Tag: Sophie Mazas

  • À Montpellier, une mobilisation attisée par la répression policière

    À Montpellier, une mobilisation attisée par la répression policière

    Désormais, chaque mouvement social d’ampleur en France s’accompagne d’une répression policière inédite. Les premiers blocus de lycées n’ont pas fait exception et ont confirmé qu’un mouvement constitué principalement de mineurs n’était pas une raison suffisante pour adapter le « maintien de l’ordre ». Une stratégie confirmée par le ministre de l’Intérieur sur le plateau de TF1, qui a reconnu qu’« aucune consigne de retenue » n’avait été donnée.

    Mais après qu’un lycéen lensois de 15 ans a eu la main arrachée lundi 5 octobre suite à l’utilisation d’une grenade, Laurent Nuñez a suspendu l’usage des grenades assourdissantes. La mobilisation syndicale mardi 6 octobre, entourant les cortèges lycéens jusque devant les établissements scolaires, a également permis de faire baisser la tension puisqu’aucun débordement majeur n’a été recensé. Une accalmie après dix jours de violences.

    L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a en effet ouvert 18 enquêtes depuis le déclenchement du mouvement lycéen. Deux concernent deux possibles tirs de LBD qui ont entraîné pour l’un une mâchoire brisée, et pour l’autre la perte d’un œil. Une enquête a même été ouverte pour tentative de meurtre. Un lycéen a en effet déposé plainte contre un policier qui « lui avait maintenu la tête sous l’eau ». Au total, 215 lycéens ont été blessés, selon les autorités.

    « Nous avons passé un cap collectivement. Dans les premiers jours du mouvement, il y a eu 5 000 arrestations, c’est le total de plusieurs mois de Gilets jaunes. À Montpellier, sur une semaine, il y a plus d’une cinquantaine d’interpellations. Et sur toutes ces interpellations, il n’y a qu’une seule personne majeure. Surtout, il y a des charges policières sans sommation », indique Sophie Mazas, avocate et présidente de la Ligue des droits de l’Homme de l’Hérault.

    Double fracture au visage

    La répression policière n’a pas épargné Montpellier. Une jeune fille de 17 ans souffre en effet de deux fractures au visage et a longtemps eu peur de perdre la vision d’un œil. « Elle a pris un coup après une charge sans sommation sur un groupe de jeunes pacifiques donc elle n’a rien vu venir. Elle a pris deux coups de bouclier dans le thorax et un coup de matraque qui lui a fracturé le visage à deux endroits. C’est hyper violent », précise Sophie Mazas qui confirme que « plusieurs enfants sont blessés » et juge « inadmissible de voir que les forces de l’ordre chargent d’aussi jeunes enfants ». Le même jour, un journaliste montpelliérain a été « volontairement percuté » par un policier à moto. Le Club de la presse de l’Hérault a immédiatement dénoncé des « intimidations et les entraves manifestes que les professionnels de l’information subissent » et confirmé que le « journaliste, qui souffre d’un gros hématome et d’éraflures au niveau du tibia, prévoit de porter plainte ».

    Dans un communiqué, l’Observatoire des libertés de Montpellier a en effet listé les violences policières observées : absence de RIO (matricule) visible, pourtant obligatoire ; usage de gaz lacrymogène contre des lycéens parfois même depuis l’intérieur de l’établissement, comme au lycée Jean Mermoz, déploiement de la police municipale qui « ne dispose d’aucune compétence en termes de maintien de l’ordre », charges policières sans sommation préalable et « prise à partie de trois medics par des policiers : leurs sacs ont été fouillés et leurs visages photographiés, notamment en vue d’une inscription au fichier des antécédents judiciaires ». La LDH a également attaqué l’arrêté préfectoral interdisant les équipements de protection individuelle (coudières, genouillères, masques, casques), mais le tribunal administratif a donné raison à la préfète au motif de la dissimulation du visage. Un appel devant le Conseil d’État est prévu.

    « La brutalité avec laquelle le gouvernement a répondu aux premiers blocus des lycéens est inédite. Tous les commentateurs ont été surpris par la démesure de la répression policière », regrette également Serge Ragazzacci, secrétaire général de l’UD CGT 34. Face à cette situation et puisque la mobilisation lycéenne, rejointe par les étudiants, ne semble pas ralentir, Sophie Mazas appelle « les adultes à venir protéger nos enfants aux abords des lycées » et à suivre « des formations par la LDH pour faire de l’observation des pratiques policières ».

