Tag: Ligue des droits de l’Homme

  • Laïcité : face à l’extrême droite, l’État semble avoir capitulé

    Laïcité : face à l’extrême droite, l’État semble avoir capitulé

    Qu’il semble loin le temps où l’État endossait son rôle de défenseur de la laïcité. Avec les arrivées au pouvoir de Robert Ménard à Béziers et de Julien Sanchez à Beaucaire en 2014, la loi de 1905 qui consacre la séparation des Églises et de l’État a vite été piétinée par l’extrême droite. Laquelle se sert de la religion catholique comme un outil idéologique d’exclusion et de repli identitaire.

    Les premières années, même si elles avaient parfois besoin d’être alertées par les associations, les préfectures du Gard et de l’Hérault contre-attaquaient face à l’installation en mairie de crèches de la nativité. Avec succès d’ailleurs, le prosélytisme des maires d’extrême droite ayant été sanctionné à maintes reprises. Et puis, plus rien ou presque.

    Dans l’Hérault, pas un préfet n’a jugé utile d’engager de recours contre la crèche illégale de Robert Ménard depuis le 8 décembre 2017. Même tendance dans le Gard quand bien même 2022 a fait figure d’exception sous la pression associative. Voilà bientôt une décennie que si la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ou la Libre Pensée n’agissaient pas régulièrement contre cette violation manifeste d’un principe essentiel de la République française, personne ne trouverait à y redire.

    La préfète dans son droit

    Ce mutisme devenu la norme représente, face à la transgression de la loi de 1905, une forme de renonciation de la part de l’État. On peut même aller plus loin. Et voir dans la présence régulière des préfets à la messe d’ouverture de la Feria de Béziers (en rien une « tradition » puisqu’elle a été inventée par Robert Ménard en 2014 avec la procession de la Vierge), un signe d’approbation.

    Au cours de l’édition 2026 de la Feria, le discours trumpiste de Robert Ménard en a scandalisé plus d’un. Mais il n’a suscité aucune réaction de la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, alors même que l’image des femmes et des valeurs républicaines telles que la fraternité ont été malmenées par l’édile d’extrême droite.

    Rappelant que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2 de la loi de 1905 sur la laïcité), la Libre Pensée a écrit à la préfète pour lui demander deux précisions. Premièrement : le financement municipal du char de la Vierge, emblème religieux par excellence, ne constitue-t-il pas une violation manifeste de la loi ? Deuxièmement : la présence à une cérémonie religieuse d’élus municipaux ceints de leurs écharpes tricolores ainsi que de Chantal Mauchet elle-même en sa qualité de préfète, n’est-elle pas une autre entorse au principe de laïcité ?

    À la première question, la préfecture de l’Hérault donne sa lecture de la jurisprudence. À savoir que « la seule représentation d’un symbole appartenant à une tradition religieuse ne permet pas, à elle seule, de qualifier la dépense de subvention cultuelle. Une telle appréciation suppose d’examiner la destination de l’œuvre ou de l’équipement, son contexte d’utilisation, sa fonction au sein de la manifestation, ainsi que ses éventuelles dimensions artistique, culturelle, patrimoniale ou festive. » Ce à quoi la Libre Pensée s’étonne. « Il nous semble difficilement contestable qu’une représentation de la Vierge Marie dans le cadre d’une procession un 15 août intitulée “défilé de la Vierge” puisse avoir le moindre caractère culturel indépendant du culte de la Sainte Vierge. »

    Sur le fait que les élus sont soumis à « une forme de réserve lorsqu’ils représentent la collectivité publique » (article L. 1111-13 du Code général des collectivités territoriales, CGCT) ou que l’usage de l’écharpe tricolore se limite aux « cérémonies publiques », (…) « fonctions d’officier d’état civil et d’officier de police judiciaire » (article D. 2122-4 du CGCT), Chantal Mauchet précise. « La présence d’un maire à une cérémonie religieuse ne saurait être regardée comme constituant une méconnaissance du principe de laïcité. Dans le contexte d’une fête locale, cette présence peut relever des fonctions de représentation de l’élu et de sa participation à la vie institutionnelle, culturelle et traditionnelle de la commune. »

    Même raisonnement pour les préfets. « Il convient de distinguer la présence institutionnelle à une cérémonie cultuelle de l’accomplissement personnel d’actes relevant du culte : la présence d’un représentant de l’État à une messe ne permet pas de caractériser une méconnaissance du principe de neutralité ». Interrogée par La Marseillaise, la préfecture ajoute que le préfet « n’a pas une interdiction absolue de participer à des offices religieux dans le cadre de l’exercice de ses fonctions, dès lors qu’il s’abstient d’y participer activement ».

