Résilience et solidarité au lendemain des intempéries

Adossé au capot de sa voiture, Arnaud boit un verre de blanc entouré de ses fils et de ses amis. « On se laisse pas abattre », plaisante-t-il, alors qu’il prend une pause dans le vidage de sa maison. Derrière lui, des tas d’affaires détrempées. Hier, ce Saint-Mitréen a « tout perdu ». L’eau a commencé à pénétrer son foyer dès 4h du matin, avant de devenir un véritable torrent et de tout dévaster sur son passage. Son voisin d’en face, emporté par les flots, est décédé. En contrebas, une 208 rouge embarquée jusque dans l’étang de Berre témoigne de la violence du phénomène auquel ont dû faire face les habitants de Massane.

Au lendemain des intempéries, Arnaud répète : « On va s’en sortir, ça va aller », les yeux embués. « Sur le coup, on réagit, confie-t-il. C’est après qu’on a peur. » Le traumatisme est là. Heureusement, la solidarité aussi. Ses amis, Lucie et Benjamin, sont venus d’Istres pour prêter main-forte. « On a eu 80 cm d’eau dans la dépendance, raconte le couple. Au départ, on était angoissés, mais quand on a vu ce qui se passait ailleurs, on s’est dit qu’on était chanceux. »

Revoir le schéma

de risque inondation

La veille, des centaines de foyers ont été détruites lors d’un épisode méditerranéen d’une ampleur exceptionnelle, la tempête Adam. Dans l’Ouest des Bouches-du-Rhône, plus de 300 mm de pluie sont tombés en moins de 24 heures par endroits. Ce mercredi 21 octobre, la présidente du Département (DVD), Martine Vassal, est allée à la rencontre des sinistrés dans les communes les plus touchées. Elle annonce la création d’un fonds de soutien doté d’une « première enveloppe » de 5 millions d’euros « pour pouvoir aider à la reconstruction des équipements qui ont subi des dommages ». « On est de tout cœur avec les victimes, affirme-t-elle. C’est choquant, surtout un événement qui ne s’est jamais vu de cette importance-là. Donc il faut prévoir les choses, le Département est aux côtés des maires. » Les modalités d’utilisation seront déterminées à l’échelle communale.

À Saint-Mitre-les-Remparts, la priorité des prochains jours est de « libérer les voies, nettoyer les routes, les sécuriser avec l’aide du Département », détaille le maire (DVD), Vincent Goyet. Au-dessus du hameau, des gravats entravent la route des Plages, où quatre voitures ont fini dans le fossé. À l’échelle des Bouches-du-Rhône, une trentaine de voies départementales ont été endommagées. Une centaine d’agents sont sur le terrain pour rétablir la situation. La direction des routes affirme : « Il est encore tôt pour évaluer les dégâts, mais des analyses seront réalisées au cours de la semaine ».

Une fois ces urgences réglées, Vincent Goyet souhaite engager une réflexion sur la « gestion du risque inondation avec l’aide de la Métropole et de la Région ». Dans cette petite commune de 6 000 habitants, le sous-dimensionnement du réseau d’eaux pluviales a signé le destin du quartier de Massane. Entre deux habitations, la roubine « mère » a cédé sous la pression du flux, emportant avec elle un mur entier. « On est ici dans l’axe de vallons agricoles qui ont concentré des eaux de ruissellement, c’est de là qu’est venue la difficulté, même si on n’avait jamais connu un tel événement, précise l’édile. Il faut qu’on repense un schéma qui soit à la hauteur de ces risques exceptionnels, qui doit nous conduire notamment à redimensionner et aménager roubines et bassins de rétention. »

Arnaud se remémore : « Il y avait déjà eu des travaux pour renforcer les infrastructures, pendant dix ans, on n’a plus eu de problème, et là, on vient de prendre un truc hors norme. Après, on est sur une zone à risques. C’étaient des cabanons ici historiquement. On gère avec l’héritage ». Un héritage lourd à porter. Dans sa maison, l’eau est montée jusqu’à 1,5 m. Les portes-fenêtres ont été arrachées, les meubles en bois massif déplacés, les objets balayés. « Ça a fait une vague qui a tout explosé. » « Maintenant, il faut attendre l’expert de l’assurance et obtenir la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle », résume-t-il. Les maires des communes affectées et la présidente du Département en ont fait la demande auprès du préfet.

Les pompiers des Bouches-du-Rhône indiquent que 760 pompiers, ainsi que des renforts extra-départementaux, ont été présents sur le théâtre des opérations, mercredi, avec 400 interventions recensées.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *