Category: environnement

  • Une unité mobile de production d’eau réutilisable testée dans la métropole

    Une unité mobile de production d’eau réutilisable testée dans la métropole

    Comment limiter les prélèvements d’eau douce naturelle grâce à l’utilisation d’eau recyclée multi-usage ? C’est la question à laquelle s’attelle le projet « Life Rewa », porté par la Régie des eaux de la Métropole de Montpellier en partenariat avec l’Université de Montpellier-Institut européen des membranes et DV2E, un bureau d’étude spécialisé dans la réutilisation des eaux usées traitées.

    Financé par l’Europe suite à un appel à projets victorieux mais aussi par la Région Occitanie et l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée et Corse, ce projet précurseur en France a pour objectif de mettre à disposition une nouvelle ressource : de l’eau recyclée produite à partir d’eaux usées traitées par les stations d’épuration. Avec ses treize stations, la métropole montpelliéraine rejette environ 32 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées chaque année dans la mer et les cours d’eau, dont seul 0,01% sont actuellement réutilisés…

    La collectivité a donc eu l’idée de construire une unité mobile produisant de l’eau recyclée de différentes qualités, adaptée à une grande diversité d’usages : nettoyage des espaces publics, hydrocurage des réseaux, lutte contre les incendies, arrosage des espaces verts ou encore irrigation agricole. « Dans un container transporté sur un camion, la société Chemdoc Water Technologies a conçu un dispositif de traitement qui permet de prendre les eaux usées en sortie de station d’épuration et de les traiter à un niveau plus poussé », explique Laurence Burgaud, directrice adjointe à la Régie des eaux de la Métropole de Montpellier.

    Objectif : 110 000 m3 d’eau produits sur un an

    « Ce container contient un ensemble de technologies embarquées qui sont des technologies de membranes, d’osmose, de désinfection… complémentaires au traitement existant dans les stations d’épuration et qui permettent de faire plusieurs qualités d’eau », poursuit-elle. Cette eau est ensuite stockée dans des bâches afin d’être réutilisée pour des usages ciblés. « Une qualité A ou A+ pourra être utilisée pour le nettoyage des rues et la défense incendie. Une eau de qualité B, un peu moins bonne, pourra servir pour des espaces verts », illustre Laurence Burgaud. Les agriculteurs pourront eux aussi bénéficier de cette eau, dans le cadre d’une convention d’usage signée avec la collectivité.

    5 stations d’épuration de la métropole ont été choisies pour tester ce dispositif : Lattes, Fabrègues, Cournonterral, Villeneuve-lès-Maguelone et Saint-Georges-d’Orques. Des bornes spécifiques y ont été installées, permettant aux bénéficiaires (services communaux, pompiers, agriculteurs…) de se connecter avec un badge et de remplir leur camion-citerne. La collectivité s’est fixé l’objectif de produire 110 000 m³ sur un an. Mais pour l’heure, le dispositif est encore en phase de rodage. « On a eu énormément de mal -2 ans- à avoir les autorisations administratives de la préfecture nous autorisant à utiliser cette eau. On nous a imposés 6 mois d’essai sans distribution, afin de s’assurer que la qualité de l’eau sera au rendez-vous et ne générera aucun risque pour les utilisateurs. La distribution commencera donc à la fin de l’année », indique la directrice adjointe de la Régie des eaux.

    Au terme de l’expérimentation, prévue pour durer deux ans (jusqu’à fin 2028), le dispositif ne pourra être pérennisé que sur deux stations. En effet, « l’eau qui sort des stations d’épuration sert au soutien d’étiage des cours d’eau en été et aujourd’hui, la doctrine départementale est de dire que les rivières ont besoin de cette eau. L’objectif est donc de ne pas la détourner pour des usages quels qu’ils soient. Ce dispositif ne pourra donc être maintenu que sur des stations littorales, où l’eau est rejetée dans la mer, à savoir Villeneuve-lès-Maguelone et Maera », explique Laurence Burgaud. Ce projet « alimentera également des publications de la recherche et développement et permettra une amélioration de la connaissance sur les effets du stockage sur la qualité de l’eau réutilisable ».

  • Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Sur les chantiers ferroviaires aussi, l’eau devient une question politique. À Nîmes, SNCF Réseau teste une solution encore rare dans le monde industriel : utiliser des eaux usées traitées pour ses travaux. Non pas pour faire boire les machines, mais pour rabattre les poussières, asperger les voies, limiter l’exposition des agents aux particules et maintenir la visibilité quand les engins brassent le ballast. L’idée, résume Marc-Axel Burette, responsable du groupe génie civil au sein du pôle d’ingénierie de SNCF Réseau à Montpellier, est de « faire le lien entre les stations d’épuration qui produisent une eau non potable mais de bonne qualité, et les chantiers ».

    Plutôt que de puiser dans le réseau d’eau potable ou dans les forages, l’expérimentation capte donc une ressource déjà disponible à la sortie des stations d’épuration. À l’été 2025, pendant six semaines, près de 500 m³ d’eau ont été acheminés depuis la station d’épuration de Nîmes jusqu’à la base travaux de SNCF Réseau. Une fois sur place, l’eau passe par un conteneur de traitement conçu par InovaYa, avec filtration et désinfection, avant d’être stockée dans des citernes violettes, couleur conventionnelle de la Reut.

    Une réserve contre la sécheresse

    Pour SNCF Réseau, l’enjeu n’est pas seulement écologique. Il est aussi très concret. En période de sécheresse, les restrictions d’usage de l’eau peuvent mettre un chantier à l’arrêt. Or, sur une opération ferroviaire lourde, une séance perdue peut coûter jusqu’à 1 million d’euros en immobilisation. Même plus chère que l’eau du robinet, l’eau réutilisée devient alors une assurance contre la panne sèche. « Si nous arrivons à sauver ne serait-ce qu’une semaine de travaux, le système peut être rentabilisé pendant des années », estime Marc-Axel Burette.

    L’étape décisive est prévue pour l’été 2026, toujours à Nîmes, avec un chantier de remplacement de voies par suite rapide. L’opération doit se poursuivre en 2027, avant une descente du train-usine vers les Pyrénées-Orientales en 2028.

    Reste un frein de taille : la réglementation. Pour l’heure, chaque usage nécessite des autorisations longues et coûteuses. Car derrière les rails nîmois se dessine un immense gisement : celui des milliards de mètres cubes rejetés chaque année par les stations d’épuration, encore trop peu réutilisés.

  • Vers une zone à défendre contre la ligne à très haute tension ?

    Vers une zone à défendre contre la ligne à très haute tension ?

    Une zone à défendre (ZAD) va-t-elle voir le jour dans le sud du Gard ? C’est en tout cas la promesse de dizaines d’opposants au projet de ligne THT si une solution alternative n’est pas trouvée. Depuis l’annonce de cette ligne, la grande majorité des acteurs du territoire gardois a en effet fait part de son opposition à un projet qui doit pourtant permettre la décarbonation de l’industrie de Fos en créant une ligne électrique dite à très haute tension (THT) aérienne pour transporter l’électricité produite dans la vallée du Rhône. Cette ligne doit ainsi relier Jonquières-Saint-Vincent, près de Nîmes, à Fos-sur-Mer et traverser ainsi la Camargue.