  • [Extrême droite] Le procès de l’attaque du Prolé d’Alès reporté

    [Extrême droite] Le procès de l’attaque du Prolé d’Alès reporté

    C’est une première victoire », s’est félicitée Cécile Alphon-Layre, sur le perron du tribunal d’Alès. La secrétaire de la section alésienne du PCF – partie civile dans ce dossier – regrettait en effet que le caractère politique et la préméditation n’aient pas été retenus (les trois agresseurs seront jugés pour violence aggravée par l’usage et la menace d’une arme et la commission des faits en réunion). C’est l’une des raisons qui a poussé les trois avocats à réclamer le renvoi de l’audience.

    L’annonce de cette demande a été effectuée à plus de 200 personnes rassemblées devant le tribunal dès 8h30 mardi 6 octobre. Avant de rentrer dans la salle, Cécile Alphon-Layre a rappelé le déroulement de cette attaque en pleine feria et a réaffirmé que « ce n’est pas une affaire isolée ». « Notre bassin a été particulièrement marqué par l’assassinat d’Aboubakar Cissé dans une mosquée de La Grand-Combe ou l’agression antisémite d’un septuagénaire à Anduze. La violence de l’extrême droite n’est pas nouvelle. Elle a frappé en 2002 avec l’assassinat de François Chenu puis le meurtre raciste de Mohamed Maghara, de Clément Méric ou encore avec celui de Frederico Martin Aramburu », a-t-elle détaillé.

    En déplacement dans le Gard pour l’occasion (voir page 11), le sénateur (PCF) et patron de L’Humanité Fabien Gay a rappelé la percée de l’extrême droite partout dans le monde, « au Brésil avec le fils Bolsonaro qui est arrivé devant le camarade Lula, au Chili, en Colombie, en Argentine avec Javier Milei qui est un copain de Donald Trump. Trump qui est copain avec Giorgia Meloni, qui est elle-même copine avec des néofascistes ». « Ils mènent une bataille culturelle sans merci pour réduire nos droits. Et comme en 1936, le capital a choisi l’extrême droite plutôt que la gauche. Il y a donc alerte et mobilisation générale. Nous devons faire barrage mais notre responsabilité est aussi d’ouvrir un chemin d’espoir », a-t-il ajouté.

    « Être encore plus nombreux en novembre »

    Après la brève audience où seul un suspect était présent, les avocats sont ressortis du tribunal avec une première victoire en poche. « Cette nouvelle audience du 25 novembre permettra de consacrer le temps nécessaire pour examiner cette affaire parce qu’il y aura des débats techniques mais aussi pour prendre le temps de statuer sereinement sur l’ensemble des éléments de ce dossier. Nous allons vraiment insister pour caractériser la préméditation et le motif politique dans ce dossier. Nous y tenons parce que le retour de la violence politique dans notre pays est dramatique et c’est souvent parce qu’on occulte la violence de l’extrême droite. Il faut qu’on soit lucide sur ce qu’il se passe dans notre société pour pouvoir combattre ce fléau politiquement et dans les juridictions », a expliqué Sophie Mazas, avocate au barreau de Montpellier.

    À la sortie de l’audience, Ralph Blindauer s’est aussi amusé de la demande de nullité de la partie adverse. « Deux des prévenus n’étaient pas là. C’est facile de manier la trique et le coup de poing mais c’est un peu plus difficile de venir assumer ses actes devant un tribunal. Ils ont demandé la nullité de la procédure parce que la police aurait outrepassé ses pouvoirs et aurait agi sans les réquisitions adéquates du procureur de la République. Ces gens qui ont comme “programme” politique de donner les pleins pouvoirs à la police, qui disent que la police est entravée par des règles juridiques qui n’ont aucun sens et que les droits de l’Homme sont du pipi de chat… Aujourd’hui, ils tentent de se mettre sous la protection des règles de droit dont ils réclament l’abolition. C’est cocasse », a expliqué l’avocat qui a appelé la population « à être encore plus nombreuse le 25 novembre » et à venir « avec son pique-nique le midi parce qu’on va y passer la journée ».

