En interrogeant sans concession
les premiers magistrats
des communes de Provence,
sur les chantiers, leurs décisions, leurs perspectives, La Marseillaise met en lumière la vie des
communes, cellule de base
de la République.
La Marseillaise : Après cet été difficile, comment se relève le village ?
Jean-Pierre Véran : On a eu pas mal de réunions avec le préfet, avec le contrôleur général du Sdis et les différents partenaires, la police municipale, les gendarmes… Le préfet a mis à disposition les services de l’ONF ainsi que 14 personnes de l’ACES [Association pour le développement de l’économie sociale et solidaire, Ndlr], en réinsertion professionnelle. On est passé en priorité car on a beaucoup de bois à couper. On a eu 600 hectares de forêt communale brûlés et des travaux conséquents ont été entrepris depuis à peu près un mois. Ça nous permet de commencer à dégager les zones brûlées et de reconstituer ce qui a été touché par le feu. Il faudra des années, mais il y a eu une reprise intéressante de la végétation. Pour les sinistrés, le CCAS tient des permanences. On essaie de solutionner des problèmes, pour les assurances, quand ça n’avance pas trop, on essaie d’appuyer un peu sur le bouton pour dire aux assureurs de les aider, parce que ces gens-là ont perdu beaucoup.
Peut-on parler de l’été le plus difficile de votre carrière de maire ?
J.-P.V. : Clairement. Avant que le feu n’arrive le 21 juillet, la température était très haute, ce qui fait que la population restait chez elle, ce qui a eu des conséquences pour les commerçants. Et le feu a couronné le tout. Nous avons fait partie des communes les plus chaudes de France. Et avec ce feu qui a duré vingt jours, ça a créé un impact supplémentaire. Cela fait 36 ans maintenant que je suis maire et c’est le premier été qui a été aussi difficile à surmonter.
On imagine qu’il y a eu des conséquences sur la fréquentation touristique, cœur de l’activité du village…
J.-P.V. : Ce n’est pas tant le feu que la canicule qui a impacté l’été. D’ailleurs, avec le magnifique début d’automne, une très forte population est venue, surtout des touristes retraités qui viennent volontiers au village. On a un peu rattrapé ce qu’on a perdu en été en septembre et octobre. Et là, il semblerait que la semaine prochaine aussi, le temps soit encore bon. Il y aura un manque à gagner, mais pas aussi conséquent que ce que les commerçants attendaient, plutôt entre 10% et 20%, je pense.
Malgré tout, cet été n’a-t-il pas permis de resserrer les liens avec les villages alentour, avec qui la solidarité s’est avérée très importante ?
J.-P.V. : Tout à fait, que ce soit avec Entrecasteaux, Salernes, Carcès, Montfort-sur-Argens, Correns, Barjols ou Pontevès, il y a eu une très forte solidarité des communes à tous égards. Et ça continue d’ailleurs parce qu’on fait des manifestations ensemble, comme une journée de sensibilisation sur le feu, le 24 octobre dernier. Le 22 novembre, on va aller sur le terrain avec un spécialiste de la pierre sèche parce qu’on a découvert une ancienne glaciaire : on va faire une journée de sensibilisation pour remettre en état ce bâtiment. Ce sont des choses positives, importantes pour notre population parce que les gens sont ensemble, discutent et parlent du feu, certes, mais aussi de l’avenir.
Vous êtes maire de Cotignac depuis plus de 36 ans. À 83 ans, qu’est-ce qui vous donne encore l’envie ?
J.-P.V. : J’ai la forme, donc tant que ça peut aller, je tiens. Je n’étais pas trop chaud à l’idée de me représenter, mais mes collègues m’ont dit : « Jean-Pierre, il faut que tu continues, parce que tu connais bien la commune, les différents acteurs autour, les préfets, le Département, la Région, etc. » Moi, ça me fait plaisir, parce que quand j’ai pris cette commune, rien ne s’y passait. On a revu le village de fond en comble et j’en suis très fier et heureux. L’année dernière, dans le cadre des 120 ans de la laïcité, j’ai renommé une place « place de la République » car je suis très attaché aux symboles de la République. Je vais essayer de faire, au cœur du village, une résidence intergénérationnelle d’une dizaine de logements. Je veux mélanger jeunes et moins jeunes, parce que je pense qu’aujourd’hui, il faut essayer de grossir les liens, qu’on arrive à cette société, à ce qu’on se parle les uns et les autres. Tant que je pourrai tenir le cap, je serai là pour y participer.
Quels sont les grands défis de ce mandat pour votre commune ?
J.-P.V. : C’est tout ce qui touche à la transition écologique. On va faire un beau jardin de 1 200 m², un espace où jeunes et anciens vont se réunir, quelque chose de fantastique. En dessous, il y a beaucoup d’eau, on va créer des systèmes de jets sur lequel on est en train de travailler. Je suis aussi en train de lancer un projet important, un parking de 2 000 m² où je vais mettre des ombrières solaires afin de produire de l’énergie pour tous les bâtiments communaux. On va même en vendre à des bâtiments et des personnes qui en ont besoin. Je pense au centre commercial, la maison de retraite, quelques équipements à qui on va vendre de l’électricité à un prix moins cher. J’ai encore pas mal d’ambitions pour 2027 !
Les aides aux collectivités diminuent de plus en plus. Êtes-vous inquiet face à ces contraintes budgétaires ?
J.-P.V. : Oui, parce qu’on a de plus en plus de difficultés par rapport à l’État et le projet de loi de finances va encore grignoter notre budget. La baisse du taux de remboursement de la TVA [de 16,404 à 11,404%, prévu par le projet de loi finances, Ndlr], c’est encore une ressource qu’on va perdre. J’ai une situation saine, parce que comme je suis un ancien, j’ai toujours été attaché à une gestion rigoureuse, mais je suis un peu inquiet pour les nouveaux maires. On n’a pas le droit d’avoir des budgets déficitaires comme l’État, donc il faut qu’on soit équilibrés et malheureusement, les charges deviennent de plus en plus contraignantes. Et le millefeuille administratif, avec les communautés d’agglo ou de communes, représente aussi des charges qui commencent à être lourdes. Il y a des actions positives, mais il y a une gestion importante. Et en année électorale, c’est toujours plus difficile parce qu’il y a ensuite les législatives, la mise en place du gouvernement, on ne sait pas comment ça va se passer. Personnellement, mes dossiers peuvent être réalisés parce que je les ai préparés, mais si vous n’avez rien préparé, ce sera une année plus compliquée pour les élus.

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