    Sauf que ni les agriculteurs soucieux de préserver leur terre, ni les écologistes souhaitant protéger la faune très présente en Camargue, ni les acteurs touristiques voulant défendre la beauté des paysages n’acceptent l’installation de dizaines de pylônes de plus de 50 mètres. « La profession agricole réaffirme ici son opposition farouche à ce projet de ligne THT aérienne de 400 000 volts qui viendrait défigurer ce territoire unique. Cela condamnerait l’agritourisme, réduirait à nouveau la surface agricole française et imposerait de nouvelles contraintes aux agriculteurs », ont ainsi écrit une douzaine de syndicats agricoles gardois début juin dans un communiqué. En fin d’année dernière, la Dreal Occitanie avait pourtant estimé que le tracé ferait peser une menace directe sur cinq espèces d’oiseaux, mettant ainsi du plomb dans l’aile au projet. Les opposants s’imaginaient alors avoir remporté une bataille décisive. Mais c’était sans compter sur l’État qui compte bien avancer sur ce dossier avant la prochaine élection présidentielle. L’État a ainsi lancé le 13 mai l’instruction de la Déclaration d’utilité publique et les propos d’Emmanuel Macron fin mai sur ce projet jugé « nécessaire » inquiètent les opposants, qui y voient une volonté de passer en force.

    Un courrier aux agriculteurs met le feu aux poudres

    « Il y a une très forte pression des industriels », précise Luc Perrin, qui gère l’Association de sauvegarde de la Terre d’Argence (Asta). « On s’est donc rencontré avec les Camarguais et il y a la volonté de passer à la vitesse supérieure. Ce qui a aussi mis le feu aux poudres, c’est l’envoi par RTE d’un courrier aux agriculteurs pour les avertir qu’il y aurait des visites sur leur terrain avec des prélèvements et des analyses de sol. Il y a un arrêté préfectoral de 2023 qui impose à tout le monde de laisser entrer les agents de RTE chez soi sous peine de sanctions. » Face à cette situation, les agriculteurs travaillent à des parades comme le traitement de leur terrain dont l’accès serait ensuite interdit. Ils travaillent même avec des écologistes pour trouver des tortues cistudes. Car si la présence de cette espèce est détectée, les prélèvements dans un rayon de 500 mètres sont interdits.

    Samedi 6 juin, ils ont mené ensemble une action à Arles pour informer la population. Mais les opposants savent que cette mobilisation a peu de chance d’être suffisante. Beaucoup évoquent désormais la possibilité de créer une Zone à défendre (ZAD) dans le sud du département. Des contacts ont d’ailleurs déjà été noués avec des associations comme Générations Futures qui ont organisé la mobilisation à Notre-Dame-des-Landes pour s’appuyer sur leur expérience et s’inspirer de leur méthode. « S’ils veulent passer en force, ils auront Notre-Dame de Camargue. Il y a des gens qui sont prêts parce que la colère monte face au manque d’écoute de la population locale », confirme Luc Perrin.

  • En Catalogne, des usines de dessalinisation pour faire face à la sècheresse

    En Catalogne, des usines de dessalinisation pour faire face à la sècheresse

    Deux cents millions de litres d’eau par jour. C’est la capacité de production de l’usine de dessalement du Llobergat, à Barcelone. Gérée par l’entreprise publique Ens d’Abastament d’Aigua Ter-Llobregat. L’usine permet de diversifier les sources d’approvisionnement en eau, notamment en période de sécheresse. « Lors de la sécheresse de 2021-2025, l’utilisation de l’eau superficielle est passée de 44 à 19% tandis que celle de l’eau dessalée est passée 14 à 23% », détaille Manel Giraldo, directeur des relations institutionnelles à Agües de Barcelona, une filiale de Veolia.

    Mise en service en 2009, l’usine de dessalement du Llobergat distribue de l’eau potable à 154 municipalités catalanes, soit cinq millions d’habitants. « Nous captons l’eau à 2,2 km des côtes, soit à 32 mètres de profondeur. Deux tours de 4m de diamètre récupèrent l’eau qui est envoyée via des canalisations vers la station de dessalement, à plus de 3 km », fait valoir Carlos Miguel, directeur de la station. Le procédé se déroule en plusieurs étapes : un premier traitement par flottation afin d’éliminer les micro-organismes et les algues suivi de plusieurs filtrations dont une par osmose inverse, avant d’être reminéralisée afin d’être consommée. « Sur 100 litres d’eau salée, nous obtenons 45 litres d’eau douce », poursuit Carlos Miguel. Le reste étant rejeté dans la mer. La méthode est louée notamment pour sa complémentarité avec la réutilisation des eaux usées traitées (Reut). « Lors de fortes pluies, beaucoup de matière est en suspension, la qualité de l’eau du fleuve n’est pas bonne, ce qui fait que les usines de Reut ne peuvent fonctionner. Il faut donc utiliser le dessalement », insiste Carlos Miguel. Si aucun impact sur la faune et la flore marines n’est à relever selon le directeur de l’usine, son coût est néanmoins plus élevé que la Reut. « Alors que l’eau issue de la Reut et d’une station de potabilisation a un coût de 32 centimes le mètre cube, celui d’une usine de dessalement est de 64 centimes », observe Miquel Paraira, directeur de la qualité de l’eau à Aigües de Barcelona. Deux projets d’usine sont déjà dans les cartons, portant à quatre le nombre d’usines de dessalement en Catalogne.

  • Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Un potentiel d’un million de m3 d’eau réutilisée pour la Camargue

    Pour l’heure, l’étude, dont les premiers résultats ont été présentés début février 2026, n’est pas encore rendue publique et reste dans les tiroirs des élus de la communauté de communes de Terre de Camargue. Lancée sous la présidence de Robert Crauste, elle doit désormais être analysée par les nouveaux élus de la communauté de communes.

    Car avec la défaite de Robert Crauste (DVC) battu par Charly Crespe (DVD) aux dernières élections municipales au Grau-du-Roi, l’intercommunalité, composée également d’Aigues-Mortes et de Saint-Laurent-d’Aigouze, a vu son conseil renouvelé. C’est le maire de cette dernière, Thierry Féline (DVD), jusqu’ici en charge du développement économique, qui a récupéré la présidence et devra prochainement se prononcer sur les investissements à réaliser pour une gestion durable de l’eau.

    Comme un peu partout en Occitanie, la ressource en eau se raréfie en Terre de Camargue sous l’effet du dérèglement climatique. Au-delà des questions agricoles et de la préservation des milieux naturels, ce sont les enjeux d’approvisionnement en eau liés à l’afflux touristique qui sont étudiés. En effet, la population du Grau-du-Roi est multipliée par 14 durant la période estivale, passant de 8 500 habitants l’hiver à 120 000 l’été. Pour répondre à ces besoins, la collectivité assure l’ensemble du cycle de l’eau : alimentation en eau potable, assainissement collectif et non collectif, collecte des eaux pluviales et protection des milieux aquatiques.

    C’est donc dans ce contexte que la communauté de communes a lancé une étude pilotée par le bureau d’études Ecofilae associé à BRL Ingénierie afin de mener un projet de réutilisation des eaux usées traitées (REUT). Ce projet n’est d’ailleurs pas nouveau : les communes du territoire réfléchissent à la manière de réutiliser les eaux usées depuis 2007.

    Résultats encourageants

    Cette étude s’appuie donc sur la station d’épuration
    intercommunale du Grau-du-Roi, capable de traiter l’équivalent de 100 000 habitants. Aujourd’hui, elle rejette ses eaux traitées vers des lagunes avant leur arrivée en milieu naturel. Si l’étude dresse un bilan des usages actuels, domestiques et agricoles, elle identifie aussi des scénarios possibles de réutilisation des eaux usées traitées en sortie de station.

    Les résultats, jugés comme un « potentiel intéressant », dessinent un scénario où il serait possible de réutiliser 200 000 m³ d’eau par an pour l’irrigation agricole. Jusqu’à un million de m³ est même envisagé pour des usages plus larges, dont potentiellement des usages liés à l’eau potable. Cela représente ainsi près de 30% de la consommation en eau du territoire. « Ce serait alors une première en France si ce scénario était poursuivi », souligne l’étude. La station graulenne pourrait ainsi réutiliser jusqu’à 40% de l’eau qu’elle traite (2,5 millions de m³). Une prouesse d’autant plus prometteuse que l’un des facteurs locaux à prendre en compte reste la salinité de l’eau, qui demande un traitement différent.

