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  • [Portrait] Chez Anacharsis, « un livre n’avance jamais seul »

    [Portrait] Chez Anacharsis, « un livre n’avance jamais seul »

    Pour saluer l’esprit d’aventure et la radicalité de ces éditions, on rappellera prioritairement qui serait le personnage d’Anacharsis : c’était un barbare de la mythologie grecque, un voyageur qui modifiait son regard pour mieux comprendre et rencontrer les autres. Les deux responsables de cette entreprise lui ressemblent, travaillent à partir de deux points d’ancrage différents. On évoquera principalement Frantz Olivié qui habite Marseille depuis 35 ans. Pour l’université d’Aix-Marseille, il livre les cours d’un Master de Lettres destinés à des étudiants en quête d’emploi dans le monde du livre et de l’édition.

    On dira sa solide entente depuis 25 ans avec le co-fondateur des éditions, Charles-Louis Laville, rencontré pendant ses études d’histoire à Toulouse. Toulouse est un creuset essentiel pour cet éditeur décentralisé : de nombreux auteurs et traducteurs d’Anarchies travaillent dans cette ville où fut créé voici 10 ans le Festival de L’histoire à venir, dont Charles-Louis Laville est l’un des protagonistes permanents.

    280 livres depuis 2002, date de la fondation des éditions. Certains sont copieux, entre 400 et 700 pages. Plus d’une dizaine d’entre eux sont des ouvrages novateurs qui ont remporté de vrais succès dans un segment étroit du marché du livre, l’histoire et l’anthropologie. Entre autres, deux ouvrages qui ont bousculé de nombreux préjugés à propos des Indiens d’Amérique du Nord : « Le Middle Ground » de Richard Wright, la traduction d’un essai qui serait, disent les spécialistes à propos de la Région des Grands lacs l’équivalent de la Méditerranée de Braudel ainsi que « Des ombres à l’aube » de Karl Jacoby sous-titré « Un massacre d’Apaches et la violence de l’histoire » qui fut le Grand Prix 2014 des Rendez-vous de l’histoire de Blois. À quoi s’ajoutent, loin des sciences sociales, une découverte, les improbables narrations, à la fois loufoques et révélantes d’un proche ami de Frantz Olivié autrefois rencontré dans une librairie de la rue des Trois Mages, Le Lièvre de Mars. Chez Anarchasis, l’auteur le mieux vendu – plus de 10 000 exemplaires pour Booming et Trois jours dans la vie de Paul Cézanne – est Mika Biermann, un écrivain allemand qui vit à Marseille depuis quatre décennies.

    Un catalogue sans concession

    Ce qui saute aux yeux, c’est la diversité et l’inégale vitesse de propagation de ce catalogue dont les qualités furent maintes fois saluées par des historiens comme Roger Chartier, Romain Bertrand et Patrick Boucheron, par des médiateurs comme Emmanuel Laurentin, Gilles Lapouge, Julie Clarini et Roger-Pol Droit, par Le Monde des Livres, Télérama et Libé. En dépit de résultats en dents de scie et de grandes difficultés financières, Anarchasis a développé une collection de livres de Poche intitulée « Griffe » où l’on trouve 40 titres, des essais, des traductions de Sagas ainsi que des incursions du côté du roman policier avec des auteurs laconiques comme Panagiotis Agapitos, Claudio Morandini, Mathieu Ghezzi et Nicolas Rouillé.

    Parmi les 280 ouvrages du catalogue, on repère des cohérences et des constantes du côté des lointains dans l’espace et le temps. Pas seulement en direction de la colonisation et des violences subies par les Indiens, ou bien du côté de Bysance et Venise qui furent les champs d’études des deux comparses d’Anarchasis, rapidement obligés d’entrevoir qu’ils étaient trop passionnés et trop exigeants pour faire carrière dans l’Université. Pour échapper aux impasses d’une historiographie européocentrée, ils ont déniché des traductions, des auteurs d’envergure comme Régis Boyer ou l’ethnologue Alban Bensa ainsi que des thématiques qui évoquent le Pacifique, l’Australie, la Nouvelle Calédonie ou bien l’histoire de la piraterie.

