Tag: haute tension

  • La Camargue perd son label de parc régional

    La Camargue perd son label de parc régional

    La perte du label de Parc naturel régional (PNR) du PNR de Camargue, faute de reconduction avant février 2026, a fait l’objet d’une lettre ouverte adressée à Anne Claudius-Petit, présidente du syndicat mixte gestionnaire et conseillère régionale (Ren.) écrite lundi par le conseiller communautaire d’opposition d’Arles Nicolas Koukas (PCF).

    « Il est préoccupant que la Camargue se retrouve sans la charte fixant vision et stratégie sur 15 ans », écrit l’élu, estimant que « son renouvellement aurait dû être l’occasion de mettre sur la table l’avenir de la Camargue : le réchauffement climatique, la montée des eaux et les risques inondations, l’érosion du littoral, les risques d’incendies et la préservation de nos écosystèmes », liste-t-il.

    Sollicitée, Anne Claudius-Petit explique que « le début du travail pour la nouvelle charte a commencé début 2022 », mais que « le décès du président du Parc Rolland Chassain, les municipales de 2020, le départ du directeur, un autre avec qui ça s’est pas bien passé et la relation qui n’était pas au beau fixe avec Arles », ont reporté la révision de la charte à 2024 selon l’élue. À noter que Patrick de Carolis avait démissionné en juin 2022 en pointant la décision de la Région de reporter le vote de la charte pour lancer sa révision.

    « On a rattrapé notre retard »

    Nicolas Koukas pointe également le changement d’idée du président de Région (Ren.) Renaud Muselier sur la ligne à Très haute tension : « Il a longtemps porté ce projet avant de changer de position (…) à l’approche des élections sénatoriales », affirme-t-il.

    Anne Claudius-Petit répond que « RTE et l’État doivent trouver des solutions face au rejet massif par les Camarguais » mais considère qu’il s’agit d’un « concours de circonstances malheureux » entre les deux sujets. « La Camargue garde une grande force au-delà du juridique. Même si nous n’avons plus la charte, nous sommes protégés son caractère de réserve biosphère Unesco et son label Ramsar », détaille l’élue.

    La présidente espère présenter la nouvelle charte fin 2029. À moins que le Projet de loi portant simplification des normes applicables aux collectivités territoriales actuellement au Sénat ne raccourcisse ce délai.

  • Les approches se diversifient dans la contestation de la Très haute tension

    Les approches se diversifient dans la contestation de la Très haute tension

    Sur la route d’Arles aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les champs bordent le bitume, parfois séparés de petits canaux iconiques de la Camargue. Mais passé le croisement de la D570 et de la route du Mas d’Agon, impossible de rater ce container rouge érigé sur une parcelle agricole, visible à plus d’un kilomètre.

    « Voici un cinquième de pylône THT » arbore en blanc le monolithe depuis vendredi dernier. Une allusion directe à la hauteur moyenne des 145 pylônes du projet de RTE de ligne à Très haute tension (THT) devant relier Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer, pour 2029. Ce projet est depuis le départ fortement contesté sur les territoires concernés. Surtout par les agriculteurs à l’instar de Carole Guintoli, propriétaire du terrain sur lequel se trouve le container. « J’ai pris mon pinceau et j’ai écrit, on s’imagine mieux l’impact sur la Camargue », retrace-t-elle au petit-déjeuner des opposants mardi matin.

    Un acte militant, pour cette ancienne élue avec le maire d’Arles Patrick de Carolis (Hor), présent. « La Camargue est belle car justement il n’y a rien. Avant de mettre la THT, mettez l’eau au robinet partout ! » lance-t-elle. « Comment on va travailler avec des pylônes au milieu des rizières ? On a des solutions alternatives. C’est comme si je prenais mon âne pour livrer mon riz au supermarché, qu’on ne dise pas qu’on n’est pas capable de faire autrement avec les ingénieurs qu’on a quand de mon côté je sème mon riz par drone. »

    « On se bat pour notre environnement »

    Dans cette mobilisation « ce n’est pas une question de bord politique » assure Julien Besançon, 1er adjoint de Saint-Martin-de-Crau et secrétaire national des Centristes. « L’État avance sans les élus du territoire qui eux se battront jusqu’au bout par tous les moyens pour une autre solution » que la ligne aérienne, selon l’élu. Le coût et le délai sont inaudibles. « Le coût est déjà plus élevé qu’à la base et les délais s’entendent s’il n’y a aucun recours ou action en justice. Sauf qu’il y en aura ! » promet-il.

