Le Mistral fait quelque peu bouger les haubans et câbles rouillés du pont des Arméniers, qui relie Sorgues à l’île de l’Oiselay, alors que deux ouvriers casqués et vêtus d’un gilet orange martèlent vigoureusement les charpentes métalliques de l’ouvrage, dans un Mistral qui fait lever quelques vaguelettes sur le fleuve qui passe en dessous. Ce sont les débuts des premiers vrais travaux sur la construction inscrite aux monuments historiques, qui fête ses 100 ans cette année, depuis sa fermeture en 1975 pour des raisons de sécurité.
L’occasion pour le Département de Vaucluse, qui supervise le projet, de présenter les modifications et rénovations ce jeudi 11 juin. Au pied des pylônes hauts de 44 mètres, la présidente Dominique Santoni (DVD) évoque ainsi un chantier « qui dépasse le seul côté technique ». En effet, de nombreux paramètres compliquent la tâche des architectes et autres conducteurs de travaux. Le fait d’être un monument historique contraint à réutiliser une grosse partie des matériaux d’origine ; seuls les 200 câbles, haubans et suspentes vont être remplacés d’ici avril 2027. Tandis que la zone classée inondable et Natura 2000 réduit également la liberté d’action des entreprises qui s’emploient à la restauration.
« Ce n’est pas le plus facile des chantiers, mais on fait beaucoup d’études. Ce sera long et beau », ajoute la présidente. « Cela a été une conception longue et difficile. On a aussi vu que la passerelle est très sensible au vent. Avec du Mistral comme il y en a aujourd’hui, ça bougeait tellement qu’on ne pouvait presque pas marcher dessus », précise Thomas Tamisier, conducteur d’opération pour le Département de Vaucluse.
Le pont avait été construit en 1926 pour pouvoir faire passer les marchandises des maraîchers d’un côté à l’autre de la Sorgue, avec parfois des camions « jusqu’à 7 tonnes », assure Robert Reboul, petit-fils de l’un des maraîchers de l’îlot qui avait lancé le projet dans les années 1920.
Deux ans et demi seront nécessaires pour pouvoir, plus de 50 ans après sa fermeture, repasser à nouveau sur le pont suspendu. Celui-ci permettra de compléter la ViaRhôna, voie cyclable qui traverse le Vaucluse. Deux années de travaux divisées en plusieurs phases, donc, jusqu’en 2028. Après les travaux préparatoires lancés en mars, dont l’installation d’une plateforme d’accès sur l’eau, place désormais au démontage de la structure suspendue. D’ici octobre, 25 tronçons du tablier vont être levés, ainsi que les suspentes et les câbles de suspension. Puis, d’octobre à avril 2027, ce sera au tour des pylônes d’être remis à neuf. Ce, avec la mise en place de nouvelles passerelles de visite, une restructuration des parements en béton, mais aussi la construction de quatre massifs de câbles au vent. De mai à octobre 2027, la nouvelle suspension va être installée tout en réinstallant le tablier. Avant de terminer, entre octobre 2027 et juin 2028, par la pose du système de garde-corps, la mise en peinture de l’ouvrage puis les travaux de voirie.
De quoi réjouir les descendants des instigateurs du projet initial. Avec tout de même la petite crainte « que cela ne ramène une fréquentation accrue autour de cette terre préservée et des élevages », glisse Claude Reboul, autre petit-fils qui possède toujours des cultures sur l’Oiselay.

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