    Les coups de poker, l’audace pour ne pas dire l’imprudence d’Anarchasis ont engendré de fortes incertitudes du côté d’une trésorerie pour l’heure incapable de rembourser les aides fournies pendant la Covid : la parution en octobre 2024 d’un coffret de trois volumes richement illustrés, l’ouvrage de Jocelyne Dakhlia Harem et Sultans / Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIV-XXe siècle, n’a pas rencontré plus de 500 lecteurs.

    Des tendances lourdes – la surproduction et le conformisme envahissent les librairies – un contexte remarquablement analysé dans « Edition », 120 pages, l’essai publié par Frantz Olivié chez Anamosa, peuvent effacer l’importance des éditeurs indépendants. L’heure est grave. Pour ne pas fermer boutique, Marseille et Toulouse lancent une campagne de soutien sous forme d’achats de livres. On choisit des titres d’Anacharsis, on verse une contribution sur le site Ulule : https://fr.ulule.com/editions-anacharsis/

  • La lecture et le jeu à l’honneur de la première édition de Festi’Livres

    La lecture et le jeu à l’honneur de la première édition de Festi’Livres

    Lundi 9h, école Simone-Veil, à Ollioules. En amont de la première édition de Festi’Livres qui se déroulera le 13 juin dans la ville, auteurs et illustrateurs viennent à la rencontre des élèves pour leur faire partager le fruit de leur travail, leur passion. Et titiller par le récit leur imagination pour leur donner le goût de la lecture.

    Rien de mieux pour cela que de leur raconter une histoire. Celle de Tinicane et le Trèfle à Quatre Feuilles, pour commencer. L’autrice, Laetitia Durbec, qui est également l’organisatrice de l’événement culturel, tient ainsi en haleine une classe de CP.

    Sophrologue spécialisée chez l’enfant, elle écrit des petits livres qui leur permettent de mettre des mots sur leurs émotions. « Ils vont se reconnaître. et dire, moi aussi, j’ai les mains qui se serrent, j’ai le cœur qui fait boum boum, j’ai dans la tête des pensées », confiait-elle avant son intervention. Et ça marche.

    Les gamins écoutent la bouche ouverte et les yeux bien ronds l’aventure de ce petit lapin parti chercher des légumes au marché. Et chemin faisant rencontre des copains qui ont trouvé un de trèfle à quatre feuilles. Échouant dans sa quête pour en cueillir une lui aussi, un fort sentiment de colère s’empare de lui. Et pour l’évacuer met en pratique des techniques de respiration pour se sentir mieux. Guidés, les élèves s’y emploient eux aussi. À la fin, l’un d’eux intervient :

    « C’est mieux d’avoir sa mère que d’avoir un trèfle à quatre feuilles », commente-t-il. Et d’ajouter : « Et peut-être que c’est sa mère son trèfle à quatre feuilles. » Pour lui en tout cas cela ne fait aucun doute.

    Pour bien grandir

    « J’ai voulu que les enfants, ceux qui aiment lire comme ceux qui n’aiment pas lire, soit aussi des acteurs de Festi’Livres », reprend Laetitia Durbec. Ils ont tous été amenés à travailler sur une œuvre collective ou individuelle sur le thème : « 1 001 façons de lire ».

    Textes, peintures, collages, photos, documents sonores… Un jury remettra un prix le jour du festival aux artistes en herbe.

    Mais pour l’heure, les minots ne sont pas au bout de leurs surprises. Surtout lorsque l’illustratrice Nawal Farhat leur explique que son métier consiste à dessiner. Les voilà à nouveau embarqués, dans le monde des carottes, ce coup-ci.

    Dans la salle de la bibliothèque les CE1 sont aux anges également. Les animateurs de la future médiathèque d’Ollioules les font participer à un jeu. Sur la culture, bien sûr.

    « On essaie d’inscrire dans les habitudes des enfants la visite à la médiathèque », explique Véronique Tullio, la responsable du futur équipement culturel. L’objectif étant qu’« ils reproduisent ensuite cette habitude avec les parents ». Et que le moins d’enfants possible soient tenus éloignés du livre.

    En milieu de matinée est arrivée Virginie Peyré autrice de Chut, c’est un secret, un outil pédagogique utilisé pour sensibiliser les enfants aux violences sexuelles. Avec des textes, dessins et chansons qui parlent aux enfants et font écho à leur histoire.

