Tag: TVA

  • [Parole de maire] Jean-Pierre Véran, maire (SE) de Cotignac (Var) : « C’est le premier étéaussi difficileà surmonter »

    [Parole de maire] Jean-Pierre Véran, maire (SE) de Cotignac (Var) : « C’est le premier étéaussi difficileà surmonter »

    En interrogeant sans concession
    les premiers magistrats
    des communes de Provence,
    sur les chantiers, leurs décisions, leurs perspectives, La Marseillaise met en lumière la vie des
    communes, cellule de base
    de la République.

    La Marseillaise : Après cet été difficile, comment se relève le village ?

    Jean-Pierre Véran : On a eu pas mal de réunions avec le préfet, avec le contrôleur général du Sdis et les différents partenaires, la police municipale, les gendarmes… Le préfet a mis à disposition les services de l’ONF ainsi que 14 personnes de l’ACES [Association pour le développement de l’économie sociale et solidaire, Ndlr], en réinsertion professionnelle. On est passé en priorité car on a beaucoup de bois à couper. On a eu 600 hectares de forêt communale brûlés et des travaux conséquents ont été entrepris depuis à peu près un mois. Ça nous permet de commencer à dégager les zones brûlées et de reconstituer ce qui a été touché par le feu. Il faudra des années, mais il y a eu une reprise intéressante de la végétation. Pour les sinistrés, le CCAS tient des permanences. On essaie de solutionner des problèmes, pour les assurances, quand ça n’avance pas trop, on essaie d’appuyer un peu sur le bouton pour dire aux assureurs de les aider, parce que ces gens-là ont perdu beaucoup.

    Peut-on parler de l’été le plus difficile de votre carrière de maire ?

    J.-P.V. : Clairement. Avant que le feu n’arrive le 21 juillet, la température était très haute, ce qui fait que la population restait chez elle, ce qui a eu des conséquences pour les commerçants. Et le feu a couronné le tout. Nous avons fait partie des communes les plus chaudes de France. Et avec ce feu qui a duré vingt jours, ça a créé un impact supplémentaire. Cela fait 36 ans maintenant que je suis maire et c’est le premier été qui a été aussi difficile à surmonter.

    On imagine qu’il y a eu des conséquences sur la fréquentation touristique, cœur de l’activité du village…

    J.-P.V. : Ce n’est pas tant le feu que la canicule qui a impacté l’été. D’ailleurs, avec le magnifique début d’automne, une très forte population est venue, surtout des touristes retraités qui viennent volontiers au village. On a un peu rattrapé ce qu’on a perdu en été en septembre et octobre. Et là, il semblerait que la semaine prochaine aussi, le temps soit encore bon. Il y aura un manque à gagner, mais pas aussi conséquent que ce que les commerçants attendaient, plutôt entre 10% et 20%, je pense.

    Malgré tout, cet été n’a-t-il pas permis de resserrer les liens avec les villages alentour, avec qui la solidarité s’est avérée très importante ?

    J.-P.V. : Tout à fait, que ce soit avec Entrecasteaux, Salernes, Carcès, Montfort-sur-Argens, Correns, Barjols ou Pontevès, il y a eu une très forte solidarité des communes à tous égards. Et ça continue d’ailleurs parce qu’on fait des manifestations ensemble, comme une journée de sensibilisation sur le feu, le 24 octobre dernier. Le 22 novembre, on va aller sur le terrain avec un spécialiste de la pierre sèche parce qu’on a découvert une ancienne glaciaire : on va faire une journée de sensibilisation pour remettre en état ce bâtiment. Ce sont des choses positives, importantes pour notre population parce que les gens sont ensemble, discutent et parlent du feu, certes, mais aussi de l’avenir.

    Vous êtes maire de Cotignac depuis plus de 36 ans. À 83 ans, qu’est-ce qui vous donne encore l’envie ?

    J.-P.V. : J’ai la forme, donc tant que ça peut aller, je tiens. Je n’étais pas trop chaud à l’idée de me représenter, mais mes collègues m’ont dit : « Jean-Pierre, il faut que tu continues, parce que tu connais bien la commune, les différents acteurs autour, les préfets, le Département, la Région, etc. » Moi, ça me fait plaisir, parce que quand j’ai pris cette commune, rien ne s’y passait. On a revu le village de fond en comble et j’en suis très fier et heureux. L’année dernière, dans le cadre des 120 ans de la laïcité, j’ai renommé une place « place de la République » car je suis très attaché aux symboles de la République. Je vais essayer de faire, au cœur du village, une résidence intergénérationnelle d’une dizaine de logements. Je veux mélanger jeunes et moins jeunes, parce que je pense qu’aujourd’hui, il faut essayer de grossir les liens, qu’on arrive à cette société, à ce qu’on se parle les uns et les autres. Tant que je pourrai tenir le cap, je serai là pour y participer.

