Tag: Violences policières

  • [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    [Entretien] Issam El Khalfaoui : « Supprimer le recours à l’enquête systématique organise l’impunité »

    La Marseillaise : Votre pétition a déjà obtenu plus de 600 000 signatures. Vous attendiez-vous à ce soutien ?

    Issam El Khalfaoui : On savait qu’on serait suivis, mais on ne pensait pas arriver à 500 000 aussi vite. On ne s’attendait vraiment pas à ça. Je tiens à préciser que le site de l’Assemblée nationale oblige à déposer les pétitions de manière nominative, mais il s’agit d’un texte rédigé par Save (Stop aux violences d’État), l’association que j’ai cofondée, et l’ONG Flagrant Déni.

    Vous évoquez dans votre pétition un « bilan humain inadmissible » et rappelez que, d’après un expert de l’ONU, la France est le pays de l’Union européenne avec le plus grand nombre de personnes tuées par les forces de l’ordre. Comment l’expliquer ?

    I.E.K. : Ce bilan est largement dû à l’article L435-1 du Code de sécurité intérieure. C’est la loi qui a été votée en 2017 et qui élargit les conditions de tir pour les policiers [dans cinq situations au-delà de la légitime défense, Ndlr]. Juste sur les refus d’obtempérer, on s’aperçoit qu’il y a cinq fois plus de tirs mortels [selon les chercheurs Sébastian Roché, Paul le Derff et Simon Varaine, Ndlr]. C’est énorme.

    Avant, sur un refus d’obtempérer, on tirait sur des véhicules qui arrivaient à pleine vitesse. En général, on ratait sa cible. Il y avait un tir, mais il n’y avait pas de mort. Aujourd’hui, sur tous les refus d’obtempérer, on l’a vu sur l’affaire Nahel [adolescent de 17 ans, tué par un policier en juin 2023 lors d’un contrôle routier à Nanterre, Ndlr], il s’agit de tirs à bout portant sur des véhicules qui démarrent. Les tirs sont donc beaucoup plus létaux. C’est une conséquence directe de la loi qui permet aux policiers de tirer sur quelqu’un s’ils pensent qu’il peut représenter un danger plus tard. Le problème, c’est que cette évaluation du danger potentiel est complètement liée à la personnalité des policiers. Et aujourd’hui, dans une société de plus en plus à l’extrême droite, le racisme systémique peut leur faire croire qu’un jeune racisé est potentiellement dangereux dans un véhicule.

    La proposition de loi (PPL) inverse la charge de la preuve : ce sera désormais aux victimes ou à leurs proches de démontrer que l’usage des armes n’était pas justifié. Quel danger cela représente-t-il ?

    I.E.K. : Aujourd’hui, il y a un grand mensonge qui est propagé par Laurent Nuñez [ministre de l’Intérieur et ancien préfet de police des Bouches-du-Rhône, Ndlr] et par toute la droite : ils assurent qu’on pourra à tout moment renverser la force de la preuve. Mais Laurent Nuñez est bien placé pour le savoir, les 24 premières heures sont essentielles. Or, avec cette nouvelle loi, comme le tir du policier est présumé légal, il n’y aura pas d’enquête automatique. Elle peut être déclenchée plus tard, si un proche de la victime décide de se constituer partie civile par exemple, mais ça peut prendre plusieurs mois. Le temps de rendre l’accès à des informations capitales beaucoup plus compliqué : les vidéos de surveillance peuvent avoir été supprimées, les témoins peuvent être plus difficiles à retrouver… Supprimer le recours à l’enquête systématique revient à organiser l’impunité. Rappelons par ailleurs que cette loi est, à l’origine, une proposition de Jean-Marie Le Pen, [fondateur du Front national, Ndlr].

    Vous avez assisté, le 7 juillet, avec d’autres familles de victimes, aux débats qui ont eu lieu à l’Assemblée nationale à propos de cette PPL. Comment l’avez-vous vécu ?