  • Une journée contre l’extrême droite à Alès

    Une journée contre l’extrême droite à Alès

    « La date de cette journée a été calée avant de connaître celle du procès, mais ça tombe bien », admet Cécile Alphon-Layre. En effet, cette journée est née après l’attaque du Prolé en pleine feria 2025 par un groupuscule d’extrême droite. Et le procès de trois de ces membres est justement prévu le 6 octobre prochain (un rassemblement est organisé devant le tribunal à 8h30). « C’est la fédération anarchiste qui nous a contactés après l’agression du Prolé pour travailler à une interorganisation contre l’extrême droite. Celle-ci est née il y a un an et elle avait pour but d’organiser une journée contre les idées d’extrême droite », confirme la nouvelle secrétaire de la section alésienne du PCF.

    Les 28 collectifs présents vont donc tenir des stands dans la grande salle de l’Espace Cazot alors que le hall accueillera les débats et la pièce de théâtre. Le premier événement de la journée débute à 15 heures avec une conférence de Christophe-Cécil Garnier, co-rédacteur chez Street-press et co-auteur de L’extrême danger, connaître et contrer l’extrême droite radicale. Ensuite, à 17h, place à la pièce de théâtre On l’a brun mérité, du collectif Lakolok.

    Un débat, quatre concerts

    L’autre moment fort se déroulera à 18 heures avec un débat entre Christophe-Cécil Garnier, le journaliste de L’Humanité Grégory Marin, l’avocate et présidente de la LDH de l’Hérault Sophie Mazas et Vincent Jarousseau, auteur de Dans les âmes et les urnes, 10 ans à la rencontre de la France qui vote RN.

    Enfin, quatre animations musicales clôtureront la journée : le collectif de hip-hop Tabou Records (20h), les rockeurs de Lampyre (20h45), les rappeurs de Las Quadra (21h45) et enfin le DJ set de Freaksteddy (22h45). Les fonds récoltés lors de cette journée seront reversés à une caisse de solidarité pour les victimes d’agression de l’extrême droite.

  • Les free parties plus durement réprimées

    Les free parties plus durement réprimées

    Et une loi répressive de plus au tableau de chasse du gouvernement ! S’il a bien censuré 7 dispositions et émis 6 réserves d’interprétation, le Conseil constitutionnel estime que le cœur de la loi Ripost n’enfreint pas la Constitution.

    Dès lors que le chef de l’État aura promulgué au journal officiel le texte que le Parlement avait définitivement adopté le 21 juillet en dépit de protestations à gauche, la plupart de ses dispositions répressives seront donc applicables. À savoir une sévérité accrue contre les organisateurs de free parties (jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende) mais aussi les participants (6 mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende ou une amende forfaitaire délictuelle de 300 euros pour éviter les poursuites judiciaires).

    C’est l’un des 30 points sur lesquels des députés socialistes, insoumis et écologistes avaient saisi les Sages du Conseil constitutionnel, voyant dans la mesure une « atteinte à la liberté de réunion » quand le législateur entend lui « réprimer les abus de rassemblements illégaux ».

    De leur côté, la Ligue des droits de l’Homme (LDH), ainsi que le Syndicat des avocats de France (SAF) et le Syndicat de la magistrature avaient déposé une contribution extérieure contre la promulgation de la loi jugée « liberticide et disproportionnée » qui tendrait vers « une justice automatisée ». À l’instar du monde de la culture mobilisé via une tribune dans Le Monde, Sophie Mazas estime qu’au-delà des free parties, cette loi « va à l’encontre des festivals et de la fête ». La présidente de la LDH 34 craint « un champ d’application beaucoup plus large » avec, dit-elle, potentiellement des fêtes de village réunissant plus de 250 personnes sur des terrains privés dans le viseur de Ripost qui cible aussi les rodéos urbains ou le narcotrafic.

    7 mesures censurées

    Il faut ajouter que la possibilité de suspendre administrativement le permis de conduire en cas de consommation répétée de drogue (sans conduite) a été validée. De même que l’interdiction totale de l’usage détourné du gaz hilarant ou la sanction du transport de mortiers d’artifice.

