c’était un barbare de la mythologie grecque, un voyageur qui modifiait son regard pour mieux comprendre et rencontrer les autres. Les deux responsables de cette entreprise lui ressemblent, travaillent à partir de deux points d’ancrage différents. On évoquera principalement Frantz Olivié qui habite Marseille depuis 35 ans. Pour l’université d’Aix-Marseille, il livre les cours d’un Master de Lettres destinés à des étudiants en quête d’emploi dans le monde du livre et de l’édition.

    On dira sa solide entente depuis 25 ans avec le co-fondateur des éditions, Charles-Louis Laville, rencontré pendant ses études d’histoire à Toulouse. Toulouse est un creuset essentiel pour cet éditeur décentralisé : de nombreux auteurs et traducteurs d’Anarchies travaillent dans cette ville où fut créé voici 10 ans le Festival de L’histoire à venir, dont Charles-Louis Laville est l’un des protagonistes permanents.

    280 livres depuis 2002, date de la fondation des éditions. Certains sont copieux, entre 400 et 700 pages. Plus d’une dizaine d’entre eux sont des ouvrages novateurs qui ont remporté de vrais succès dans un segment étroit du marché du livre, l’histoire et l’anthropologie. Entre autres, deux ouvrages qui ont bousculé de nombreux préjugés à propos des Indiens d’Amérique du Nord : « Le Middle Ground » de Richard Wright, la traduction d’un essai qui serait, disent les spécialistes à propos de la Région des Grands lacs l’équivalent de la Méditerranée de Braudel ainsi que « Des ombres à l’aube » de Karl Jacoby sous-titré « Un massacre d’Apaches et la violence de l’histoire » qui fut le Grand Prix 2014 des Rendez-vous de l’histoire de Blois. À quoi s’ajoutent, loin des sciences sociales, une découverte, les improbables narrations, à la fois loufoques et révélantes d’un proche ami de Frantz Olivié autrefois rencontré dans une librairie de la rue des Trois Mages, Le Lièvre de Mars. Chez Anarchasis, l’auteur le mieux vendu – plus de 10 000 exemplaires pour Booming et Trois jours dans la vie de Paul Cézanne – est Mika Biermann, un écrivain allemand qui vit à Marseille depuis quatre décennies.

    Un catalogue sans concession

    Ce qui saute aux yeux, c’est la diversité et l’inégale vitesse de propagation de ce catalogue dont les qualités furent maintes fois saluées par des historiens comme Roger Chartier, Romain Bertrand et Patrick Boucheron, par des médiateurs comme Emmanuel Laurentin, Gilles Lapouge, Julie Clarini et Roger-Pol Droit, par Le Monde des Livres, Télérama et Libé. En dépit de résultats en dents de scie et de grandes difficultés financières, Anarchasis a développé une collection de livres de Poche intitulée « Griffe » où l’on trouve 40 titres, des essais, des traductions de Sagas ainsi que des incursions du côté du roman policier avec des auteurs laconiques comme Panagiotis Agapitos, Claudio Morandini, Mathieu Ghezzi et Nicolas Rouillé.

    Parmi les 280 ouvrages du catalogue, on repère des cohérences et des constantes du côté des lointains dans l’espace et le temps. Pas seulement en direction de la colonisation et des violences subies par les Indiens, ou bien du côté de Bysance et Venise qui furent les champs d’études des deux comparses d’Anarchasis, rapidement obligés d’entrevoir qu’ils étaient trop passionnés et trop exigeants pour faire carrière dans l’Université. Pour échapper aux impasses d’une historiographie européocentrée, ils ont déniché des traductions, des auteurs d’envergure comme Régis Boyer ou l’ethnologue Alban Bensa ainsi que des thématiques qui évoquent le Pacifique, l’Australie, la Nouvelle Calédonie ou bien l’histoire de la piraterie.

    Les coups de poker, l’audace pour ne pas dire l’imprudence d’Anarchasis ont engendré de fortes incertitudes du côté d’une trésorerie pour l’heure incapable de rembourser les aides fournies pendant la Covid : la parution en octobre 2024 d’un coffret de trois volumes richement illustrés, l’ouvrage de Jocelyne Dakhlia Harem et Sultans / Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIV-XXe siècle, n’a pas rencontré plus de 500 lecteurs.

    Des tendances lourdes – la surproduction et le conformisme envahissent les librairies – un contexte remarquablement analysé dans « Edition », 120 pages, l’essai publié par Frantz Olivié chez Anamosa, peuvent effacer l’importance des éditeurs indépendants. L’heure est grave. Pour ne pas fermer boutique, Marseille et Toulouse lancent une campagne de soutien sous forme d’achats de livres. On choisit des titres d’Anacharsis, on verse une contribution sur le site Ulule : https://fr.ulule.com/editions-anacharsis/

  • La lecture et le jeu à l’honneur de la première édition de Festi’Livres

    La lecture et le jeu à l’honneur de la première édition de Festi’Livres

    Lundi 9h, école Simone-Veil, à Ollioules. En amont de la première édition de Festi’Livres qui se déroulera le 13 juin dans la ville, auteurs et illustrateurs viennent à la rencontre des élèves pour leur faire partager le fruit de leur travail, leur passion. Et titiller par le récit leur imagination pour leur donner le goût de la lecture.

