« On dit souvent qu’il est possible de tirer du positif de toutes les catastrophes. Je crois que l’École du feu en est un exemple concret » : Nicolas de Monsabert est un habitant de la Pelouque dans le 16e arrondissement de Marseille. Son quartier de l’Estaque a été parmi les plus touchés par l’incendie qui a ravagé une partie des quartiers Nord de la ville à l’été 2025. Le 8 juillet, le feu se déclare aux Pennes-Mirabeau, à proximité de l’autoroute A55. Il parcourt finalement 750 hectares et détruit ou dégrade quelque 90 habitations. Dont celle de Nicolas.
De cette catastrophe naît une volonté : lutter contre l’oubli, qui souvent fait suite aux événements traumatiques, en tentant d’apprendre à mieux appréhender le feu, inhérent à l’écosystème méditerranéen. Une ambition qui devient réalité lorsque le collectif de l’incendie du 8 juillet, créé au lendemain de la catastrophe, décide, en août, de fonder un sous-groupe de travail : l’École du feu, portée par les habitants, le Bureau des guides et plusieurs experts du feu. L’initiative reçoit, en décembre un financement de la part de la Fondation de France. De quoi monter, sur deux ans, un plan de « recherche-action ».
Apprendre, transmettre, agir
« Évidemment, la première étape est celle de la montée en compétences », souligne Julie De Muer. Pour accompagner cet apprentissage, notamment : Jordan Szcrupak, paysagiste concepteur et, depuis 12 ans, spécialiste de l’apport du paysage sur les risques incendies. Son rôle : « Sensibiliser à la fois les habitants et les pouvoirs publics aux manières dont on peut adapter nos constructions dans les zones à fort risque incendie ».
D’autres experts, comme Élise Boutié, anthropologue, proposent une approche moins technique et reviennent sur le rapport qu’entretiennent les sociétés avec le feu. Pour retenir toutes ces informations, des artistes, telle que Garance Maurer, qui produit depuis trois ans des travaux autour du feu, réfléchissent, toujours en collaboration avec les habitants, à des méthodes pour accompagner la digestion collective des apprentissages ».
Mais l’École du feu ne se veut pas que théorique, au contraire. Plusieurs « travaux pratiques » ont déjà été mis en place, comme la création d’une pépinière dans l’un des secteurs touchés par le feu. Parmi ses futures ambitions : mettre en place un « troupeau du feu », qui pourrait assurer un rôle de débroussaillage, essentiel pour limiter l’expansion d’un incendie. « C’est un vrai projet politique de vivre ensemble », apprécie Nicolas de Monsabert, très impliqué dans le groupe de travail.
Une exposition retraçant la première année de travaux de l’École du feu se tiendra début juillet à l’Estaque.
Margot Milhaud La Marseillaise

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