Tag: Gendarmerie

  • Vaucluse : une convention contre les vols sur les chantiers

    Vaucluse : une convention contre les vols sur les chantiers

    En pratique, une collaboration existe déjà depuis 2009, mais ce sont désormais d’autres signataires qui s’y ajoutent. Elle réunit aujourd’hui l’État, la Fédération du BTP de Vaucluse, la Capeb de Vaucluse, la police nationale et la gendarmerie nationale. En Vaucluse, 130 vols ont été constatés sur les chantiers en 2025. Globalement, une baisse est constatée, mais « les délits restent encore trop nombreux et très ciblés : en effet, cambriolages et vols sur les chantiers publics et privés représentent la majorité des faits », insiste la préfecture de Vaucluse.

  • [Entretien] Anthony Caillé, CGT-Intérieur : « En tant que service public, nous sommes le dernier rempart »

    [Entretien] Anthony Caillé, CGT-Intérieur : « En tant que service public, nous sommes le dernier rempart »

    Policier de terrain, le syndicaliste dénonce depuis le début une doctrine répressive menée par le gouvernement à l’encontre des lycéens et étudiants, avec des effets désastreux, entre éborgnages et mains arrachées. Les événements de ce week-end confortent ses craintes.

    La Marseillaise : Comment en est-on arrivé là ? Peut-on parler d’amateurisme ?

    Anthony Caillé : Tout laisse à penser qu’il y a eu un gros souci dans la gestion de la foule. Je ne me l’explique pas. Je sais que beaucoup de policiers sont extrêmement fatigués. Ce serait intéressant d’avoir les chiffres sur le nombre de policiers en arrêt de travail, pour savoir si ça a déshabillé les compagnies de CRS ou de gendarmerie mobile. Moins on aura d’effectifs, plus on aura de LBD et on aura tendance à vouloir s’en servir pour se protéger. Et impossible de le faire quand il y a des mouvements de foule, les conditions ne sont pas bonnes, on atteint difficilement sa cible. Cela ajoute au danger. Il va y avoir un drame.

    Le ministre de l’Intérieur
    évoque une sous-estimation
    du mouvement de samedi par
    le renseignement.
    A-t-il été défaillant
     ?

    A.C. : On est censé avoir un renseignement assez opérant. La collecte de l’information reste, en règle générale, plutôt bonne. Reste que depuis la présidence de Nicolas Sarkozy, les renseignements territoriaux doivent suivre plusieurs secteurs quand ils n’en avaient qu’un auparavant. À partir du moment où on a plus de matière à travailler, on est moins performant, on connaît moins les gens. Après, il faut que l’institution policière ou gendarmesque travaille cette information, qu’elle en prenne la mesure, que le corps préfectoral y travaille aussi. Cela demande du temps et de l’expertise.

    En attendant, les manifestants témoignent de « gazage » tandis que des pilleurs s’en prenaient aux commerces, impunément…

    A.C. : C’est clairement un choix politique, celui du préfet de département. C’est lui qui décide de l’usage et de l’emploi de la force.

    Même s’il assure que la doctrine est décidée au niveau national ?

    A.C. : La doctrine actuellement, c’est nous contre les autres. C’est la posture qu’on demande à la police d’avoir. Cela ne peut pas durer. Mais tant qu’on aura un Macron qui préfère aller voir le concert de Céline Dion plutôt que d’aller en cellule de crise et de discuter avec les différents corps sociaux et les lycéens… La police ne peut pas régler le problème. Nous sommes, en tant que service public, le dernier rempart avec les pompiers. Et on est complètement désorganisés. Au moins un tiers, voire la moitié du maintien d’ordre est assuré par des policiers dont ce n’est pas le métier. Un manque de formation, mais aussi d’effectifs. Là encore, rappelons que Nicolas Sarkozy voulait supprimer les CRS et les gardes mobiles. Ils ont été dégraissés.

    D’aucuns évoquent également une mobilisation sans organisation, illisible pour les forces de l’ordre…

    A.C. : Oui, il y a 20 ans, on avait un service d’ordre dans les manifestations parce qu’il y avait des syndicats forts. Là, ils sont affaiblis, le rapport de force est moindre. Avant, les autonomes et autres « énervés » étaient en queue de cortège, aujourd’hui, ils sont devant le carré de tête.

    Quelles solutions alors ? Changer de doctrine avec la désescalade ?

