Tag: Premier ministre

  • [Entretien] Audrey Garino : « C’est à l’État de prendre ses responsabilités »

    [Entretien] Audrey Garino : « C’est à l’État de prendre ses responsabilités »

    Pas question pour l’élue communiste de céder aux instructions préfectorales. L’élue réaffirme son soutien aux associations et le rôle de la Ville aux côtés des plus précaires.

    La Marseillaise : Comment avez-vous réagi à la prise de position des associations fin juillet ?

    Audrey Garino : En fait, il y a deux nouvelles : la réduction des budgets et les sorties dites sèches. Sur la première, cela fait un moment qu’on le sait et qu’on alerte, qu’on échange avec les services de l’État, parce qu’on a constaté ces dernières années que le nombre de places disponibles rétrécissait au détriment des besoins et que des critères de vulnérabilité pour prioriser les entrées étaient établis sans que nous n’en ayons complètement la connaissance ou la mesure, en tout cas. Nous avons rappelé nos exigences, notamment le fait qu’il faut trouver des solutions immédiates, singulièrement pour les femmes à la rue dont le nombre est en augmentation d’environ 30%. À Marseille, selon le décompte de la Nuit de la solidarité, 15 000 à 16 000 personnes sont sans-abri.

    Et sur cette volonté de remettre les personnes hébergées à la rue ?

    A.G. : D’abord, il n’y a plus de rotation. On a compris que la fermeture des places d’hôtel n’était pas compensée. Les réorientations ont aussi été faites dans les lieux plus pérennes, lieux que la Ville de Marseille a contribué à ouvrir, soit 15 sites en partenariat avec l’État. Et là, on a appris au cœur de l’été, la volonté, pour la première fois, qu’il y ait des sorties sèches, c’est-à-dire des fins de prise en charge sans proposition. Le maire a écrit au Premier ministre parce que c’est pour nous une ligne rouge franchie. Nous sommes un des acteurs de l’hébergement d’urgence, au même titre que les associations. Nous mettons des budgets, nous travaillons, nous avons des équipes dédiées, des bâtiments. Cette information, on ne peut pas l’apprendre par la presse. Et de deux, elle est parfaitement inacceptable, puisqu’elle remet en cause le principe de continuité de prise en charge.

    Est-ce que la Ville peut compenser ?

    A.G. : On apporte déjà beaucoup, même si l’hébergement d’urgence est une compétence exclusive de l’État. Il y a aussi le Département pour les publics dont il a la charge, notamment les enfants de moins de 3 ans et leur mère. La Ville, depuis 6 ans, a un budget de 2 millions d’euros par an alloué à l’hébergement d’urgence, autant pour financer des structures que des associations. Nous avons ouvert des centres dans des bâtiments municipaux, des douches municipales. Pour mémoire, la Ville finance seule son Samu social, c’est la seule en France à le faire, une dépense annuelle de 4 millions d’euros. Nous continuerons, nous serons toujours une partie de la solution. Mais nous ne pouvons pas accepter que celles et ceux qui en ont la responsabilité directe, soient en recul, alors même que les besoins ne sont déjà pas couverts. C’est aussi à l’État de prendre ses responsabilités. Et au Département, dont je rappelle qu’il a été condamné régulièrement pour défaut de prise en charge de ses publics et que l’État vient en substitution.

    Comment sortir de ce statu quo ?

    A.G. : On attend la réponse du gouvernement. La Ville sera toujours un partenaire sur ces questions mais en posant des préalables. Et ils sont connus : pas d’expulsion sans proposition de mise à l’abri, une mise à l’abri de l’ensemble des publics vulnérables et pas de rupture de prise en charge. En attendant, je tiens vraiment à saluer la réaction et l’engagement des opérateurs de l’hébergement d’urgence. Une position digne dans un contexte politique difficile et un contexte budgétaire tout aussi compliqué, qu’on ne nie pas. Mais il y a des priorités. On ne peut pas considérer que l’hébergement d’urgence et la lutte contre l’exclusion sont des sources d’économie, surtout dans la situation dans laquelle se trouvent notre pays et notre ville.

  • [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée »

    [Entretien] Guillaume Roubaud-Quashie : « La Fondation Gabriel-Péri, encore plus que les autres, est menacée »

    La Marseillaise : Vous avez alerté sur la situation financière de la Fondation Gabriel-Péri, son existence est-elle aujourd’hui menacée ?