    En filigrane, l’articulation de l’environnemental et du social. « On nous dépeint comme des grands empêcheurs, mais ce n’est que pour faire peur aux travailleurs pour leurs emplois et aux petits patrons s’imaginant qu’une partie des 20 milliards d’investissement est pour eux. Pour mieux les monter contre les opposants » analyse Jean-Laurent Lucchesi du collectif THT13/30, ornithologue et ancien directeur des Marais du Vigueirat. Car outre la protection des oiseaux et du vivant, le militant rappelle que « décarboner n’est pas dépolluer » et estime que les promesses de 60 000 emplois sont « des mirages », alors que le projet Carbon, 3 000 emplois et le plus dépendant de l’apport électrique, est abandonné.

    La rencontre des intérêts progressistes, environnementaux voire de classe se trouve peut-être dans cette approche, au-delà des discours sectorisés ou identitaires.

  • La ligne à très haute tension est loin d’être enterrée

    La ligne à très haute tension est loin d’être enterrée

    Sur le bord de la route de Gageron, petit hameau au sud-est d’Arles, champs et rizières s’offrent à la vue des rares passants. À l’exception des pylônes de la ligne électrique à 63 000 volts reliant Arles à Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard. Le projet de ligne Très haute tension (THT) à 400 000 volts, devant relier le poste gardois à Fos-sur-Mer, pour alimenter les projets industriels décarbonés, emprunterait un chemin similaire. Mardi matin, le transporteur d’électricité RTE, porteur du projet, a embarqué la presse pour un tour d’horizon des paysages traversés de Jonquières à Gageron, hameau d’Arles.

    La route empruntée suit une bande de 100 mètres élaborée dans le cadre de la demande de Déclaration d’utilité publique (DUP) formulée par RTE. Celle-ci s’étend sur 65 kilomètres, passant à l’est de Bellegarde, descendant près du Parc naturel régional de Camargue, bifurquant à hauteur de Gageron pour traverser le Rhône et rattraper l’emprise de la nationale 568 vers Fos. Au total, 145 pylônes de 40 à 60m de haut sont envisagés pour cette ligne aérienne sujette à controverse.

    Car au moment du départ pour la visite de presse, plusieurs banderoles sont déployées devant les journalistes présents au départ d’Avignon TGV mardi matin. « Cette ligne c’est la mort du tourisme et de nos activités économiques », lance une des opposantes, « c’est un passage en force qui n’a pas sa place dans une démocratie » lance un membre des Jeunes agriculteurs, « RTE va vous vendre du vent, cette ligne ne se fera pas avec l’opposition unanime », lâche un autre opposant, « ça fait deux ans et demi qu’on souhaite discuter avec RTE », conclut la première.

    La conférence de presse donnée par RTE n’a pas fait l’impasse sur le sujet. « Nous avons vu des gens avec qui on n’est pas d’accord, même si on discute », affirme Gilles Odone, délégué Méditerranée de RTE. « Nous ne vendons rien, nous rendons un service public dans le contexte de ré-électrification du pays. La nouvelle demande est de 6 000 mégawatts alors qu’on en consomme 8 000 en région Paca aujourd’hui. Les services de l’État ont donc estimé qu’il fallait apporter 4000 mw sur place », recontextualise le dirigeant. Cet apport représente un peu plus de 26 centrales de Gardanne (biomasse) ou de 4 centrales de Martigues (gaz).

    Le directeur du projet d’électrification Fos-Berre, Christophe Berassen, rappelle qu’après le dévoilement du fuseau de moindre impact en 2024, le débat public Fos-Berre avait été « une opportunité de dialogue avec le territoire », et indique que la Déclaration d’utilité publique fera l’objet d’une enquête publique à l’automne 2026, pour début des travaux en 2028 et livraison en 2030. « La DUP est travaillée avec le territoire et le tracé final se décidera en concertation avec tout le monde », annonce le chef de projet, notamment par « un travail fin avec les exploitants pour insérer au mieux les pylônes et protéger les haies ».

    Une âpre négociation

    Cette volonté affichée se heurte à une réalité. Aux ronds-points des entrées de Jonquières-Saint-Vincent, de Beaucaire, de Fourques et d’Arles, des banderoles arborent le même message : « Non à la ligne aérienne à Très haute tension. » Alors, le jeu de la négociation s’opère. « Nous proposons l’enfouissement des lignes existantes de 63 000 volts », explique Christophe Berassen lors de la conférence de presse, comme pour la ligne Jonquières-Arles présente à proximité du tracé de la future THT. Le directeur affirme que « d’ici 2035, un pylône installé vaudra trois pylônes supprimés », dans les deux départements. « Au départ, on était à un pour un », confie l’un des dirigeants au cours de la visite. « On connaît les opposants. On les rencontre, on propose de supprimer des pylônes à côté de chez eux pour en mettre un autre plus loin… Ça prend du temps », complète-t-il.