    A.C. : La désescalade, c’est savoir laisser casser un abribus pour ne pas faire monter la violence d’un cran. Mais c’est l’autorité civile qui doit mesurer ça. Par exemple, j’ai vu, à Belfort, un jeune commissaire de police qui a demandé à ses effectifs d’enlever casques et boucliers. C’est courageux, surtout vis-à-vis de sa hiérarchie, cela peut être mal vu. Mais on pourrait avoir les policiers les mieux formés du monde avec le meilleur équipement du monde, et à un moment, ça ne marchera pas. Il faut une parole politique. Elle ne peut venir que du chef du gouvernement, du président de la République. Qu’ils disent « ok, on vous a entendu, on va mettre tout le monde autour de la table ». Mais pour l’instant, ce n’est que mépris. Quand on a la chefferie policière et préfectorale qui nous dit, à propos d’un corps social qui manifeste : « Qui est disponible ce week-end pour aller voir ce qui se passe dans le zoo social ? » Ces gens sont des monarques, n’ont aucun sentiment, cela va mal finir. Je sens arriver l’état d’urgence…

  • L’État dégaine les « couvre-feux partiels »

    L’État dégaine les « couvre-feux partiels »

    Alors que les Gilets jaunes annoncent déjà sur leur site Internet un « acte II », ce samedi 24 octobre, avec 120 actions déjà prévues, dont une manifestation en début d’après-midi à Marseille, puis un « acte III » le 31 octobre, et que les syndicats de salariés ont fixé une nouvelle journée de mobilisation au 5 novembre, le gouvernement, sous pression, serre la vis. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez était attendu de pied ferme par le maire, Benoît Payan (DVG), passablement remonté après la mise à sac du centre-ville, en marge de la manifestation. Prévue en début d’après-midi, sa venue à Marseille a finalement été reportée en raison d’une convocation à une cellule interministérielle de crise. Laurent Nunez est finalement arrivé dans la soirée (lire par ailleurs).

    À l’issue de cette réunion, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé la mise en place de couvre-feux « localisés » pour protéger les commerces. Le « bordel » est « très localisé sur des centres urbains », a-t-il estimé. À charge aux préfets de les déclencher, mais ces couvre-feux seront « partiels », a prévenu le Premier ministre. Une première carte a été communiquée dans la soirée, avec des couvre-feux partiels annoncés à Paris, Lille ou Nice. Sébastien Lecornu évoque aussi l’instauration d’un état d’urgence, « si c’est nécessaire ».

    Toujours en poste après avoir vu sa démission refusée dimanche soir par le président de la République, Laurent Nunez a annoncé des renforts d’effectifs de police et gendarmerie, ce week-end, dont on se demande bien où il va les trouver, les forces de sécurité étant déjà exsangues, estime notamment la CGT (lire par ailleurs).

    Le ministre de l’Intérieur a aussi affirmé que des mesures pour empêcher les casseurs et les pilleurs seraient mises en place, dès lundi soir. Après les scènes de pillages qui ont tourné en boucle sur les chaînes d’informations et les réseaux sociaux, le premier flic de France avait reconnu ce lundi matin, sur France Inter, « une perte de contrôle ». Mais il a refusé de « demander pardon » pour les manifestants gazés, les lycéens éborgnés ou ayant perdu une main. « On nous explique que la police tue ou blesse, et depuis deux jours, on nous demande où est la police : schizophrénie bien française ! », a même osé Sébastien Lecornu

    Avec 2 400 arrestations recensées au niveau national, ce week-end, le Premier ministre promet aussi « une réponse pénale massive ». À Marseille par exemple, 101 personnes ont été interpellées, dont 74 majeurs et 27 mineurs, majoritairement pour des faits de vol avec dégradations en réunion, a indiqué le Parquet. Des réponses pour le moment sécuritaires qui tentent de faire oublier que les mobilisations se succèdent depuis la mi-septembre, la journée de samedi ayant rassemblé à elle seule 800 000 participants.

    ET AUSSI

    La Région Sud réactive son fonds de solidarité

    La Région Sud indique réactiver son Fonds de solidarité pour les commerces pillés. Doté de 5 millions d’euros, il prévoit une aide forfaitaire de 10 000 euros par commerce touché. Des mesures de soutien aux communes pour sont également annoncées. Un Fonds abondé par le Département des Bouches-du-Rhône.

    SCH, rappeur

    « Je suis fier de voir que la majeure partie de notre jeunesse a une conscience politique, peuple militant imprégné d’idéal. La violence a une origine, elle n’est jamais gratuite, beaucoup de monde la condamne, mais personne ne réfléchit à sa source. On peut la condamner, mais l’histoire nous apprend qu’aucun changement n’a été obtenu sans révolte. »

    Nicolas Isnard veut un état de catastrophe commerciale

    Le président de la Métropole Aix-Marseille-Provence, Nicolas Isnard (LR), demande à l’État, lundi, de décréter un « état de catastrophe commerciale » après les pillages ayant touché de nombreux commerces. Sur le modèle des catastrophes naturelles, cette mesure, selon lui, « activerait alors l’obligation automatique d’indemniser pour toutes les compagnies d’assurances […] ». Il estime à plus de 10 millions d’euros le coût des dégradations et des interventions engagées.

    Cellule psychologique pour les commerçants

    La préfecture de région indique qu’un dispositif gratuit et confidentiel d’accompagnement psychologique à destination des commerçants a été mis en place, dès dimanche. Il est complété par un guichet unique ouvert par la CCI pour informer les entreprises. L’ordre des avocats et celui des experts-comptables mettent à disposition des ressources de conseil juridique.

