La Marseillaise : Quels sont les enjeux sociaux du moment selon vous ?
Frédéric Souillot : Les enjeux sociaux dans le pays à l’heure actuelle, c’est la remise en cause de notre protection sociale collective en permanence. On l’a vu encore cette semaine avec les programmes des uns ou des autres. Donc pour contrer cela, on s’est mis d’accord entre les organisations professionnelles et les cinq organisations syndicales représentatives pour parler d’agenda autonome. Et on se voit la semaine prochaine, le 18 au soir, pour parler de notre agenda social autonome. Dans cet agenda social, on va parler de modèle productif à quatre quinquennats. Et autour du modèle productif, comment est-ce qu’on parle de transport, logistique, services et protection sociale collective. Et une discussion pour la reprise de la gouvernance de notre système de retraite par répartition par les employeurs et les salariés, ce que nous avions jusqu’en 1996. C’est nous qui définirons les orientations, les montants des cotisations pour les uns ou pour les autres, une gestion paritaire, comme on le fait pour notre retraite complémentaire. Je me dis que, dans un contexte de budget d’austérité, quand nous reprenons la main, nous, pour la pratique contractuelle et conventionnelle, c’est une bonne idée. Ce n’est pas qu’on ne travaille pas assez, c’est que nous ne sommes pas assez nombreux à travailler. On a le taux d’emploi des 15-25 ans 8 points en dessous de celui de l’OCDE. Au niveau de l’Europe, on est à 17 points en dessous. Et au niveau des seniors, 55-64 ans, on a encore le plus bas taux d’emploi de toute l’Union européenne. Donc on doit reprendre les choses en main, les interlocuteurs sociaux.
Quels sont les combats, les luttes sociales à venir dans les prochains mois selon vous ?
F.S. : Dans les prochains mois, c’est comment est-ce qu’on arrive à arrêter de penser que le service public et le service public de proximité, c’est un coût. C’est une richesse à chaque crise, et, une fois les crises passées, ça redevient un coût. On ne regarde les choses que sous le volet économique. À partir du moment où l’État ne garantit plus l’égalité partout dans les départements ou sur les territoires, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Où que je me déplace, c’est les mêmes discussions : les fermetures de classes, de lits d’hôpitaux. Quand on va se revoir la semaine prochaine, on va certainement parler de mobilisation. Je ne sais pas comment on la fera. Depuis la loi sur la représentativité, les organisations syndicales, on a l’air de s’entendre tous, mais on se fait aussi la course à l’échalote sur les élections. Donc on va se voir et en parler pour la rentrée de septembre.
Est-ce qu’il y a des dates importantes à venir pour FO ?
F.S. : On va créer une date importante pour nous. Au mois d’octobre, on va faire une journée sur l’industrie et la réindustrialisation, et je veux débattre avec le ministre de l’Industrie. Je sais que sur le fond, il est d’accord avec nous. On doit réindustrialiser. Comment est-ce qu’on fait une conditionnalité des aides publiques versées aux entreprises pour maintenir l’emploi ? Comment est-ce qu’on reparle de souveraineté industrielle ? Et la souveraineté industrielle, ce n’est pas un gros mot. Ce n’est pas un mot politique. C’est ce qui fait la souveraineté de notre République.

Leave a Reply