    Mais quid de l’alternative ? Selon les opposants, l’enfouissement total du projet THT est faisable. Mais selon RTE, qui indique avoir étudié 14 solutions différentes, c’est une question de coûts, d’emprise foncière… Et surtout de temps. « Nous avons besoin de cette électricité à échéance 2030-2031 car les industriels prennent actuellement leurs décisions finales d’investissement », rappelle Gilles Odone. Industriels et syndicats vont dans ce sens.

  • Les opposants à la Très haute tension demandent un moratoire à l’État

    Les opposants à la Très haute tension demandent un moratoire à l’État

    Trente-six associations, une quarantaine d’élus, plusieurs syndicats agricoles. C’est forts de ces chiffres et personnalités du territoire concernés par le futur projet de ligne à Très haute tension que les opposants à RTE et l’État, porteurs du projet, ont réalisé une « photo de l’union sacrée » jeudi matin au Mas des Bernacles.

    « Le passage en force de l’État constitue une remise en cause de la démocratie territoriale » affirme le collectif THT13/30, mobilisé pour demander « un moratoire sur l’instruction de la déclaration d’utilité publique et l’arrêt des démarches de RTE pour préparer les futurs travaux ». Dans la même veine, l’opposition de l’Union pour Arles renouvelle sa « proposition de consultation citoyenne » et affirme que « les propositions concernant l’enfouissement méritent d’être examinées ». Le président (Ren) de la Région Paca Renaud Muselier a également pris position dans un courrier au préfet de région le 11 juin. « Il faut trouver une solution d’équilibre, avec une définition des besoins assortie d’un calendrier des projets industriels » avance l’élu, soulevant « l’idée d’un miniréacteur nucléaire à étudier » à plus long terme.

    Le patronat presse

    Le collectif patronal Provence Fabrique des possibles balaie ces perspectives. « Les besoins électriques de notre région ont été établis par RTE à +4GW d’ici 2030, communiqués lors du débat public global » affirme le collectif, insistant : « La seule solution à même de répondre aux délais et à la consistance électrique. » Et aligne les promesses : « 60 000 emplois directs et induits » pour 2030. Les deux enjeux sont-ils irréconciliables ?

  • La ligne haute tension fait l’unanimité contre elle

    La ligne haute tension fait l’unanimité contre elle

    Les élus municipaux d’Arles ont à nouveau manifesté leur opposition au projet de ligne aérienne à Très haute tension (THT) de 400 000 V entre Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer porté par le gestionnaire du réseau électrique RTE, lors du conseil municipal de jeudi soir.

    En l’espèce, c’est un avis défavorable émis à l’unanimité par les élus contre la demande de déclaration d’utilité publique formulée par RTE et instruite par le ministère de l’Énergie le 13 mai.

    « Personne ici ne conteste les enjeux de transition énergétique, d’alimentation du territoire ou de décarbonation » affirme le maire (Hor) Patrick De Carolis, « mais de nombreuses interrogations demeurent à l’étude du dossier soumis à enquête publique et les garanties apportées sont insuffisantes face aux enjeux du territoire arlésien ».

    Une assistance juridique

    L’édile arlésien ne se résigne pas à se prononcer sur « un fuseau d’implantation de 65 km de long et 100 m de large » sans plus de précisions. En référence à l’étude d’impact du projet, « des pylônes de 60 m de haut […] traversent des secteurs aux équilibres fragiles, avec un impact significatif sur les espaces, la biodiversité et les activités économiques associées », liste le maire.

    En ce sens, la communauté d’agglomération ACCM présidée par Patrick De Carolis a aussi adopté un « recours éventuel à une assistance juridique spécialisée pour accompagner nos démarches ». L’élu demande « à l’État et RTE de compléter leur étude d’impact, d’approfondir l’analyse des conséquences sur les biens inscrits au patrimoine mondial et d’étudier sérieusement les solutions alternatives », notamment d’enfouissement, porté par les opposants.

  • La ligne très haute tension de Fos en réponse à une forte demande

    La ligne très haute tension de Fos en réponse à une forte demande

    « On est reparti en légère hausse. » Ce jeudi, dans le siège régional de RTE (Réseau de transport d’électricité) à Marseille, Gilles Odone, délégué de RTE en Méditerranée, entend rester « factuel » lors de la présentation du bilan électrique de la région Sud pour l’année passée. « La consommation est de l’ordre de 39,3 TWh [térawattheure, Nldr.], c’est 1,4% de plus qu’en 2024 », campe-t-il. Une consommation à mettre au regard de la production régionale : 17,3 TWh. « On représente un peu moins de 10% de la consommation nationale mais on ne représente que 3,2% de la production nationale », résume Gilles Odone. Lequel rappelle les particularités locales : « La production hydraulique [via les barrages par exemple, Ndlr.] c’est le premier moyen de production de la région (…) environ 40% de l’électricité consommée vient d’en dehors de la région. »