    Des échanges qui ont permis aux jeunes de poser des tas de questions, sur la création des personnages ou encore sur les différentes étapes de l’écriture d’un livre. Avec pourquoi pas l’émergence de nouveaux talents ou tout du moins d’une soif inextinguible pour la lecture et les livres. De ceux qui font grandir, voyager, donnent à vivre de multiples vies voire le désir de s’émanciper.

    Cette quinzaine littéraire va se poursuivre dans les établissements scolaires de la ville jusqu’au jour J. Histoire d’ouvrir les esprits à cette journée du 13 juin où, outre les nombreux auteurs présents pour rencontrer les lecteurs et présenter leurs ouvrages, de nombreuses activités seront proposées aux familles : ateliers d’écriture, d’illustration et de calligraphie, jeux autour de la lecture, spectacles vivants, concours, expositions et espaces de découverte.

    Le marque-page à placer tout de suite dans son agenda.

  • « Oh les beaux jours ! » : à Marseille, des auteurs s’effeuillent au printemps

    « Oh les beaux jours ! » : à Marseille, des auteurs s’effeuillent au printemps

    « On essaye de montrer que la littérature est une manière d’habiter autrement ce monde qui tangue, une manière de faire entendre des voix multiples dans une époque où tout pousse à simplifier, accélérer et opposer », rappelle Nadia Champesme, co-directrice d’« Oh les beaux jours ! ». Lancée mardi, la 10e édition de ce festival littéraire propose 80 rencontres en tous genres auxquelles 130 auteurs participent, jusqu’au dimanche 31 mai.

    Un long voyage au fil

    des pages mondiales

    Ce long voyage au fil des pages mondiales se matérialise par un large éventail : d’un dialogue au Musée d’Histoire de Marseille, jeudi, entre l’historien Stéphane Mourlane et Marius Rivière, ainsi que Grégory Mardon, auteurs d’une savoureuse BD dans les pas du boxeur marseillais Kid Francis. Jusqu’aux « grands entretiens », accessibles gratuitement, d’auteurs illustres et chevronnés qui effeuillent leurs vies et influences, tels qu’Alain Guiraudie, vendredi à 14h30, Erri De Luca, samedi à 11h, Delphine de Vigan dimanche à 14h30 (tous à La Criée) et de l’immense auteur cubain Leonardo Padura, dimanche à 17h, au Mucem.

    Programme complet sur www.ohlesbeauxjours.fr

  • Marion Mazauric : « Protéger l’œuvre des auteurs »

    Marion Mazauric : « Protéger l’œuvre des auteurs »

    « Le droit moral protège l’œuvre des auteurs. C’est un droit inaliénable, si on perd ça, on perdra l’artiste. » Au moment où le développement exponentiel de l’intelligence artificielle (IA) s’accompagne d’un pillage culturel en règle des écrits littéraires ou des images de films, Marion Mazauric s’inquiète. Sans savoir si la proposition de loi Ducros adoptée en avril au Sénat sera validée par l’Assemblée nationale, ni si son contenu final sera à la hauteur du défi, l’éditrice gardoise voit d’un bon œil l’initiative parlementaire.

    « Très facile de battre l’IA »

    Celle-ci vise à mieux protéger les œuvres culturelles face aux IA génératives en créant une présomption d’utilisation des travaux des musiciens, écrivains, cinéastes ou photographes par les systèmes d’IA. Autrement dit, si la loi était adoptée, la charge de la preuve serait inversée et il reviendrait à l’entreprise d’IA de prouver qu’elle n’a pas pillé un contenu.

    Fondatrice des éditions du Diable Vauvert, Marion Mazauric y voit un premier pas tout en fixant les priorités : d’abord obtenir une autorisation de l’auteur ou d’un ayant droit sur une œuvre. La question de la compensation financière venant ensuite. « On est tous pillés, ce serait forcément un progrès ».

    L’éditrice n’a pas en soi d’a priori négatif sur l’IA. Pour elle, le défi reste celui de son utilisation et donc du pouvoir qu’elle procure. « La science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Le problème n’est pas tant la fusion nucléaire que ce qu’on en fait ». Dans le domaine culturel, « si l’IA permet d’accélérer les progrès de la médecine ou d’avoir des calculateurs de droits d’auteur performants, eh bien j’applaudis l’IA ». Et d’ajouter : « Si le but de l’IA c’est de faire des humains de stricts consommateurs qui ne réfléchissent pas et qui sont dirigés par des IA elles-mêmes pilotées par des humains… ».