    I.E.K. : On a assisté aux débats sans avoir le droit de parler. On nous a montrés du doigt, traités de racailles [Laure Lavalette, députée (RN) a réemployé ce terme sur un plateau de BFM TV, Ndlr]. Lorsque le député des Verts [Pouria Amirshahi] a lu la lettre que j’ai écrite, nous avons été hués par les députés de droite et d’extrême droite. À aucun moment on a considéré notre statut de victimes. À la fin, lorsque la loi a été votée, je n’ai pas pu rester sans rien faire et j’ai crié « Pas de justice, pas de paix ». J’ai été immédiatement évacué par des huissiers mais les autres familles ont pu continuer de chanter. Les députés de gauche ont applaudi et les députés de droite et d’extrême droite les ont insultés. On nous a dit qu’on était la honte de la République. Pour moi, la honte de la République, c’est de nous avoir sifflés et hués quand on parlait de nous.

  • À Marseille, un policier municipal condamné pour violences

    À Marseille, un policier municipal condamné pour violences

    Un policier municipal de Marseille a été reconnu coupable de violences par personne dépositaire de l’autorité publique. Il a été condamné à 3 mois de prison avec sursis pour un tir de pistolet-taser qui avait atteint la victime aux testicules. Le tribunal a fait droit à une dispense d’inscription de sa condamnation au bulletin n°2 du casier judiciaire.

    Le parquet avait requis, à l’audience du 7 mai, une peine de 8 mois de prison avec sursis, un an d’interdiction d’exercer et deux ans d’interdiction de port d’armes, estimant que le policier de 40 ans « avait joué au cow-boy et fait un faux pour se couvrir » sur ce qui n’était pas un refus d’obtempérer.

    Le 15 mai 2024 à 16h, trois policiers municipaux en patrouille décidaient de contrôler un scooter roulant sans casque, avenue de Corot (13e). Le pilote de 31 ans s’était garé pour entrer dans le snack vide. Alors qu’il sortait vivement des toilettes, un premier tir de taser l’atteignait dans le dos. Foudroyé, il tombait d’un bloc au sol, entraînant dans sa chute une policière. Il reprenait ses esprits. Jugé menaçant, il était à nouveau électrisé, toujours dans le snack, par un second tir dont les aiguillons atteignaient ses parties intimes. L’homme menotté relatait avoir ensuite été frappé à bord du véhicule. Les marins pompiers n’avaient pas été appelés alors que la règle l’exige dès que l’arme d’impulsion électrique est engagée. Après 12 années dans la police nationale et 6 ans de police municipale, c’était son premier emploi du taser.

    « La légitime défense était caractérisée pour le premier tir », a dit la présidente au délibéré, l’individu étant sorti des toilettes en mode bélier avec son casque en avant. S’agissant des coups de poing portés à son visage à bord du véhicule de police, « il n’est pas démontré que le policier en est l’auteur, la partie civile ayant chuté à deux reprises, d’abord dans le snack puis en sortant du véhicule de police », a dit la juge.

    Le policier répondait en outre de faux. Son procès-verbal pour refus d’obtempérer indiquait que le véhicule de police avait poursuivi sur 200 mètres le scooter alors que l’enquête établit que le scooter ne s’est déplacé que de 25 mètres pour se garer devant le snack. Bien que le policier ait reconnu le faux en déclarant « avoir mal actualisé les données du rapport en faisant un copié-collé d’un autre rapport qui a erroné certaines données », le tribunal l’a relaxé, « le procès-verbal de mise à disposition ne figurant pas dans la procédure ».