    Martine Vassal, présidente (DVD) du Département des Bouches-du-Rhône

    « Des limites ont été franchies. L’urgence est absolue. Face aux violences, aux pillages et aux attaques contre nos forces de l’ordre, nous ne pouvons plus nous contenter de déclarations d’intention. […] Je demande la proclamation immédiate de l’état d’urgence et l’instauration de couvre-feux dans les secteurs où la situation l’exige, afin de prévenir de nouveaux débordements et de rétablir l’ordre républicain. […] La République ne peut plus reculer devant la violence. L’heure est à l’action et à la responsabilité ! »

    Les syndicats à Matignon mercredi

    Emmanuel Macron a indiqué dimanche que le Premier ministre réunirait prochainement partis politiques, syndicats, collectivités et parlementaires. Mercredi matin, ce sera au tour des syndicats, selon ces derniers.

    La CGT alerte sur la gravité de la situation du pays

    « Après 10 ans de macronisme, le pays craque de toutes parts », a affirmé, lundi, le bureau confédéral de la CGT, dans un communiqué. Rappelant que « les dégradations sont toujours instrumentalisées par le pouvoir, le patronat et l’extrême droite pour faire diversion des revendications et pour justifier la répression et les remises en cause des libertés publiques », elle souligne que « la seule voie de sortie de crise est la réponse immédiate aux revendications sociales exprimées depuis des mois ». Appelant à « l’ouverture immédiate de négociations avec les organisations syndicales et de jeunesse », elle martèle : « Face à la stratégie du chaos déployée par le gouvernement, gardons le cap sur nos revendications, soyons mobilisés jusqu’à leur satisfaction ».

    La CGT du Var appelle à poursuivre la mobilisation

    « Sourd aux revendications du pays (…), c’est le gouvernement qui porte la responsabilité politique de la montée des violences observée le 17 octobre », commente la CGT du Var, dans un communiqué publié lundi. Elle appelle à « poursuivre la mobilisation pacifique avec les jeunes, à mettre partout en débat, sur les lieux de travail, les conditions de la construction du rapport de force pour gagner sur les revendications, à préparer les prochaines étapes de mobilisation, dont la grande journée intersyndicale de grève et de manifestation du 5 novembre ».

    Soutien aux luttes du PCF de Gardanne

    Dans un communiqué, la section PCF de Gardanne fait « part de sa solidarité envers toutes les victimes de violence : commerçants, manifestants, fonctionnaires, les Marseillais dans leur ensemble », avant de réaffirmer son « soutien aux luttes sociales, notamment à celle des lycéens face au mépris et à la répression »

  • La Ligue des droits de l’Homme sur tous les fronts

    La Ligue des droits de l’Homme sur tous les fronts

    À en croire le dernier communiqué de la préfecture de l’Hérault du 9 octobre, le maintien de l’ordre à Montpellier est exemplaire. La préfète a en effet tenu « à saluer le professionnalisme des forces de sécurité intérieure » qui « ont procédé à un usage proportionné de la force » et qui n’ont « pour seule boussole que la protection des lycéens manifestants ». Elle s’est également félicitée des 130 interpellations, sans préciser que la plupart sont des mineurs. Pas un mot non plus pour la jeune fille souffrant d’une double fracture au visage suite à une charge policière. Un discours bien loin des témoignages et des slogans affichés sur les pancartes des lycéens et bien loin de l’analyse effectuée par la Ligue des droits de l’Homme (LDH).

    En effet, après avoir dénoncé de nombreuses situations problématiques depuis le début du mouvement lycéen (charge sans sommation, journaliste percuté par un policier à moto, absence de RIO [numéro d’identification individuel] visible, usage de gaz lacrymogène abusif etc.), l’Observatoire des
    libertés publiques (OLP) de Montpellier, créé par la LDH s’est intéressé au rôle de la police municipale. Dans un document de 28 pages, l’OLP montre, photos à l’appui, que la police municipale participe à des opérations de maintien de l’ordre, ce qui lui est interdit. L’OLP dit avoir observé des policiers municipaux « équipés de casques, de boucliers anti-émeutes, de protège-tibias et de genouillères » agir aux côtés et parfois « sous les ordres » de la Brigade anticriminalité. « Nos observateurs ont constaté que la BAC dirigeait, à plusieurs reprises, la police municipale, leur indiquant les positionnements, les lieux sur lesquels se déplacer », ajoute-t-il. Une charge de cette unité de la police municipale, « se déplaçant en formation militaire de défense », a également été observée sur l’avenue Jean-Mermoz. Et l’OLP de conclure : « Ces deux unités de police municipale sont présentes lors des manifestations, non pas dans le cadre de fonctions de police administrative, de circulation notamment, mais dans le cadre de fonctions de maintien de l’ordre. Les membres de ces deux unités sont dépourvus de RIO, permettant l’identification des forces de l’ordre. Qui plus est, certains membres de la police municipale ont pris l’habitude de se couvrir le visage, rendant les identifications impossibles. »

    L’observatoire s’est également ému de la présence de policiers nationaux lourdement armés aux abords des lycées mardi 13 octobre avant le début de la manifestation. « C’est de l’intimidation et ça génère l’intimidation de toute la population. Je pense que les jeunes se disent qu’ils ne vont jamais tirer, mais ça intimide beaucoup plus les parents et les adultes », s’inquiète Sophie Mazas, la présidente de la LDH 34.

