Tag: assemblée nationale

  • La nationalisation d’ArcelorMittal adoptée

    La nationalisation d’ArcelorMittal adoptée

    Les applaudissements retentissent sur les bancs de la gauche. Debout, les députés se tournent vers les tribunes où les salariés d’ArcelorMittal ont assisté aux débats. À 106 voix pour, 49 contre, l’Assemblée nationale a adopté en seconde lecture la proposition de loi de nationalisation des actifs français du sidérurgiste. « Quand la gauche se rassemble elle est belle et utile au pays », clame le député communiste et corapporteur Nicolas Sansu, à l’issue du vote. « Il n’y a pas d’avenir pour l’industrie en France sans une filière d’acier robuste et pérenne », faisait-il valoir lors des âpres débats qui ont pris part dans l’hémicycle.

    Les macronistes rejettent et attaquent

    Le texte est l’un des dix proposés par le groupe GDR (gauche démocrate et républicaine) dans sa niche parlementaire ce jeudi. Il avait été voté en première lecture lors de la journée réservée des députés insoumis. « Du métal sans Mittal, c’est le cri du cœur des salariés en lutte », avance la corapporteure et députée LFI Aurélie Trouvé, reprenant le slogan de la CGT qui avait appelé au rassemblement devant le palais Bourbon, auquel la secrétaire générale du syndicat Sophie Binet a participé. « La famille Mittal a une stratégie, une ambition : délocaliser la production aux États-Unis, en Inde, au Brésil (…). C’est maintenant qu’il faut investir. Il est temps de reprendre la main sur nos usines et sur nos vies », s’exclame l’élue. L’occasion pour les socialistes de tenter un mea-culpa : « Nous réparons par ce vote une erreur, celle commise en novembre et décembre 2012 là où le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg et son directeur de cabinet Boris Vallaud avaient proposé au président de la République et au Premier ministre la nationalisation des hauts fourneaux de Florange », avance Philippe Brun. « Ils n’avaient, à l’époque, pas été suivis, le gouvernement étant victime d’une idéologie mortifère est aujourd’hui enterré ! », tonne le député PS.

    Farouchement opposé à la nationalisation, le camp présidentiel agite le coût de l’opération estimé entre 3 et 4 milliards d’euros. « L’État n’est pas un actionnaire magique, l’argent public n’est pas une ressource illimitée », justifie la députée Renaissance Marie Lebec. « Depuis 10 ans, il y a 800 millions d’euros qui ont été donnés à ArcelorMittal, pour quels résultats ? 22% d’effectifs en moins, 600 suppressions d’emplois en 2025, plus de 1 000 en 2026. Mais par contre, 732 millions de dividendes versés en deux ans par ArcelorMittal France », rétorque le président de la Commission des Finances, l’insoumis Éric Coquerel.

    Le très libéral ancien ministre Guillaume Kasbarian charge les défenseurs de la PPL : « Des députés qui n’ont jamais géré la moindre entreprise et vivent au crochet de l’État veulent nationaliser ArcelorMittal. Ils veulent jouer aux industriels avec l’argent des Français. Scoop : ça ne marche Jamais. Stop à la démagogie communiste et collectiviste », ose le fan revendiqué du président argentin d’extrême droite Javier Milei. « Vous êtes gonflés ! », envoie Stéphane Peu au camp présidentiel, « chaque année il y a 211 milliards de cadeaux qui sont faits aux entreprises sans aucune contrepartie ! », martèle le chef des députés communistes, faisant ici référence au rapport d’enquête sénatorial sur les aides publiques aux entreprises. Le texte doit désormais être transmis au Sénat. « Le gouvernement doit sans attendre respecter la volonté de la représentation nationale et engager la suite du processus législatif permettant l’adoption définitive de la loi », réclame la CGT.

    ET AUSSI…

    La réforme de l’ASPA validée

    Les députés ont approuvé à l’unanimité en première lecture jeudi la proposition de loi du groupe GDR qui vise à diminuer le non-recours à l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa). « Merci pour les 300 000 retraités qui chaque année ne demandent pas cette allocation minimum remboursable, de crainte de laisser des dettes à leurs enfants », a lancé la députée réunionnaise et co présidente du groupe Emeline K/Bidi qui portait le texte. Le texte adopté jeudi instaure un « forfait logement » qui permettra de baisser le montant de l’Aspa pour les retraités propriétaires de leur logement ou hébergés à titre gratuit, et d’annuler dans ce cas la récupération des sommes. Le montant de ce forfait devrait être de quelques dizaines d’euros selon le gouvernement. La mesure résulte d’un amendement du gouvernement qui a complètement réécrit le texte.