    Trois caméras-piétons hors service

    « Nous sommes très satisfaits car nous avons le sentiment d’avoir été écoutés par la juridiction. Nous aurions certes aimé que le second tir puisse être retenu comme légitime aussi », a commenté Me Sandrine Pauzano, conseil du policier. Dans cette affaire, aucune des caméras-piétons dont sont porteurs les trois policiers n’a fonctionné. La caméra du pistolet-taser, prévue pour se déclencher automatiquement, n’a pas davantage opéré. Quant à la vidéosurveillance de la ville, la caméra n’a pas fixé la scène. Les seules images ont été prises par un passant (ci-dessus).

    « Une condamnation pour violences policières est toujours appréciable. On a eu la chance d’avoir un procureur qui a immédiatement levé la garde à vue de mon client et décidé de poursuivre le policier à la suite de notre plainte », s’est félicitée hier Me Camille Latimier-Theil, pour la partie civile. Le tribunal a ordonné une expertise médicale de son client. Le médecin désigné devra rendre son rapport avant la fin de l’année. L’audience sur les intérêts civils est fixée au 21 mai 2027.

  • Des familles confrontées à un deuil mobilisées contre l’article L.435.1

    Des familles confrontées à un deuil mobilisées contre l’article L.435.1

    La formule « L’435.1 m’a tué-e », affichée en grosses lettres, attire les regards. Elle côtoie une série de panneaux retraçant le parcours douloureux des familles de personnes tuées par des tirs policiers, engagées dans une longue quête de vérité. Objectif : « Raconter, informer, décrypter » et exiger « l’abrogation de l’article L.435.1 », qui encadre l’usage des armes par les forces de l’ordre.

    « C’est un permis de tuer », dénonce Issam El Khalfaoui, le père de Souheil, devant le texte de loi, en invitant un groupe d’une trentaine de personnes à le suivre sur la ligne rouge ponctuée de tableaux retraçant la chronologie du drame. Le 4 août 2021, à 18h30, la vie de ce Marseillais de 19 ans, tout jeune papa, s’est arrêtée net. Une balle tirée par un policier lui troue le thorax lors d’un contrôle routier à la Belle de Mai (3e). « Dès le début, Souheil est criminalisé, mais rien ne colle », estime son père à propos des circonstances de sa mort et de ce qui a conduit le policier à faire usage de son arme létale.

    Au fil de l’enquête, que la famille juge marquée par des erreurs et des zones d’ombre, le doute s’installe. La recherche de la vérité devient alors « la seule chose qui nous permet de continuer à vivre », explique Issam El Khalfaoui. Le dossier est toujours en cours d’instruction.

    Samia, tante de Souheil, Fouzia, sa mère, et plusieurs familles confrontées à des situations similaires ont décidé de se serrer les coudes au sein de Save, pour que toute la lumière soit faite. Pour demander « justice », et faire disparaître un article jugé inique. Car « les frais de justice sont élevés et l’état joue la montre pour nous épuiser dans ce combat », déplore ce papa.

  • « 435.1 m’a tué » : une loi ciblée, des morts et l’art pour dénoncer

    « 435.1 m’a tué » : une loi ciblée, des morts et l’art pour dénoncer

    « Au fur et à mesure, c’est la vérité qui se dilue », déplorait, en juin 2025 devant l’Assemblée nationale, Issam El Khalfaoui, le père de Souheil, dont la vie s’est arrêtée à 19 ans, le 4 août 2021 à 18h, à la Belle de mai, dans le 3e arrondissement. La balle d’un policier l’a atteint au thorax, lors d’un contrôle routier au croisement des rues Bonnardel et Fortuné-Jourdan.

    Souheil, Rayanna, Olivio, Luis… Quatre portraits de jeunes victimes de violences policières, des noms, des dates. En tout, sept panneaux grand format affichés en pleine rue pour une chronologie « de l’impunité ». À Paris, le 18 avril, à Saint-Denis le 19, à Marseille le 26, puis à Rennes et Lilles en juin, « 435.1 m’a tué.e » tourne dans l’espace public. C’est le premier projet de sensibilisation de Save pour faire bouger le droit. L’exposition collective rend visible les vies brisées que les familles estiment liées à l’article L.435-1 du Code de la Sécurité intérieure (CSI). Elle met en relief des enquêtes qu’elles jugent « biaisées dès le départ » ou qui, après des années, « aboutissent à des non-lieux ».