    Quels sont les grands défis de ce mandat pour votre commune ?

    J.-P.V. : C’est tout ce qui touche à la transition écologique. On va faire un beau jardin de 1 200 m², un espace où jeunes et anciens vont se réunir, quelque chose de fantastique. En dessous, il y a beaucoup d’eau, on va créer des systèmes de jets sur lequel on est en train de travailler. Je suis aussi en train de lancer un projet important, un parking de 2 000 m² où je vais mettre des ombrières solaires afin de produire de l’énergie pour tous les bâtiments communaux. On va même en vendre à des bâtiments et des personnes qui en ont besoin. Je pense au centre commercial, la maison de retraite, quelques équipements à qui on va vendre de l’électricité à un prix moins cher. J’ai encore pas mal d’ambitions pour 2027 !

    Les aides aux collectivités diminuent de plus en plus. Êtes-vous inquiet face à ces contraintes budgétaires ?

    J.-P.V. : Oui, parce qu’on a de plus en plus de difficultés par rapport à l’État et le projet de loi de finances va encore grignoter notre budget. La baisse du taux de remboursement de la TVA [de 16,404 à 11,404%, prévu par le projet de loi finances, Ndlr], c’est encore une ressource qu’on va perdre. J’ai une situation saine, parce que comme je suis un ancien, j’ai toujours été attaché à une gestion rigoureuse, mais je suis un peu inquiet pour les nouveaux maires. On n’a pas le droit d’avoir des budgets déficitaires comme l’État, donc il faut qu’on soit équilibrés et malheureusement, les charges deviennent de plus en plus contraignantes. Et le millefeuille administratif, avec les communautés d’agglo ou de communes, représente aussi des charges qui commencent à être lourdes. Il y a des actions positives, mais il y a une gestion importante. Et en année électorale, c’est toujours plus difficile parce qu’il y a ensuite les législatives, la mise en place du gouvernement, on ne sait pas comment ça va se passer. Personnellement, mes dossiers peuvent être réalisés parce que je les ai préparés, mais si vous n’avez rien préparé, ce sera une année plus compliquée pour les élus.

  • Opération déminage auprès de commerçants plus qu’inquiets

    Opération déminage auprès de commerçants plus qu’inquiets

    Je sais le traumatisme qu’a été le 17 octobre, vous avez vécu des scènes de pillages d’une violence folle et inacceptable et ça ne se reproduira pas », a posé Emmanuel Macron lors de sa rencontre avec les commerçants en préfecture. Quelques heures avant la venue « surprise » du président de la République dans la cité phocéenne, plusieurs associations de commerçants marseillais avaient envoyé un communiqué commun réclamant des « actes concrets » comme le renforcement des aides financières « à la hauteur des préjudices subis » quand les assurances ne paient pas tout, un « soutien adapté (…) y compris en l’absence de dégradations matérielles », l’anticipation et l’adaptation lors des manifestations à risques et enfin « l’annulation ou l’exonération des charges sociales et fiscales pour les commerces sinistrés ».

    Le bilan est lourd : « 3 commerces sur 4 sur la Canebière impactés », selon l’un des artisans concernés, 500 en tout dont 331 sinistrés et 118 totalement pillés, précise Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence.

    Il s’inquiète : « Des commerçants ont décidé de se défendre seuls, on leur dit de ne pas le faire. Il faut que la peur change de camp, que les profiteurs soient punis. »

    Un souci de TVA

    pour l’UPE 13

    Jean-Christophe Amarantinis, président de l’UPE 13 (Union pour les entreprises), a lui estimé qu’il y avait « un trou dans la raquette » sur la TVA dont les commerçants ont fait l’avance. Et de réclamer une dérogation de la part de Bercy. Un commerçant avance : « Il va falloir faire en sorte que les aides ne soient pas seulement pour ceux qui sont fermés », mais aussi pour ceux qui « vont aider à remettre de la lumière dans notre ville ». Un autre demande à ce que les prêts pour repartir prennent en compte la capacité de remboursement.