  • Le revenu, grand oublié de la loi agricole

    Le revenu, grand oublié de la loi agricole

    Face à la gronde, le gouvernement entendait calmer les ardeurs du monde paysan en soumettant à l’Assemblée un projet de loi d’urgence agricole. Largement adoptée avec 369 voix pour et 178 contre (la gauche s’est opposée), la loi – s’apparentant à un texte fourre-tout – ne semble pourtant en rien résoudre les urgences auxquelles sont confrontés les agriculteurs.

    « Cette loi n’apporte aucune solution. Elle a été dictée par la FNSEA et faite pour l’agro-industrie, pas pour les petits agriculteurs. Il n’y a rien sur le revenu et on détricote les règles environnementales », soupire Sylvain Carrière, député insoumis de l’Hérault. En effet, pourtant au centre des revendications lors des dernières mobilisations agricoles, la question du revenu a totalement été délaissée par le gouvernement. « On a quand même réussi à arracher quelques victoires, notamment l’adoption d’un amendement instaurant un prix plancher obligatoire dans les négociations agricoles. Mais malheureusement, cette avancée risque de disparaître avec la navette parlementaire », poursuit le député insoumis. S’étant abstenu en commission, le PS a finalement lui aussi voté contre le texte. « La question du revenu était centrale pour nous. Nous avons réussi à faire adopter un amendement sur les tunnels de prix [définition d’un prix plancher et d’un prix plafond, Ndlr] en commission mais il a été retoqué, nous avons donc voté contre le texte », soutient Fanny Dombre-Coste, députée héraultaise socialiste, estimant l’amendement des prix planchers « juridiquement faible ».

    Recul environnemental

    Surtout, le texte semble avoir été fait pour l’agro-industrie. Notamment en ce qui concerne l’élevage, avec une disposition permettant de favoriser l’élevage intensif. Le gouvernement pourra également légiférer par ordonnance et instaurer un cadre spécifique afin de faciliter les travaux de construction, d’agrandissement des bâtiments d’élevage, aujourd’hui soumis à la réglementation, plus stricte, sur les ICPE (installations classées pour la protection de l’environnement). « Mais on n’arrivera jamais à rivaliser avec les prix de production d’Europe de l’Est, ni à les concurrencer. Ça fera peut-être l’affaire de l’agro-industrie mais ça ne résoudra aucun problème des nombreuses exploitations familiales qui maillent nos territoires. L’urgence c’est elles », insiste Fanny Dombre-Coste.

    Des reculs environnementaux sont également relevés sur la question de l’eau. Les constructions d’ouvrages de stockage d’eau (retenue collinaire, mégabassines) sont facilitées. « Il va y avoir un conflit d’usage de l’eau. Qui va utiliser cette eau ? Même pour les agriculteurs qui sont favorables à l’irrigation, on parle de 5 000 euros à l’hectare pour installer un arrosage goutte-à-goutte. Tout le monde ne peut pas les mettre. On condamne les agriculteurs à investir dans ce modèle agricole qui va droit dans le mur et qui n’offre aucune garantie », fait valoir Sylvain Carrière. Et s’opposer à ce type de projets sera plus difficile : l’obligation de tenue de réunions publiques pour leur autorisation environnementale est supprimée et les pouvoirs du préfet sont renforcés. Tout comme ceux des lobbys, dont leur rôle est renforcé au sein des commissions locales de l’eau au détriment de celui des élus.

    Néanmoins, des avancées ont été obtenues grâce à la gauche. Notamment sur les pesticides. Alors que le gouvernement entendait interdire l’importation de produits contenant des substances interdites dans l’Union européenne, un amendement déposé par LFI est venu étendre cette interdiction aux pesticides interdits en France. Par ailleurs, les cantines publiques devront se fournir sur le territoire français et non dans l’UE, comme prévu initialement dans le texte. Mais, selon le gouvernement, ces dispositions sont contraires au droit européen. Le texte va maintenant arriver au Sénat, acquis majoritairement à la droite, où il sera débattu le 28 juin. Et pourrait être une nouvelle fois mis à mal d’un point de vue environnemental.