    La Libre Pensée, elle, déplore « l’absence de mesure qui encadre strictement la participation des préfets » aux cérémonies religieuses. Quoi qu’il en soit, les préfets sont désormais plus enclins à assister à la messe d’une fête populaire qu’à attaquer une crèche religieuse en mairie reconnue maintes fois illégale.

  • Olivier Galzi juge efficace l’arrêté polémique… attaqué en justice

    Olivier Galzi juge efficace l’arrêté polémique… attaqué en justice

    Situation financière locale, où 6 millions d’euros sont à trouver pour équilibrer le budget supplémentaire, rentrée scolaire ou actualité politique nationale , Olivier Galzi a reçu la presse ce vendredi matin pour évoquer plusieurs dossiers. Dont celui qui a égayé le mois d’août à Avignon, la mise en place de l’arrêté réglementant l’occupation de l’espace public. Une décision qualifiée d’anti mendicité ou d’anti pauvres par ses détracteurs, aussi bien l’opposition de gauche que des associations comme la Ligue des droits de l’homme ou la fédération des acteurs de la solidarité (FAS).

    Hasard du calendrier, au moment même où le maire (DVD) défendait son arrêté, un recours était enregistré à 10h au greffe du tribunal administratif de Nîmes. Comme pressenti (notre édition du 19 août), la fédération des acteurs sociaux Paca a saisi la justice avec un double recours : l’un dit référé suspension, une procédure dite d’urgence qui doit être traitée sous un mois, et l’autre sur le fond qui risque d’être vite caduc vu qu’il sera étudié sous plusieurs mois, bien après la fin de l’arrêté qui court jusqu’au 31 octobre. « C’est en soi un motif rapide d’étude, l’urgence se justifie », estime Philippe Ramon, avocat de la FAS Paca. Le second recours, similaire, a été déposé par la Ligue des droits de l’homme, première à s’être indignée notant que « la pauvreté n’est pas un trouble à l’ordre public ».

    Philippe Ramon estime avoir « beaucoup d’arguments » pour faire tomber l’arrêté, comme la FAS l’a fait à Nevers (Nièvre). « L’étendue géographie et temporaire sont importantes », estime l’avocat. Il relève que la notion de « périodes de forte affluence » mentionnée dans l’arrêté est trop vague. Idem, le texte ne met « aucune exception prévue pour les activités d’associations qui aident ces gens-là et ne pourraient plus aller à leur rencontre ». « Cela va être un débat intéressant », prédit Philippe Ramon qui attend aussi de la Ville la production précise des troubles qui ont motivé l’arrêté.

    En attendant, Olivier Galzi défend bec et ongles sa décision. 74 amendes ont été dressées. « On est moins ennuyé quand on remonte la rue de la République, qui ne peut plus être un squat à ciel ouvert », assure le maire sans dire que l’ensemble des marginaux ont disparu. Selon lui, citant une étude du SIAO (service qui gère la précarité), la grande majorité des personnes visées par cet arrêté ne sont pas des grands précaires.

    Pas d’amalgame entre pauvreté et délinquance

    Sur 257 bénéficiaires des aides de grande précarité, 48 vivent à la rue. Donc pour Olivier Galzi, les marginaux visés par l’arrêté ne sont pas les plus vulnérables. « Ils sont dans une forme de précarité, d’addiction, de problème psychiatrique, mais ce ne sont pas les grands précaires, se défend-il face au procès anti pauvres. On a décidé avec le préfet de rétablir un ciblage qui correspond à la population que l’on souhaite aider et mieux orienter les grands précaires. » Cet arrêté « n’attaque pas la pauvreté mais des comportements, quel mépris pour ceux qui sont fragilisés, que de considérer que parce qu’on est dans une situation économique difficile, on va avoir ce genre de comportement », raille Olivier Galzi. À voir sous peu l’appréciation qu’en aura la justice.