    Éducation civique

    À chaque manifestation, la LDH pratique aussi la pédagogie pour alerter sur les règles à respecter et sur les droits des participants. Un travail qu’il a fallu décupler avec les lycéens. Pour cela, la LDH a créé une petite fiche récapitulative avec un QR code permettant aux mineurs d’être informés sur leurs droits en manifestation, en cas d’interpellation et sur la manière d’agir s’ils sont témoins de violences policières. « On leur rappelle qu’il faut qu’ils connaissent le numéro de téléphone d’un proche car bien souvent cette génération n’apprend plus les numéros. On explique comment on peut demander un avocat en garde à vue, qui est plus courte pour des mineurs de moins de 16 ans. On voit des gamins tétanisés lorsqu’ils sont embarqués donc on leur explique comment ça peut se passer. On explique aussi les périmètres de manifestation », détaille Sophie Mazas qui conclut avec humour : « C’est un cours d’éducation civique avec application directe, une sorte de travaux dirigés pour les préparer à la fac. »

  • Les rafles de 1943 à Marseille, un crime contre l’Humanité

    Les rafles de 1943 à Marseille, un crime contre l’Humanité

    « La rafle menée à Marseille dans le quartier Saint-Jean les 23 et 24 janvier 1943, ainsi que le pillage et la destruction du quartier dès février 1943, caractérisent indubitablement des crimes contre l’humanité au sens de la charte du tribunal militaire international de Nuremberg applicable aux crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale » a solennellement exprimé mercredi le Procureur national antiterroriste (PNAT), Olivier Christen, devant plus de 70 victimes et descendants de victimes réunis au Palais Monthyon avec le collectif Saint-Jean et les avocats, Me Pascal Luongo et Me Michel Pautot.

    Le Procureur national a été accueilli par Olivier Leurent, le président du tribunal judiciaire qui a présidé en 2014 le premier procès à Paris du génocide des Tutsi au Rwanda. « La reconnaissance des crimes est essentielle et l’attente des victimes est légitime d’une justice intemporelle et surtout imprescriptible. Le devoir de mémoire est plus que nécessaire car l’oubli et l’ignorance sont la porte ouverte au renouvellement des crimes contre l’humanité. » Marseillais de naissance au sein d’une famille italienne, le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, a dit combien il était important « que la vérité soit établie sur ces faits terribles commis à Marseille. »

    Une reconnaissance, un classement sans suite

    Il y avait une dimension symbolique forte pour le PNAT à venir ici-même énoncer solennellement que « des persécutions, déportations et autres actes inhumains ont été commis à Marseille à l’encontre d’un groupe de population civile expressément ciblé pour des motifs politiques, raciaux ou religieux ». Qu’en outre cette tragédie a été perpétrée « dans le cadre d’un plan concerté au nom d’un état pratiquant une politique hégémonique idéologique, la rafle ayant été menée conjointement par les forces allemandes et françaises à l’instigation des plus hautes autorités SS. »

    Olivier Christen a salué le travail d’investigation notamment archivistique mené par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH) dirigé par le colonel Nicolas Philippotin, présent mercredi. 22 victimes de 20 familles ont été entendues. 17 personnes ont souhaité porter plainte pour crime contre l’humanité.

    Les enquêteurs ont identifié les 12 000 membres des forces de police et de gendarmerie françaises mobilisés pour la rafle et ont identifié 150 noms dans la liste des 100 000 collaborationnistes. « Pour celles encore vivante, il n’a pas été possible d’établir leur implication précise » a dit Olivier Christen. Les recherches en Allemagne pour retrouver des personnes n’ont pas abouti. Si la juste qualification juridique des crimes est posée, « la procédure a été classée sans suite, en l’absence de responsables pénalement poursuivables identifiés 83 ans après les faits » n’a pu que conclure le Procureur national.

    Pour autant les responsables sont connus. Heinrich Himmler, le ministre de l’Intérieur du IIIe Reich qui a donné l’ordre. Karl Olberg, le chef de la SS en France, qui écrit que « l’autorité allemande veut nettoyer de tous les indésirables les vieux quartiers et les détruire par la mine et le feu. » Sont aussi responsables Bernhard Griese, le chef des SS, Rolf Müller, le chef de la Gestapo à Marseille, René Bousquet, le chef de la police de Vichy, Antoine Lemoine, le préfet de Région, Pierre Barraud, l’administrateur provisoire de Marseille sous tutelle. Tous posent sur le même cliché pris à l’Hôtel de Ville le 23 janvier 1943 au terme de la dernière conférence préparatoire à l’Opération Sultan.

    Le maire de Marseille, Benoit Payan, voit dans cette reconnaissance « le résultat de décennies de lutte pour la mémoire de Marseille. Merci à l’ensemble des familles et associations mobilisées dans ce combat pour la Justice et la mémoire des victimes trop longtemps oubliées. Marseille se souvient. »

    « Ce travail de mémoire résonne avec une force particulière auourd’hui. À l’heure où l’extrême droite progresse et où le Rassemblement national cherche à se détacher de l’histoire du Front national, nous ne pouvons pas effacer d’où vient ce parti, fondé notamment avec d’anciens Waffen-SS », souligne pour sa part le sénateur communiste Jérémy Bacchi.