  • Après la gronde, Montpellier ne fait plus de zèle

    Après la gronde, Montpellier ne fait plus de zèle

    On les pensait enterrées et voici que les Zones à faibles émissions (ZFE) pourraient refaire surface. Bien que mises aux oubliettes par l’Assemblée nationale, les ZFE pourraient ressurgir à la faveur de la décision du conseil constitutionnel. « 9 Sages [les 9 membres du Conseil constitutionnel, Ndlr] ont décidé de piétiner les votes de l’Assemblée nationale, du Sénat et l’avis de 8 Français sur 10 », rumine Laurent Jaoul (sans étiquette). Opposant de la première heure à ce dispositif qui devait améliorer la qualité de l’air grâce à un système n’autorisant que les véhicules les moins polluants à circuler dans les métropoles et grandes agglomérations, le maire de Saint-Brès n’est pas pour autant surpris par ce revirement. « Je m’en doutais parce que les Sages sont à la botte de Macron, qui est favorable aux ZFE. »

    Pour autant, au motif que les ZFE constitueraient une entrave au principe de se déplacer librement voire une sorte d’assignation à résidence pour les foyers n’ayant pas les moyens financiers de changer de véhicule, Laurent Jaoul ne croit pas à un retour immédiat sous cette forme. Après une première fronde qui a conduit à une mise au placard des ZFE, « je ne vois pas comment les maires les mettraient en place ». Le maire de Saint-Brès apporte une précision importante. « Durant sa tournée des 31 communes, le président de la Métropole, Michaël Delafosse (PS), est venu me voir. Il m’a clairement dit qu’il ne voulait plus entendre parler des ZFE », affirme Laurent Jaoul.

    Les « Gueux » sortent une application référendaire

    Officiellement, aucune annonce de ce type n’a été formulée par Michaël Delafosse. Mais sa vice-présidente qui, à l’origine, tenait à la mise en place du dispositif d’État le plus tôt possible, semble beaucoup plus souple désormais. « Nous sommes dans un État de droit. Le Conseil constitutionnel a décidé, on attend la clarification de l’État », résume Julie Frêche. L’élue socialiste rappelle que les ZFE faisaient partie de la stratégie mobilités de la Métropole parce qu’elles étaient « une obligation pour les territoires de plus de 150 000 habitants ». Si elle compte continuer à « prendre sa part » dans la lutte contre la pollution, Julie Frêche ne met plus forcément les ZFE en première ligne. « Il n’y avait aucune harmonisation, le dispositif était mal pensé. Il faudrait des mesures d’accompagnement pour les personnes en difficulté. »

    Pour elle, ce sujet complexe nécessite d’y mettre de la nuance. « Il faut le traiter avec sérieux, rigueur. Et prendre en compte la grogne. » Pour autant, Julie Frêche rappelle que « la France va devoir se positionner sur le sujet, c’est une demande de l’Europe ». Allergique aux vignettes Crit’Air, Laurent Jaoul ne l’entend pas de cette oreille. Le collectif des « Gueux », qu’il avait monté avec le metteur en scène Alexandre Jardin, reprend du service. « On va lancer une application référendaire pour permettre aux citoyens de s’exprimer sur les grands sujets », confie Laurent Jaoul. Et devinez quoi ? Le questionnaire sur les ZFE sera l’un des premiers proposés ainsi qu’un autre sur les prix à la pompe.

  • [Violences sexistes et sexuelles] Une centaine de députés de gauche et du centre demandent une loi globale

    [Violences sexistes et sexuelles] Une centaine de députés de gauche et du centre demandent une loi globale

    « Je demande au gouvernement, au président de la République, d’inscrire (…) cette proposition de loi intégrale cosignée par plus de cent députés à l’ordre du jour de la session extraordinaire dont l’Assemblée nationale sera saisie soit en juillet, soit en septembre », plaide Yaël Braun-Pivet, ce lundi à l’Assemblée nationale en réaction à l’affaire Lyhanna. « Il en va de la vie des enfants et des femmes qui sont victimes de violences. Ce ne sont pas des statistiques », renchérit la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez. L’élue a déposé en novembre dernier ce texte de près de 80 articles, inspirée des 140 recommandations formulées par la « coalition féministe pour une loi intégrale ».

