Cinq ans d’inéligibilité requis contre Sébastien Delogu

« J’ai décidé de laisser mon conseil s’expliquer à ma place, c’est mon droit ». Le député LFI Sébastien Delogu s’est ainsi positionné face aux juges devant lesquels il comparaissait, mercredi, pour recel de vol, atteinte au secret des correspondances et divulgation d’informations privées mettant en danger. Des délits qui lui font encourir jusqu’à cinq ans de prison, 350 000 euros d’amende et surtout l’inéligibilité.

« On est privé d’un débat attendu », s’est alors étonnée la présidente, Anne Joncoux. « J’étais certainement mal conseillé à ce moment-là et j’ai agi dans l’urgence. Je ne comptais pas porter atteinte à M. Aragones et je lui présente mes excuses », a finalement consenti à dire le parlementaire, visiblement perdu dans sa défense, tout en multipliant les rictus goguenards. « C’est comme si vous lui aviez mis une cible dans le dos. Et s’il lui était arrivé quelque chose ? », l’a relancé la magistrate. « Je m’en serais voulu », a dit Sébastien Delogu, avant d’opposer de nouveau son droit au silence aux questions du parquet.

« C’est du mépris manifesté à la justice ! Il n’est pas digne d’être député, a réagi Isidore Aragones. Il m’a sali et mis en danger moi et ma famille à cause de ses propos diffusés à ses followers ! Respecte un peu la justice ! »

« Détourner la puissance de son mandat pour nuire »

À l’origine des poursuites figure le vol d’une pochette de documents appartenant à l’avocat Isidore Aragones, lors du conflit social au sein de Laser Propreté, la société de nettoyage de la gare Saint-Charles. Une centaine de salariés grévistes avaient fait irruption, le 19 septembre 2024, dans le bureau de d’Isidore Aragones, qui venait de prendre la présidence de la société. Le matin même, une altercation avait eu lieu, provoquée par la fille de M. Aragones qui avait apostrophé et filmé Sébastien Delogu et Manuel Bompard, place Lulli, leur disant de faire attention à « leur bipeur », allusion à l’opération israélienne qui venait de décimer des dizaines de cadres du Hezbollah, au Liban.

Quelques jours après, le 24 septembre, Sébastien Delogu balançait sur Instagram les documents de la pochette beige visible sur la vidéo, dénonçant le voyage à venir en Israël de M. Aragones, ancien président du Crif Marseille-Provence, pour témoigner de sa reconnaissance aux soldats de Tsahal. La folle story du député a été diffusée à l’audience. « Un député ne peut pas détourner la puissance de son mandat pour nuire, c’est trop indigne », a plaidé Me Dominique Mattéi, pour la victime. « La justice protège les citoyens, mais aussi la démocratie. Nul n’est au-dessus de la loi, pas même un député. Mérite-t-il encore de l’être ? »

Pour la procureure Audrey Jouaneton, Sébastien Delogu ne pouvait ignorer que les documents avaient été volés. Il a exploité des tensions communautaires dans un conflit social « en jetant l’opprobre sur quelqu’un parce qu’il appartient à la communauté juive. C’est du doxing. De la part d’un député, c’est impardonnable ! » Au regard de « la particulière gravité des faits », elle a requis 2 ans de prison avec sursis, 10 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité assortis de l’exécution provisoire : « Il a sali la fonction en accrochant des cibles dans le dos à des citoyens. Il a définitivement franchi la ligne rouge ».

« Nous sommes dans l’apaisement et la reconnaissance », a conclu la défense, plaidant la relaxe. « Je m’excuse sincèrement. J’étais mal conseillé et j’ai fait des erreurs, des maladresses », a conclu le prévenu, penaud. Il doit encore comparaître en novembre pour une affaire d’outrage.

Délibéré le 11 décembre.

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