    Guillaume Roubaud-Quashie : Depuis le début de son financement public, la trajectoire est simple, on est autour d’une division par quatre des budgets de la Fondation depuis 2007. Depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, donc sur seulement 10 ans, on a plus que divisé par deux. Ce sont des baisses bien plus radicales que dans d’autres secteurs, il y a des responsabilités politiques claires de ce côté-là. Si on continue comme ça, dans peu de temps, ça sera fini, tout simplement. C’est une mise en danger mortelle des fondations à vocation politique, à commencer par la Fondation Gabriel-Péri qui, encore plus que les autres, est menacée aujourd’hui.

    Cet affaiblissement
    des fondations politiques représente-t-il un danger pour
    le débat démocratique
     ?

    G.R.-Q. : Oui, on vit un moment de crise démocratique considérable, et on a besoin de débats argumentés pour l’affronter. Il faut savoir qu’en France, ce qui a compté dans le développement des fondations, c’est l’accession pour la première fois de l’extrême droite au pouvoir le 21 avril 2002, et l’idée que la République française était peut-être menacée. Il fallait réfléchir à des structures contribuant à renforcer l’ampleur, la vitalité et la qualité du débat démocratique. C’est dans cet esprit que la Fondation Gabriel-Péri a été créée, en 2004, à l’initiative du Parti communiste français. Les raisons qui ont mené à la création de ces fondations sont aujourd’hui encore plus fortes qu’elles ne l’étaient à l’époque. Je pense que, par leur capacité à produire des travaux qui vont au-delà des tweets, des expressions courtes ou des polémiques superficielles, les fondations ont aujourd’hui un rôle très précieux.

    Vous vous êtes rendus mardi dernier à Matignon, avez-vous eu les réponses que vous espériez ?

    G.R.-Q. : Avec d’autres fondations, nous avons alerté le Premier ministre quant à la situation d’extinction des fondations. Nous sommes actuellement en discussion pour envisager la suite.

    Concrètement, comment soutenir la Fondation ?

    G.R.-Q. : On a l’objectif de récolter plusieurs dizaines de milliers d’euros pour affronter les coupes de l’année. Il y a deux choses à faire. D’abord, souscrire est une aide concrète et immédiate. Sur le site de la Fondation, on peut faire des dons défiscalisés. Le deuxième aspect, c’est de participer aux activités qu’organise la Fondation. Elle a une revue qui s’appelle La Pensée et propose aussi des expositions gratuites. Il faut faire vivre et connaître la Fondation Gabriel-Péri, nous solliciter pour l’organisation de débats… Ce travail, il est à la disposition de toutes et tous, et pour que ça puisse continuer, on a besoin d’un soutien plus large. On a commencé à recevoir un certain nombre de dons, c’est encourageant, mais il faut que cette dynamique se poursuive. J’espère que la période de difficulté financière lourde que nous affrontons sera l’occasion pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore la Fondation de découvrir ce qu’elle fait et par la même occasion, de multiplier les partenaires et les initiatives à l’échelle nationale. La période que l’on vit mène à beaucoup d’interrogations, beaucoup de gens cherchent des réponses, des éléments de réflexion, et s’il y a une demande, nous on est là pour ça. Je suis confiant, même s’il y a des batailles à mener, on a l’habitude.

    Entretien réalisé par Andréa Goyard-de Castro

  • Les acteurs de l’hébergement d’urgence disent « non » à l’État dans les Bouches-du-Rhône

    Les acteurs de l’hébergement d’urgence disent « non » à l’État dans les Bouches-du-Rhône

    Un non, « en lettres majuscules ». Unies, la vingtaine d’associations qui agissent dans l’hébergement d’urgence dans les Bouches-du-Rhône opposent un front commun aux directives reçues par courriel, lundi soir, de la DEETS (Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités), demandant de remettre à la rue six ménages actuellement hébergés à l’hôtel, faute de mieux.

    Une décision qui arrive au bout de lentes restrictions. « Il y a eu, depuis deux ans, une sélection sur des critères de vulnérabilité, sur l’âge, la présence de bébés, les malades », explique Christophe Magnan, administrateur du SIAO 13, plateforme en charge notamment du 115. Puis « les critères ont laissé place à un critère », les femmes victimes de violences, poursuit-il, pour arriver à un conditionnement à « la persistance d’une menace active ». Ce qui a « conduit le SIAO à orienter entre 0 et 2 personnes par jour » avec 267 personnes sans solution, s’indigne-t-il. Puis, « il nous a été interdit de proposer des solutions d’hébergement d’État à des femmes isolées, enceintes, ou ayant au moins un enfant de moins de 3 ans », au motif qu’elles relèvent de la compétence du Département.

