À en croire le dernier communiqué de la préfecture de l’Hérault du 9 octobre, le maintien de l’ordre à Montpellier est exemplaire. La préfète a en effet tenu « à saluer le professionnalisme des forces de sécurité intérieure » qui « ont procédé à un usage proportionné de la force » et qui n’ont « pour seule boussole que la protection des lycéens manifestants ». Elle s’est également félicitée des 130 interpellations, sans préciser que la plupart sont des mineurs. Pas un mot non plus pour la jeune fille souffrant d’une double fracture au visage suite à une charge policière. Un discours bien loin des témoignages et des slogans affichés sur les pancartes des lycéens et bien loin de l’analyse effectuée par la Ligue des droits de l’Homme (LDH).
En effet, après avoir dénoncé de nombreuses situations problématiques depuis le début du mouvement lycéen (charge sans sommation, journaliste percuté par un policier à moto, absence de RIO [numéro d’identification individuel] visible, usage de gaz lacrymogène abusif etc.), l’Observatoire des
libertés publiques (OLP) de Montpellier, créé par la LDH s’est intéressé au rôle de la police municipale. Dans un document de 28 pages, l’OLP montre, photos à l’appui, que la police municipale participe à des opérations de maintien de l’ordre, ce qui lui est interdit. L’OLP dit avoir observé des policiers municipaux « équipés de casques, de boucliers anti-émeutes, de protège-tibias et de genouillères » agir aux côtés et parfois « sous les ordres » de la Brigade anticriminalité. « Nos observateurs ont constaté que la BAC dirigeait, à plusieurs reprises, la police municipale, leur indiquant les positionnements, les lieux sur lesquels se déplacer », ajoute-t-il. Une charge de cette unité de la police municipale, « se déplaçant en formation militaire de défense », a également été observée sur l’avenue Jean-Mermoz. Et l’OLP de conclure : « Ces deux unités de police municipale sont présentes lors des manifestations, non pas dans le cadre de fonctions de police administrative, de circulation notamment, mais dans le cadre de fonctions de maintien de l’ordre. Les membres de ces deux unités sont dépourvus de RIO, permettant l’identification des forces de l’ordre. Qui plus est, certains membres de la police municipale ont pris l’habitude de se couvrir le visage, rendant les identifications impossibles. »
L’observatoire s’est également ému de la présence de policiers nationaux lourdement armés aux abords des lycées mardi 13 octobre avant le début de la manifestation. « C’est de l’intimidation et ça génère l’intimidation de toute la population. Je pense que les jeunes se disent qu’ils ne vont jamais tirer, mais ça intimide beaucoup plus les parents et les adultes », s’inquiète Sophie Mazas, la présidente de la LDH 34.
À chaque manifestation, la LDH pratique aussi la pédagogie pour alerter sur les règles à respecter et sur les droits des participants. Un travail qu’il a fallu décupler avec les lycéens. Pour cela, la LDH a créé une petite fiche récapitulative avec un QR code permettant aux mineurs d’être informés sur leurs droits en manifestation, en cas d’interpellation et sur la manière d’agir s’ils sont témoins de violences policières. « On leur rappelle qu’il faut qu’ils connaissent le numéro de téléphone d’un proche car bien souvent cette génération n’apprend plus les numéros. On explique comment on peut demander un avocat en garde à vue, qui est plus courte pour des mineurs de moins de 16 ans. On voit des gamins tétanisés lorsqu’ils sont embarqués donc on leur explique comment ça peut se passer. On explique aussi les périmètres de manifestation », détaille Sophie Mazas qui conclut avec humour : « C’est un cours d’éducation civique avec application directe, une sorte de travaux dirigés pour les préparer à la fac. »

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