    Également présent, Rodolphe Saadé, président de la CMA CGM, joue les pères Noël. « On est là pour vous aider en matière de logistique », assure-t-il, avec une mise à disposition de ses avions et bateaux, pour permettre la reconstitution des stocks de marchandises au plus vite et « assurer au minimum les fêtes de fin d’année ». Et d’ajouter : « Ne vous inquiétez pas pour le paiement. »

    Mais il va falloir de la patience quand Serge Papin, ministre du Commerce, répond : « Les choses vont être un peu traitées au cas par cas. » Emmanuel Macron a affiché son soutien avec la mise en place d’un dispositif « très simple ». En attendant, le fonds régional « Solidarité commerces pillés » a été réactivé ce lundi, débloquant une aide financière d’urgence à hauteur de 10 000 euros pour faire face aux premières dépenses.

  • Un congrès de mobilisation pour la CGT de RTE Sud-Est

    Un congrès de mobilisation pour la CGT de RTE Sud-Est

    « Une chose est certaine, nous ne lâcherons rien sur notre statut, nos droits et nos conquis sociaux », affirme Guillaume Dobbels en conclusion du congrès de la CGT RTE Sud-Est, syndicat régional du gestionnaire public du réseau électrique haute tension. Ce dernier a été élu co-secrétaire général aux côtés d’Éric Prunieres lors du congrès tenu à Martigues jeudi.

    Un congrès tenu en pleine mobilisation des agents pour la préservation de leur statut particulier des Industries électriques et gazières (IEG). Après la mobilisation historique du 15 septembre dans la filière, Guillaume Dobbels assure que « ce n’est pas la fin de l’histoire, le 29 septembre sera une nouvelle journée de lutte pour nos salaires et pour la défense de nos services publics ». Et indique que la CGT est « toujours sans réponse à l’ultimatum lancé au premier ministre pour nous recevoir d’ici au 2 octobre ». La mobilisation est dans toutes les têtes et Éric Prunieres la justifie : « Derrière la question du tarif agent, c’est notre statut, notre contrat social et nos conquis collectifs qui sont au cœur de nos préoccupations. Ces droits ne sont pas des privilèges, ils sont le résultat de décennies de luttes et font partie de l’histoire des électriciens et des gaziers », affirme-t-il.

    Un pôle public de l’énergie

    Outre les conquis sociaux, le congrès du syndicat est l’occasion de débattre de l’avenir du métier à l’occasion d’une table ronde thématique. « Le projet actuel de l’entreprise est de réduire les équipes grâce à de nouveaux outils en développement. Notre statut protège et si le réseau fonctionne c’est grâce aux agents à statut, car le privé lui habilite à la volée », introduisait Éric Prunieres. Jérémie Balas, à la maintenance, rebondit : « Quand on voit la qualité de maintenance et les bons chiffres d’accident du travail, il faut le marquer qu’on veut continuer, au moins, voire aller plus loin. » « C’est aussi une question de sauvegarde des métiers et des compétences », selon Fabien Liénard, à la planification.

    « Certains producteurs ont le statut IEG, d’autres non, c’est une concurrence déloyale », pointe Henri Collomb, technicien retraité de RTE. « L’Europe a créé des fournisseurs bidon pour baisser le prix, mais l’inverse s’est produit. C’est une politique de copinage », complète-t-il. « Le gouvernement actuel est très proche des décideurs européens », relève Eric Prunieres, « certains producteurs organisent la pénurie pour vendre l’électricité plus cher ».

    « C’est pour ça qu’on revendique un pôle public de l’énergie, qui est un bien commun, et qu’on dénonce la TVA à 20% alors que l’énergie est un bien vital », renchérit Elsa Chaillan, technicienne de maintenance. « On doit expliquer aux gens que si la facture augmente, c’est pas notre faute car le prix de revient est toujours le même, mais de celle des marchands extérieurs qu’on nous a imposée pour la compétitivité », conclut Éric Prunieres. « Peut-être que la population voudra un jour reprendre la main, comme avec le prix de l’essence », rebondit Fabien Liénard. Un débat tout actuel.

  • Nouveau record du prix du gazole dimanche

    Nouveau record du prix du gazole dimanche

    À 10h30 dimanche, le prix du litre de gazole atteint 2,4097 euros, selon une moyenne calculée par l’AFP à partir des prix affichés dimanche pour plus de 8 700 stations-service sur le site Prix-carburants.gouv.fr du ministère de l’Économie, et dépassant le précédent record établi la veille.

    À plus de 2,17 euros le litre dimanche matin selon une moyenne enregistrée dans plus de 6 700 stations, le SP95-E10, carburant le plus vendu en France, évolue depuis plus d’une dizaine de jours au-dessus de son pic de 2022 de 2,11 euros. Et très au-dessus des 1,57 euro d’octobre 2018 déclenchant le mouvement des Gilets jaunes.