    Le courriel de la DEETS vient couronner le tout. « Il s’agissait de nous demander de mettre fin à l’hébergement de six ménages en hôtel avec au moins trois enfants en bas âge », précise Christophe Magnan. Au total, 19 personnes sont priées de retourner à la rue, faute de proposition alternative, pour répondre à un objectif « comptable », fixé par l’État, de 1 500 nuitées par jour. Inacceptable pour les associatifs, qui ont signifié leur refus d’obéir en retour de message. « Non, le groupement ne mettra pas ces personnes à la rue. Ni celle-là, ni les suivantes », martèle le responsable du SIAO13.

    En toute illégalité

    Pour des raisons humanitaires, évidentes, et légales. Car selon les articles L. 345-2-2 et 2-3 du Code de l’action sociale et des familles, le droit à l’hébergement d’urgence est inconditionnel, rappelle Thierry Mila président de la Fédération des acteurs de la solidarité Paca Corse, réclamant au passage l’ouverture du dialogue pour la mise en place d’une stratégie durable et de moyens « budgétaires à la hauteur ».

    Les associations se disent prêtes à engager un recours en justice si le préfet venait à utiliser la force publique. Toutes craignent que cette instruction ne soit qu’un « ballon d’essai ». Comme cela s’est passé « à Strasbourg, Bordeaux, Toulouse ou Montpellier », témoigne Thierry Mila. Même si, dans les faits, bien que concepteur de la base de données du SIAO, qui sert à établir des statistiques et coordonner l’action des travailleurs sociaux, l’État ne dispose pas, a priori, des noms et de la situation exacte des familles.

    Cette décision s’inscrit dans un contexte déjà catastrophique. Avec 5 400 places d’hébergement d’urgence disponibles dans les Bouches-du-Rhône, 9 000 demandes ont été recensées par le SIAO, 4 000 personnes sont toujours en attente, à la rue ou dans un hébergement de fortune. Et ce n’est que « le sommet de l’iceberg », pointe Francis Vernède, directeur régional Paca de la Fondation pour le logement des défavorisés, quand seulement une personne sur cinq appelle le 115. Il souligne aussi un manque de vision, dont le coût sera social, sanitaire, judiciaire. En se mettant « dans la peau d’un libéral », il insiste : « Proposer des hébergements dignes à des ménages, c’est pourtant leur donner la possibilité, demain, de devenir solvable, de participer à l’économie classique. »

    À la suite du SIAO, les fédérations d’acteurs sociaux puis le Secours catholique, ce vendredi, ont aussi interpellé le préfet par courrier. Le maire de Marseille a également pris la plume, s’adressant directement au Premier ministre.

    Contacté de nouveau par La Marseillaise, le préfet n’a pas répondu. Cette instruction intervient dans une certaine vacance administrative, où la préfète déléguée à l’égalité des chances, promue préfète de l’Aisne, prendra ses fonctions au 31 août, ainsi que son remplaçant.

  • Risque très sévère d’incendie sur tout l’arc méditerranéen

    Risque très sévère d’incendie sur tout l’arc méditerranéen

    Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, est attendu à 15h à Marseille, où il sera informé de la situation de la saison des feux en cours. Il présidera, à partir de 16h15, une cellule interministérielle de crise sur la canicule.

    Au sein de l’état-major des sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône, l’heure est à la mise en garde. La phase est « inédite » si tôt dans l’été, assure le lieutenant-colonel Pascal Bergé, officier supérieur départemental au Sdis 13. En cause, des « conditions météorologiques assez complexes avec le Mistral qui va se lever en continu pendant 72 heures », signale-t-il, mercredi. Canicule, vent chaud, végétation asséchée, « on est en alerte maximale (…), tout l’arc méditerranéen est en vigilance, en risque très sévère », confirme le lieutenant-colonel, avec une attention particulière portée sur l’Étang de Berre.

    Dès lors, en plus des 500 pompiers de garde dans la caserne, 396 personnes supplémentaires ont été déployées, dans les 59 centres de secours du département des Bouches-du-Rhône. Un maillage qui sera maintenu tout l’été.