    Un bilan qui amène l’acteur à assurer que « les conditions sont réunies pour accélérer l’électrification ». Comprenez par là, le passage au tout électrique et la décarbonation de l’industrie. Et c’est justement pour ses projections vers l’avenir que l’acteur est attendu au tournant, puisque porteur du projet de construction de ligne très haute tension (THT) de 400 000 volts entre Jonquières (Gard) et Fos-sur-Mer en vue de cette décarbonation. « La ligne THT est aujourd’hui en instruction », élude Gilles Odone, sans rentrer dans les détails. Concrètement, RTE avance un premier chiffre illustrant les exigences à venir : « Les besoins en électricité de l’ensemble de la région sont évalués à environ 4 000 MW [Megawatt, Nldr.] à l’horizon 2030. » Et un autre qui montre aussi l’ampleur des sollicitations : « On a reçu plus de 6 000 MW de demandes de raccordement, c’est l’équivalent de la consommation actuelle de la région. »

    « Même sans Carbon… »

    Cette demande exponentielle s’explique par deux facteurs : « Il y a des besoins diffus, liés à l’électrification du pays : raccordement de bornes électriques, des navires à quai dans les ports, installation de pompes à chaleur… Il y a aussi les industriels, par exemple sur la zone de Fos, qui vont se décarboner, car ils n’ont pas le choix. » Mais la décarbonation sur le pourtour de l’Étang de Berre reste au stade de la lettre d’intention pour l’heure. Et les projets structurants de son électrification sont en suspens, voire pire comme avec l’exemple de l’usine géante de panneaux solaires, Carbon, qui a été abandonnée. « Il n’y en a pas beaucoup qui ont des décisions d’investissements », reconnaît Gilles Odone. Mais pas d’inquiétude du gestionnaire du réseau : « Même sans Carbon, on est au-delà de 6 000 MW de demandes. Nos infrastructures doivent être robustes. » D’autant que géographiquement, c’est bien cette zone qui concentre les besoins à venir : « Sur les 6 000 MW de demandes de raccordement, les deux tiers concernent la zone de Fos-sur-Mer. » Et même dans le pire des scénarios, où l’électrification des industries se ferait a minima, RTE assure qu’un renforcement des infrastructures serait quand même nécessaire : « Il y aura des sujets à résoudre. » Il cite notamment la question de la production hydraulique au regard du changement climatique. Autre argument : Sur les 4 000 MW estimés, environ 20% vient des « besoins diffus » qui sont eux aussi grandissants. En bref : « La structure du réseau très haute tension du Sud-Est n’est plus adaptée à cette hausse des consommations. »

  • Emmanuel Macron veut la ligne très haute tension à Fos d’ici 2029

    Emmanuel Macron veut la ligne très haute tension à Fos d’ici 2029

    La volonté de l’État de voir la ligne aérienne très haute tension (THT) entre Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer se concrétiser n’est plus à prouver. Moins de deux semaines après l’annonce du lancement de l’instruction de la demande de déclaration d’utilité publique (DUP) pour ce projet controversé, Emmanuel Macron a affirmé, lors de la réunion de l’équipe de France de l’électrification : « Cet axe est nécessaire. Nous devons donner un signal clair pour fournir la visibilité aux industriels qui veulent investir et tout mettre en œuvre pour que cette ligne soit en service d’ici 2029 pour faire face aux augmentations de consommation et permettre l’électrification des industries présentes et à venir. »

    Une déclaration saluée par les industriels et entreprises investis dans la démarche « Provence, Fabrique des possibles ». Stéphane Bergamini, délégué général de France Chimie Méditerranée présent lors de cette journée organisée à l’Élysée, se réjouit : « C’est un soutien politique essentiel qui apporte un horizon positif, (…) une véritable trajectoire, une vision du chef de l’État. »

    Tout en plaidant pour une accélération des délais de raccordement, le président de la République a précisé : « Ça ne se fera qu’en bonne concertation et coopération avec les territoires. » Or, du côté du Pays d’Arles, cette ligne de 400 000 volts provoque une levée de boucliers. Le collectif THT 13/30 milite pour une solution plus respectueuse des zones naturelles traversées, semi-enterrée, plus longue et plus coûteuse à mettre en œuvre que le projet porté par RTE.

