La Marseillaise : Ce Sommet Lumière interroge la souveraineté audiovisuelle française. Quel rôle joue, dans cet écosystème, une infrastructure régionale comme Provence studios ?
Olivier Marchetti : C’est un des maillons de la chaîne et ils sont tous importants. Aujourd’hui, recevoir un film en décor naturel et en studio, avec des bureaux de préparation, c’est colossal. Et la région Sud a tout sur place, outils, techniciens, paysages, elle peut cocher toutes les cases pour répondre à toutes les offres sans qu’on dise : « Vous n’avez pas ça, je vais ailleurs. » Parce que, la concurrence est mondiale. On négocie des projets internationaux face à des États, des pays de l’Est, d’Afrique, d’Europe et les plateformes de production internationale ont un scoring qui analyse tout de A à Z : compétence des équipes, niveau de sécurisation, crédit d’impôt international…
Et la France se situe comment ?
O. M. : Cette année, la France a augmenté l’assiette pour redevenir compétitive face aux autres pays. C’est surtout ça je pense, même si je ne suis pas dans le secret des dieux, que la France veut présenter à ces majors. Par contre et c’est important de le dire, parce que les niches fiscales, ça peut donner des boutons à beaucoup et moi compris, que c’est le crédit d’impôt qui nous laisse en compétition. Une production américaine on lui rend un peu, mais elle dépense beaucoup. Et si elle ne le fait pas ici, elle le fera ailleurs. C’est une petite contrepartie au regard de tout l’écosystème que ça fait travailler dans tous les pans de l’économie. Les États-Unis, par exemple, se sont endormis sur leur compétitivité et, aujourd’hui, il n’y a plus de tournages à Los Angeles. Les productions américaines se portent bien, mais ça tourne ailleurs.
Tout n’est qu’une question de coûts ? On donne souvent la lumière du Sud et ses paysages comme recette magique.
O. M. : Bien sûr, mais la faisabilité du film est surtout financière. On peut avoir les meilleurs décors, acteurs et techniciens, le film ne se fera pas s’il n’est pas financé. Et on parle des films étrangers, mais par exemple, La Comtesse de Monte Cristo a été tournée… à Malte. Même nos productions françaises, de temps en temps, partent à l’étranger s’il y a de meilleurs coûts.
L’intelligence artificielle (IA) est l’un des sujets du sommet. Vous avez un studio extrêmement technologique. Comment vous situez-vous ?
O.M. : Très clairement, on utilise l’IA comme un outil pour améliorer nos process, faire des dépouillements de scénarios par exemple, mais pas l’IA générative. Nous la maîtrisons, l’IA pour nous n’est pas créative. Tant que les questions juridiques sur la gestion des droits ne seront pas tranchées, on n’utilisera pas l’IA pour créer des films de A à Z.
Quand on pense IA, on pense moins d’activité humaine sur les plateaux…
O. M. : Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Ça pourra arriver et ça arrive dans d’autres secteurs comme l’animation ou la post-production. Mais pour l’instant, l’IA, on la regarde tous, on la travaille, on s’y intéresse, mais même les plateformes refusent d’utiliser l’IA générative : un scénario à base d’IA n’est pas validé. C’est assez particulier de dire que Netflix, Amazon, n’utilisent pas l’IA, mais c’est pour des raisons de respect des droits. Ils ne veulent pas être pris à défaut, qu’on dise « c’est mon scénario, l’IA m’a volé ».
Un autre aspect du sommet touche à la « décarbonation » de la filière
O. M. : On a été élus par nos pairs, il y a quelques années, studio le plus écologique au monde. On a 28 000 m² de panneaux photovoltaïques, de l’économie circulaire, on travaille avec les ressourceries… Aujourd’hui, l’écologie entre dans les critères de choix des producteurs. Depuis peu de temps, un tournage écolo peut avoir une aide financière, donc c’est très motivant, même si certains y croient vraiment.