    Parmi les petites victoires des opposants au texte que n’aurait pas renié Nicolas Sarkozy, on peut citer 7 censures. Notamment la destruction dans la journée des véhicules saisis lors des rodéos urbains (non-respect du droit de propriété), la fermeture automatique de magasins vendant des engins pyrotechniques (jugée disproportionnée), l’anonymisation des forces de l’ordre dans les procédures (atteinte aux droits de la défense).

    Les Sages ont aussi émis 6 réserves d’interprétation. Elles concernent l’usage de drones et de caméras aéroportées en urgence par la préfecture (usage proportionné), l’expulsion forcée de squats de locaux commerciaux ou agricoles ou la vidéoprotection algorithmique (3 mois maximum). Enfin, 5 « cavaliers législatifs » ont été rejetés (trafic de tabac, peines plus lourdes contre la vente à la sauvette…), ces mesures n’ayant aucun rapport avec la loi.

  • Le procès de l’attaque du Prolé aura bien lieu

    Le procès de l’attaque du Prolé aura bien lieu

    Après les propos du procureur d’Alès le mois dernier, ouvrant la porte à un classement sans suite s’il manquait d’éléments, le pessimisme avait gagné les victimes de l’attaque du Prolé. Elles s’étaient d’ailleurs donné un an avant d’envisager de poursuivre directement les suspects identifiés par la justice et reconnus par les victimes lors d’une confrontation qui s’était déroulée fin février. Mais finalement, la nouvelle est intervenue par un message envoyé par le procureur aux trois avocats des victimes : les trois suspects passeront bien devant le tribunal correctionnel au cours d’une audience prévue le 6 octobre.

    « C’est une bonne nouvelle parce qu’on pouvait craindre un classement sans suite au regard de ce qu’annonçait le procureur de la République », explique Sophie Mazas, l’une des trois avocates qui souhaite désormais obtenir des condamnations à la hauteur de la gravité des faits : « Nous sommes sur une procédure à juge unique, ce qui est étonnant lorsqu’on a deux circonstances aggravantes que sont la préméditation et le motif politique. Cela veut dire que la victime a moins de 8 jours d’ITT. Nous, nous demandons une audience collégiale qui est plus solennelle, où il y a un temps d’évaluation des préjudices des victimes qui est plus long. Nous ferons tout pour obtenir une réponse pénale à la hauteur de la gravité des faits. »

    L’annonce du procès a également rassuré les représentants du Parti communiste français. « C’est une excellente nouvelle. Il a fallu du temps mais on se réjouit que le procureur poursuive les suspects car il y a un faisceau d’indices important. Cela aurait été incompréhensible que ce soit classé sans suite, d’autant plus que le Bloc montpelliérain a été interdit et dans l’arrêté ministériel qui le dissout, il y avait aussi comme justification l’attaque du Prolé. Cette dissolution était une première victoire, cette audience en est une seconde mais maintenant on attend la condamnation », explique Giovanni Di Francesco, secrétaire de la section communiste d’Alès, qui a porté plainte au nom du PCF.

    Sécurité renforcée pendant la feria

    Cette information est tombée quelques jours avant le début des festivités de la feria, qui a débuté le 13 mai. Pour éviter d’éventuelles représailles et surtout pour rassurer la population invitée à venir festoyer au Prolé pendant la feria, le bar alésien a prévu de renforcer sa sécurité. « La feria sera une victoire sur les violences de l’extrême droite. On est en pleine date anniversaire. Nous avons pris des mesures renforcées pour tranquilliser les gens. Ce sera donc un lieu de fête encore plus important que les années précédentes, où la fraternité et la solidarité vont s’exprimer encore plus fort », affirme Giovanni Di Francesco.

    En effet, des membres des sections communistes de tous les départements voisins ont prévu de venir au Prolé marquer leur soutien. « C’est important qu’il y ait une ambiance de fête au Prolé pour montrer que l’extrême droite ne peut pas nous empêcher de faire la fête ou de mener nos autres actions habituelles. Pour cela, nous pouvons compter sur le soutien de militants communistes qui ont l’habitude de sécuriser des événements comme la Fête de l’Huma par exemple », explique Cécile Alphon-Laire.

    Après la feria, le PCF a prévu d’organiser une conférence-débat début juin au Prolé sur l’extrême droite et à la rentrée, en septembre, un forum sur le même sujet devrait aussi se tenir. Un rassemblement est également déjà prévu le matin de l’audience, le 6 octobre, devant le tribunal d’Alès.