    À Bouc-Bel-Air, un dispositif préventif est mis en place dans le cadre « de la stratégie nationale et départementale d’attaque massive des feux naissants pour les éteindre dès les premières minutes », explique le commandant Arnaud Cambe. Le groupe de 18 pompiers dispose de cinq véhicules, dont quatre camions spécialisés dans la lutte contre les feux de forêt. Il est posté dans une zone « proche de l’interface habitat-forêt » et d’« un axe routier ». Ici, cours du Ferrage, le chef de groupe David Marin briefe l’équipe. Il s’assure que chacun dispose de suffisamment de ravitaillement. « Il va faire chaud, on prend soin les uns des autres, c’est le plus important », intime-t-il à la rangée qui se tient devant lui. « Pensez à vous hydrater et à vous préserver au maximum », renchérit Arnaud Cambe, la nuit s’annonçant longue.

    Le terrible incendie qui a ravagé Les Pennes-Mirabeau et l’Estaque, il y a un an, presque jour pour jour, a marqué les esprits. « La crainte n’est pas forcément d’avoir un grand feu, mais d’en avoir plusieurs. C’est la simultanéité des chantiers qui peut rendre compliquée la gestion d’une opération, on ne pourra pas mettre un camion derrière chaque maison », alertait dans la matinée le lieutenant-colonel Pascal Bergé. Face à cela, il appelle les habitants « au bon sens » : pas de feu, ni de barbecue et encore moins de mégots jetés par les fenêtres ; l’une des principales causes de départs de feux. Et surtout, « on écoute les consignes qui sont données par les autorités ».

  • [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    La Marseillaise : L’arrivée de Matthieu Pigasse est une première victoire mais il y a toujours urgence ?

    Carlos Tunon : Il va falloir approfondir pour transformer cette lettre d’intention en reprise ferme. Mais on a déjoué le scénario prévu, qui était la mise en liquidation des entités, ça nous a été confirmé. « Prévu » par un certain nombre de personnes, dont le Ciri, le comité interministériel de restructuration industrielle.

    Sophie Binet explique que le Ciri
    a soufflé le chaud et le froid, comment analysez-vous la position du gouvernement ?

    C.T. : Depuis un certain temps, quand on fait des rencontres à Bercy, ils essaient de nous rassurer. Mais le lendemain, il y a des déclarations où il est dit quasiment l’inverse de ce qui était raconté la veille. C’est forcément difficile d’avancer avec cette façon de faire.

    Ça reflète la politique industrielle menée depuis deux mandats ?

    C.T. : Tout à fait. L’impression qu’on a, c’est que le Ciri n’est pas en capacité de prendre de certaines décisions alors qu’il devrait. Idem pour le Premier ministre et le ministre de l’industrie. Un exemple : la réintégration de l’usine de Saint-Gaudens dans les quotas carbone [Marché des quotas carbone européens, ndlr]. C’est une décision qui dépend de l’État mais elle n’est pas prise. Alors que c’est seulement une application des textes de loi et qu’il n’y a pas de difficultés particulières.

    Outre les quotas carbone, il y a d’autres « conditions suspensives » qui dépendent de l’État…

    C.T : L’État doit s’engager clairement et lever de ces conditions suspensives. Outre les quotas carbone, il y a la fameuse question du prix de revente du mégawatheure. Aujourd’hui, la formule de calcul n’est pas très claire et il faut que l’État éclaircisse cette question. Pour l’approvisionnement en bois, autre condition suspensive, c’est pareil : il n’y a pas l’application d’une directive européenne qui permettrait une restructuration de la filière avec une priorisation des utilisations des bois pour ainsi fournir plus de volumes pour les fabricants de pâte à papier. On voit là l’échec de la politique de soi-disant réindustrialisation de l’État. À une époque, l’État nous avait assuré que si l’on trouvait un investisseur fiable, il mettrait tout en place pour aider à la reprise. Il va devoir passer des paroles aux actes. Surtout au regard des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises qui profitent beaucoup aux multinationales et aux grands groupes.

    Justement, l’ancien actionnaire indonésien de Fibre Excellence
    a eu un soutien financier public…

    C.T. : Il a largement bénéficié d’argent public et il a bénéficié d’effacements de dettes, notamment en 2022 quand il avait mis Tarascon en redressement judiciaire. De mémoire, on était autour des 170 millions d’euros, payés par l’état et donc les contribuables.