    Si le ministre du Commerce Serge Papin a indiqué vendredi que l’aide gouvernementale sur les carburants ciblée sur les « gros rouleurs », initialement prévue jusqu’au 30 septembre, ne « s’arrêtera pas ». Le soutien s’arrêtera là. La limitation des dispositifs de soutien a encore été justifiée samedi par le ministère de l’Économie par la situation des finances publiques françaises, dont l’endettement atteindra un niveau record en 2027 en raison d’un déficit public demeurant « élevé ».

    La flambée des prix du carburant depuis fin février provoquée par la guerre en Iran alimente une tension sociale chaque jour plus palpable. La date du 17 octobre pour une grande mobilisation sur le sujet revient sur les réseaux sociaux. Samedi, quelques rassemblements de Gilets jaunes ont déjà eu lieu. À Marseille mais aussi au rond-point de Kermaria, à Pont-l’Abbé dans le Finistère, au rond-point de l’Europe à Bagnols dans le Rhône ou encore au péage de Chamant-Senlis dans l’Oise où le secrétaire national du PCF Fabien Roussel qui a officiellement appelé à une mobilisation nationale le 17 octobre contre la flambée des prix des carburants, a rejoint les manifestants pour demander la baisse de la TVA sur l’essence.

  • [Entretien] « Les entrepreneurs en ont marre d’être fliqués »

    [Entretien] « Les entrepreneurs en ont marre d’être fliqués »

    La Marseillaise : En quoi la facturation électronique irait-elle à l’encontre du droit ?

    David Guyon : Il y a deux idées. D’abord on va avoir un contrôle de type fiscal, automatique en temps réel avec une collecte importante de données à destination de l’administration fiscale. Cela peut porter atteinte à la liberté d’entreprendre et au secret professionnel. Car sur la facturation, vous devez définir la nature de la prestation réalisée, l’identité du client… Le conseil national des Barreaux avait questionné le gouvernement et le compromis mi-figue mi-raisin mis en place n’est pas satisfaisant. Second argument, la protection des données personnelles. On voit bien que les services de l’État sont de véritables passoires, avec des failles systémiques, sans aucun respect du Règlement général sur la protection des données (RGPD), ce qui est contraire au droit européen.

    On part sur quelle procédure
    et sur quelle durée ?

    D.G. : Ce sera une procédure longue car si on voulait faire suspendre en urgence la facturation électronique on devrait démontrer que dans le cas particulier de nos clients, il y a un risque d’atteinte à leurs intérêts. Or ce risque n’est pas 100% sûr, le Conseil d’État ne suspendra pas pour des risques potentiels. La transposition du droit européen nous oblige à la réforme d’ici 2030 mais la France va plus vite (1er septembre 2026 : obligation de réception TPE/PME ainsi que d’émission des factures électroniques pour les grandes entreprises pour les TPE/PME d’ici un an). On ne sait pas comment ça va se passer pour un particulier qui aura besoin d’une facture après avoir fait appel à un restaurateur ou un artisan. Certains auto-entrepreneurs clôturent leur micro-entreprise car cette paperasserie administrative ne leur convient pas.

    Quels types d’entreprises vous contactent ?

    D.G. : On a déjà une dizaine de clients : auto-entrepreneurs, profession libérale médicale et des grosses entreprises de 300 salariés.

    N’est-ce pas un bon moyen de lutte contre les fraudes à la TVA ?

    D.G. : C’est clair que pour l’État la facturation électronique est un super moyen de s’assurer que la TVA due sera collectée. Vous organisez de manière préventive un contrôle fiscal à l’égard de toutes les sociétés qui jusque-là partaient sur du déclaratif. Là, on change de modèle. Les entrepreneurs en ont marre d’être fliqués par l’État. On aimerait un choc de productivité plutôt qu’un choc de contrôle de la productivité.

    N’est-ce pas une évolution technologique inévitable ?

    D.G. : Je combats un choix de société. En tant qu’avocat, je suis pour la liberté et la responsabilité qui va avec. Vous êtes libre d’optimiser votre fiscalité mais si vous ne respectez pas les règles du jeu, vous êtes sanctionnés sévèrement. Je ne suis pas sûr que cette réforme soit un bon signal envoyé à la population qui doit créer de la richesse.

  • « Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement »

    « Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement »

    La Marseillaise : La taxe Zucman suscite de vifs débats autour du budget. Quelle est votre analyse sur cette mesure très populaire dans l’opinion ?