    La présidentielle, « pas mon sujet »

    En cette rentrée où les regards sont déjà braqués sur la présidentielle, Olivier Galzi l’évacue pour l’instant. « Ce n’est pas mon sujet », balaye-t-il face aux pléthores de candidats actuels. Il n’exclut pas, d’ici avril, de prendre position pour « celui ou celle qui sera le mieux disant sur une loi de décentralisation et libère les maires de leurs contraintes ». Le maire défend un « fédéralisme », qu’il pousse via son courant, le Bon sens des territoires qui sera lancé le 10 septembre.

  • Des publications religieuses de maires RN font polémique

    Des publications religieuses de maires RN font polémique

    Lors des jours fériés, bon nombre de responsables d’exécutifs s’en font l’écho sur les réseaux sociaux. Même lorsque ces jours sont liés à des fêtes religieuses. Le 15 août, jour de l’Assomption, plusieurs maires vauclusiens en ont fait mention. Comme le maire RN de Morières, Grégoire Souque, voire celui (DVG) de Bollène, Anthony Zilio. Mais de manière assez neutre, adressant une sorte de pensée républicaine aux catholiques.

    En revanche, les maires RN d’Orange et de Bédarrides ont développé un message plus prosélyte aux yeux de la Ligue des droits de l’Homme et de la Libre pensée. Les deux associations ont adressé un courrier au préfet *. La Libre pensée demande à Thierry Suquet de bien « vouloir rappeler » à Jean-Dominique Artaud (Orange) et Guillaume Taddio (Bédarrides) « leur obligation de respecter la loi de 1905 et, en conséquence, de retirer le message qu’ils ont publié ». « La République ne reconnaissant aucun culte, elle n’en privilégie donc aucun de quelque manière que ce soit », rappelle La libre pensée.

    Le maire d’Orange parle ainsi d’un « héritage chrétien qui a profondément façonné la France » évoquant « nos processions, nos églises, nos fêtes et nos traditions », quand le maire de Bédarrides souligne une « une fête qui occupe une place particulière dans notre patrimoine et nos traditions ». « Ces formulations peuvent donner le sentiment que ces deux maires associent l’identité de la commune à une référence religieuse particulière », juge la LDH rappelant qu’une « collectivité territoriale s’adresse à l’ensemble de ses administrés, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques : sa communication doit respecter les exigences de neutralité qui s’attachent à l’action publique ».

    Une « polémique » qui « emmerde » Guillaume Taddio. Sur Ici Vaucluse, le maire s’érige contre « une conception de la laïcité qui consiste à effacer notre histoire et notre tradition ». Et de remettre en cause la neutralité de la LDH se demandant si elle agirait de la sorte s’il « faisait le même genre de post avec l’Aïd », accusant la LDH d’être « de gauche et christianophobe » et finissant par dire qu’il ne publiera rien sur les fêtes juives ou musulmanes car pas liées à l’histoire de France. La LDH réclame « une égale considération des religions ».

    * Sollicitée, « la préfecture
    ne souhaite pas s’exprimer
    sur ce sujet
     ».

  • La lumière d’Alpha, un jeune migrant aux multiples talents

    La lumière d’Alpha, un jeune migrant aux multiples talents

    C’est dans la médiathèque du Pont du Las que les militants de la section de Toulon-La Seyne tombent sur quelques œuvres d’Alpha Boubacar Barry. « J’ai trouvé ça intéressant, donc je suis allé voir la directrice pour lui demander qui en était à l’origine », explique son président Roland Biache.

    La rencontre se produit et il leur raconte son parcours qui va l’amener, à 14 ans à peine, à prendre le chemin de l’exil suite au décès de son père. Entamant un périple difficile de Guinée Conakry, son pays, jusqu’à Toulon, en passant par le Mali, l’Algérie et l’Espagne. Son oncle qui l’accompagnait perdra la vie au cours de la traversée de la Méditerranée.

    Mais ce n’est pas pour évoquer le drame vécu quotidiennement par ceux qu’on appelle les migrants que les défenseurs des droits humains ont accepté de nous rencontrer aujourd’hui. Mais plutôt, pour mettre en avant une prise en charge réussie de ce mineur isolé très talentueux. Son absence le jour de la rencontre va leur permettre de brosser sans retenue son portrait.

    « C’est un gamin un peu exceptionnel, extrêmement débrouillard avec un niveau de communication qui est largement supérieur au commun des mortels », confie Roland Biache.

    Si bien que le jeune Peul a non seulement réussi le circuit de l’intégration mais est parvenu aussi à se constituer « un réseau hyper étendu ». « Il est toujours en train de réfléchir, de créer », ajoute responsable associatif. Un jeune artiste doué qui sait aussi parler de ses peintures qui retracent son histoire, son parcours.

    La Ligue a photographié l’ensemble de ses œuvres pour réaliser une expo itinérante sur bâches et faire découvrir son travail. Au-delà d’être peintre, il est également conteur et a monté une chaîne YouTube qui s’appelle Bab TV, BAB dans laquelle il commente le monde. « On a l’impression qu’il a vécu plusieurs vies », précise Roland Duthach. Et comme ça ne suffisait pas, il vient de créer une collection de vêtements. Et il fait défiler ses camarades du lycée Claret où il est actuellement scolarisé.

    Histoire d’un parcours

    « Ces jeunes-là ne viennent pas, comme disait l’autre, voler le pain au chocolat des petits Français. Ils viennent parce que leur situation personnelle a fait qu’ils n’ont eu que le choix de partir », profitent pour rappeler les militants des droits humains. Alpha évoque aussi la rencontre avec les policiers dans certains pays, les agressions subies. C’est l’histoire d’un parcours migratoire qui se termine bien, du moins à ce jour. Mais bientôt majeur, ça pourrait peut-être se compliquer « vu la politique migratoire aujourd’hui de l’actuel gouvernement ». « Parce qu’en la matière, je ne sais pas ce que le Rassemblement national pourrait faire de plus si par malheur il arrivait au pouvoir », tempête Roland Biache. Et de poursuivre : « Le drame dans l’histoire, c’est que c’est une vraie perte pour son pays. On ne parle pas suffisamment de ça, je trouve. De tous ces talents obligés de partir pour des raisons politiques, mais qui feraient la renommée de leurs pays, qui feraient leur richesse ».

    La section de Toulon-La Seyne de la LDH est en tout cas très fière d’accompagner ce jeune homme dont on devrait continuer à entendre parler dans le milieu de la culture et des arts.

    « Ce qui est assez exceptionnel c’est qu’il arrive également à agréger les énergies, à agréger un tas de monde autour de lui qu’il fait aussi avancer », conclut Roland Dutach. Comme ses copains de classe.

    Une force transmise par ses parents, a expliqué Alpha : « Ma mère nous répétait toujours de ne jamais voir notre souffrance comme une malédiction, mais comme une arme pour construire notre avenir. Et me disait souvent : “Sors, avance, vise haut, va jusqu’aux étoiles” ».

    « Ces jeunes
    ne viennent pas voler le pain au chocolat des petits Français. Ils viennent parce que leur situation a fait qu’ils n’ont eu que le choix
    de partir. »

  • Le tribunal suspend le couvre-feu estival pour les moins de 16 ans à Meyrargues

    Le tribunal suspend le couvre-feu estival pour les moins de 16 ans à Meyrargues

    Parmi les rares passants croisés à Meyrargues, ce mardi matin estival, ils ne sont qu’une poignée, dans cette commune de 4 000 habitants, à savoir que l’arrêté municipal signé par le maire, Fabrice Poussardin (DVC), instaurant un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans, pour le quatrième été consécutif, vient d’être suspendu par ordonnance du 24 juillet 2026, par le tribunal administratif de Marseille.