    Vous portiez l’idée d’une nationalisation, comment passe-t-on de cette proposition à un soutien d’un investisseur privé ?

    C.T. : On portait l’idée d’une nationalisation temporaire pour avoir du temps pour trouver des investisseurs et pouvoir travailler avec eux, sur un projet pérenne. Avec l’arrivée de Matthieu Pigasse, on peut s’exonérer de ce sujet là pour l’instant. Mais si l’État souhaite entrer au capital, pourquoi pas ? Il y a déjà les régions.

    Quel impact sur la filière si Fibre Excellence disparaît ?

    C.T. : En France, on dépense 1 milliard d’euros pour acheter de la pâte à papier dans d’autres pays, en comptant la production de Fibre Excellence. Cela veut bien dire qu’il y a un marché pour ce produit sur le territoire. Si l’entreprise disparaît, on doublerait cette somme pour acheter ailleurs. Le déficit serait énorme, la balance commerciale ne s’arrangerait pas et cela poserait des questions de dépendance. Quand on voit la situation géopolitique actuelle, en cas de blocage, on peut se retrouver sans pâte à papier. Reconstruire une capacité industrielle comme celle de Fibre Excellence, c’est un coût astronomique et prendrait des dizaines d’années. Refaire l’usine de Saint-Gaudens, c’est environ 1 milliard d’euros.

  • À Toulon, une mobilisation le 16 juin pour que le 1er mai reste sanctuarisé

    À Toulon, une mobilisation le 16 juin pour que le 1er mai reste sanctuarisé

    Voilà 137 ans que la IIe internationale socialiste, réunie à Paris le 20 juillet 1889, a décidé de faire du 1er mai une journée de manifestation dédiée aux droits des travailleurs. Sanctuarisée au fil du temps, elle devint un jour férié et chômé en France en 1946, et est célébrée dans le monde entier en tant que Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs.

    Une loi « au nom du profit »

    Sauf que cet acquis est aujourd’hui remis en cause. Il l’a d’abord été de manière diffuse par François Bayrou, qui, alors Premier ministre, proposait en juillet 2025 de supprimer deux jours fériés, sans les cibler précisément, pour générer des recettes supplémentaires dans le cadre du projet de budget 2026. En avril, son successeur, Sébastien Lecornu, a remis l’idée sur la table en autorisant « les boulangers indépendants artisans, les fleuristes indépendants artisans (à) ouvrir ce 1er-Mai ». De quoi ouvrir une brèche, après avoir repoussé, sous la pression syndicale, un projet de loi. C’est une proposition de loi qui sera examinée par le Sénat ce 16 juin examinera. Si elle se limite aux boulangers et fleuristes, le danger de la généralisation est réel.

    De quoi susciter la colère de l’intersyndicale Unsa-CGT-Solidaires-FSU dans le Var. « Après les retraites, les droits sociaux et les services publics, le gouvernement veut banaliser le travail le 1er-Mai au nom du profit et des lobbies économiques », dénonce-t-elle, appelant à se mobiliser ce même jour, à 12h, devant les locaux de l’Union patronale du Var.

    « Faire travailler davantage celles et ceux qui peinent à boucler les fins de mois ne répond en rien à l’explosion des prix [..], aux salaires qui stagnent et à la précarité qui gagne du terrain », pointent les syndicats, qui dénoncent également les manœuvres de « l’extrême droite, [qui] tente de détourner la colère sociale en désignant des boucs émissaires et en essayant de se mettre dans la poche du patronat. Elle vote contre les intérêts des salariés, les droits syndicaux, les solidarités ». Avant de conclure : « Le progrès social se construit par l’unité des travailleurs, pas par la division ! »

  • Le ministre de la Transition écologique en SAV dans la région

    Le ministre de la Transition écologique en SAV dans la région

    Comme un symbole, le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, arrive au lycée aixois Paul-Cezanne devant des bacs à compost, un soleil de plomb et une température caniculaire.