    Après deux heures de restitutions pédagogiques des 7 années d’enquête pénale et d’échanges avec quelques rescapés et de nombreux descendants de victimes, le Procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a pris la parole vers midi pour annoncer officiellement la reconnaissance par la justice du crime contre l’humanité. PHOTO D.C.

  • [Justice] Trois plongeurs martégaux avaient pillé une épave

    [Justice] Trois plongeurs martégaux avaient pillé une épave

    Trois plongeurs martégaux ont été reconnus coupable , ce lundi, de « prospection et fouille sans autorisation et déplacement et prélèvement sans autorisation d’un bien culturel maritime découvert ».

    Joseph S., 62 ans, plongeur retraité de la Police nationale, est condamné à 3 000 euros d’amende avec sursis. Vincent P., 61 ans, conseil en construction, écope de 3 000 euros d’amende, dont la moitié avec sursis. Paul J., 66 ans, ingénieur retraité de chez Total devenu moniteur de plongée, est lui condamné à 3 000 euros d’amende. Le jugement retient qu’« il a persévéré dans ses dénégations, contre toute vraisemblance ».

    L’affaire avait été examinée, le 6 juillet, devant la 6e chambre présidée par la magistrate Margaux Kennedy. Pris de remords, un des plongeurs avait remis à l’audience le sextant récupéré sur l’épave du navire du XVIIIe siècle, au large de Salin-de-Giraud, près de l’épave du Louis, à 12 mètres de fond. Vincent P. avait conservé le sextant après la plongée du 30 août puis l’avait ensuite remis à l’eau une fois convoqué par la gendarmerie maritime. « On n’est pas des ignorants. Pour ma part, je sais qu’il ne faut pas remonter. (…) Ce jour-là, j’ai eu peur. J’ai compris que j’ai fait une grosse bêtise. » Avec cette restitution, il a été relaxé du délit de destruction de patrimoine archéologique.

    « Ils crient lorsqu’ils découvrent le sextant »

    Les trois sexagénaires sont amis de longue date et aguerris à la plongée en bouteille. Paul J., plongeur apnéiste expérimenté, avait pris attache avec le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) pour déclarer la découverte d’une épave repérée non loin du Louis, un navire coulé en 1898. Des incohérences et des hésitations dans les déclarations avaient aussitôt mis la puce à l’oreille au Drassm.

    Des images d’une vidéo saisie montrait que Paul J. avait manipulé et prélevé le sextant ainsi qu’un plomb de sonde antique, tandis que Vincent P. reconnaissait avoir remonté des carreaux catalans. Joseph S. admettait avoir pris le fémelot (une ferrure de gouvernail) qu’il a remis ensuite au Drassm.

    Pour le tribunal, l’argument selon lequel ils n’avaient pas eu conscience de prélever un bien culturel maritime protégé ne tient pas, « en raison tant de leur expérience personnelle, y compris en tant que moniteur de plongée pour Joseph S., que du fait que les vidéos prises sous l’eau démontrent que les plongeurs crient lorsqu’ils découvrent le sextant, qu’ils avaient parfaitement conscience que de tel prélèvement ou déplacement était interdit, qu’il s’agisse d’éléments du “Louis” ou de la nouvelle épave découverte. »

  • Aix-Marseille : des élèves fouillés le premier jour du lycée

    Aix-Marseille : des élèves fouillés le premier jour du lycée

    Des chiens, des policiers et des gendarmes devant les grilles du nouveau bahut. C’est ce qu’ont vécu des élèves de seconde des lycées Nelson-Mandela à Marseille (12e) et Fourcade à Gardanne, mardi, le jour de leur rentrée. Au programme : fouille des sacs des élèves sélectionnés et contrôle des chauffeurs de bus. Une pratique possible depuis la circulaire de mars 2025, conjointement signée par Élisabeth Borne et Bruno Retailleau, alors respectivement ministre (Ren.) de l’Éducation nationale et ministre (LR) de l’Intérieur, qui autorise donc aux forces de l’ordre des fouilles aléatoires et inopinées des sacs et cartables aux abords ou à l’entrée des collèges et lycées.

    Des méthodes déjà dénoncées dans le passé par l’intersyndicale des enseignants du secondaire et que le Snes-FSU juge d’autant plus violentes le jour d’une rentrée. « Ce qui nous a particulièrement choqués, c’est que ça se fasse le jour de la rentrée des secondes, s’indigne Salima Ouannaï, secrétaire académique adjointe du Snes-FSU Aix-Marseille. Nous avons été contactés par les personnels des établissements en question, qui ont été particulièrement choqués, de même que les élèves. »

    L’opération a en effet fortement mécontenté plusieurs enseignants du lycée Fourcade, prévenus lundi, lors de la pré-rentrée, de la venue des officiers de gendarmerie. Ils parlaient alors, dans un communiqué de presse, d’un déploiement « inadapté » et susceptible de « créer un stress inutile pour les enfants et leurs parents », cités par La Provence. « Voilà donc le message envoyé à la jeunesse pour son premier jour au lycée : bienvenue, vous êtes d’abord considérés comme une menace. (…) Beaucoup de stress, aucun objet découvert et une rentrée transformée en opération de communication sécuritaire. Nous dénonçons fermement ces pratiques. Elles instaurent un climat de suspicion et stigmatisent les élèves », fronde de son côté le Snes-FSU.

    « Masquer un manque

    de moyens »

    Au-delà des méthodes jugées inadéquates, c’est l’utilité même de ce genre d’opération que le Snes-FSU réfute. « On envoie un mauvais message aux jeunes, en leur faisant comprendre que ce sont des fauteurs de troubles, tout en suggérant que l’école est un lieu dangereux, note Salima Ouannaï. Une vision passéiste d’abord, mais aussi totalement inefficace. » Pour elle, comme pour ses camarades du Snes-FSU, c’est de personnels dont a besoin l’Éducation nationale pour lutter contre les violences scolaires, pour que les élèves puissent être accompagnés. « On veut de la prévention et des solutions qui soient éducatives, poursuit-elle. On manque de CPE, d’AED [surveillants], de psychologues et d’assistantes sociales et, à Marseille comme ailleurs, on refuse la création de postes. Cette circulaire est juste une façon de communiquer pour masquer le manque de moyens. »

  • [Entretien] « Aureille est replacée dans l’épopée de Jean Moulin »

    [Entretien] « Aureille est replacée dans l’épopée de Jean Moulin »

    La Marseillaise : comment êtes-vous parvenu à resituer le lieu où Jean Moulin avait atterri en janvier 1942 ?

    Benoit Senne : Dans mes recherches sur les parachutages en Provence, de matériel pour la résistance et d’agents depuis l’Angleterre et l’Algérie, je trouvais incroyable qu’on n’ait pas trouvé où Jean Moulin et ses deux compagnons Raymond Fassin et Hervé Monjaret avaient atterri le 2 janvier 1942. On parlait « des marais entre Mouriès et Fontvieille ». L’historien Jean-Marie Guillon avait trouvé un rapport des gendarmes d’Eyguières daté du 28 janvier 1942 qui signalait la découverte la veille à 16h d’un parachute complet et d’un casque cachés dans les roseaux d’un marais du quartier des Filioles à Aureille. Le PV évoque une première découverte : « Ces objets paraissent avoir séjourné assez longtemps dans l’eau. Ayant été trouvés à quelques centaines de mètres seulement du parachute découvert le 5 janvier par des chasseurs de Châteaurenard (…), tout fait présumer qu’ils ont été abandonnés en même temps ». Avec l’ancien maire Marcel Guillaumier, on s’est dit que c’était tout à fait incroyable et qu’il fallait vraiment que l’on reconstitue cette histoire qui replace Aureille dans l’épopée de Jean Moulin.

    Vous avancez comment dans
    ces recherches ?

    B.S. : En 2022, je vais aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône et je consulte tous les rapports de gendarmerie de 1942. Et le 2 septembre 2022, je tombe sur le rapport du 6 janvier 1942 du commissaire de l’aéroport de Marignane qui parle spécifiquement de la découverte le 5 janvier vers 10h « d’un parachute en soie verte soigneusement enroulé qui paraît avoir été abandonné depuis quelques jours ». Ce qui est décisif, c’est la présence dans une poche du parachute d’une feuille sur laquelle est écrit « MAINMAST ». C’est ce bout de papier qui relie directement ce parachute à la mission Rex car les documents préparatoires des Anglais sur le parachutage identifient « MAINMAST » comme le nom de code d’Hervé Monjaret, l’officier radio de Jean Moulin. On a donc suffisamment d’éléments qui prouvent que la mission clandestine en France de Jean Moulin a commencé à Aureille au quartier « Les Filioles ».

    Hervé Monjaret, seul survivant de la mission Rex, avait relaté
    son saut
     ?

    B.S. : Oui, mais il n’évoquait pas précisément l’endroit. Il avait dit qu’il était retourné en bicyclette début février 1942 récupérer la radio qu’il avait enterrée. Il a dû la réparer pour l’utiliser dans le grenier du presbytère de l’abbé Miral à Caderousse et envoyer à Londres seulement le 7 mars les premiers messages de Jean Moulin. J’ai ensuite poursuivi les recherches sur ce qu’étaient devenus les parachutes récupérés dont celui de la valise radio. C’est passionnant.

    À la fin, l’énorme satisfaction, c’est d’avoir inauguré en mai 2024 une stèle devant le cimetière d’Aureille et le 1er janvier 2025 la borne du kilomètre 0 dans le quartier des Filioles. Maintenant la trace de Jean Moulin sur la commune d’Aureille est marquée à jamais.