    Pour elle, cette technologie dont on oublie qu’elle n’est qu’un « super calculateur », n’est d’ailleurs pas nouvelle. « Je suis familière de l’IA depuis 40 ans que je lis ou regarde de la science-fiction », confie Marion Mazauric en citant notamment le film 2001, l’Odyssée de l’espace. Dans son métier, elle confie avoir déjà testé l’IA jusqu’à l’avoir « poussée dans ses retranchements et lui faire avouer ses limites ». Verdict : elle n’est pas convaincue. « Sur les quatrièmes de couverture, l’IA ne nous arrive pas à la cheville. Elle peut vous écrire un roman à la manière de Houellebecq mais ce sera du sous- Houellebecq avec des clichés ». Selon elle, un éditeur cherche tout le contraire d’un académisme singé : de la nouveauté, de l’originalité. Si elle n’écarte pas un vilain scénario pour les auteurs voire une « société à deux vitesses », Marion Mazauric ne croit pas à leur disparition ni à celle des acteurs prophétisée par Elon Musk. « L’IA n’atteindra jamais la perfection ni surtout l’imperfection humaine. »

  • Comédie du livre : « un festival de résistance »

    Comédie du livre : « un festival de résistance »

    « Un choix politique » : le pari de la culture

    Avec la Comédie du livre – 10 jours en mai, « Montpellier entre en festivals », annonce Michaël Delafosse. D’abord avec les livres, donc, ensuite avec le théâtre (Printemps des comédiens, 29 mai-21 juin), la danse (Montpellier Danse, 20 juin, 4 juillet) puis la musique (festival Radio France Occitanie, 5-18 juillet). Quatre manifestations d’envergure nationale accueillies coup sur coup dans la capitale héraultaise. Une exception culturelle rendue possible par « un choix politique, au sens le plus noble du terme, celui du service public de la culture », insiste le maire de Montpellier et président de la Métropole.

    Dans un contexte où, « pour des raisons budgétaires ou idéologiques, des festivals littéraires disparaissent » et où la situation du livre « est marquée par un vrai recul de la lecture, toutes tranches d’âge confondues », rapporte Régis Pénalva, directeur artistique de la manifestation, la Comédie du livre fait œuvre de résistance. Un mot qui constitue la colonne vertébrale de cette nouvelle édition. « René Char disait : “Je n’écrirai pas de poème d’acquiescement.” On ne vous a pas programmé un festival d’acquiescement. On vous a programmé un festival de questionnement, de contestation, de résistance. »

    Durant une dizaine de jours, du 15 au 24 mai, plus de 270 auteurs seront accueillis à Montpellier, où 220 rendez-vous seront proposés sous toutes les formes (rencontres, tables rondes, lectures, ateliers…). La manifestation se terminera, comme chaque année, sur 3 jours de salon du livre (22, 23 et 24 mai) sur la promenade du Peyrou. « À part acheter un livre pour soutenir les auteurs, les éditeurs, les libraires, tout est gratuit », insiste Michaël Delafosse. Là encore, un choix qui fait exception dans le paysage des festivals littéraires.

    La part belle à l’édition indépendante

    Comme il est de coutume, deux éditeurs seront mis en avant : les éditions Christian Bourgois, qui fêtent leurs 60 ans et l’éditeur québécois La Peuplade. L’occasion de souligner la part accordée dans la programmation à l’édition indépendante : « 30% des auteurs invités sont édités dans des maisons indépendantes. Je pense qu’il y a peu de festivals littéraires en France capables de leur faire une telle part », souligne Régis Pénalva. Une forme, là aussi, de résistance au phénomène de concentration dont est victime ce secteur « où l’internationale réactionnaire est à l’œuvre », déplore Michaël Delafosse.

    Une édition féminine et engagée

    Avec 56% d’autrices et de créatrices invitées, cette édition sera particulièrement féminine. Confiée à Salomé Saqué, journaliste au média alternatif Blast et autrice de l’essai Résister (Payot), vendu à 500 000 exemplaires et « devenu le bréviaire de lutte et d’engagement de toute une génération », la carte blanche du festival sera, cette année, composée exclusivement de femmes (Camille Bordenet, Titiou Lecoq, Camille Etienne et Blanche Sabbah ont répondu à l’invitation de Salomé Saqué) et marquée par le féminisme, l’écologie et la résistance à « la vague obscurantiste » des idées d’extrême droite.