    Ça tombe bien, il vient visiter la rénovation de l’internat de l’établissement, avec l’escorte protocolaire habituelle : Mathieu Gatineau, sous-préfet d’Aix, Christophe Madrolle en tant que conseiller régional, Sylvaine Di Caro, adjointe à la mairie, Jean-Yves Bessol, directeur académique des services de l’Éducation nationale… « Il faut poursuivre notre adaptation au changement climatique, c’est le sens des moyens qu’on mobilise, comme le Fonds Vert qui a permis de débloquer 1 milliard d’euros pour des projets comme celui-ci : rénovation thermique, renaturation des écoles… », plante le ministre délégué, en désignant les espaces verts du lycée. Romain Jamot, architecte en charge de la rénovation de l’internat précise les détails de cette opération en deux phases : « On réalise une opération de rénovation énergétique et fonctionnelle. Ça passe par un travail sur l’enveloppe : on remplace la totalité des menuiseries extérieures, on réalise une rénovation thermique de l’extérieur et on fait le même travail sur la toiture. »

    Une installation photovoltaïque est aussi au programme, pour une rénovation définitive d’ici l’été. De quoi mettre au vert les 87 internes ? En tout cas, Mathieu Lefèvre entend que ce travail illustre la politique gouvernementale sur le sujet.

    « La canicule c’est une course de fond »

    « On parle de plus d’un million et demi d’euros du Fonds vert pour rénover l’internat, c’est un montant d’ampleur. Ce Fonds vert n’existait pas avant sa création par Élisabeth Borne et grâce au Premier ministre [Sébastien Lecornu, Ndlr], il est plus élevé que ce qu’il était au début de la loi de finances », développe-t-il. Difficile de lui donner tort puisque, pour le coup, le Fonds Vert couvre la moitié du coût de la rénovation de l’internat. « Sans doute que ça n’aurait pas pu se faire sans », glisse-t-il, entre deux visites de chambres. Mais au total, l’établissement bénéficiera d’une rénovation d’ampleur d’ici 2033 pour un montant d’une cinquantaine de millions.

    En bref, sa visite est placée sous le signe de l’adaptation au changement climatique. Il est même interpellé par des élèves qui participent à l’opération régionale « Nettoyons le Sud », journée de ramassage des déchets organisée par la Région. « Le gouvernement est mobilisé face à la canicule. Le Premier ministre a rappelé que c’est une course de fond : on doit continuer à se préparer à ce type d’épisode, remarquable par sa précocité dans l’année », martèle Mathieu Lefèvre.

    Mais son emploi du temps ne s’arrête pas là puisqu’il s’est rendu, dans la foulée à Marseille afin de vanter le fait que « la France est championne d’Europe de l’attractivité depuis 7 ans consécutifs ». Le tout dans le cadre d’une séquence pour une « revue de projets industriels stratégiques régionaux ». Et le samedi, c’est direction le site d’Airbus Helicopters à Marignane (lire ci-dessus). Tout un programme.

  • [Entretien] Yannick Monnet : « Une triple peine pour les femmes victimes d’un cancer du sein »

    [Entretien] Yannick Monnet : « Une triple peine pour les femmes victimes d’un cancer du sein »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui vous a motivé à porter cette proposition de loi sur le remboursement des soins
    de support pour les patientes atteintes d’un cancer du sein ?

    Yannick Monnet : Une femme victime de cette maladie avait sollicité Fabien Roussel [secrétaire national du PCF, Ndlr] et moi-même, à deux moments différents. Elle nous avait expliqué qu’en plus de ses traitements contre le cancer, elle devait acheter des pommades et du vernis à ongles spécifiques. Ces dépenses, considérées comme soins de support, s’élèvent en moyenne 2 000 euros et ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Tout comme les dépassements d’honoraires, les prothèses capillaires et les implants mammaires. Pourtant, ces soins ont été reconnus comme essentiels à la guérison physique, mais aussi psychologique des patientes. Nous avons rencontré des acteurs qui suivent ces femmes, comme chez moi l’association Accanthe, qui financent des espaces d’accompagnements thérapeutiques pour les victimes de cancer du sein. Elles peuvent y consulter des kinésithérapeutes, des diététiciennes, des sophrologues… Notre objectif était donc d’obtenir la prise en charge intégrale des soins liés au cancer du sein, avant la chimiothérapie, pendant et après la rémission. Malheureusement, on n’a pas obtenu tout ce qu’on voulait. Nous avons dû retirer en commission la question du dépassement d’honoraires. On a eu, en contrepartie, l’engagement de l’ancien Premier ministre, François Bayrou, qu’un rapport sera fait sur le dépassement d’honoraires. Mais il y a, tout de même, un certain nombre de progrès qui sont permis par la loi. Faut-il encore que les décrets soient écrits et appliqués.