    Si les coûts d’un tel projet n’ont pas encore été dévoilés – ce qui devrait être déterminant dans la décision pour engager des investissements -l’intercommunalité confirme que cette étude « permet de juger des opportunités, des contraintes techniques, des coûts et des bénéfices d’une telle stratégie » afin « d’anticiper et de préparer des solutions robustes face à des tensions sur la ressource, tout en respectant les équilibres environnementaux et les usages locaux ».

  • [Les espèces qui peuplent nos parcs] Parc National de Port-Cros : l’actinie rouge

    [Les espèces qui peuplent nos parcs] Parc National de Port-Cros : l’actinie rouge

    On ne voit d’elle généralement qu’une bourse ressemblant à une petite tomate brillante de couleur rouge vif à brunâtre. Ses tentacules de 2 cm de long réunis en couronne sont déployés généralement la nuit, lorsque l’animal est immergé pour capter sa nourriture. Cette anémone de mer vit sur les rochers littoraux dans les zones ombragées.

  • [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    La Marseillaise : Quand on parle
    de réutilisation des eaux usées,
    de quoi parle-t-on exactement ?

    Nassim Ait Mouheb : Généralement, on entend par réutilisation des eaux usées traitées, ou Reut, le fait de récupérer une eau à la sortie d’une station de traitement. Ce sont des eaux urbaines que l’on traite déjà pour améliorer leur qualité avant rejet dans le milieu, que ce soit dans un cours d’eau ou dans la mer. L’objectif, c’est d’en récupérer une partie, selon la réglementation, et d’améliorer sa qualité, notamment d’un point de vue pathogène, pour maîtriser les risques sanitaires avant un réusage. Initialement, cela a surtout été fait pour l’irrigation agricole, mais les usages commencent à se diversifier : nettoyage de voiries, parcs et jardins, golfs. Dans certains pays, on peut même aller jusqu’à une réutilisation indirecte pour l’eau potable.

    Pourquoi cette question revient-elle avec autant de force aujourd’hui ?

    N.A.M. : La pratique existe depuis longtemps, mais les dernières années de sécheresse ont changé le regard. Avec le Plan eau, l’État encourage cette ressource complémentaire aux eaux conventionnelles, qu’elles viennent des nappes ou des cours d’eau. Avant, on y réfléchissait moins parce qu’en France, on était assez gâtés en ressources en eau. Il y avait surtout des cas insulaires, comme Porquerolles ou Noirmoutier, où l’accès à l’eau conventionnelle n’était pas disponible. Là, avec les dernières années, on commence à réfléchir à des solutions pour rendre l’agriculture et les territoires plus résilients.

    La France a-t-elle pris du retard
    sur des pays comme l’Espagne ou l’Italie
     ?

    N.A.M : Oui, ces pays réutilisent davantage d’eau traitée, autour de 10 à 14%. En Espagne, cela tient à la gouvernance de l’eau et à un secteur agricole très fort, avec des besoins importants, notamment dans des régions comme Murcie. Ils ont aussi été confrontés plus tôt que nous à des sécheresses sévères. En France, la réutilisation existait surtout lorsqu’un facteur local rendait l’investissement nécessaire : l’irrigation de golfs, des situations insulaires, ou le maintien d’un secteur agricole sans accès à une autre ressource.

    Y a-t-il des usages plus pertinents que d’autres ?