  • [Les métiers de la Sécurité civile 5/6] Thierry, pilote, assurance tous risques

    [Les métiers de la Sécurité civile 5/6] Thierry, pilote, assurance tous risques

    Ce vendredi, rencontre avec Thierry Cacherat, pilote et chef de base de Marignane et de la zone Sud.

    Outre celle de Marignane, il dirige aussi les 5 autres bases hélicoptères de la zone Sud de Perpignan jusqu’en Corse mais pas question de se faire mousser. Thierry Cacherat, pilote, insiste d’entrée sur le travail « interservices » où se mélangent « des personnes qui n’ont pas les mêmes fonctions » et doivent « trouver un terrain d’entente ». « Le métier de chacun aura une interaction sur le métier de l’autre et c’est vraiment notre particularité, ce mélange des genres » insiste-t-il. Des spécificités qui influencent forcément les missions. « Il faut le prendre en compte dans la stratégie qu’on va mettre en place pour secourir les personnes. C’est balèze. D’autant que nous, on est au bout de la chaîne, on va là où plus personne peut aller. Et la nature va nous imposer de faire des choix », développe-t-il.

    Mais le pilote reste « le maître à bord, le capitaine du navire qui va élaborer la stratégie du secours, et va prendre la décision finale ». Une stratégie qui « contrairement à beaucoup de métiers, peut très bien varier en cours de route », rappelle Thierry Cacherat, qui demande « beaucoup d’écoute des partenaires » et surtout de soupeser en permanence la prise de risque des uns et des autres. « On va chercher là où est la sécurité la plus importante », précise-t-il. Par exemple, illustre-t-il, « si j’ai un secours dans la Sainte-Victoire, ma manière de m’affranchir des turbulences, c’est de treuiller haut. Le problème, c’est que c’est un pendule et si je diminue la précision, et c’est le secouriste qui risque de frapper la falaise, d’être mal déposé, ou de se faire une cheville. Alors je vais descendre plus bas, je vais diminuer ma sécurité pour augmenter la sienne, parce que je juge ça tolérable ». Et d’asséner : « on ne doit pas échouer. On a une obligation de réussite et pour ce faire, il faut être très rigoureux, avoir de la méthode ».

    Raison pour laquelle les compétences en matière de pilotage sont pointues. Le recrutement, « ce sont uniquement des pilotes qui viennent de l’armée de terre, de l’air, de la marine ou de la gendarmerie », explique Thierry Cacherat, « on demande un niveau d’expérience minimum à l’entrée qui est de 2 500 heures de vol, c’est énorme pour de l’hélicoptère. Cela représente entre 12 et 15 ans d’armée ». Dans une école à Nîmes, le militaire habitué à travailler dans un cadre rigide, apprend à devenir pilote civil de secours, lui très autonome et capable de tenir compte de son environnement.

    La détresse humaine insupportable

    « On travaille à 50 centimètres du rocher, il y a des techniques très particulières. Et puis le treuillage, un câble de 90 mètres dehors avec un être humain au bout, qu’il faut aller poser sur un point qui fait la taille d’une feuille de papier, dans les arbres ou dans des rochers, c’est une science compliquée », précise le chef de base. Il faudra un an pour être « opérationnel de jour », encore deux pour être capable d’assurer la nuit.

    Autre indispensable : savoir mettre de côté l’adrénaline. « Au contraire, plus c’est la crise dehors, plus il faut être calme dans l’hélicoptère. Contre le rocher, la bêtise ne pardonne pas… » confie Thierry Cacherat. Heureux néanmoins de disposer d’un « hélicoptère qui est un outil de travail fabuleux ». « Cela nous a ouvert des domaines de vol, parce qu’on peut voler beaucoup la nuit avec des jumelles de vision nocturne », se réjouit-il, « et puis on a la capacité aussi de pouvoir travailler par des conditions météorologiques défavorables, beaucoup plus qu’avant. D’aller très très loin, qu’on ne touche aux commandes, avec un pilotage automatique. L’hélico va tenir une trajectoire », détaille-t-il. Un « sacré progrès » pour celui qui a connu l’Alouette, « ils donnaient des noms d’oiseaux à l’époque, c’était sympa… ».

    Originaire d’Annecy, il se souvient de sa passion pour l’engin qu’il voyait passer au-dessus de sa tête régulièrement. « En classe de 6e, je suis allé voir la base de la Sécurité civile et je leur ai demandé : “Comment on fait pour faire ça ?” Ils m’ont dit : “Il faut que tu aies le bac, après bah il faut que tu rentres dans l’armée“. Je l’ai eu, j’ai été pris dans l’armée en 1981 dans la foulée », raconte-t-il. Il rentrera dans la Sécurité civile en 1998, deviendra instructeur deux ans plus tard avant de passer chef pilote instructeur en 2002, suite à une « batterie de tests à Paris par les psys de l’Armée de l’air, là où on évalue les gens qui vont dans l’espace », se marre-t-il.