    Frédéric Boccara : Il y a un vrai problème de justice fiscale. Mais le problème du budget c’est d’abord que son financement est dans les mains des marchés financiers : ils prélèvent 66 milliards d’intérêts, soit l’équivalent de la dépense pour l’enseignement primaire et secondaire. C’est ensuite un problème de dépenses malsaines, qui minent l’économie, la société et son développement, donc la capacité « d’avaler la dette » par une croissance saine… Enfin, il y a les impôts. La taxe Zucman doit être regardée relativement à deux enjeux. La justice fiscale, une contribution juste des personnes et des entreprises, et une inégalité extraordinaire s’est creusée en faveur des ultra-riches que des grandes entreprises. Et l’enjeu d’efficacité. Si on prélève et que le pays s’appauvrit, ça ne va pas. Développer la France, c’est développer l’efficacité pour vivre mieux. Et la taxe Zucman ne s’inscrit pas forcément dans cette logique.

    Quels leviers envisagez-vous alors ?

    F. B. : Les économistes du PCF, avons d’autres propositions. Nous parlons d’une sorte de taxe Zucman améliorée, un impôt sur la fortune amélioré. Ce problème de l’efficacité, les uns prétendent le résoudre en disant, on va taxer les biens professionnels, les autres, on va les exclure. La question est : quelle est la contribution des biens professionnels au développement sain et efficace du pays ? C’est l’enjeu d’une partie de la richesse. Nous proposons donc une taxation minimale de toutes les fortunes, à partir d’un certain seuil, y compris biens professionnels, modulée à la hausse s’ils ne développent pas l’emploi, la valeur ajoutée, l’écologie. Il faut ainsi taxer « l’outil de non-travail ». De même pour les bénéfices. Côté ménages, il faut baisser fortement la TVA, si douloureuse pour les plus modestes, et rétablir plus de progressivité de l’impôt sur le revenu.

    Le patronat s’agite avec ce meeting du Medef le 13 octobre. Comment interprétez-vous cette réaction ?

    F. B. : Ça veut dire deux choses : le patronat est inquiet de la mobilisation sociale, et il veut serrer les boulons parce qu’il redoute aussi des défections dans son camp. Car nous voulons et pouvons emmener l’ensemble des forces de la création et du développement avec nous pour aller de la justice fiscale vers une nouvelle efficacité fiscale du prélèvement et de la dépense. Un certain nombre de couches moyennes et supérieures sont intéressées par cette vision. L’U2P, les vraies petites entreprises, a réagi très durement face au Medef, en disant : « Nous payons plus, nous voulons contribuer mais il ne faut pas nous écraser ». C’est précisément cet élément que nous reprenons. Il y a quelque chose de juste dans leur argument. Les grandes entreprises ont vu leur taux effectif d’impôt baisser de cinq points entre 2016 et 2022, quand celui des très petites a augmenté de 0,4 (étude Insee). Les grandes entreprises paient 14% de leur bénéfice, contre 21% pour les PME. Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement. Nous devons prendre au sérieux l’argument de l’efficacité. Dénonçons le double égoïsme du grand capital sur les entreprises. Il fait tout, jusqu’à tricher, pour payer le moins possible d’impôts. Mais son pire égoïsme, ce sont les délocalisations. Que fait-il avec les richesses ? L’argent qu’on lui laisse (dont les aides), il l’utilise à démolir l’activité et l’économie. Entrons dans une autre relation avec les entreprises pour aller vers une efficacité qui recèle des ressorts nouveaux : l’enjeu écologique, l’enjeu des capacités et des dépenses humaines.

    La dette, souvent brandie comme un frein à l’investissement social ou écologique. C’est une contrainte réelle ou construite politiquement ?

    F. B. : Elle est à la fois réelle et utilisée politiquement, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut dire que c’est bidon. Elle est réelle car elle est dans les mains des marchés financiers, avec deux conséquences : cette dîme de 66 milliards et cette exigence que les dépenses soient faites pour le capital, les bas salaires, moins pour les services publics… c’est leur vision de la compétitivité. Mais une dette n’est pas forcément mauvaise. Je préfère parler d’avances, c’est moins moral. Or des avances pour se développer, c’est nécessaire. Nous proposons un fonds d’avances pour le développer des services publics et de l’économie, appuyé par le pôle public bancaire et financé à 0%. Et une bataille convergente sur la Banque centrale européenne. 

  • « Nous proposons une taxation minimale de toutes les fortunes »

    « Nous proposons une taxation minimale de toutes les fortunes »

    La Marseillaise : La taxe Zucman suscite de vifs débats autour du budget. Quelle est votre analyse sur cette mesure très populaire dans l’opinion ?