    Une exposition sur le fil

    En 2017, l’article L.435-1 élargit les conditions d’usage des armes à feu par la police. « Dans les mois qui suivent, les tirs augmentent de 50% », souligne l’association, qui tire le fil rouge politique des engrenages qui amènent à l’impunité, l’injustice. Les familles de ces victimes refusent de se résoudre à voir la vie de leur proche tomber dans les oubliettes, elles exigent que la vérité soit mise à jour car, à leur douleur, s’ajoute « l’impossibilité de faire le deuil ».

    Le 4 août 2021, après la mort de Souheil, commence un marathon judiciaire. Une vidéo perdue par l’IGPN, une procédure qui s’éternise, neufs scellés qui avaient pourtant été versés au dossier disparus, puis retrouvés après la menace d’une inspection (une enquête a été ouverte et dépaysée au tribunal d’Aix). Rien n’est encore clos, puisqu’une « information judiciaire a été ouverte pour homicide volontaire, le 8 octobre 2022, contre le policier auteur du tir mortel et l’instruction est toujours en cours », rappelle le parquet de Marseille.

    Pour la famille, ce qu’elle traverse n’a rien d’un cas isolé : ailleurs, les mêmes violences, le même déni, la même impunité. « 435-1 m’a tué.e » est un projet militant qui utilise l’art pour mettre en question une loi, dénoncer ses conséquences. L’exigence des familles réunies au sein de Save et qui travaillent avec d’autres collectifs, comme Flagrant Déni, et des avocats, est d’obtenir « l’abrogation de l’article L.435-1 du CSI. Pour que ça n’arrive plus ». « Parler, créer, lutter, c’est le fil rouge d’une même résistance », défend Save. Déjà, en 1994, Maurice Rajfus, auteur de nombreuses œuvres portant sur la police et les atteintes aux libertés, avait fondé l’Observatoire des libertés publiques.

  • Mise en examen dans l’affaire Hedi

    Mise en examen dans l’affaire Hedi

    Plus de deux ans après les faits, la commandante des policiers de la brigade anticriminalité (BAC) de Marseille mis en cause pour « violences aggravées », a été mise en examen pour non assistance à personne en danger. Dans la nuit du 1er au 2 juillet 2023, quatre policiers avaient roué de coup le jeune marseillais Hedi, 20 ans, rue d’Italie (6e), en marge des émeutes consécutives à la mort de Nahel, 17 ans, tué lors d’un contrôle routier à Nanterre.

    En juillet 2023, les quatre policiers de Bac de Marseille avaient été mis en en examen et pour « violences aggravées », et leur commandante, Virginie G., placée sous contrôle judiciaire pour non-assistance à personne en danger.

    Prononcée en décembre cette mise en examen pourrait ne pas être la dernière dans ce dossier de violences policières, rapportent nos confrères de La Provence. Dans quelques semaines doit avoir lieu la reconstitution du passage à tabac ordonnée par la juge d’instruction en charge de faire toute la lumière sur cette affaire.