    Une passion, donc, au point que, comme la plupart de ses collègues, il n’arrive pas à lâcher. « Cinq ans que je pourrais être à la retraite et je n’y suis pas. Je pars le 31 décembre, ça va être dur », nous confie-t-il, « on a le plus beau métier du monde. C’est l’aventure un peu tous les jours. En fait là, je peux me retrouver à faire une avalanche en montagne à Briançon, et puis l’après-midi, faire un secours à 50 nautiques en mer… » Tout ça sans être jamais blasé.

    Quand on lui demande s’il a des anecdotes, il affirme oublier « beaucoup de choses ». Avant de reconnaître : « ce qui me marque le plus, c’est la détresse humaine. Je peux récupérer un bras sectionné ou une jambe, les mettre dans un truc, ça ne me pose aucun problème, mais la détresse humaine… Comme quand la famille arrive après l’accident, et qu’il y a le gamin qui est décédé. J’ai du mal à supporter ». Le pire mais aussi le meilleur. « Un des plus beaux secours que j’ai faits, cela a été de retrouver une petite fille qui était perdue depuis deux jours sur le plateau de Valensole, il y a une bonne vingtaine d’années. Pourtant les hélicos étaient passés dix fois. On l’a ramenée à ses parents, c’était génial », se souvient-il, encore ému.

    « On ne doit pas échouer,
    parce que derrière, il n’y a personne »

  • Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Le zéro pointé de la CGT Intérieur au ministre de la Justice

    Un document de 12 pages qui met le feu aux poudres. Après l’émoi déclenché par la mort de Lyhanna, 11 ans, le 4 juin dans le Gers et la mise en examen, pour meurtre et viol sur mineure de moins de 15 ans, de Jérôme Barella, principal suspect, le ministre de la Justice a transmis un courrier à son homologue de l’Intérieur. Daté du 29 juillet, révélé par Le Monde, il pointe des dysfonctionnements « d’ordre structurel », qui tiennent à la question des moyens, de la formation, des outils et du pilotage, mais pas « à la volonté des personnels de terrain. » Est également évoqué un gigantesque « stock fantôme », des dossiers non répertoriés par la justice faute de lui avoir été transmis.

    De quoi agacer singulièrement les syndicats de policiers. Dans un long communiqué en date du 11 août, la CGT Intérieur réplique en alignant les chiffres issus de ce même document : « 85 047 plaintes en attente, six policiers pour 4 000 dossiers au Mans, 257 millions pour un logiciel qui n’existe pas. » « Le résultat de décisions politiques identifiables, prises en connaissance de cause » assène-t-elle. Pour elle, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur durant 4 ans, « découvre son propre bilan. »

    Tout sur le bureau du ministère depuis 3 ans

    Et « oublie que par sa réforme néfaste, il a démantelé les filières d’investigation (…) et appauvri la police nationale et la gendarmerie dans leur dimension judiciaire ».

    Sur le chiffre édifiant des plaintes en rade, « certaines n’ont jamais quitté le commissariat. D’autres ont été perdues. Rien de tout cela n’est un accident : chacun de ces manques a été provoqué, budget après budget, par des responsables qui savaient », balance la CGT. Et de citer « le rapport interinspections de juin 2023 sur l’engorgement de la chaîne pénale, celui de la Cour des comptes de mai 2023, le rapport d’évaluation des stocks recensant plus de trois millions de procédures non traitées et alertant expressément sur le sort des viols et agressions sexuelles sur mineurs », tous « sur le bureau du ministre de l’Intérieur de l’époque. »

    L’organisation syndicale est allée jusqu’à calculer le temps que les fonctionnaires de police pouvaient consacrer aux dossiers. Reprenant l’exemple du Mans, où six policiers du groupe de protection des familles se partagent plus de 4 000 cas, soit 667 procédures par agent. « Rapporté à la durée légale annuelle de travail -1 607 heures-, il reste deux heures et vingt-quatre minutes par dossier et par an », indique la CGT. Tandis qu’à Amiens, « où trois enquêteurs portent chacun plus de trois cents dossiers, on atteint cinq heures et vingt minutes », complète-t-elle.

    L’enquête, spécificité abandonnée

    Elle pointe également une date, 1995, où l’enquête a « cessé d’être un métier. » Le corps des enquêteurs dissous, « 16 000 inspecteurs de police rejoignent 2 200 officiers de paix » dans le nouveau corps des officiers.

    La CGT établit également une autre bascule, en 2024. Depuis, l’ordre public prime dans la gestion des troupes estime l’organisation syndicale. « Un dossier d’enfant ne fait pas de bruit. Une manifestation, si », commente-t-elle. Elle raconte aussi cet outil numérique daté et inepte, qui « perd des fichiers, découpe les procès-verbaux et impose des ressaisies redondantes des mêmes informations dans des logiciels qui ne se parlent pas. » Le projet « Scribe », lancé en 2016 pour le remplacer, est abandonné en 2021 puis relancé pour « 2028 au mieux » assure-t-elle.

    En conséquence, la CGT exige de « faire de l’enquête un métier », « donner aux enquêteurs un outil qui fonctionne » et « sortir l’enquête de l’arbitrage préfectoral. » Elle réclame aussi la présence des syndicats et des associations de victimes à la réunion prévue le 3 septembre entre les deux ministères.