    Renouvelé en juin, l’arrêté municipal interdisant aux mineurs non accompagnés de sortir entre 22h et 6h du matin, du 18 juin au 1er septembre, était en place depuis quatre ans. Saisie par le groupe d’opposition Meyrargues Citoyenne et Solidaire, la Ligue des Droits de l’Homme a, à son tour, saisi la justice, qui a donné raison à l’association.

    « On en voit fleurir un peu partout et régulièrement, ils sont annulés ou suspendus, contextualise Philippe Sénégas, pour la Ligue des Droits de l’Homme. C’est étrange de la part d’un village où, manifestement, les troubles à l’ordre public sont, semble-t-il, mineurs. C’est évident qu’il y a bien d’autres mesures qui peuvent être imaginées. »

    « Liberté d’aller et venir »

    Au sujet des nuisances et du désordre public mis en avant par la municipalité, le tribunal estime que « la commune de Meyrargues n’apporte aucun élément à l’appui de ces allégations » et « ne démontre pas davantage le risque de voir ces événements se réitérer, justifiant qu’une telle mesure de prévention soit adoptée ». Le point le plus inquiétant, dans cet arrêté, pour la LDH, reste l’atteinte à la « liberté d’aller et de venir. On ne va pas confiner les enfants au domicile de leurs parents et transformer les parents en gardiens », conclut Philippe Sénégas.

    Le groupe d’opposition Meyrargues Citoyenne et Solidaire (DVG) se réjouit de la décision. « On nous disait le reconduire pour la quatrième année parce que (l’arrêté) avait fait ses preuves. On lui a demandé de nous dire quel était l’état de la baisse de la délinquance nocturne (…), on n’a jamais eu d’élément concret, palpable, autre qu’une appréciation générale », note Christian Salque, à la tête du groupe. Il préconise l’instauration d’une « politique jeunesse ».

    Sollicité, le maire n’a pas pu nous répondre dans les délais impartis. Dans La Provence, il a indiqué ne pas faire appel.

    Eva Bonnet-Gonnet

  • À Avignon, six mois de prison ferme pour insultes racistes et violences

    À Avignon, six mois de prison ferme pour insultes racistes et violences

    Christian G., 23 ans, a été condamné par le tribunal d’Avignon à six mois de prison ferme pour violences aggravées par deux circonstances suivies d’une incapacité n’excédant pas huit jours, violences suivies d’une incapacité supérieure à huit jours commises avec une circonstance aggravante et en raison de la race, de l’ethnie, de la nation ou de la religion, ainsi que violences sur un mineur de 15 ans sans incapacité. De nationalité italienne, il a également été condamné à une interdiction du territoire français pendant cinq ans à l’issue de sa peine.

    Le mercredi 27 mai dernier, deux mères de famille, cousines, font leurs courses dans un Carrefour d’Avignon. Alors qu’elles rangent leurs achats, elles autorisent leurs trois filles, âgées de 8 à 11 ans, à aller observer les animaux du cirque installé à proximité. Selon le dossier, en passant devant une caravane, les enfants sont insultées à plusieurs reprises de « sales nègres » par un homme. Paniquées, elles retournent auprès de leurs mères, qui décident d’aller confronter Christian G. Toujours selon le dossier, alors qu’elles demandent des explications, l’homme s’emporte et pousse d’abord l’une d’elles au sol, puis frappe les deux mères de famille avec ses poings et ses pieds, tout en réitérant ses insultes racistes. Un coup de chaise est même porté à la tête de l’une des deux femmes, engendrant une blessure qui a valu dix jours d’ITT. « C’était tellement violent. Les filles doivent voir un psy, car elles ne comprennent pas pourquoi on leur dit des choses comme ça », lâche, en pleurs, l’une des deux mamans à la barre.

    Deux témoins présents ce jour-là, qui n’ont aucun lien avec les deux mamans, vont dans le sens du récit des victimes. De son côté, le prévenu, toujours détenu depuis les faits, a affirmé depuis le box qu’il « n’est pas coupable ». Il soutient ensuite que ce sont les deux femmes qui l’auraient insulté de « sale gitan ». « Si je les avais vraiment tapées, elles seraient dans le coma », assure-t-il, en rappelant qu’il pèse 115 kg.