    Justement, avez-vous connaissance d’un calendrier gouvernemental pour la publication de ces décrets ?

    Y.M. : Aucun. Aujourd’hui, on n’a toujours pas de calendrier. On est encore dans des logiques financières, ce qui n’a aucun sens. Pour les femmes qui sont victimes d’un cancer du sein, c’est la double, voire la triple peine : l’angoisse de la maladie, une vie personnelle complètement bouleversée et, parfois, une vie professionnelle mise entre parenthèses. Beaucoup de femmes divorcent ou quittent leur emploi. Et, en plus, elles doivent assumer des dépenses pour se soigner correctement. Je pense que c’est un problème de volonté politique pour ne pas dépenser trop d’argent. C’est pourquoi nous lançons une pétition. Mais c’est terrible qu’on soit obligés d’en arriver à un rapport de force. Aujourd’hui, le législatif a fait son boulot, de façon assez rapide, puisqu’on a mis peu de temps pour aboutir à cette loi, moins de deux ans. Maintenant, c’est à l’exécutif de faire le sien. Et il ne le fait pas, pour l’instant… Les réponses administratives et technocratiques que je reçois ne m’intéressent pas. C’est du prétexte. Et ça crée de faux espoirs pour ces femmes. J’ai vu des procédures accélérées. On est capable de voter des budgets pour des dispositions militaires. On n’a pas mis trois ans.

    Pensez-vous qu’il existe un déséquilibre dans la volonté d’agir en fonction des sujets ?

    Y.M. : Clairement, aujourd’hui, on cherche à faire des économies en matière de dépenses de santé. On passe son temps à vouloir réduire les dépenses. Donc il y a une volonté politique. En tout cas, il y a un risque de voir la Sécurité sociale disparaître si l’on continue à en assécher les financements. Dans le cas de cette proposition de loi, il est invraisemblable que les décrets n’aient toujours pas été publiés. Ils finiront bien par l’être, mais cela traîne des pieds. Le problème, c’est que les ministres ont une durée de vie qui était assez courte, donc, « après moi, le déluge ». Pourtant, ce n’est pas compliqué de rembourser des produits qui bénéficient aux femmes victimes d’un cancer du sein. Je me dis qu’avec cette pétition, le gouvernement ne pourra plus ignorer la nécessité de publier ces décrets.

  • À Marseille, le préfet accueille les maires, en plein marasme budgétaire

    À Marseille, le préfet accueille les maires, en plein marasme budgétaire

    Pas de déclaration officielle mais la promesse d’une discussion sur les finances publiques… Lors de la réception des maires des Bouches-du-Rhône élus ou réélus ce mercredi 29 avril, le préfet Jacques Witkowski a effleuré la question alors que la Métropole Aix Marseille Provence s’est placée sous la tutelle de l’État la veille. La majorité des élus refusant de voter son budget, pointant le désengagement de l’État avec la baisse des dotations. Quelque 123 millions d’euros manquent à l’appel. Lors de sa visite à Marseille le 24 avril, le Premier ministre Sébastien Lecornu, reconnaissait une copie « dure pour les intercommunalités », sans faire de propositions.

    « Une opération vérité »

    « On a un travail à faire qui va durer un mois, un mois et demi. Une fois qu’on l’aura achevé, j’aurai des choses à dire » nous répond Jacques Witkowski, précisant que la Chambre régionale des comptes allait être saisie en début de semaine prochaine. Il rappelle au passage les hypothèses sur la table : voter un budget à l’équilibre, un budget en déséquilibre, un budget partiellement ou pas du tout, et «  c’est une autre procédure qui s’ouvre ».

    Interrogé, Nicolas Isnard (LR), président de la Métropole, le martèle : il ne s’agit pas pour lui d’un bras de fer, mais d’une « opération vérité ». « La solution viendra d’en haut, nous plaçons l’État face à ses responsabilités », estime l’élu. Réforme des financements de l’État, hausse de l’impôt, du versement mobilité par les entreprises… « Il faut que l’État décide », assène-t-il.