    Autre figure féminine incontournable de cette édition, Gisèle Pelicot interviendra le 20 mai dans le cadre des grandes soirées du festival (sur réservation), accompagnée de la journaliste et romancière Judith Perrignon avec laquelle elle a coécrit Et la joie de vivre (éditions Flammarion), paru en février. Autre invitée de marque : la journaliste et écrivaine Sofia Andrukhovych, « une des principales voix de la littérature ukrainienne ». C’est elle qui ouvrira le festival le 15 mai à l’Opéra Comédie, autour de son roman-fleuve Amadoca (Belfond), « qui traverse l’histoire de l’Ukraine au XXe siècle, de la répression stalinienne à la guerre du Donbass ».

    Des temps forts

    Bien d’autres temps forts rythmeront le festival… on a l’embarras du choix ! On notera notamment la lecture-concert de Léonor de Recondo autour de l’escapade amoureuse et artistique de George Sand et Frédéric Chopin à Majorque (17 mai) ; le grand entretien avec Natacha Appanah autour de son livre La Nuit au cœur (Gallimard), prix Femina 2025, qui tresse l’histoire de trois femmes victimes de la violence furieuse de leurs compagnons (23 mai) ; ou encore la rencontre avec le prix Goncourt 2025, Laurent Mauvigner, qui présentera La Maison vide, paru aux éditions de Minuit (20 mai).

    L’imaginaire et la BD

    La fine fleur des littératures de l’imaginaire sera présente et comme chaque année depuis désormais 3 ans, le Grand prix de l’imaginaire (GPI) sera remis durant le festival (23 mai). La BD ne sera pas en reste, avec une vingtaine d’auteurs invités et un partenariat noué, cette année, avec la collective Gilxcott, née à l’annulation du Festival d’Angoulême, qui proposera une série de rencontres.

    Le festival se clora le 24 mai sur un moment particulièrement fort : un échange entre Elias Senbar, « grande figure politique palestinienne, poète, essayiste, historien et ambassadeur permanent de la Palestine auprès de l’Unesco » et Elie Barnaby, « grande conscience morale de la gauche israélienne », ancien ambassadeur d’Israël en France, qui évoqueront leurs dictionnaires amoureux respectifs dédiés à la Palestine et à Israël. « Deux hommes de dialogue et de paix, deux grandes consciences morales de notre époque. »

    Littérature et cinéma

    La Comédie du livre accueille, au centre Rabelais, « D’un regard l’autre », cycle de films documentaires qui fait dialoguer cinéastes et écrivains. Au programme :

    Samedi 16 mai, 19h : Would you have sex with an Arab ?, de Yolande Zauberman. « Une enquête sur les corps, sur le désir entre ennemis ». Suivi d’une rencontre avec le journaliste et écrivain Selim Nassib.

    Dimanche 15 mai, 20h : La vie devant elle, de Manon Loizeau. Journal intime d’une jeune Afghane qui a décidé de raconter son exil avec sa famille. Suivi d’une rencontre avec l’écrivaine Leonor de Recondo.

    Jeudi 21 mai, 20h : Personne n’y comprend rien, de Yannick Kergoat, qui retrace 14 années d’enquête de Médiapart sur l’affaire Sarkozy-Kadhafi. Suivi d’un échange avec le journaliste Fabrice Arfi.

    – Dimanche 24 mai, 15h : Carré 35, d’Eric Caravaca. Enquête intime sur une sœur décédée dont le réalisateur ne sait rien. Suivi d’une rencontre avec l’écrivaine Marie-Hélène Lafon.

    ET AUSSI

    Grand entretien avec Philippe Boucheron

    18 mai, 18h, centre Rabelais

    L’historien Philippe Boucheron, carte blanche du festival en 2023, revient présenter son nouveau livre, La Peste noire (Seuil).

    Grand entretien avec Ahmet Atlan

    19 mai, 20h, Opéra Comédie

    La Comédie du livre reçoit pour la première fois l’écrivain et journaliste intellectuel turc Ahmet Atlan, grand défenseur de la démocratie emprisonné de 2016 à 2021, à l’occasion de la parution de son nouveau roman, Boléro (Actes sud).