    Le député écologiste Arnaud Bonnet relate les témoignages récoltés au sein des trois commissions d’enquête auquel il a participé « qu’est-ce que nous en entendons ? ce sont des viols de bébés, des agressions bucco génitales sur des petites filles de trois ans et des petits garçons de quatre ans. C’est massif dans la société », tempête-t-il. Et alors que chacun cherche un bouc émissaire, le député Liot David Taupiac appelle à « travailler collectivement » sur des « défaillances systémiques ». « Il y a urgence ! », clame-t-il.

  • La proposition de loi post-Bétharram examinée

    La proposition de loi post-Bétharram examinée

    Des discussions sous le regard de plusieurs victimes, venues assister aux débats depuis les tribunes de l’Assemblée.

    « Vous avez brisé des décennies de silence, d’omerta, de honte. Vous avez témoigné devant notre commission d’enquête avec une dignité qui nous a bouleversés. Et cet après-midi, c’est pour vous que nous sommes là », leur a lancé la rapporteure du texte, la députée Renaissance Violette Spillebout. En 2025, l’élue du Nord a conjointement mené avec le député LFI Paul Vannier la commission d’enquête sur les violences dans le milieu scolaire, qui avait notamment entendu François Bayrou, alors Premier ministre, sur sa connaissance supposée des sévices infligés aux élèves de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, près de Pau.

    De ces mois de travaux et d’auditions, est née cette proposition de loi, rédigée à quatre mains, afin de mieux prévenir les violences, en renforçant notamment le contrôle de l’État. « Ils sont si nombreux en ce moment même, à la subir encore, comme le relève notamment l’ampleur des crimes commis dans le périscolaire à Paris », a souligné Paul Vannier à la tribune.

    Au banc, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a révélé que 255 signalements de violences sexistes et sexuelles ont ainsi été recensés dans le milieu scolaire et périscolaire depuis le début de l’année. Les députés n’avaient que jusqu’à minuit pour étudier le texte, le groupe de Gabriel Attal ayant refusé de soutenir une proposition de loi portée conjointement avec un député insoumis, ce qui lui aurait permis d’être inscrite sur du temps transpartisan, avec davantage de temps. « On est en train de vivre une journée historique (…) Je veux que tous les parlementaires sachent qu’on compte sur eux », a déclaré à l’AFP Constance Bertrand, ancienne élève et créatrice du groupe de victimes de l’Institution Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine.

    « Tentative d’obstruction »

    Le « comité de suivi de la commission d’enquête Bétharram » et plusieurs représentants des collectifs de victimes ont dénoncé des « tentatives d’obstruction » de la part de députés de différents groupes, les encourageant à voter un « texte essentiel », dans une tribune publiée dimanche.

    En fin d’après-midi, les députés ont adopté le volet symbolique du texte : la condamnation par la Nation de ces violences, mais aussi la reconnaissance des défaillances de l’état qui leur ont permis de perdurer. Il prévoit la création d’une journée d’hommage pour les victimes, le 19 novembre. L’Assemblée a réécrit à la marge cet article, en adoptant un amendement du gouvernement, qui met l’accent sur la chaîne de responsabilité, de l’auteur des violences, aux établissements censés les prévenir, jusqu’à l’État qui se doit de les contrôler. Initialement, le texte prévoyait la création d’un fonds national d’indemnisation pour les victimes qui ne pourraient pas aller en justice du fait des délais de prescription notamment. Mais le gouvernement a mis en doute la faisabilité d’un tel fonds, et les députés ont finalement voté pour que l’exécutif étudie cette question dans un rapport à remettre au Parlement.

    était attendu, dans la soirée, le volet judiciaire du texte qui allonge le délai de prescription du délit de non-dénonciation de faits de violences sur un mineur. Mais surtout les dispositions renforçant les contrôles des adultes exerçant dans les établissements.

  • Les robes noires ne baissent pas la garde sur la Loi Sure

    Les robes noires ne baissent pas la garde sur la Loi Sure

    La colère ne retombe pas chez les robes noires. Dans le Gard et l’Hérault comme partout en France, les avocats poursuivent la mobilisation contre le projet de loi Sure, porté par Gérald Darmanin. Le texte, adopté à l’Assemblée le 14 avril avant son passage au Sénat, reste dans le viseur des barreaux. Leur mot d’ordre est clair : retrait pur et simple.