    Rien de mieux pour cela que de leur raconter une histoire. Celle de Tinicane et le Trèfle à Quatre Feuilles, pour commencer. L’autrice, Laetitia Durbec, qui est également l’organisatrice de l’événement culturel, tient ainsi en haleine une classe de CP.

    Sophrologue spécialisée chez l’enfant, elle écrit des petits livres qui leur permettent de mettre des mots sur leurs émotions. « Ils vont se reconnaître. et dire, moi aussi, j’ai les mains qui se serrent, j’ai le cœur qui fait boum boum, j’ai dans la tête des pensées », confiait-elle avant son intervention. Et ça marche.

    Les gamins écoutent la bouche ouverte et les yeux bien ronds l’aventure de ce petit lapin parti chercher des légumes au marché. Et chemin faisant rencontre des copains qui ont trouvé un de trèfle à quatre feuilles. Échouant dans sa quête pour en cueillir une lui aussi, un fort sentiment de colère s’empare de lui. Et pour l’évacuer met en pratique des techniques de respiration pour se sentir mieux. Guidés, les élèves s’y emploient eux aussi. À la fin, l’un d’eux intervient :

    « C’est mieux d’avoir sa mère que d’avoir un trèfle à quatre feuilles », commente-t-il. Et d’ajouter : « Et peut-être que c’est sa mère son trèfle à quatre feuilles. » Pour lui en tout cas cela ne fait aucun doute.

    Pour bien grandir

    « J’ai voulu que les enfants, ceux qui aiment lire comme ceux qui n’aiment pas lire, soit aussi des acteurs de Festi’Livres », reprend Laetitia Durbec. Ils ont tous été amenés à travailler sur une œuvre collective ou individuelle sur le thème : « 1 001 façons de lire ».

    Textes, peintures, collages, photos, documents sonores… Un jury remettra un prix le jour du festival aux artistes en herbe.

    Mais pour l’heure, les minots ne sont pas au bout de leurs surprises. Surtout lorsque l’illustratrice Nawal Farhat leur explique que son métier consiste à dessiner. Les voilà à nouveau embarqués, dans le monde des carottes, ce coup-ci.

    Dans la salle de la bibliothèque les CE1 sont aux anges également. Les animateurs de la future médiathèque d’Ollioules les font participer à un jeu. Sur la culture, bien sûr.

    « On essaie d’inscrire dans les habitudes des enfants la visite à la médiathèque », explique Véronique Tullio, la responsable du futur équipement culturel. L’objectif étant qu’« ils reproduisent ensuite cette habitude avec les parents ». Et que le moins d’enfants possible soient tenus éloignés du livre.

    En milieu de matinée est arrivée Virginie Peyré autrice de Chut, c’est un secret, un outil pédagogique utilisé pour sensibiliser les enfants aux violences sexuelles. Avec des textes, dessins et chansons qui parlent aux enfants et font écho à leur histoire.

    Des échanges qui ont permis aux jeunes de poser des tas de questions, sur la création des personnages ou encore sur les différentes étapes de l’écriture d’un livre. Avec pourquoi pas l’émergence de nouveaux talents ou tout du moins d’une soif inextinguible pour la lecture et les livres. De ceux qui font grandir, voyager, donnent à vivre de multiples vies voire le désir de s’émanciper.

    Cette quinzaine littéraire va se poursuivre dans les établissements scolaires de la ville jusqu’au jour J. Histoire d’ouvrir les esprits à cette journée du 13 juin où, outre les nombreux auteurs présents pour rencontrer les lecteurs et présenter leurs ouvrages, de nombreuses activités seront proposées aux familles : ateliers d’écriture, d’illustration et de calligraphie, jeux autour de la lecture, spectacles vivants, concours, expositions et espaces de découverte.

    Le marque-page à placer tout de suite dans son agenda.

  • « Oh les beaux jours ! » : à Marseille, des auteurs s’effeuillent au printemps

    « Oh les beaux jours ! » : à Marseille, des auteurs s’effeuillent au printemps

    « On essaye de montrer que la littérature est une manière d’habiter autrement ce monde qui tangue, une manière de faire entendre des voix multiples dans une époque où tout pousse à simplifier, accélérer et opposer », rappelle Nadia Champesme, co-directrice d’« Oh les beaux jours ! ». Lancée mardi, la 10e édition de ce festival littéraire propose 80 rencontres en tous genres auxquelles 130 auteurs participent, jusqu’au dimanche 31 mai.

    Un long voyage au fil

    des pages mondiales

    Ce long voyage au fil des pages mondiales se matérialise par un large éventail : d’un dialogue au Musée d’Histoire de Marseille, jeudi, entre l’historien Stéphane Mourlane et Marius Rivière, ainsi que Grégory Mardon, auteurs d’une savoureuse BD dans les pas du boxeur marseillais Kid Francis. Jusqu’aux « grands entretiens », accessibles gratuitement, d’auteurs illustres et chevronnés qui effeuillent leurs vies et influences, tels qu’Alain Guiraudie, vendredi à 14h30, Erri De Luca, samedi à 11h, Delphine de Vigan dimanche à 14h30 (tous à La Criée) et de l’immense auteur cubain Leonardo Padura, dimanche à 17h, au Mucem.

    Programme complet sur www.ohlesbeauxjours.fr