  • Les victimes du Prolé attendent la justice

    Les victimes du Prolé attendent la justice

    « Il est impensable que pour la prochaine feria, les victimes baissent la tête », lance Sophie Mazas, l’une des trois avocates des victimes. Car fin mai, la feria sera de retour à Alès concluant ainsi un an de procédure après l’attaque de festivaliers dans le bar associatif par les néonazis du Bloc montpelliérain. Sophie Mazas et une partie des victimes ont donc tenu à alerter la presse le 3 avril face au manque d’avancées dans l’enquête.

    Il y avait pourtant eu « un grand espoir à la fin du mois de février », selon Cécile Alphon-Layre, l’une des victimes, après l’arrestation puis la mise en examen de trois membres du Bloc montpelliérain. Mais à la suite d’une confrontation avec deux des victimes qui ont confirmé la présence des trois suspects sur place (deux le vendredi soir et un venu en repérage deux jours plus tôt), les suspects avaient été libérés, les enquêteurs souhaitant vérifier plusieurs éléments. « Depuis, nous n’avons aucune nouvelle. Le coup au moral est là », poursuit Cécile Alphon-Layre.

    « Il y a pourtant énormément d’éléments dans ce dossier. On n’arrive pas à avoir d’échanges avec le procureur que l’on a contacté à plusieurs reprises. Nous demandons que cette enquête soit finalisée. Ça nous apparaît impossible qu’il n’y ait pas de poursuite au pénal », s’inquiète Sophie Mazas. À nos confrères de Midi Libre, le procureur d’Alès, Abdlekrim Grini a confirmé que les investigations étaient terminées et qu’en cas d’absences d’éléments, il envisageait un classement sans suite.

    Une éventualité qui fait bondir Sophie Mazas : « On se demande, s’il manque des éléments, pourquoi des témoins qui étaient présents dans le bar n’ont pas été entendus ? S’il y a un doute, les enquêteurs peuvent faire un tapissage pour voir si les témoins reconnaissent les auteurs des faits en photo. Dans tous les cas, on ne lâchera pas. » Si un classement sans suite est prononcé, les avocats sont déjà prêts à enclencher une « citation directe devant le tribunal correctionnel ».

    Impunité pour la violence d’extrême droite ?

    L’absence de faits matériels est d’autant plus surprenante que le décret portant dissolution du Bloc montpelliérain signé le 4 mars dernier s’appuie justement sur l’attaque du Prolé pour justifier cette décision. « Douze membres du Bloc Montpelliérain se sont rendus dans le bar le Prolé d’Alès […] et ont provoqué une rixe, avec utilisation de gaz lacrymogène, fracturé le nez d’un individu et généré 3 à 5 jours d’ITT à trois individus qui ont déposé plainte », est-il en effet notifié.

    Au-delà de la violente attaque du Prolé, victimes et avocats se battent contre l’impunité des violences d’extrême droite de plus en plus présentes dans l’Hexagone. « Dans un contexte post-municipal avec l’explosion du RN, un déchaînement du racisme à Saint-Denis, la libération de la parole raciste, on ne peut pas banaliser les violences de ces groupes de nazillons », a souligné Giovanni Di Francesco, secrétaire de la section du PCF alésien.

    Un point de vue évidemment partagé par Sophie Mazas : « La violence d’extrême droite ne peut pas s’installer. À Montpellier, nous avons eu une arrivée de groupuscule masqué dans une manifestation accompagné de violences. Aujourd’hui, est-ce qu’on se résout à aller dans un bar ou dans une manifestation déclarée et à subir la violence de l’extrême droite ? »

    Face à ce constat, l’association du Prolé d’Alès a prévu de renforcer sa sécurité pour la prochaine feria. Car elle a bien l’intention de continuer à prendre toute sa part à l’un des moments les plus festifs de l’année dans la cité alésienne.

  • Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Remobiliser la société civile pour faire face à l’extrême droite

    Si le Rassemblement national (RN) ne réussit pas le raz-de-marée qu’il s’était fixé, force est de constater que ce dernier – et plus largement l’extrême droite – s’ancre un peu plus dans l’Hexagone. De 17 villes en 2020, il se retrouve à la tête de 62 municipalités en 2026. « Il y a aussi toutes ces villes où des listes sans étiquette l’ont emporté et on voit que certaines penchent à l’extrême droite  », analyse Sophie Mazas, avocate et membre de la LDH. L’Occitanie n’échappe pas à la règle : Agde, Bagnols-sur-Cèze, Carcassonne, toutes sont tombées dans les griffes de l’extrême droite. « Le RN profite de circonstances particulières pour être élu : soit du contexte local, comme à Agde avec les affaires judiciaires de l’ancien maire, ou du maintien des listes au second tour comme à Castres », tempère Serge Ragazzacci, secrétaire héraultais de la CGT.

    En effet, le front républicain ne sort pas grandi de ces élections. « Certaines listes n’appellent pas à faire barrage. Si on veut éviter que l’extrême droite soit élue, il faut se retirer. Ne pas le faire participe à sa banalisation », poursuit Serge Ragazzacci. Une banalisation qui témoigne également de la porosité entre la droite et l’extrême droite. À l’instar d’Agde, où le maire sortant Sébastien Frey, arrivé troisième au premier tour, s’est retiré mais sans appeler à voter contre le RN, qui s’est imposé. Une douche froide pour les progressistes agathois. « Pour certains, ce second tour a fait l’office d’une claque. Ils ont été choqués. Nous allons nous rassembler et surveiller les projets de la majorité et s’y opposer en fonction », avance Arthur Labatut (PRG). Tête de liste de gauche éliminée au premier tour, ce dernier annonce la constitution d’un collectif citoyen « sur des thématiques sociales et environnementales » fin avril.

    Tambouille politique

    D’un autre côté, l’abstention progresse fortement. Avec 42,18% au second tour, celle-ci progresse de quatre points par rapport à 2014. Inquiétant pour des élections réputées mobilisatrices. « On constate que les partis politiques n’arrivent plus à répondre aux enjeux démocratiques, aux attentes des citoyens, à débattre du fond et à apporter des solutions », se désole Sophie Mazas. Les tambouilles politiciennes participent également à cette désillusion. « Il y a une responsabilité des politiques. Cette division et ces accusations entre les partis de gauche qui durent depuis des mois et qui semblent continuer ne créent pas de dynamique positive en termes de vote. Ça obère toute discussion sur les projets et le débat ne porte pas sur les choses du quotidien. Les potentiels électeurs de gauche n’y ont pas trouvé leur compte et ne se sont pas déplacés », observe Serge Ragazzacci, regrettant que « les partis passent plus de temps à se taper dessus que sur le capital. » Pendant ce temps, les idées d’extrême droite, elles, gagnent en visibilité – notamment sur la sécurité – et participent à fracturer l’État de droit. « Le travail de sape réalisé par l’extrême droite a atteint nos institutions, notamment la justice et le fait de ne pas respecter ses décisions. Or, envisager un monde sans justice est très dangereux, il va falloir y faire face  », soutient Sophie Mazas, qui a publié une tribune en ce sens dans L’Humanité.

    Alors pour contenir la vague brune et remobiliser les déçus, le syndicaliste appelle notamment la gauche à se ressaisir des questions sociales, à retrouver des marqueurs : « Nous, on continuera à faire ce qu’on fait : former nos militants, descendre dans la rue pour lutter contre l’extrême droite. Mais il faut aussi qu’il y ait des mesures de progrès social. On ne peut pas être moralisateurs sur l’extrême droite si de l’autre côté on n’a pas d’intentions politiques d’établir la justice sociale  ». Des intentions politiques qui doivent être portées par les citoyens eux-mêmes, pour Sophie Mazas. « On appelle tout le monde à rejoindre des syndicats, des associations et à participer à cette réflexion pour repenser notre mode de fonctionnement et ensuite porter nos revendications.  »

  • Attaque du Prolé d’Alès : les suspects poursuivis

    Attaque du Prolé d’Alès : les suspects poursuivis

    Neuf mois après l’attaque du Prolé d’Alès en pleine feria par un groupuscule d’extrême droite, la justice a accéléré dans un contexte national où les groupes néonazis refont la une de l’actualité. En effet, mardi 24 février, trois Gardois âgés de 23 à 25 ans ont été mis en garde à vue à Montpellier. Les trois hommes sont soupçonnés d’appartenir au Bloc montpelliérain et d’avoir participé, le 31 mai dernier – avec une dizaine d’autres – à l’attaque contre le bar associatif du Prolé à Alès.