  • Le brin de muguet fait plier le gouvernement

    Le brin de muguet fait plier le gouvernement

    Victoire ! Le 1er-Mai restera, cette année au moins, férié, chômé et payé, comme le veut la loi depuis 1948. C’est la conclusion que tirent les syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) à l’issue de leur rencontre avec le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, organisée à la suite d’une lettre cosignée par huit dirigeants syndicaux au total (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU, Solidaires). Envoyé dimanche, le courrier demandait au Premier ministre, Sébastien Lecornu (Ren.), de pas convoquer de commission mixte paritaire (CMP) pour la proposition de la loi (PPL) sur le 1er-Mai, rendue possible par un vote tactique de ses défenseurs vendredi. Une demande à laquelle le Premier ministre a décidé d’accéder. « C’est la journée des travailleurs et des travailleuses, c’est le seul jour férié, chômé et payé, a déclaré lundi soir Jean-Pierre Farandou. Ce principe général doit continuer à prévaloir même si certaines dérogations sont possibles », a-t-il estimé, renvoyant la question du travail ce jour-là au 1er mai 2027.

    « Tour de passe-passe parlementaire »

    « Permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er-Mai », c’est là l’intention de la proposition de loi (PPL) déposée au Sénat en avril 2025 et adoptée dans la foulée par la chambre haute, en juillet 2025. Car il est bien question, selon les défenseurs de la loi, de « permettre », et non d’habilement contraindre, bien sûr. Une bien étonnante conception unanimement dénoncée chez les syndicats et élus de gauche.

    Alors que la PPL devait être débattue vendredi à l’assemblée, le vote d’une motion de rejet tactique par ses propres défenseurs (allant des macronistes au Rassemblement national), devait lui permettre de sauter cette étape. En effet, en cas de désaccord entre le Parlement et le Sénat, le gouvernement a la possibilité de convoquer une Commission mixte paritaire, comprenant 7 députés et 7 sénateurs, chargés de trouver, ensemble, un compromis. Une réunion dans le cas présent favorable au vote de la PPL sur le 1er-Mai, le Sénat s’étant déjà prononcé en sa faveur. Un « tour de passe-passe parlementaire », a dénoncé lundi Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT sur RTL. « Ce qu’il s’est passé vendredi est inacceptable. On vit un choc pétrolier plus grave que celui de 1973 et aujourd’hui ce que veut faire Gabriel Attal [Ren, Ndlr] en alliance avec la droite et l’extrême droite, c’est nous voler le 1er-Mai, le fruit de 140 ans de luttes sociales et de luttes ouvrières ! », s’est-elle indignée sur la même antenne. L’objectif de cette tentative de procédure accélérée : permettre au texte, s’il était voté, d’être appliqué dès le 1er mai de cette année. Une option que le Premier ministre a donc lundi écartée, refusant de convoquer cette commission.

    Étendre l’exception

    Concrètement, en l’état, la proposition de loi visait à autoriser le travail des salariés le 1er-Mai, dans des commerces de bouche de proximité comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes, mais aussi dans des établissements culturels (cinémas, théâtres). Seul jour férié obligatoirement chômé et payé depuis 1948, le 1er-Mai, journée internationale des travailleurs, empêche donc aux patrons de la majorité des secteurs de faire travailler leurs employés, au risque d’une amende de 750 euros par salarié concerné. Font exception les « établissements et services pour lesquels la continuité de l’activité est indispensable », parmi lesquels figurent actuellement les hôpitaux, les transports, les forces de l’ordre ou encore l’hôtellerie et la restauration. L’ambition était donc bien d’étendre l’exception. Une volonté revenue l’an dernier après que des boulangers en Vendée, en Charente et à Paris s’étaient émus de contrôles inopinés suivis d’amendes pour avoir fait travailler des employés le 1er mai 2024. Selon les syndicats, le grand danger à terme est qu’une telle proposition de loi « étende la dérogation d’ouverture » le 1er-Mai « à de nombreux secteurs professionnels et pour de grandes entreprises, aux dépens des salariés mais aussi des petits commerces indépendants de proximité ».

    Le symbole politique du muguet

    Alors que certains fleuristes réclament la possibilité de faire travailler leurs employés le 1er-Mai, date de vente du muguet, Ariane Lombardi, membre de la direction nationale du PCF et élue de Marignane, rappelle le symbole de cette vente pour les communistes : « C’est une tradition qu’on a toujours portée. On fait vivre la solidarité, la présence dans les quartiers. On fait vivre concrètement cette histoire et ces luttes sociales, ouvrières, populaires, souligne-t-elle. Et pour les sections, c’est aussi un moyen de gagner une autonomie financière pour mener les luttes aux côtés de la population et des salariés. »