    Au cœur du bras de fer, l’instauration d’un « plaider-coupable » en matière criminelle. Pour le gouvernement, il s’agirait de désengorger les tribunaux. Pour les avocats, cela entraînerait une justice au rabais, plus rapide parce que moins contradictoire, moins publique, moins humaine. « Ce que nous refusons, c’est une justice expéditive, sans vrai procès, qui irait peu à peu vers la suppression des cours d’assises ou des jurés, parce qu’ils coûteraient trop cher », alerte Salomé Auliard, avocate et coprésidente du SAF Nîmes. Sous pression, le garde des Sceaux a toutefois commencé à lâcher du terrain. Le 12 mai, Gérald Darmanin a proposé d’exclure de cette procédure les viols, tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes relevant des cours d’assises. Le dispositif ne concernerait plus que certains crimes jugés en cour criminelle départementale, comme les coups mortels ou certains braquages. Un recul qui réduit le champ de la mesure, sans éteindre la colère.

    Une fronde dans les palais

    Sur le terrain, la contestation prend des formes multiples. À Nîmes, les avocats refusent de plaider en comparution immédiate et lisent des motions à l’audience. À Montpellier, la grève du zèle s’est traduite par l’intervention de plusieurs avocats sur un même dossier, pour rallonger les débats et rendre visible la colère. À Alès, le barreau a maintenu la pression par la lecture systématique d’une motion à chaque ouverture d’audience. À Béziers, les robes noires ont de nouveau fait grève le 7 mai.

    Les instances nationales appellent, elles aussi, à inscrire la lutte dans la durée : grèves hebdomadaires, défense de masse, rassemblements devant les palais, réunions publiques, interpellation des parlementaires. Les syndicats veulent élargir le front aux magistrats, aux associations de défense des droits et aux collectifs de victimes, pour empêcher l’État de droit devenir une variable d’ajustement budgétaire.

  • [Entretien] Emmanuel Maurel : « Une volonté de détruire l’audiovisuel public »

    [Entretien] Emmanuel Maurel : « Une volonté de détruire l’audiovisuel public »

    L’Assemblée nationale publie ce mardi matin le rapport du député ciottiste Charles Alloncle rédigé à l’issue des six mois d’une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public décriée. Le document de 400 pages a été adopté la semaine dernière de justesse, par 12 voix contre dix, et huit abstentions. Il contient les 80 recommandations de l’élu d’extrême droite qui relayent les obsessions de son clan d’une cure d’austérité de France Télévisions, la soumission des journalistes à une prétendue « neutralité ». Démanteler pour mieux privatiser, résume le député GRS Emmanuel Maurel.

    La Marseillaise : Le rapport sur l’audiovisuel public de Charles Alloncle est rendu public ce lundi. Vous étiez contre sa publication ?

    Emmanuel Maurel : J’étais surtout opposé au rapport sur le fond. C’est un rapport assez médiocre, avec beaucoup d’approximations, d’insinuations et des préconisations que je conteste absolument. Le fait qu’il soit publié, il n’y a pas de problème à ce niveau-là, de toute façon les auditions menées étaient publiques. Je ne suis pas un censeur dans l’âme. C’est le fond que je conteste.

    Sur les 80 préconisations du député ciottiste laquelle vous alerte particulièrement ?

    E.M. : Mon désaccord principal, c’est la volonté du rapporteur d’économiser 1 milliard d’euros sur le budget de l’audiovisuel public notamment par une série de fusions ou de suppressions qui aboutissent à ce résultat. C’est clairement une volonté d’affaiblir, de démanteler, voire de détruire l’audiovisuel public. Je suis en désaccord total avec ça. C’est un rapport qui n’a pas beaucoup de hauteur de vue parce que l’audiovisuel public participe largement à la création audiovisuelle et cinématographique en France. C’est un secteur qui, en réalité, est bénéfique économiquement pour le pays.

    Jordan Bardella a annoncé que s’il arrivait au pouvoir, il privatiserait l’audiovisuel public. Si ce n’est pas écrit dans le rapport, c’est l’objectif à terme de l’extrême droite ?

    E.M. : Je crois surtout que Charles Alloncle a mis en place une entreprise de dénigrement de l’audiovisuel public, en inventant des histoires, en montant en épingle des faits qui sont complètement dérisoires pour préparer le terrain. Et ce, dans le but de mettre en place ce que veut Bardella et sûrement ses amis, y compris économiques. Il est évident que le groupe Bolloré a eu une influence dans cette affaire. L’idée à terme est de démanteler et de vendre l’audiovisuel public à la découpe, c’est ce qu’ont démontré ces six mois d’auditions. Des questions légitimes se posent sur l’audiovisuel public, ce qui est normal après tout. Ces vrais enjeux qui sont de savoir comment on adapte la télévision au tout numérique, comment on fait face à l’intelligence artificielle, comment l’audiovisuel public se défend face à l’hégémonie des Gafam, des plateformes américaines, ont été passés sous silence au profit de ragots.