    Frédéric Boccara : Il y a un vrai problème de justice fiscale. Mais le problème du budget c’est d’abord que son financement est dans les mains des marchés financiers : ils prélèvent 66 milliards d’intérêts, soit l’équivalent de la dépense pour l’enseignement primaire et secondaire. C’est ensuite un problème de dépenses malsaines, qui minent l’économie, la société et son développement, donc la capacité « d’avaler la dette » par une croissance saine… Enfin, il y a les impôts. La taxe Zucman doit être regardée relativement à deux enjeux. La justice fiscale, une contribution juste des personnes et des entreprises, et une inégalité extraordinaire s’est creusée en faveur des ultra-riches que des grandes entreprises. Et l’enjeu d’efficacité. Si on prélève et que le pays s’appauvrit, ça ne va pas. Développer la France, c’est développer l’efficacité pour vivre mieux. Et la taxe Zucman ne s’inscrit pas forcément dans cette logique.

    Quels leviers envisagez-vous alors ?

    F. B. : Les économistes du PCF, avons d’autres propositions. Nous parlons d’une sorte de taxe Zucman améliorée, un impôt sur la fortune amélioré. Ce problème de l’efficacité, les uns prétendent le résoudre en disant, on va taxer les biens professionnels, les autres, on va les exclure. La question est : quelle est la contribution des biens professionnels au développement sain et efficace du pays ? C’est l’enjeu d’une partie de la richesse. Nous proposons donc une taxation minimale de toutes les fortunes, à partir d’un certain seuil, y compris biens professionnels, modulée à la hausse s’ils ne développent pas l’emploi, la valeur ajoutée, l’écologie. Il faut ainsi taxer « l’outil de non-travail ». De même pour les bénéfices. Côté ménages, il faut baisser fortement la TVA, si douloureuse pour les plus modestes, et rétablir plus de progressivité de l’impôt sur le revenu.

    Le patronat s’agite avec ce meeting du Medef le 13 octobre. Comment interprétez-vous cette réaction ?

    F. B. : Ça veut dire deux choses : le patronat est inquiet de la mobilisation sociale, et il veut serrer les boulons parce qu’il redoute aussi des défections dans son camp. Car nous voulons et pouvons emmener l’ensemble des forces de la création et du développement avec nous pour aller de la justice fiscale vers une nouvelle efficacité fiscale du prélèvement et de la dépense. Un certain nombre de couches moyennes et supérieures sont intéressées par cette vision. L’U2P, les vraies petites entreprises, a réagi très durement face au Medef, en disant : « Nous payons plus, nous voulons contribuer mais il ne faut pas nous écraser ». C’est précisément cet élément que nous reprenons. Il y a quelque chose de juste dans leur argument. Les grandes entreprises ont vu leur taux effectif d’impôt baisser de cinq points entre 2016 et 2022, quand celui des très petites a augmenté de 0,4 (étude Insee). Les grandes entreprises paient 14% de leur bénéfice, contre 21% pour les PME. Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement. Nous devons prendre au sérieux l’argument de l’efficacité. Dénonçons le double égoïsme du grand capital sur les entreprises. Il fait tout, jusqu’à tricher, pour payer le moins possible d’impôts. Mais son pire égoïsme, ce sont les délocalisations. Que fait-il avec les richesses ? L’argent qu’on lui laisse (dont les aides), il l’utilise à démolir l’activité et l’économie. Entrons dans une autre relation avec les entreprises pour aller vers une efficacité qui recèle des ressorts nouveaux : l’enjeu écologique, l’enjeu des capacités et des dépenses humaines.

    La dette, souvent brandie comme un frein à l’investissement social ou écologique. C’est une contrainte réelle ou construite politiquement ?

    F. B. : Elle est à la fois réelle et utilisée politiquement, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut dire que c’est bidon. Elle est réelle car elle est dans les mains des marchés financiers, avec deux conséquences : cette dîme de 66 milliards et cette exigence que les dépenses soient faites pour le capital, les bas salaires, moins pour les services publics… c’est leur vision de la compétitivité. Mais une dette n’est pas forcément mauvaise. Je préfère parler d’avances, c’est moins moral. Or des avances pour se développer, c’est nécessaire. Nous proposons un fonds d’avances pour le développer des services publics et de l’économie, appuyé par le pôle public bancaire et financé à 0%. Et une bataille convergente sur la Banque centrale européenne. 