    Rencontre avec Jón Kalman Stefánsson

    21 mai, 18h30, Opéra Comédie, salle Molière

    Habitué du festival, le célèbre romancier islandais Jón Kalman Stefánsson présentera Corps célestes à la lisière du monde (Bourgois), un grand roman historique et lyrique.

    Dialogue entre Salomé Saqué et Blanche Sabbah

    22 mai, 19h-22h30, centre Rabelais.

    Dans le cadre de sa carte blanche, Salomé Saqué invite l’autrice et dessinatrice de BD Blanche Sabbah (Mythes et meufs, La bataille culturelle) pour un dialogue sur le thème : « Résister en 2026 ».

    Des écrivains au musée Fabre

    23 mai, 19-22h, musée Fabre

    À l’occasion de la Nuit européenne des musées, le festival propose une déambulation à travers les collections du musée Fabre en compagnie de 6 écrivains. Chacun lira un texte inspiré d’une œuvre qu’il a choisie, en présence de cette œuvre (sur inscription).

    À hauteur d’enfants

    Une programmation dédiée aux plus jeunes est proposée durant les 3 jours du salon, du 22 au 24 mai. Programme détaillé sur : www.10joursenmai.fr

  • [Info La Marseillaise] Bar Le Prolé à Alès : procès le 6 octobre pour 3 membres du Bloc Montpellierain

    [Info La Marseillaise] Bar Le Prolé à Alès : procès le 6 octobre pour 3 membres du Bloc Montpellierain

    La nouvelle était attendue avec une certaine impatience. Près d’un an après la violente agression par des membres du groupe néo-nazi le Bloc Montpellierain de militants communistes et du public réunis au Bar du Prolé à Alès, en mai 2025, le procureur de la République a décidé de renvoyer devant la justice trois individus.

    « Après que ces individus aient été gardés à vue, en février, puis relâchés, nous redoutions un classement sans suite qui aurait été non seulement incompréhensible mais révoltant au moment où, de surcroît, la peste brune déballe au grand jour sa haine et sa violence. Depuis un an, les victimes et leurs trois avocats n’ont eu de cesse de donner de la voix pour que ces auteurs de violences ne jouissent pas d’une impunité. Au nom des communistes Alésiens, des victimes et des amis du Prolé, je me réjouis de cette première étape. Je suis soulagé de savoir que des violences ne demeurent pas sans poursuites , a fortiori, ici, des violences politiques» réagit Giovanni Di Francesco secrétaire de la section alésienne du PCF .

    Feria d’Alès du 13 au 16 mai
  • [Lecture] Victor Hugo disait que le Diable était la nuit de Dieu

    [Lecture] Victor Hugo disait que le Diable était la nuit de Dieu

    Il y a cent ans, le Diable naissait sous le soleil noir (oxymore nervalien), surgi de la plume de Georges Bernanos, qu’obsède la lutte d’un saint contre l’esprit du Mal. Bernanos, en lequel l’un de ses contemporains voyait, suite aux convulsions de la guerre, un romancier capable de faire résonner, tel un coup frappé sur l’airain, la déchirante angoisse d’un abbé aux prises avec le Malin. C’est ce dernier qui fait son grand retour dans les nouvelles que nous vous présentons aujourd’hui, mais pour parvenir à ses fins, il a choisi d’apparaître, là où on ne l’attend pas. Son qualificatif de « Malin » n’est-il pas synonyme de rusé, d’habile, d’ingénieux ? Il peut donc se trouver dans une boîte apparemment vide, et piéger les plus méfiants des mortels.

    N’oublions pas que Jésus de Nazareth, en personne, a failli se laisser tenter, avant de demander à Satan de se retirer. Ne vous croyez surtout pas protégés, quel que soit le pays que vous habitez, car, réfugié apatride depuis que Dieu l’a déchu de sa nationalité céleste, le Diable possède le don d’ubiquité, l’art du « trans », et colonise, à lui seul, les esprits, même ceux qui se croyaient à l’abri de l’Enfer… Nous ne pouvons pas, à notre grand regret, donner à chacun des neuf auteurs la part d’éloges qu’ils méritent, mais tous ont réussi le coup de force de ne jamais faire tomber les lecteurs dans l’ennui. À leur qualité d’écrivain, s’ajoute leur foisonnante imagination. Et à leur 20/20 s’ajoute la mention 666, nombre biblique de la Bête…

    Séguier, 20 euros

  • [Entretien] Sylvie Tanette : « Nous, signataires, contestons le licenciement injustifié d’Olivier Nora »

    [Entretien] Sylvie Tanette : « Nous, signataires, contestons le licenciement injustifié d’Olivier Nora »

    La Marseillaise : Que pensez-vous du départ d’Olivier Nora ?