    Que contient la contribution que vous avez apportée à ce document ?

    E.M. : Dans la première partie de ma contribution, j’expose les intentions de Charles Alloncle qui voulait démontrer que l’audiovisuel public n’était pas impartial, n’était pas neutre. En réalité, sa démonstration est très faible voire inexistante. Il y a des pages et des pages de ragots qui n’aboutissent à pas grand-chose. La deuxième partie est une démonstration assez rigoureuse sur pourquoi couper un milliard d’euros dans l’audiovisuel public, c’est une folie aussi bien en matière d’exception culturelle que de conséquences économiques et industrielles. Puis, la troisième partie contient un certain nombre de préconisations qui posent notamment la question importante du recours croissant à l’externalisation, c’est-à-dire faire appel à des sociétés privées pour réaliser des émissions de débat. Il y a aussi quelques mesures pour essayer de faire en sorte que France Télévisions, notamment, soit à la hauteur des enjeux du numérique.

    L’association AC !! Anticorruption a déposé samedi plainte contre X pour prise illégale d’intérêts et trafic d’influence, visant Charles Alloncle et la direction de Lagardère News.

    E.M. : Il est évident que M. Alloncle a un agenda politique qui coïncide avec celui du groupe Bolloré. Ça, tout le monde le sait, il suffisait de regarder les auditions pour s’en rendre compte. C’était, d’une certaine façon, transparent. On verra ce que donnera cette plainte.

    Cette commission d’enquête parlementaire instaure un précédent ?

    E.M. : C’était une tonalité très inquisitoriale et en même temps une stratégie de victimisation permanence. M. Alloncle, après avoir posé des questions très agressives, se plaint d’être malmené, critiqué. C’est pour ça que j’avais eu cette formule qui ne lui avait pas plu, en lui disant : « Vous commencez en Torquemada et vous finissez systématiquement en Calimero. » Je suis surtout déçu. Le rapport n’est vraiment pas bon. C’est vraiment une occasion manquée. On verra ce que ça donnera après sa publication mais ça en dit long sur les intentions de l’extrême droite.

  • Le brin de muguet fait plier le gouvernement

    Le brin de muguet fait plier le gouvernement

    Victoire ! Le 1er-Mai restera, cette année au moins, férié, chômé et payé, comme le veut la loi depuis 1948. C’est la conclusion que tirent les syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) à l’issue de leur rencontre avec le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, organisée à la suite d’une lettre cosignée par huit dirigeants syndicaux au total (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU, Solidaires). Envoyé dimanche, le courrier demandait au Premier ministre, Sébastien Lecornu (Ren.), de pas convoquer de commission mixte paritaire (CMP) pour la proposition de la loi (PPL) sur le 1er-Mai, rendue possible par un vote tactique de ses défenseurs vendredi. Une demande à laquelle le Premier ministre a décidé d’accéder. « C’est la journée des travailleurs et des travailleuses, c’est le seul jour férié, chômé et payé, a déclaré lundi soir Jean-Pierre Farandou. Ce principe général doit continuer à prévaloir même si certaines dérogations sont possibles », a-t-il estimé, renvoyant la question du travail ce jour-là au 1er mai 2027.

    « Tour de passe-passe parlementaire »

    « Permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er-Mai », c’est là l’intention de la proposition de loi (PPL) déposée au Sénat en avril 2025 et adoptée dans la foulée par la chambre haute, en juillet 2025. Car il est bien question, selon les défenseurs de la loi, de « permettre », et non d’habilement contraindre, bien sûr. Une bien étonnante conception unanimement dénoncée chez les syndicats et élus de gauche.