    Cinquante implantations d’entreprises

    Suite à l’abandon de la giga-usine de photovoltaïque Carbon, dont les besoins étaient estimés à plus de 1,2 TWh d’électricité, l’organisation représentant 36 associations a repris à son compte « l’expression du président de la CCI du Pays d’Arles qui annonçait récemment que “si l’on continue comme cela, nous aurons les pylônes mais pas les industriels” ».

    Isabelle Campagnola-Savon, en charge de l’économie à la Région, balaie : « Carbon n’est pas l’entreprise qui avait besoin d’une capacité importante en électricité, à l’inverse de GravitHy. »

    Stéphane Bergamini abonde : « Carbon n’est pas l’arbre qui cache la forêt. Ce n’était qu’un petit projet dans une myriade de projets qui bénéficient d’un appui collectif. » La préfecture des Bouches-du-Rhône cite notamment en exemple le projet Mistral porté par Marcegaglia, visant à produire plus de 2 millions de tonnes d’acier bas carbone d’ici 2028. Le sidérurgiste a d’ores et déjà passé commande auprès du groupe Danieli pour 450 millions d’euros d’équipements.

    « Aujourd’hui, notre territoire est en train d’opérer sa mue, poursuit le délégué général de France Chimie Méditerranée. Nos besoins en électricité sont forts : on a plus de 50 projets d’implantations pour plus de 20 milliards d’investissements, avec 60 000 emplois directs et indirects à la clé à l’échelle de la région. L’industrie existante a aussi des besoins. Si je parle de la filière chimie, on est dans une trajectoire de décarbonation très forte avec des projets électro-intensifs comme Ineos à Lavéra qui va basculer vers de nouveaux procédés. »

    Les besoins de puissance électrique liés à la réindustrialisation de la zone Fos-Berre et à sa décarbonation, consolidés par RTE, s’élèvent à 5 à 6 GW de puissance complémentaire (à comparer aux pointes d’appel de puissance de l’ensemble de la Région estimées entre 5 et 8 GW).

  • Ligne THT : l’État accélère malgré les oppositions

    Ligne THT : l’État accélère malgré les oppositions

    Les opposants au projet s’indignent d’un passage en force. Le 13 mai, l’État a annoncé avoir engagé l’instruction de la demande de déclaration d’utilité publique (DUP), déposée par le gestionnaire du transport d’électricité RTE le 3 avril, relative au projet de ligne aérienne très haute tension de 400 000 volts entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent (Gard).

    « La situation géopolitique souligne plus que jamais la nécessité d’accélérer l’électrification de nos usages pour mettre fin, à terme, aux dépendances de notre pays aux énergies fossiles importées », justifie le ministère chargé de l’Énergie, qui appuie sur « l’importance stratégique de cette infrastructure pour l’avenir et la résilience énergétique de la zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos – étang de Berre ». Les pouvoirs publics et les industriels y projettent de 16,9 à 19,9 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2030. Avec, à la clé, la création potentielle de 10 000 emplois.

    « Décision descendante »

    Cette instruction marque une nouvelle étape décisive pour ce projet, pourtant largement décrié lors de la concertation publique préalable qui s’était déroulée du 12 février au 7 avril 2024. Si l’État affirme rester attentif à l’organisation du dialogue local avec la nomination de deux tiers facilitateurs d’ici fin mai, les opposants s’insurgent d’un choix politique brutal.

    Le Collectif THT 13/30, qui rassemble 36 associations, dénonce une décision « unilatérale » qui « confirme une orientation politique déjà arrêtée depuis plusieurs mois, au détriment d’un examen réellement objectif solutions alternatives ». Pour rappel, il avait présenté une option enterrée de 2GW continu passant sur les bords du Rhône puis sur les digues, sur des terrains exclusivement publics. Cette possibilité, plus coûteuse et moins rapide à mettre en œuvre que le projet porté par RTE (estimé à 300 millions d’euros lors de la concertation préalable), n’a « jamais été sérieusement écartée par des arguments techniques probants ». Pour le porte-parole du collectif Jean-Laurent Lucchesi, le délai est « un faux argument. Les délais industriels passent, les seuls qui sont prêts c’est Marcegaglia. Ce sont les échéances politiques qui dictent le calendrier. »

    La maire (SE) de Saint-Martin-de-Crau Séverine Dellanegra plaide également pour des « solutions alternatives », et déplore que des « espaces reconnus, protégés au niveau national et international » tels que le Parc naturel régional de Camargue et la Réserve naturelle des Coussouls de Crau soient « menacés par une décision descendante, technocratique et hors-sol ».

    Le Collectif THT 13/30 affirme qu’il ne « renoncera pas » et qu’il renforcera « les actions militantes ». Il assure disposer de moyens financiers suffisamment conséquents pour « poursuivre et engager les actions juridiques nécessaires ». La majorité de Saint-Martin-de-Crau va, lors du prochain conseil municipal, mettre au vote une délibération pour lui accorder une « enveloppe » en ce sens.