  • Affaire Maria : un policier mis en examen pour violences aggravées

    Affaire Maria : un policier mis en examen pour violences aggravées

    Sept ans après les faits, un policier a été mis en examen, suspecté d’avoir frappé une jeune femme à terre en marge d’une manifestation dans le centre de Marseille, comme l’a annoncé le parquet de Marseille à l’AFP, vendredi, confirmant une information de nos confrères de Mediapart. Angelina, qui se faisait appeler Maria, avait eu le crâne fracturé alors qu’elle rentrait du travail, le 8 décembre 2018. Après avoir reçu un tir de LBD à la cuisse et alors qu’elle était à terre, elle avait subi un véritable tabassage par des membres des forces de l’ordre. Le policier mis en examen dans cette affaire l’est pour « violences aggravées par trois circonstances (arme, réunion et par une personne dépositaire de l’autorité publique) » mais aussi pour « non-assistance à personne en danger ». Le juge des libertés a décidé de placer le fonctionnaire sous contrôle judiciaire avec interdiction d’exercer, toujours selon nos confrères de l’AFP. Un second fonctionnaire de police a également été mis en examen pour « non-assistance à personne en danger » et a été placé sous contrôle judiciaire. Au total, une dizaine de fonctionnaires de police est mis en cause dans ce dossier. « Le travail d’investigation de la juge d’instruction avance à une vitesse extraordinaire », salue Me Brice Grazzini, l’avocat d’Angelina, appelant « le ou les policiers qui ont commis les violences les plus graves sur Angelina » à « se dénoncer ». Il se dit à ce sujet « extrêmement optimiste » sur l’identification d’autres policiers qui seraient directement impliqués dans les coups reçus par la jeune femme.

  • Marseille : un policier avoue avoir menti sous pression

    Marseille : un policier avoue avoir menti sous pression

    Un mois après une série de mises en examen, l’affaire « Angelina », initialement appelée « Maria », le pseudo que s’était donné la jeune femme dont le crâne a été fracassé par des policiers en décembre 2018 en marge d’une manifestation des gilets jaunes à Marseille, prend une nouvelle tournure, selon les éléments de nos confrères de Mediapart.

    En 2019, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait conclu à un non-lieu, faute d’identification des auteurs. Une seconde instruction en 2022 avait abouti au même résultat. Mais en 2023, la justice a rouvert le dossier à la demande d’Angelina et de son avocat marseillais, Brice Grazzini.

    Convoqué « dans le bureau du syndicat Alliance »

    En réexaminant les vidéos et en récupérant de nouvelles images, la juge Karine Lebrun et une nouvelle équipe de l’IGPN parviennent, cette fois, à identifier les policiers en civil, casqués, masqués, sans insignes et parfois équipés de matériel non réglementaire. L’un d’eux est reconnaissable à son attelle à la main gauche. Six agents vont alors être placés en garde à vue début octobre.

    Mais avant même d’être entendu, l’un d’eux, Christophe M., brigadier-chef du service de sécurité des transports, avoue avoir menti lors de sa première audition en 2019, et explique avoir alors subi des pressions de sa hiérarchie et du syndicat Alliance pour nier sa présence et celle de ses collègues, rapporte Mediapart.

    Dans un rapport administratif daté du 10 septembre auquel a accédé le média en ligne, il raconte avoir été convoqué en décembre 2019 « dans le bureau du syndicat Alliance ». Rudy Manna, alors délégué et porte-parole départemental du syndicat, aujourd’hui référent sécurité de Martine Vassal, la présidente (DVD) de la Métropole et du Département, candidate à la mairie de Marseille, lui aurait demandé de « ne pas donner une version contradictoire à celle du capitaine » et de son collègue à l’attelle. Auditionnés, ceux-ci expliquaient ne pas reconnaître Christophe M., ni aucun membre de leurs effectifs.

    Ce dernier obéit. Présent sur le lieux où il a vu la jeune femme au sol, il avait pourtant transmis à son commandant les noms de deux agents de la BAC qu’il pensait impliqués. Des informations qui ne seront jamais communiquées.