    Alors que la PPL devait être débattue vendredi à l’assemblée, le vote d’une motion de rejet tactique par ses propres défenseurs (allant des macronistes au Rassemblement national), devait lui permettre de sauter cette étape. En effet, en cas de désaccord entre le Parlement et le Sénat, le gouvernement a la possibilité de convoquer une Commission mixte paritaire, comprenant 7 députés et 7 sénateurs, chargés de trouver, ensemble, un compromis. Une réunion dans le cas présent favorable au vote de la PPL sur le 1er-Mai, le Sénat s’étant déjà prononcé en sa faveur. Un « tour de passe-passe parlementaire », a dénoncé lundi Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT sur RTL. « Ce qu’il s’est passé vendredi est inacceptable. On vit un choc pétrolier plus grave que celui de 1973 et aujourd’hui ce que veut faire Gabriel Attal [Ren, Ndlr] en alliance avec la droite et l’extrême droite, c’est nous voler le 1er-Mai, le fruit de 140 ans de luttes sociales et de luttes ouvrières ! », s’est-elle indignée sur la même antenne. L’objectif de cette tentative de procédure accélérée : permettre au texte, s’il était voté, d’être appliqué dès le 1er mai de cette année. Une option que le Premier ministre a donc lundi écartée, refusant de convoquer cette commission.

    Étendre l’exception

    Concrètement, en l’état, la proposition de loi visait à autoriser le travail des salariés le 1er-Mai, dans des commerces de bouche de proximité comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes, mais aussi dans des établissements culturels (cinémas, théâtres). Seul jour férié obligatoirement chômé et payé depuis 1948, le 1er-Mai, journée internationale des travailleurs, empêche donc aux patrons de la majorité des secteurs de faire travailler leurs employés, au risque d’une amende de 750 euros par salarié concerné. Font exception les « établissements et services pour lesquels la continuité de l’activité est indispensable », parmi lesquels figurent actuellement les hôpitaux, les transports, les forces de l’ordre ou encore l’hôtellerie et la restauration. L’ambition était donc bien d’étendre l’exception. Une volonté revenue l’an dernier après que des boulangers en Vendée, en Charente et à Paris s’étaient émus de contrôles inopinés suivis d’amendes pour avoir fait travailler des employés le 1er mai 2024. Selon les syndicats, le grand danger à terme est qu’une telle proposition de loi « étende la dérogation d’ouverture » le 1er-Mai « à de nombreux secteurs professionnels et pour de grandes entreprises, aux dépens des salariés mais aussi des petits commerces indépendants de proximité ».

    Le symbole politique du muguet

    Alors que certains fleuristes réclament la possibilité de faire travailler leurs employés le 1er-Mai, date de vente du muguet, Ariane Lombardi, membre de la direction nationale du PCF et élue de Marignane, rappelle le symbole de cette vente pour les communistes : « C’est une tradition qu’on a toujours portée. On fait vivre la solidarité, la présence dans les quartiers. On fait vivre concrètement cette histoire et ces luttes sociales, ouvrières, populaires, souligne-t-elle. Et pour les sections, c’est aussi un moyen de gagner une autonomie financière pour mener les luttes aux côtés de la population et des salariés. »

  • 1er-Mai : RN et droites s’unissent contre les salariés

    1er-Mai : RN et droites s’unissent contre les salariés

    C’est un déni de démocratie qui s’est déroulé vendredi à l’Assemblée nationale. Pour éviter le débat parlementaire sur le texte déposé par le macroniste Gabriel Attal, visant à faire travailler certains salariés le 1er-Mai, les députés favorables à ce texte ont pourtant voté une motion de rejet de ce même texte. La manœuvre est grossière mais elle permet d’empêcher le débat et de renvoyer la discussion au sein d’une commission mixte paritaire. Le but est de passer en force dès la semaine prochaine et d’imposer cette régression sociale dès le 1er-Mai 2026. Avec le soutien du gouvernement.