    Une confrontation avec deux des victimes s’est ensuite déroulée le lendemain. Si les trois hommes ont nié les faits, les victimes ont formellement identifié deux des interpellés présents le vendredi de l’attaque (dont celui qui a donné les premiers coups). Le troisième a été reconnu pour s’être rendu dans le bar alésien deux jours plus tôt en repérage. « Nous avions été reçus par la police pour des identifications sur photo en janvier, donc nous nous doutions que ça allait aboutir bientôt. On se réjouit de ces interpellations et on espère que ça va permettre l’identification des autres personnes présentes », a réagi l’une des victimes. « Ces gardes à vue, tout comme la dissolution du Bloc montpelliérain, constituent un premier pas vers la justice et la réparation pour les victimes. Elles sont également des points d’appui dans la lutte contre l’extrême droite et ses idées obscurantistes, combat qui constitue l’ADN du PCF », s’est aussi félicité Giovanni Di Francesco, secrétaire de la section alésienne du PCF.

    Dissolution du Bloc montpelliérain ?

    Mais le soulagement a été de courte durée. Dans la foulée de la confrontation, la garde à vue a été levée et les interpellés ont pu repartir libres. Le procureur affirme que « quelques points restent à vérifier par les enquêteurs ». « Ces investigations complémentaires qui donneront lieu à une poursuite ou à un classement sans suite sont particulièrement surprenantes au regard des avancées dans ce dossier », a réagi Sophie Mazas, l’une des avocates des victimes qui espère au contraire l’identification des autres protagonistes de l’attaque et la garantie de la sécurité des victimes.

    La veille de ces gardes à vue, il était aussi officialisé qu’une procédure de dissolution du Bloc montpelliérain avait été engagée par le gouvernement. Selon l’AFP, la procédure en est à la phase du contradictoire. Le groupe a en effet 15 jours pour présenter ses arguments pour s’opposer à cette dissolution. C’est à la suite de cette phase que le ministère de l’Intérieur présentera ou non un décret de dissolution en Conseil des ministres.

  • [Rétro 2025] À Béziers, Ménard s’en prend encore aux quartiers populaires

    [Rétro 2025] À Béziers, Ménard s’en prend encore aux quartiers populaires

    Interdiction de la vente des canettes de bière à l’unité, zèle pour la construction d’un centre de rétention administrative… On ne compte plus les fois où, en 2025, Robert Ménard s’en est à nouveau pris aux populations précaires, quelles que soient leurs nationalités.

    L’une de ses décisions unilatérales les plus commentées fut sans doute le choix d’étendre, durant tout l’été (vacances scolaires incluses), son arrêté municipal instaurant un couvre-feu pour mineurs de moins de 15 ans. Une mesure motivée à l’époque par les émeutes dans les banlieues (suite à la mort du jeune Nahel tué par un policier), qui avait déjà fait réagir en 2024, bien que le Conseil d’État n’ait pas jugé opportun de l’annuler.

    N. Cossange : « Mépris de classe »

    Se sentant pousser des ailes, le shérif de la cité Paul Riquet a donc remis ça en ciblant des quartiers populaires. De 23h à 6h du matin, les mineurs de moins de 15 ans résidant en centre-ville, à la Devèze ou à Irranget-Grangète se sont donc vus confinés chez eux jusqu’au 30 septembre, mais aussi pendant les vacances scolaires et la nuit d’Halloween, le 31 octobre. Le tout sous couvert de lutter contre le trafic de drogue.

    « Robert Ménard réduit la question de la délinquance aux quartiers populaires. Il affiche un mépris de classe qui est aussi un aveu d’impuissance : sa politique de ravalement de façade sans lien avec la nécessité de services publics est un échec », commentait alors l’opposant Nicolas Cossange (PCF).

    Du côté de la LDH 34, Sophie Mazas n’en démord pas. « L’article 34 de la Constitution dit que toute mesure de restriction de liberté doit se faire au niveau du Parlement. Son arrêté est directement contraire à la loi. »