Le projet entre dans une nouvelle phase, les tensions se crispent. Alors que l’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique (DUP) de la ligne aérienne 400 000 volts se tiendra du 9 novembre au 11 décembre, Gilles Odone, délégué Méditerranée du gestionnaire du réseau, se réjouit d’un « temps démocratique lors duquel tout le monde va pouvoir s’exprimer, ceux qui ont des raisons de vouloir une alimentation électrique sûre, de qualité, et ceux qui y voient un inconvénient ».
Ces derniers n’ont pas attendu l’ouverture des permanences pour se faire entendre. Dans la nuit, le bâtiment marseillais du Réseau de transport et d’électricité (RTE) a été tagué de peinture bleue avec un message : « No THT Camargue ». Un acte que Gilles Odone condamne « très fermement ». « Ça ne nous permet pas de progresser », appuie-t-il, assurant : « La phase du projet dans laquelle nous sommes actuellement, c’est vraiment une phase de prise en compte, de préoccupation des territoires ».
Pourtant, c’est bien le manque de dialogue que dénoncent les opposants à la ligne aérienne très haute tension (THT), au premier rang desquels le Collectif THT 13/30, qui écrit : « Alors qu’un accord historique de consensus territorial leur était offert, l’État, RTE et les industriels ont préféré imposer ». Fin septembre, 140 élus du territoire avaient signé un serment en faveur d’une solution alternative. À l’approche de l’enquête publique, l’organisation appelle à une « mobilisation responsable, déterminée et massive » : « La qualité autant que la quantité des contributions permettra de documenter l’opposition réelle au projet et d’alimenter les recours juridiques engagés par le Collectif, qui s’appuie déjà sur un pool de six avocats ».
Pendant un mois, cinq commissaires enquêteurs indépendants vont recueillir les observations et propositions des habitants. Devant l’épaisseur du dossier, qui compte plus de 4 000 pages, RTE a « prévu un dispositif numérique dans chaque permanence pour consulter plus facilement les documents », détaille Christophe Berassen, directeur du programme d’électrification Fos-Berre. « Nous mettons aussi à disposition un atlas cartographique pour localiser le tracé DUP qui est large de 100 m », poursuit-il. À l’issue de l’enquête, la commission aura un mois pour remettre son avis non contraignant à l’État, qui le prendra en compte pour rendre sa décision sur l’accord, ou non, de la DUP.
D’ici là, RTE défend son projet. Pour Christophe Berassen, la ligne THT qui doit relier Jonquières-Saint-Vincent (Gard) au poste de Feuillane à Fos-sur-Mer est utile à plusieurs titres : « Elle assure la résilience de notre réseau » face au changement climatique, commence-t-il, et « contribue à réduire les gaz à effet de serre en décarbonant la zone industrialo-portuaire de Fos, la 2e la plus émettrice de France, et donc à améliorer la qualité de l’air et le cadre de vie des habitants ». Sans oublier son rôle dans la souveraineté économique : « En permettant la relance industrielle, on participe à développer l’emploi ». La ligne THT doit avant tout accompagner la hausse de la consommation liée à l’électrification des usages, à l’industrie et au développement urbain. Le gestionnaire a entamé des travaux sur la ligne Tavel Realtor, la plus importante de la région, pour augmenter sa capacité de 50% en 2030. Mais ce chantier ne suffira pas à combler les besoins identifiés. « Avec ce renforcement-là, et en revoyant les infrastructures existantes, on pourra accueillir dans la région environ 1 200 MW supplémentaires, donc il manquera a minima 2 800 MW », résume Gilles Odone. Charge à la 400 000 volts aérienne de les couvrir.

Leave a Reply