    « Le président de notre communauté d’agglomérations envisage de faire appel à un conseil juridique pour défendre notre territoire », précise Séverine Dellanegra. Une réunion avec l’ensemble des acteurs concernés devrait avoir lieu la semaine prochaine pour envisager la mobilisation à venir. Les élus du territoire finalisent également un courrier à l’adresse de la ministre Maud Bregeon. « On appelle tous de nos vœux la sécurisation électrique de la zone, mais pas en sacrifiant notre territoire », résume la maire de Saint-Martin-de-Crau.

  • Gaby Charroux face à la presse

    Gaby Charroux face à la presse

    La candidaturE

    Norhène Ouerfelli : C’est une liste citoyenne, avec 50% de renouvellement, que vous proposez ?

    Gaby Charroux : La liste est diverse, citoyenne, comme elle l’a toujours été. C’est drôle d’entendre le contraire, alors Paul Lombard avait décidé, en 1989, que la majorité communiste et socialiste allait s’ouvrir aux citoyens, dont je faisais partie par mes engagements professionnels et associatifs sportifs. C’est une liste citoyenne avec des gens du PCF, du PS, de Génération écologie et de Place publique, et des gens sans engagement politique. Ils sont à mon image : ils n’ont pas de dogme et prennent des décisions dans l’intérêt des Martégaux. Par exemple, je défends dans le même temps la clinique privée et l’hôpital, car on a besoin de ces médecins et chirurgiens dans ces deux pôles, avec les deux maisons de santé.

    Norhène Ouerfelli : Vous parlez souvent du bouclier martégal. De quoi s’agit-il concrètement ?

    G.C. : Ce sont toutes les actions sociales portées par la municipalité, comme le maintien à domicile avec portage de repas, ou le développement des foyers avec un cinquième ouvert au début du mandat, par exemple. Ce sont toutes les crèches municipales. C’est les gratuités, le prix du repas à la cantine de 2,30 euros, les colonies de vacances… Nous avons calculé une moyenne 400 euros de dépenses en moins par mois et par famille. Les centres d’initiation sportive, gratuits, permettent aux plus jeunes de découvrir le sport, dès 2 ans avec des activités adaptées, sans oublier l’inclusion des enfants handicapés. L’accès à la culture aussi, au conservatoire Picasso, où l’on peut apprendre un instrument jusqu’à 12 ans gratuitement.

    Philippe Boccara : Quelle est votre stratégie de succession ?

    G.C. : Ma seule stratégie est d’être au service de l’intérêt général des habitants de ma ville. Vous me voyez me présenter aux électeurs pour passer la main dans six mois, un an ? Les accidents de la vie, Il y en a pour tout le monde, tout peut arriver. Moi, j’ai la forme et la santé. On verra la suite en avançant. Ça fait 10 ans que je regarde autour de moi pour savoir qui pourra être là 24h sur 24, comme moi, et j’ai des idées. Des échéances électorales vont venir, comme les législatives au moins dans 2 ans, Pierre [Dharréville] sera notre candidat sans aucun doute et j’espère qu’on regagnera cette circonscription.

    La Sémivim

    Philippe Boccara : L’affaire de la Sémivim (Société d’économie mixte immobilière de la Ville de Martigues) a empoisonné votre mandat. Aujourd’hui, vous êtes encore mis en examen ?

    G.C. : Je rappelle qu’il s’agit d’une mise en examen seulement au motif de favoritisme. La corruption, l’enrichissement ou tout autre sujet ont été éliminés. Je remarque aussi qu’on parle de l’affaire Sémivim, alors que la victime, c’est la Sémivim ! Car des personnes ont considéré qu’elles pouvaient détourner de l’argent par le lien établi entre des agents et des entreprises, auxquelles elles ont fait croire que, pour bénéficier de marchés, il fallait les intéresser. La mise en examen repose essentiellement sur les fonctions occupées alors par quelques élus, membres de la CAO [commission d’appel d’offres], et moi en tant que président directeur général, à ce moment-là. Et aucun élu, ni moi, sommes concernés par la corruption ou la prise illégale d’intérêts. Nous sommes aujourd’hui partie civile. Nous avons été reconnus comme victime, également la Ville et la Sémivim.

    Léo Purguette : Est-ce que cela a abîmé le lien de confiance avec la population ?

    G.C. : J’ai chaque jour des preuves de la confiance que m’accorde la population. Elle a compris la réalité de cette affaire. Les entreprises ont reconnu leurs fautes et ont versé des indemnités à la Sémivim et la Ville. Le procès traitera de la corruption et je n’ai aucun lien avec ça. Sur la question qui me concerne, oui, j’étais PDG de la société, mais complètement étranger à ces agissements et je n’ai rien à me reprocher.