  • Les grévistes bloquent les terminaux méthaniers

    Les grévistes bloquent les terminaux méthaniers

    Le hashtag des gaziers est on ne peut plus clair : pas de négo, pas de bateau. Depuis mardi 16 septembre, les grévistes d’Elengy bloquent les deux terminaux de Fos-sur-Mer, Tonkin et Cavaou. Sur le parking du site qui fait face à l’usine du sidérurgiste ArcelorMittal, des camions-citernes stationnés attendent patiemment. Nicolas Davan, secrétaire général CGT Énergie Provence, explique : « Plus aucun méthanier ne peut accoster ici, donc le gaz naturel liquéfié (GNL) ne rentre plus dans le terminal mais il continue de sortir. Mécaniquement, au bout d’un moment, le terminal va se retrouver à l’arrêt. Depuis ce matin, Elengy ne réinjecte plus sur le réseau, ce qui veut dire que la pression de service va chuter. »

    Faycal Mussoni, représentant syndical CSE du site qui emploie 170 travailleurs, rentre dans le détail : « On a 60 000 mètres cubes par heure de GNL par bac, qui représentent 600 fois plus de capacité en passant en phase gazeuse. Déjà en deux jours de durcissement des modalités, nos stocks sont au plus bas. On a divisé par cinq notre débit d’émission : hier on était à 1 500 mètres cubes par heure GNL, aujourd’hui on est passé à 300. On garde ce niveau-là pour maintenir à froid nos installations avec un débit minimum pour éviter de torcher. Quand le terminal s’arrêtera, on va se concentrer sur la mise en sécurité de notre équipement. »

    La TVA à 5,5%

    À l’origine de cette lutte que les énergéticiens mènent depuis le 2 septembre, trois revendications. La première concerne le salaire des travailleurs des industries électriques et gazières (IEG). « Globalement, tous nos textes statutaires ne sont pas appliqués avec un salaire national de base qui est 9% en dessous du Smic », affirme Nicolas Davan. La CGT demande une revalorisation et la mise en place d’une nouvelle grille applicable à tous les salariés de l’énergie. « Les organisations syndicales vont devoir discuter », lâche Faycal Mussoni, alors que la CFE-CGC et FO répondent pour le moment aux abonnés absents.

    Les grévistes rejettent également l’augmentation de la TVA sur les factures des usagers, une mesure mise en place le 1er août dernier dans le cadre de la loi de finances. « On a lancé une pétition pour une juste fiscalité de l’électricité et du gaz, souligne le secrétaire général CGT. Si on arrive à obtenir 100 000 signatures, un examen du texte de la proposition de loi du groupe CRCE visant à rabaisser ce taux sera réalisé au Sénat. J’ai hâte de voir ce qui peut justifier de ne pas voter une TVA à 5,5% pour l’énergie, comme sur les produits de première nécessité. »

    Nicolas Davan poursuit : « Ceux contre qui on se bat concernant les salaires des IEG ce sont les mêmes que ceux contre qui on se bat pour ce qui est de la fiscalité. Sur 100 balles de facture, plus de 30 balles vont dans les taxes et plus de 40 balles vont dans la poche des actionnaires, en sachant que les taxes ne sont pas utilisées comme elles le devraient, pour le fonctionnement des hôpitaux et de l’ensemble des services publics, mais plutôt pour envoyer 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises les plus riches sans contrepartie. »

    Troisième et dernière revendication : le retrait de la réforme des retraites. « Le préavis est déposé jusqu’à ce qu’on gagne, après on verra pour les modalités, glisse le responsable syndical. Le 18 septembre, on veut qu’il y ait du monde dans la rue, mais pour la suite on souhaite surtout qu’il y ait un impact et une nuisance la plus importante possible. »

  • Débat sans appel sur le piquet des énergéticiens

    Débat sans appel sur le piquet des énergéticiens

    Un débat, une projection du documentaire de Gilles Balastre Main basse sur l’énergie et une invitation à partager une paella. La proposition des grévistes les plus tenaces de ce mouvement a fait la démonstration que l’arnaque du monde capitaliste conduit à une mise en danger de tous les foyers.

    La grève peut être conviviale et gagnante. Le secteur de l’énergie en donne la preuve. Leurs revendications pour des salaires et des factures au juste prix commencent à faire effet. Du moins en interne. Leurs directions ont accepté ce mercredi 17 septembre d’entrer en négociations le 23 septembre. Reste à convaincre les usagers, s’ils souhaitent regagner 14,5% d’économie sur leurs factures, de signer la pétition en ligne pour appuyer le texte porté par le sénateur communiste Fabien Gay qui enjoint le gouvernement à ne pas augmenter la TVA de 5,5% à 20%.

