Enterrer le « musée des horreurs » de Bayrou

Suppression de deux jours fériés. Monétisation de la 5e semaine de congés payés. Déremboursements et franchises. Détricotage des droits à l’Assurance chômage. Restriction du champ de l’Aide médicale d’État (AME)… Balancée le 15 juillet sans aucune concertation, la grenade dégoupillée par François Bayrou semble sur le point de lui exploser en pleine figure.

Depuis le dévoilement de son projet de budget d’austérité sous couvert de réduction d’une dette que les macronistes ont eux-mêmes contribué à creuser, la colère sociale n’a cessé de monter. À la journée d’initiative citoyenne « Bloquons tout » du mercredi 10 septembre s’est ajoutée une journée de grèves et de mobilisations intersyndicales jeudi 18 septembre. Pour couper l’herbe sous le pied des citoyens et des travailleurs, le Premier ministre tente un coup de poker désespéré. Le 8 septembre, son gouvernement demandera un vote de confiance de l’Assemblée nationale.

Autant dire que les jours à Matignon du président du Modem sont comptés. À gauche, ni le PCF, ni Les Écologistes ni même le PS – qui avait pourtant refusé de voter la censure en laissant une chance au conclave d’aboutir sur la réforme des retraites (en vain) – n’accorderont pas davantage de crédit à François Bayrou (lire p.8). Il en va de même de La France Insoumise (LFI) qui, à la différence des autres formations de gauche, appelle Emmanuel Macron (qu’elle rêve de voir destitué) à dissoudre une seconde fois l’Assemblée nationale. Pas davantage de confiance à attendre du Rassemblement national. Loin de s’opposer à l’austérité ou de vouloir mener une politique sociale plus juste, l’extrême droite a fait ses petits calculs et espère sortir vainqueur du chaos démocratique.

Un socialiste à Matignon ?

Après avoir prétexté n’avoir pu recevoir les chefs de partis politiques cet été en raison des vacances, François Bayrou, en plus de sa tournée désespérée des plateaux TV, vient de lancer avec eux une série de rencontres de la dernière chance. Un probable chant du cygne. Car si les Républicains restent divisés sur le sujet, l’issue du vote du 8 septembre ne fait guère de doute. Le président de la République, qui pourrait être refroidi à l’idée d’une nouvelle dissolution, cherche déjà son prochain Premier ministre. Sera-t-il enfin issu de ce qu’il reste du Nouveau Front populaire (NFP), bloc de gauche qui, bien que sans majorité absolue, était arrivé en tête des élections législatives 2024 ? Le PS d’Olivier Faure croit son tour arrivé. Ces derniers jours, le « contre-budget » des socialistes a été mis en avant. Plutôt que 44 milliards d’euros d’économies sur le dos des seules classes populaires et moyennes, le PS vise 29,9 milliards de recettes en mettant à contribution les ultra-riches (taxe Zucman, Gafam…). Pour redonner de l’air et du pouvoir d’achat, le PS souhaite en injecter 19 dans les services publics à l’os. Une feuille de route budgétaire qu’il faudrait dans tous les cas négocier point par point à l’Assemblée…

De toute évidence, le scénario reste incertain et la balle sera bientôt dans le camp d’Emmanuel Macron. Mais quoi qu’il advienne, le mouvement social a son mot à dire et tout intérêt à maintenir la pression pour n’encourager personne à conserver « le musée des horreurs » de François Bayrou, comme le qualifie l’intersyndicale. Avec l’espoir d’insuffler enfin un changement de ligne politique pour plus de justice sociale. Le mécontentement est perceptible. Il a pris une première forme en août avec l’initiative citoyenne d’une journée de blocage le 10 septembre. Parti des réseaux sociaux sous l’influence de réseaux souverainistes, l’appel semble avoir évolué pour mettre en avant des revendications progressistes. En témoignent les débats des assemblées générales qui se sont tenues à Montpellier notamment (p.6).

La CGT prépare déjà le 18

À l’instar de la CGT, plusieurs syndicats appellent eux aussi leurs salariés à mener des actions dans les entreprises mercredi 10 septembre. Deux rassemblements sont déjà prévus à Montpellier (11h, place de la Comédie) et Béziers (11h, Bourse du travail). Mais dans l’Hérault, Serge Ragazzacci reconnaît travailler davantage en intersyndicale à la grande journée de grèves et mobilisations du jeudi 18. « On a déjà beaucoup de préavis dans le public. On veut des appels dans le privé et gagner la grève. 100% de mécontents, ça ne fait pas 100% de grévistes. Il y a parfois de la résignation… », rappelle le secrétaire héraultais de la CGT. Pour lui, Bayrou ou un autre, c’est le moment de se faire entendre pour changer d’axe politique. « En 30 ans, la fortune des plus riches a été multipliée par trois, le PIB par deux. Pas le Smic. Ce n’est pas un problème de dette mais de répartition des richesses. Il est temps de redonner du pouvoir aux contre-pouvoirs. »

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