La Marseillaise : En quoi l’incendie du Bois de France de 2003 et l’incendie du Bois Noir de cet été sont comparables ?
Claude Rémy : Dans les deux cas, il s’agit bien sûr d’incendies de montagne. Avec une végétation globale au niveau de la forêt : on a dans les deux cas beaucoup de résineux avec du pin sylvestre. Les altitudes sont semblables, mais l’orientation est un peu différente. Au niveau du Bois Noir, on a des terrains plus escarpés, donc avec plus de risques de chute de blocs et d’érosion. C’est peut-être ce qui peut limiter un peu la régénération, si on a des très fortes pluies qui peuvent raviner le sol.
Quelques semaines après l’incendie, la végétation a-t-elle déjà commencé à revenir au Bois Noir ?
C.R. : Pas énormément, mais il y a quelques plantes qui commencent à repousser. Et ça correspond à ce qu’on avait vu au Bois de France : des plantes bisannuelles, c’est-à-dire qui mettent deux ans pour fleurir ont démarré à pousser à l’automne. Il y a quelques lézards qui reviennent également… Mais tout va dépendre de l’impact de l’incendie au sol. Vous avez des zones qui sont où le sol est davantage brûlé. Là, ça aura plus de mal à partir.
Combien de temps cela va-t-il prendre ?
C.R. : Longtemps ! Au Bois de France, la biodiversité est revenue progressivement, très lentement, avec d’abord les plantes, qui ont attiré les insectes, qui à leur tour ont favorisé la pollinisation.
Faut-il laisser la forêt se régénérer naturellement ou faut-il replanter ?
C.R. : Certains îlots n’ont pas brûlé, et ils vont jouer un rôle important dans la régénération de la forêt. Il faut les préserver. De même pour les arbres complètement calcinés : ils peuvent servir de perchoir pour des oiseaux, qui eux transportent les graines. Mais la question fait débat. Le mieux serait une régénération naturelle, car on a déjà les espèces adaptées au climat et au sol, ce qui permet d’avoir des arbres plus résistants et ensuite un retour d’une forêt en bon équilibre avec le milieu. Mais l’inconvénient, c’est que cela prend beaucoup de temps, des dizaines d’années. Et dans le cas du Bois Noir, où il y a des risques naturels importants de chutes de blocs et glissements de terrain, il vaut peut-être mieux replanter pour aller plus vite. Mais il ne faut pas faire n’importe quoi. Il faut des essences adaptées au sol et au climat, et ne pas faire des reboisements monospécifiques. Car dans la forêt, on parle souvent de l’arbre, mais c’est en réalité un espace complexe où les êtres vivants dépendent les uns des autres. L’idéal, ce serait que différentes instances aux spécialités diverses discutent ensemble pour établir la meilleure stratégie.
Entretien réalisé par Agathe Di Lenardo
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