    Ces aveux ont entraîné la mise en examen de deux policiers de la BAC le 14 novembre 2025 pour « non-assistance à personne en danger », détaille Mediapart. Parmi eux, Ludovic B., le policier à l’attelle, admet aujourd’hui avoir été présent et avoir donné des coups au jeune homme qui accompagnait Angelina. Il reconnaît aussi de sa hiérarchie, des « conseils appuyés ayant orienté [s]es déclarations », rapporte l’article de nos confrères. Cinq des six agents mis en examen en octobre se sont reconnus sur la vidéo mais aucun ne dit avoir été témoin des violences ni avoir perçu de blessure. Un seul a reconnu sa responsabilité. « Je n’ai pas fait ce qu’il fallait faire » assume Franck H. Le seul à ne pas contester sa mise en examen.

    Sept ans après les faits, l’instruction se poursuit. Pour Angelina, qui vit avec des séquelles neurologiques et psychologiques, l’espoir renaît que la vérité éclate et que les responsables soient jugés.

  • Par-delà la défiance

    Par-delà la défiance

    Quelque chose s’est brisé entre la police et la population. Difficile de dater précisément la fracture mais elle s’élargit. 20 ans après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, électrocutés dans un poste électrique dans lequel ils étaient entrés afin d’échapper à un contrôle de police, le constat est sans appel.

    2 ans avant le drame, Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur mettait à bas la police de proximité. Devenu président de la République, il supprimera près de 10 000 postes de fonctionnaires de police tout en tenant un discours martial avant de finir lui-même derrière les barreaux cette année.

    Où en est la police aujourd’hui ?

    Ces autres cols-bleus

    Oui dans une société où l’extrême droite atteint 37% d’intentions de vote, le racisme existe dans la police. Oui, les violences policières sont des faits. Oui, elles peuvent entraîner la mort. Dans le Sud de la France, le décès de Zineb Redouane, vieille dame de 80 ans ayant reçu une grenade lacrymogène en plein visage, est là pour le rappeler.

    Pour autant est-ce la réalité de toute la police ? Sans doute pas. Les jeunes recrues interrogées par La Marseillaise témoignent du contraire.

    Et est-ce que « tout le monde déteste » vraiment la police ? Sans doute pas dans les quartiers populaires. Malgré toute la défiance qui s’est installée notamment à cause des contrôles au faciès, c’est là qu’on la réclame pour rétablir la tranquillité publique.

    Délaissés par une certaine gauche comme les habitants des quartiers populaires, les policiers sont pourtant les agents d’un service public essentiel. Comme les autres cols bleus, ils ont besoin de hausse de salaire, d’accès à des logements sociaux, de plus d’effectifs et de respect.

    Bref, c’est tout un lien de confiance et de proximité qu’il y a à reconstruire. À contre-courant de ceux qui veulent en faire les exécutants d’un projet politique antirépublicain.

  • La force en guise de maintien de l’ordre

    La force en guise de maintien de l’ordre

    Canon à eau. Blindés sur la place de la Comédie. Policiers municipaux et brigade anticriminalité (Bac) déployés. Les manifestations de septembre dans l’Hérault et plus particulièrement à Montpellier ont soulevé un certain nombre de questions sur la conception du maintien de l’ordre de la part de la préfecture et les consignes envoyées par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. « Le dispositif est disproportionné. Mais la question c’est : qu’est-ce qui fait craindre au préfet de l’Hérault de telles difficultés ? De quelles remontées d’informations dispose le préfet pour prévoir un tel dispositif ? », s’interroge Sophie Mazas, avocate de la Ligue des droits de l’Homme.

    Le 18 septembre par exemple, 350 policiers ont été mobilisés à Montpellier et deux véhicules Centaure étaient postés place de la Comédie. Ces véhicules blindés de 14,5 tonnes, dotés de 300 chevaux, de canons de tir de lacrymogènes guidés par laser et d’une caméra d’une portée de 9 km, avaient été déployés pour la première fois lors des émeutes de 2023 après la mort de Nahel à Nanterre. Pour la gendarmerie, ces véhicules sont utiles pour « affronter de nombreuses situations : terrorisme, guérilla urbaine, catastrophes ». Dans un rapport consacré aux forces de l’ordre, la Cour des comptes avait déjà exprimé des « doutes » sur « l’adéquation entre ce matériel, bien plus lourd, armé et coûteux que les matériels dont disposait la gendarmerie auparavant, et l’usage effectif qui en sera fait ».