    Sylvie Tanette : Il souhaitait attendre la fin d’année avant de publier le nouveau livre de Boualem Sansal. Décision à laquelle Vincent Bolloré s’opposait, lui qui tenait fermement à ce que l’ouvrage soit publié début juin. En tant qu’actionnaire, Vincent Bolloré n’était pas en position de décider des dates de parution. Ce n’est pas son rôle, mais celui de l’éditeur Olivier Nora. Nous, auteurs et autrices signataires de la lettre commune, avons protesté contre cette éviction injustifiée. Licencier des salariés sur des désaccords, racheter des médias pour les contrôler… Ce sont des schémas plutôt classiques dans ce système de pensée bolloréen que nous ne soutenons pas.

    En quoi consiste, selon vous,
    ce «
     système » ?

    S.T. : C’est une volonté de mainmise du milliardaire Vincent Bolloré sur les maisons d’édition. Lors de son rachat du groupe Hachette, c’était sur la maison d’édition Fayard qu’il intervenait le plus. En seulement quelques mois, les ouvrages de plusieurs politiques d’extrême droite, comme Marion Maréchal, Éric Zemmour ou Jordan Bardella avaient été publiés.

    Dans cette lettre ouverte publiée mercredi dernier, plus d’une centaine d’écrivains ont annoncé leur départ de la maison d’édition. Vous aviez déjà quitté Grasset depuis 2023. Pourquoi ?

    S.T. : Le rachat, en 2023, des éditions Grasset par le groupe Hachette, m’a rapidement inquiété. Ainsi, j’ai préféré partir avant de me retrouver dans un système qui ne me convient pas. Je craignais notamment ce qu’il est en train de se produire actuellement, avec l’arrivée d’un financier à la tête de la direction. Avant, Grasset était une maison avec un agenda de parution réfléchi par des professionnels. Leurs choix étaient littéraires. L’arrivée du gestionnaire Jean-Christophe Thiery marque l’arrivée de futurs choix éditoriaux qui seront avant tout politiques et commerciaux.

    Vincent Bolloré a qualifié,
    dans le «
     JDD » ce dimanche,
    les signataires de «
     petite caste
    qui se croit au-dessus de tout et
    de tous
     ». Que pensez-vous de cette contre-attaque ?

    S.T. : C’est extrêmement choquant. J’ai grandi dans les quartiers Nord, m’accuser de faire partie d’une caste est très mal venu. Il peut y avoir de l’entre-soi, mais comme dans d’autres milieux. C’est une attaque très vulgaire, une tentative de ramener la population à soi.

    300 auteurs appellent à la création d’une « clause de conscience » pour les maisons d’édition. Pourquoi n’avez-vous pas signé cette tribune publiée par « la Tribune Dimanche » ?

    S.T. : Dans l’idée, je suis complètement d’accord avec cette tribune, mais j’avais peur qu’elle soit précipitée. Cela faisait à peine deux jours que la première lettre commune avait été portée. Concernant la suite, nous continuons de nous parler, entre auteurs, pour réfléchir à ces éventuelles clauses de conscience qui, je l’espère, porteront leurs fruits.

    Propos recueillis par Calypso Sadousty

    Deux éditeurs de la région livrent leurs analyses

    David Gaussen Directeur éditorial des éditions Gaussen, à Marseille

    « Contrairement à ce que les gens pensent, la réglementation du marché du livre, en France, ne favorise pas du tout la diversité. Elle avantage surtout les grosses machines. Le clivage idéologique est en marche depuis plusieurs années. Je pense que les librairies ne sont plus des lieux neutres. ça pose un problème en poussant à des productions de plus en plus marquées idéologiquement, d’un côté ou de l’autre. »

    Propos recueillis par M.-L.T.