    « Pas dans ces sphères »

    L’avocat des victimes, Maître Paul-Roger Gontard, pointe notamment les conséquences pour les mères de famille, tel que « devoir accompagner les filles face à un cauchemar, une peur, qui n’est que la conséquence de ce qui s’est passé ce jour-là ». Rappelant l’histoire du terme « nègre », qui « n’a pas été inventé à Avignon en 2026 », l’avocat a souligné qu’il s’inscrivait dans une longue histoire d’oppression. « Si on ne fait rien face à ce genre de propos, on risque de glisser vers des actes racistes étatiques. On se dirigerait vers des heures sombres », poursuit maître Véronique Marcel, avocate des parties civiles, pour la Ligue des droits de l’Homme. « Le mot “nègre” renvoie à la suprématie blanche, à la négation du statut de l’autre », rappelle la procureure, Sandrine Fabre.

    La défense de Christian G., Maître Jalil Amr, glisse qu’il pense effectivement que l’homme de 23 ans a bien prononcé les insultes à caractère raciste. L’avocat tente toutefois de tempérer en assurant que son client « n’est pas dans ces sphères-là » et que ce « n’est rien d’élaboré ». « Ce monsieur s’insulte lui-même dans ses propos. Il n’a jamais été éduqué », ajoute-t-il. Christian G. a en effet très peu fréquenté l’école au cours de sa vie et n’a jamais entrepris de démarches pour trouver un emploi.

  • À Toulon, un cri d’alerte pour les enfants

    À Toulon, un cri d’alerte pour les enfants

    Cette mobilisation a été organisée devant le palais de justice, dans le cadre d’un appel national. Parmi les personnes présentes, des membres d’organisations syndicales (UD CGT 83, Snuipp-Fsu Var…), des responsables d’associations locales (Ligue des droits de l’Homme Toulon-La Seyne…) ou encore des représentants de partis politiques (PCF Var, PS 83, Place publique…).

    À travers ce rassemblement, les participants ont souhaité exprimer leur soutien aux victimes de violences sexuelles et rappeler la nécessité d’une réponse institutionnelle plus forte. Les manifestants ont dénoncé les défaillances pointées dans l’affaire Lyhanna et appelé les pouvoirs publics à prendre des mesures concrètes pour mieux protéger les femmes et les enfants. Parmi les principales revendications figurait l’adoption par le Parlement d’un texte contre les violences sexuelles, inspiré de dispositifs déjà mis en place dans d’autres pays.

    « Nous sommes déterminés à en finir »

    « Ensemble, soutenons l’exigence d’une loi-cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, aux enfants, et exigeons les moyens de l’appliquer, souligne Gilberte Mandon, membre de l’équipe du SNUipp-FSU. Nous sommes déterminés à en finir enfin avec les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, aux enfants et aux minorités de genre. Notre société ne supporte plus que les violences sexuelles faites aux enfants soient minimisées, invisibilisées ou traités comme de simples faits divers. »

    Selon la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), les violences sexuelles envers les enfants sont très souvent perpétrées par des personnes de l’entourage proche et fréquemment dans le cadre familial. La militante ajoute : « Cette réalité dérange profondément les réactionnaires et les conservateurs car elle détruit leur récit politique. La menace principale ne vient pas d’un ennemi extérieur fantasmé, elle se trouve d’abord au sein même des structures sociales que l’extrême droite et la droite conservatrice prétendent défendre. »

    Plusieurs dizaines de personnes se sont également réunies devant la sous-préfecture de Draguignan. Environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, selon la Ciivise.

  • Fermeture des épiceries de nuit : un arrêté peut en chasser un autre

    Fermeture des épiceries de nuit : un arrêté peut en chasser un autre

    Il faut reconnaître à Olivier Galzi un certain talent dans l’art de communiquer, voire mettre en scène son action politique. Déjà, pendant la campagne, ses pastilles vidéos faisaient mouche sur les réseaux sociaux. Élu maire (DVD) il y a un peu plus d’un mois, l’ex-journaliste TV reste très actif en la matière. Jeudi dernier, c’est directement via la page Facebook de la Ville qu’il annonce la « fermeture l’été des épiceries de nuit à 22h et non plus 23h30 ». Le tout en vidéo dans son bureau de maire, stylo en main pour parapher ledit arrêté.