    La Santé

    Norhène Ouerfelli : Il est parfois difficile de trouver un médecin spécialiste aujourd’hui. Quelles mesures pour y arriver ?

    G.C. : L’accès à la santé n’est pas égalitaire pour tous aujourd’hui. J’ai l’exemple de quelqu’un qui s’est fait opérer de la cataracte par un ophtalmo à Châteauneuf, il a payé 400 euros de dépassement d’honoraires. Il peut payer, il le fait. Mais combien d’autres renoncent aux soins ? Mon obsession, c’est l’accès au droit à la santé égal pour tous.

    Thierry Bezer : Martigues est parfois vue comme un désert médical…

    G.C. : Au contraire ! Quand je vois des villes comme la nôtre et non loin sans les mêmes moyens… On a une perspective, pour l’hôpital, de mettre à disposition le foyer de l’Adret. La Chrysalide va déménager et les internes seront à 100 mètres de l’hôpital. Nous avons une politique d’acquisition de locaux commerçants pour les mettre à disposition des cabinets à loyer très bas, pas comme le privé. Il y a deux cas : un en centre-ville avec des médecins généralistes, l’autre à Croix-Sainte avec le cabinet dentaire.

    La sécurité

    Philippe Boccara : Vous proposez une brigade de police de centre-ville dans votre programme. Dans quel but ?

    G.C. : La brigade de centre-ville a pour but de remplacer la police de proximité. Les gens sont contents, même dans les quartiers, car ça vient contrecarrer les dealers. On a perdu 50 policiers nationaux depuis 15 ans. Je l’ai dit au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez : je veux plus de police. L’Assemblée nationale travaille un projet de loi qui donnera plus de compétences à la police municipale. Ça veut dire plus de moyens humains à la charge des communes et moins pour la police nationale ? Ça donne une sécurité à deux vitesses : les villes qui peuvent donner des moyens et celles qui ne peuvent pas.

    Philippe Boccara : Et les caméras, elles fonctionnent toutes ?

    G.C. : On a 180 caméras de surveillance et 18 lectures automatiques de plaques d’immatriculation, qui ont permis de résoudre beaucoup d’affaires, et elles marchent toutes. On a des agents au central devant les caméras de 6h à 1h du matin. On est aussi exemplaires sur la prévention que sur la répression.

    Le Logement

    Norhène Ouerfelli : Martigues est au-delà du seuil légal de logements sociaux. Est-ce qu’il faut arrêter d’en construire ?

    G.C. : Nous avons 28% de logements sociaux, soit 6 000 sur les 25 000 de Martigues. Il y a 12 000 demandes, car 72% des Français sont éligibles au logement social. Sur les 12 000 demandes, 5 000 concernent des Martégaux. Faut-il arrêter de construire ? Au domaine de Manon, il y 250 logements sociaux, mélangés avec de l’accession à la propriété, du locatif à coût maîtrisé, et vous ne faites pas la différence quand vous passez devant. C’est fini les cités de 745 logements comme avant.

    Philippe Boccara : Est-ce que ça marche, les contrôles sur les ventes pour garantir que ce sont des martégaux qui achètent ?

    G.C. : Oui ça marche, on contrôle, les promoteurs doivent nous dire à qui ils vont vendre et on vérifie que ce soient des Martégaux. C’est un accord avec le promoteur. Cette préférence n’est pas contre ceux qui viennent d’ailleurs, mais contre les autres maires qui ne construisent pas les logements ! Ça explique aussi les 12 000 demandes, car les gens savent où chercher. Pas comme sur le reste la Côte bleue…

    L’industrie

    Léo Purguette : Martigues est un territoire industriel historique concerné par les projets de décarbonation. Comment faire pour accueillir les 10 000 nouveaux travailleurs qu’on nous promet ?

    G.C. : Depuis 100 ans, Martigues a une zone industrielle pétrochimique à Lavéra. Nous en sommes fiers et nous voulons préserver ce qui existe. Soit des milliers d’emplois, avec de bons salaires car les syndicats luttent. On y est attaché. La décarbonation pourra peut-être enfin réconcilier l’industrie et l’environnement. J’ai proposé une organisation de la gouvernance au Président de la République, à territoire d’exception, loi d’exception. Il l’avait acté. Même si la gouvernance n’est pas encore mise en place.

    Léo Purguette : Pour décarboner, il faut de l’électricité. Pour ou contre la ligne à très haute tension ?