    Le 10 septembre, l’utilisation du canon à eau avait également fortement tourné sur les réseaux sociaux. Un homme, situé à une quinzaine de mètres du camion, touché à la tête, avait été légèrement blessé. « Les policiers ont fait leur travail et sont intervenus en respectant le cadre réglementaire. Des sommations ont été faites à plusieurs reprises et avant l’emploi de l’engin lanceur d’eau », avait alors réagi Baptiste Chauveau, chef du service communication à la préfecture de l’Hérault, auprès de France 3 Occitanie.

    Une version contestée par Sophie Mazas : « J’avais déjà vu des canons à eau sur des manifestations à 150 000 personnes mais pas sur 10 000 personnes à Montpellier. L’instruction faite sur le maintien de l’ordre de 2017 explique que l’usage des canons à eau ne peut être fait qu’après une charge au sol de la police. Elle n’a pas eu lieu. Le principe de proportion de l’usage de la force n’est pas respecté. On commence tout de suite avec une répression très forte ».

    La Bac dans les lycées

    Le choix des unités de police ou de gendarmerie pose également problème à l’avocate de la LDH : « La Bac n’est pas du tout formée pour encadrer les manifestations ou pour gérer l’ordre public. Quand vous envoyez la Bac qui intervient en civil, parfois sans brassard, sans RIO [référentiel des identités et de l’organisation, Ndlr.], avec des matraques et des méthodes d’intimidation, il y a quand même un problème. Ce sont eux qui ont été envoyés dans les lycées le 10 septembre. »

    La polémique a aussi enflé concernant la présence de la police municipale, dont les missions de maintien de l’ordre sont interdites. « Nos policiers étaient engagés uniquement pour une mission de protection, et de nos effectifs ainsi que des citoyens », a expliqué Sébastien Cote, l’adjoint en charge de la sécurité à Montpellier. Des arguments qui n’ont pas convaincu Sophie Mazas : « Je ne comprends pas, ils sécurisent des gens qui font du maintien de l’ordre ? Ils font donc bien du maintien de l’ordre ».

    Face à cette accumulation, la question du droit de manifester se pose pour la LDH. « Cet usage de la répression commence vraiment à poser problème », conclut Sophie Mazas.

  • Mises en examen en série dans le cadre de l’affaire Maria

    Mises en examen en série dans le cadre de l’affaire Maria

    Un espoir de justice après sept ans d’impasses. Jeudi soir, à l’issue de leur garde à vue, quatre policiers ont été mis en examen pour « non-assistance à personne en danger », révélaient nos confrères de La Provence ce vendredi. Des mises en examen en série puisque dès le lendemain deux autres fonctionnaires ont suivi le même sort, après avoir été rapatriés de Mayotte, avec les mêmes chefs d’inculpation, ainsi que pour violence aggravée par personne dépositaire de l’autorité publique sans ITT, comme l’a confirmé le parquet à nos confrères. Ils sont suspectés d’être impliqués dans le violent passage à tabac d’une jeune femme, lors de l’acte IV des gilets jaunes à Marseille, le 8 décembre 2018. Celle-ci avait été touchée d’un tir de lanceur de balle de défense (LBD), alors qu’elle était sortie plus tôt qu’à l’habitude de son travail et allait chercher à manger avec son copain à proximité de la rue Saint-Ferréol, avant d’être rouée de coups de pied et de matraque, entourée pour une douzaine de policiers. Elle avait été admise aux urgences dans la foulée, avec un traumatisme crânien et facial direct et des vomissements, et était restée hospitalisée onze jours. Mais par deux fois, une ordonnance de non-lieu avait été rendue, faute d’identifier les auteurs des coups.