    Amendements à la trappe

    Déposée par le groupe présidé par Gabriel Attal (Ensemble pour la République), la motion de rejet tactique a été adoptée par 120 voix contre 105. Les quatre groupes de gauche s’y opposant tout comme le MoDem, hostile à la manœuvre plus qu’au fond du texte. Insuffisant toutefois contre le reste de l’hémicycle, des macronistes jusqu’au Rassemblement national, dans une alliance de la honte. Exit donc les quelque 140 amendements à discuter avant la fin des débats qui était prévu à 17h30, vendredi, le camp gouvernemental s’attendant ce que la gauche enlise à dessein les débats. Les quatre groupes de gauche se sont en effet insurgés, tentant de retarder le vote de la motion pour rameuter les troupes, demandant des interruptions de séance. Des députés allant de LFI jusqu’au PS ont même entonné debout La Marseillaise, puis L’Internationale. Le monde syndical est aussi vent debout. Devant l’Assemblée nationale, plusieurs dizaines de manifestants s’étaient rassemblées dans la matinée. Le 1er-Mai n’est pas un jour férié « comme les autres », c’est « historiquement le jour où on célèbre les travailleurs et les travailleuses », a rappelé vendredi sur TF1 Marylise Léon (CFDT). Si le Code du travail établit que « le 1er-Mai est jour férié et chômé », il admet qu’un artisan boulanger ou un fleuriste puisse ouvrir ce jour-là… mais seul ou presque. Il peut en effet compter sur lui-même ou des membres de sa famille non-salariés, mais pas sur ses employés. La proposition de loi doit clarifier les règles et « permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler », en l’espèce « des commerces de bouche de proximité » comme les boulangeries, pâtisseries, primeurs, boucheries, fleuristes et établissements culturels (cinémas, théâtres)… Mais exclut la grande distribution ou les magasins d’outillage et travaux, par exemple. « Le volontariat ça n’existe pas », a critiqué près de l’Assemblée Natalie Huyghe, employée en jardinerie de 57 ans, et syndiquée CGT. « Si ça marche, ça va s’étendre à tous les corps de métier », s’est aussi alarmée Hadjia Djebbar, militante de 62 ans. « Nous assistons ici à (…) une négation du Parlement, parce que déposer des amendements, (…) se donner les moyens d’avoir un temps de débat approfondi sur une proposition de loi aussi inique que celle qui vise à supprimer le 1er-Mai, ce sont les droits du Parlement », a dénoncé le président du groupe GDR, le communiste Stéphane Peu. Son groupe propose de déposer une motion de censure, lundi.

  • Un ex-phalangiste au Liban comme collaborateur d’Emmanuel Fouquart

    Un ex-phalangiste au Liban comme collaborateur d’Emmanuel Fouquart

    Les CV sulfureux n’embarrassent pas le Rassemblement national. Le 24 mars dernier, les services de l’Assemblée nationale ont enregistré la réembauche de Thibaut de Bougrenet de la Tocnaye comme collaborateur du député de la circonscription martégale, Emmanuel Fouquart (RN). Aujourd’hui âgé de 67 ans, celui qui vient d’être élu maire de Préaux (Indre) s’était engagé, à 25 ans, pour combattre pendant la guerre civile du Liban, en 1983 et 1984, au sein des Phalanges libanaises. Soit moins d’un an après les massacres de civils palestiniens des camps de Sabra et Chatila par ces milices chrétiennes fascisantes. Un an plus tard, il participe aux opérations des Contras au Nicaragua, qui prônaient les assassinats de civils et prisonniers contre le gouvernement sandiniste. « Je n’ai pas à regretter quoi que ce soit », assume-t-il auprès de nos confrères de la Nouvelle République.

    Cela ne l’a pas empêché de monter au sein du parti lepéniste, bien au contraire. Conseiller municipal à Avignon puis Cavaillon, ancien élu régional, l’ingénieur a intégré le comité central du FN dès 2011, conseille Marine Le Pen sur les questions industrielles lors des élections présidentielles et, depuis 2017, dirige l’Institut de formation des élus locaux (Iforel), l’organisme de formation du RN.

    Quant à ses idées, il ne les dissimulait pas sur les réseaux sociaux, comme l’a relevé le site d’information Streetpress. Celui qui considère l’islam comme une « machine de guerre » saluait en 2016 un « excellent communiqué » qui appelait à « traiter le Coran et les hadiths comme “Mein Kampf” » avant de déplorer en 2020 qu’un « certain lobby juif continue de boycotter le RN ».

    Pas de quoi ébranler celui qui l’emploie depuis le mois de novembre, avec une pause pour les municipales. « Je le connais depuis 2015 », explique Emmanuel Fouquart. Le député des Bouches-du-Rhône dit l’avoir embauché, à mi-temps, « pour son expertise ». « Il me fait des rapports sur tous les changements industriels sur la zone de Fos », explique-t-il. Peu importe son passé de milicien. « Ce sont des choses que je ne connais pas, ça remonte à quarante ans, j’avais 16 ans », justifie benoîtement le député, qui n’a « pas vu » ses publications haineuses. Et jure qu’il n’est « même pas politique dans son activité »… malgré son poste de collaborateur parlementaire. « Il n’est pas en charge de ma communication », défend Emmanuel Fouquart. Pas choqué le moins du monde.