    Marion Mazauric, Directrice des éditions Au Diable Vauvert, à Vauvert (Gard)

    « Bolloré est un industriel qui mise sur la culture pour contrôler les textes, après avoir investi dans les médias. Il fait une double concentration horizontale et verticale pour tenir, d’un point de vue idéologique, la fabrication des idées, des manuels scolaires, des télés, la fabrication de l’opinion. C’est gravissime. Il y a cinq ans, je contribuais au collectif Stop Bolloré, on n’a pas été assez entendu, y compris dans les professions éditoriales. On n’a pas été capables de mettre des lois de régulation. »

    Propos recueillis par M.-L.T.

  • Rouleau compresseur

    Rouleau compresseur

    Le modus operandi est éprouvé. Ce fut le cas pour I-Télé, devenue CNews, puis pour Le Journal du Dimanche. Vincent Bolloré, le milliardaire qui ne cache pas ses accointances avec l’extrême droite, achète une chaîne de télévision ou un journal. Il engage
    le rapport de force avec celles et ceux qui les font vivre. Objectif : en pousser le maximum vers la sortie, vider ces médias de leur substance, pour finalement y injecter l’idéologie d’extrême droite qui sied au propriétaire.

    C’est la même histoire qui est en train de s’écrire chez Grasset. L’éviction d’Olivier Nora, pour des motifs qui semblent relever de prétextes, a provoqué le départ de 170 auteurs
    de la maison d’édition, révulsés par la méthode, mais aussi par le projet politique de Vincent Bolloré.

    Bataille culturelle

    Il leur a répondu dans les colonnes du JDD avec mépris en les traitant de « petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient » et avec morgue en affirmant que « Grasset continuera et ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés, promus, reconnus et appréciés ».

    Un message relayé en boucle sur CNews et Europe 1 ce lundi. Comprendre : le rouleau compresseur Bolloré continuera à avancer tant qu’il ne rencontrera pas un obstacle sérieux.

    À ce titre, les conclusions des états généraux de l’information convoqués après l’affaire JDD mériteraient d’être enfin mises à l’ordre du jour du Parlement.

    En attendant, les progressistes feraient bien de se poser la question centrale de la bataille culturelle. Et des moyens de la gagner.

  • Grasset : les auteurs exigent une clause de conscience

    Grasset : les auteurs exigent une clause de conscience

    L’homme d’affaires qui contrôle Hachette, maison mère de Grasset, s’étonne dans un texte publié par le Journal du dimanche, titre de presse également dans son escarcelle, du « vacarme » suscité par le départ du PDG de la maison d’édition, Olivier Nora. Ce dernier s’était porté garant de l’indépendance de Grasset après le rachat d’Hachette par Vincent Bolloré en 2023. Quelque 170 écrivains ont secoué cette semaine le monde d’ordinaire feutré de l’édition en refusant de publier de nouveaux livres chez Grasset après ce départ vu par beaucoup d’auteurs comme un « licenciement » décidé par Vincent Bolloré. Dans une lettre ouverte, ils avaient dénoncé « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » de la maison. Vincent Bolloré confirme que la décision est liée à un « différend » avec Olivier Nora sur la date de publication du prochain livre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, arrivé en mars chez Grasset.

    « Le 6 juin prochain, la maison Grasset aura la joie et l’honneur de sortir le nouveau livre de Boualem Sansal (…). Le dirigeant de Grasset voulait le sortir à la fin de l’année ce qui était contraire à la volonté de la direction Hachette, qui est le réel propriétaire de Grasset », écrit Vincent Bolloré. Il rappelle en préambule de son texte n’avoir pour autant « aucune fonction chez Hachette ». Il pointe également un contexte de « performances économiques de la Maison Grasset très décevantes » et une hausse de la rémunération annuelle d’Olivier Nora. Il sera remplacé par un homme de confiance du milliardaire, Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group. Toujours est-il que plus de 300 auteurs et acteurs du monde de l’édition, emmenés par Leïla Slimani, Virginie Despentes et Emmanuel Carrère ont appelé dans la Tribune Dimanche à étendre à leur secteur « une clause de conscience », semblable à celle existant pour les journalistes. L’occasion de « poser une limite » selon le changement de la ligne « politico-culturelle » de la maison d’édition. Comme c’est le cas depuis le rachat d’Hachette Livre (et de Grasset) par Vincent Bolloré en 2023.