    Dans le détail, l’arrêté s’applique du 1er mai au 31 octobre et impose aux « établissements de vente de produits à emporter (exceptés les restaurants et brasseries) et les épiceries de nuit d’être fermés entre 22h et 6h ». Une mesure en réalité déjà en cours depuis le 1er novembre et qui s’achevait le 30 avril. Au simple visionnage de la vidéo, on pourrait donc croire qu’Olivier Galzi instaure une mesure inédite, d’ailleurs largement appréciée à la lecture des multiples commentaires de la vidéo. La nouveauté réside dans le fait que, cette fois, la fermeture à 22h va s’appliquer durant la saison estivale, là où, auparavant, les épiceries pouvaient accueillir des clients jusqu’à 23h30, voire 2h pendant les trois semaines du Festival.

    Les deux arrêtés, celui en cours et son précédent, sont quasiment similaires dans leurs contenus et secteurs concernés. Le nouveau ajoute le boulevard Capdevilla (derrière la préfecture) dans son champ de restriction, quand l’intra intra muros Est, Avignon sud/Monclar, Ouest Lyon/Morières, Montfavet et Pierre-Semard demeurent. Les motivations autour de troubles à l’ordre public justifiant l’arrêté signé par Olivier Galzi sont quasi identiques à celui paraphé en octobre dernier par Catherine Gay, ex-adjointe à la sécurité de Cécile Helle. Il est fait mention que « l’activité génère un va-et-vient incessant, une consommation à proximité du commerce ou la présence permanente de personnes sur la voie publique, créent des nuisances sonores portant atteinte à la salubrité et à la tranquillité publique ».

    Rien, en revanche, sur les activités interlopes de certaines épiceries de nuit, comme la vente illégale de tabac, le trafic de drogues ou de bonbonnes de protoxyde d’azote. Des agissements illégaux dans le viseur des autorités préfectorales qui, depuis plus d’un an, multiplient les fermetures administratives. « Avignon sera une des villes les plus restrictives en la matière », se targue Olivier Galzi, bien que des arrêtés similaires aient été pris à Carpentras, Nîmes ou Marseille. « La grande nouveauté, c’est d’envoyer le signal qu’on respecte la liberté de consommer, on peut avoir besoin d’un commerce de proximité pour dépanner, mais à partir de 22h, la problématique n’est plus la même, on sait que certaines officines à ouverture tardive font partie de la panoplie du narcotrafic », expose le maire.

    « On s’y attendait, mais c’est une catastrophe »

    La forme de l’annonce a suscité quelques railleries à gauche, comme de l’écologiste et ancienne élue Christine Lagrange ou du secrétaire départemental du PCF, Julien de Benito, tous deux y voyant « un parallèle avec Donald Trump signant ses décrets d’un geste impérial ». « Sur un sujet aussi grave et structurant, tout ce qu’on trouve à dire, c’est que je n’aurais pas dû faire une vidéo, c’est le niveau zéro de la politique, ils ne sont pas en phase avec les administrés », réplique Olivier Galzi.

    Toutefois, sur le fond, Julien De Benito ou la Ligue des droits de l’Homme s’interrogent sur la légalité d’un tel arrêté. « Je sais que des avocats regardent, j’espère avoir une rencontre avec la mairie qui ne se rend pas compte des conséquences », réagit Maëlys, gérante d’une épicerie de la rue Thiers. Si elle reconnaît que certaines autres enseignes font dans l’illégalité, elle déplore une décision « qui pénalise tout le monde, surtout les gens honnêtes qui payent des charges ou prennent la carte bleue ». « On s’y attendait, mais c’est une catastrophe, j’espère que ce sera assoupli au moins pendant le festival où on reçoit beaucoup de touristes, si on ferme comme les autres supermarchés, il n’y a plus aucun intérêt à travailler », conclut la gérante.