    G.C. : Je suis pour, y compris pour préserver l’environnement. On peut enterrer tout ou partie, c’est toujours une question d’argent. Il faut préserver la Camargue, mais aussi la richesse du territoire.

    Léo Purguette : Martigues est aussi une terre de cinéma…

    G.C. : Le cinéma offre une opportunité extraordinaire, avec les studios d’Olivier Marchetti. Il y a un projet d’hôtel 4 étoiles de 80 chambres en cours, sur le boulevard maritime, au bord du canal, c’est acté. Accor est dessus, mais je voudrais mieux, on discute pour augmenter d’un cran.

    La Métropole

    Norhène Ouerfelli : Jusqu’où êtes-vous prêt à aller dans le bras de fer que vous avez engagé avec la Métropole ?

    G.C. : Le sujet qui fâche, c’est les ordures ménagères : c’est catastrophique. Quand on était en responsabilité, on gérait Port-de-Bouc, Saint-Mitre et Martigues, ça marchait parfaitement. Avec la Métropole, on éloigne les décideurs de la population et ça produit le résultat qu’on avait prédit. À l’automne, sur 24 bennes dédiées aux trois communes, 20 avaient besoin de réparations et ne sont pas envoyées au garage. J’en veux aux services de Martine Vassal qui ne nous entendent pas quand ça va mal. On a dû suppléer et engager de nouvelles équipes à la propreté urbaine de Martigues. C’est la multi-peine ! J’ai demandé qu’on nous rende la compétence, les trois communes sont d’accord. La réponse, c’est « on peut pas c’est la loi ». Il y a une autre solution, nous rendre seulement l’organisation locale. Peut-être peut-on arriver à faire changer la loi avec la grande ville centrale, Marseille.

    Léo Purguette : Vous avez été candidat à la présidence de la Métropole. Le serez-vous encore ?

    G.C. : Je ne crois pas que je serai candidat. On n’en est pas là, on prépare des municipales, on verra ce qui en ressort, car la seule Ville de Marseille n’a pas la majorité à la Métropole. C’est un enjeu très important sur l’eau et l’assainissement, aujourd’hui, on voit l’alignement du prix alors qu’on avait les plus bas du département et tout le bénéfice était réinvesti. Les partages de subventions devraient être équitables pour tous. Ça n’est pas le cas.

    L’étang de Berre

    Antonin Maja : Vous avez soutenu le classement de l’étang de Berre à l’Unesco. Quelle est la suite ?

    Gaby Charroux : L’étang de Berre est le cœur de notre métropole et de notre département. La candidature à l’Unesco a réveillé tout le monde. On n’a pas réussi, mais l’essentiel est de sauver l’étang et poursuivre sa réhabilitation, pour la pêche ou le tourisme. On a besoin de rouvrir le tunnel du Rove, mais surtout de la dérivation de l’eau de la Durance, qui ne va pas coûter 16 millions, mais 2 milliards d’euros. Il faut que la Région aide quand elle aura fini de financer les JO. Je suis pour, en tant que passionné de sport.

    La presse

    Léo Purguette, président et directeur éditorial – La Marseillaise

    Norhène Ouerfelli, journaliste – Maritima

    Philippe Boccara, grand reporter – Ici Provence

    Thierry Bezer, journaliste – France 3

    Antonin Maja, journaliste – La Marseillaise

  • Des portuaires qui défendent leur force de travail

    Des portuaires qui défendent leur force de travail

    Lors de ses vœux, ce jeudi 22 janvier, Pascal Galéoté, secrétaire général CGT du Grand Port maritime de Marseille, a tenu à rappeler que son activité relevait avant tout du « fruit du travail des travailleuses et travailleurs du port ».

    S’il convient que « le port dispose d’un modèle économique robuste », il s’interroge sur l’avenir de cet outil de développement crucial du territoire, notamment « sur la finalité de certains projets sur les segments à la fois liés à la décarbonation et soumis à une concurrence exacerbée ». Pour le responsable syndical, « les prochaines élections municipales sont un laboratoire politique ». Et de souligner que « depuis plusieurs semaines, nous voyons fleurir des discours d’équilibrisme électoral, le fameux “en même temps” ». 

    Décarbonation sans ligne THT ?

    À savoir : « Un emploi industriel mais en même temps sans industrie, pour la souveraineté énergétique mais avec une baisse de la production, pour la décarbonation mais contre la ligne à très haute tension, pour la transition écologique mais contre le transport ferroviaire, pour la qualité de l’air mais contre le branchement des navires à quai. » Et au final, des positionnements « toujours contre les industries des activités portuaires, qu’il s’agisse des passagers, de la réparation navale ou du transport des marchandises », résume-t-il. Autant d’éléments qui poussent le syndicat à la plus grande prudence.