    Mise en danger

    « Il y a 20 ans, EDF GDF était le fournisseur d’énergie le moins cher d’Europe. Depuis la privatisation on subit plus de 150% d’augmentation » résume Renaud Henry, secrétaire général CGT Énergie Marseille. « La mise sur le marché et la déréglementation ont conduit à une dégradation des services publics qui ne profite ni aux travailleurs ni aux usagers mais engraisse le Cac 40 » complète Jean Pugens, retraité du secteur et militant CGT, « au temps du service public on payait 35 euros le Mgwh, en 2022, il est passé à 500 euros ». Et 13 millions de foyers sont en précarité énergétique. Mais pas seulement. GRDF prévoit encore d’alléger ses effectifs de 2 000 agents. Les délais d’intervention sont passés à une heure et le manque de techniciens ainsi que leur formation réduite mettent travailleurs et usagers en danger. Clément Martinez, secrétaire général CGT énergie du Vaucluse en témoigne « en astreinte, il n’y a qu’un seul renfort. Ma zone s’étend d’Arles à Apt et de Bagnols-sur-Cèze à Bollène. On craint de graves conséquences ». Au public qui demande comment soutenir la lutte, ils répondent par l’action collective, la signature de la pétition qui doit atteindre 100 000 paraphes pour arriver au Sénat.

  • À l’appel de la CGT, des électriciens gaziers débrayent

    À l’appel de la CGT, des électriciens gaziers débrayent

    Les électriciens gaziers parmi les premiers à dégainer. Certes ils n’étaient que quelques dizaines mardi 2 septembre sur le site de Trencavel à Montpellier au moment de lancer la grève reconductible. Mais selon la CGT, le mouvement pourrait monter en puissance jusqu’aux prochaines journées de mobilisation.

    D’abord le 10 septembre à l’appel du collectif citoyen « Bloquons tout », avec des actions dans les entreprises. Et surtout le jeudi 18 septembre, rendez-vous pris par l’intersyndicale contre la vie chère, la casse des services publics et l’austérité d’un gouvernement sur la sellette. « Bayrou ou pas Bayrou, cela ne changera rien au quotidien des Français. Il faut changer d’axe politique. On veut des appels dans le privé et gagner la grève », martèle Serge Ragazzacci.

    En cette rentrée qui pourrait être explosive, le secrétaire de la CGT 34 s’est rendu sur le premier piquet de grève pour jauger l’état d’esprit. « 100% de mécontents ne font pas 100% de grévistes. Il y a parfois de la résignation, on va voir. » Si les électriciens gaziers sont parmi les premiers à faire grève, c’est aussi parce qu’ils ont des revendications propres. La première concerne les ménages frappés par la hausse du prix des abonnements de gaz et d’électricité à cause du passage de 5,5% à 20% de la TVA. « 12 millions de foyers se retrouvent en précarité énergétique. 68% des foyers disent avoir réduit leur chauffage », illustre Sabrina Guillaud, secrétaire générale de la CGT Mines Énergie 34.

    Depuis la privatisation rampante d’EDF-GDF dans les années 2000, les « usagers » désormais appelés « clients » sont les grands perdants. « Les prix ont explosé sous le coup de la spéculation des nouveaux acteurs, alors qu’on devrait payer l’énergie moins cher qu’il y a 20 ans », déplore Serge Ragazzacci, qui réclame un « grand plan national contre la précarité énergétique ».

    Hausse des salaires

    Mais plutôt que de redonner des moyens à ce service public, l’État continue à le détricoter, regrette Sabrina Guillaud. « Entre 2021 et 2024, nos salaires ont baissé de 4% avec l’inflation pendant que les dividendes du CAC40 ont bondi de 40% », calcule la secrétaire générale. Plutôt que des primes, son syndicat réclame 9% d’augmentation des salaires et le maintien d’une grille salariale commune, rare vestige du statut. « Engie, Enedis, GRDF, EDF, RTE… ils veulent multiplier les grilles pour nous diviser encore plus », redoute Sabrina Guillaud.

    Face au délitement de l’ex-entreprise publique désormais société anonyme, elle souhaite le retour des formations et des missions. « On a de plus en plus d’intérimaires. Les conseillers ne récupèrent que les appels complexes. L’exécution ne représente plus que 15% de nos tâches. On se retrouve souvent donneurs d’ordre de prestataires. Peu à peu on perd notre savoir-faire », constate la cégétiste qui observe une montée des burn-out.

    Tandis que la CGT cherche à mobiliser ses troupes lors de premières assemblées générales, Serge Ragazzacci espère que ces prémices se muent en véritable mouvement de contestation. « Le mécontentement général est réel, la mobilisation reste inconnue. » Les premiers éléments de réponse ne devraient plus tarder.