    N.A.M : Il faut être vigilant, parce que l’eau, en soi, ne se perd jamais. Une eau qui sort d’une station est rejetée dans un milieu. En Occitanie, on le voit bien, ce rejet peut aussi contribuer à maintenir les cours d’eau. Donc il faut réfléchir à l’échelle du territoire : est-ce qu’on peut réutiliser cette eau ? Est-ce qu’il n’y aura pas un impact environnemental ? Ensuite, la question est de savoir si l’on réduit vraiment la consommation d’eau potable. Il faut que ce soit une substitution. Il ne faut pas que ce soit une manière d’avoir une nouvelle ressource et donc d’utiliser encore plus d’eau. Que ce soit pour l’agriculture ou pour les usages urbains, il faut garder cette réflexion de sobriété.

    Y a-t-il des usages de l’eau potable qui deviennent aberrants ?

    N.A.M. : Oui, il y a des usages comme le nettoyage des voiries ou le curage des conduites où l’eau potable peut être substituée. Bien sûr, il faut être vigilant sur la qualité de l’eau, sur les aérosols, sur les risques sanitaires. Mais techniquement, c’est tout à fait possible d’atteindre des qualités permettant d’éviter ces risques.

    L’agriculture est-elle le principal débouché ?

    N.A.M. : Dans le sud de la France, l’été, l’agriculture reste le secteur où les besoins en eau sont les plus importants. Avec le changement climatique et les restrictions, c’est aussi un secteur très exposé. Mais il ne faut pas présenter la réutilisation comme une solution unique. Pour la vigne, par exemple, il faut aussi réfléchir aux choix de cépages, aux pratiques agricoles, aux besoins réels au moment de la plantation. La réutilisation peut faire partie de l’adaptation, mais elle ne remplace pas une réflexion globale.

    Y a-t-il des risques sanitaires
    ou techniques ?

    N.A.M. : Le premier sujet, c’est de s’assurer que la qualité de l’eau correspond aux normes réglementaires, pour ne pas contaminer les cultures. Ensuite, il y a la question de la durabilité du projet. Les systèmes d’irrigation préconisés sont souvent le goutte-à-goutte, parce qu’ils évitent le contact direct de l’eau avec les cultures. L’inconvénient, c’est que ces eaux peuvent être plus chargées et donc boucher ou obstruer les systèmes. Nous, on réfléchit à des solutions, des capteurs, des goutteurs, des préconisations pour les agriculteurs, pour que l’efficience de l’irrigation reste continue. Sur la partie sanitaire, il y a une réglementation, des contrôles et des suivis réguliers. Sur des cultures comme la vigne, du moment qu’on respecte la réglementation, avec des barrières comme le sol, le goutte-à-goutte, les traitements et les suivis, les résultats ont montré qu’il n’y avait pas de transfert de pathogènes dans la partie consommable. Sur les polluants émergents, il y a encore des travaux pour évaluer les risques. De notre côté, pour rendre cette pratique acceptable pour le public, il faut continuer à travailler sur ces questions pour y répondre clairement, avoir des données fiables et communiquer autour.

    Qu’est-ce qui coûte cher dans ces projets ?

    N.A.M. : Comme dans tout projet de transfert d’eau agricole, le transport, le pompage et les réseaux pèsent beaucoup. À cela s’ajoutent les traitements complémentaires, la désinfection, les contrôles et le suivi sanitaire. Le coût dépend aussi de l’adéquation entre la ressource disponible et les besoins. C’est pourquoi certaines études de faisabilité n’aboutissent pas.

    Quelle idée reçue faudrait-il corriger ?

    N.A.M. : Il faut sortir de l’idée que la réutilisation des eaux usées serait une solution simple. C’est une solution intéressante, mais elle doit être pensée de manière systémique, avec la sobriété, les autres solutions d’adaptation et les besoins du territoire. Ce n’est pas la panacée. L’essentiel est de vérifier qu’elle remplace réellement de l’eau potable ou conventionnelle, et qu’elle ne pousse pas à consommer davantage.

  • De l’eau usée traitée au robinet des Barcelonais

    De l’eau usée traitée au robinet des Barcelonais

    En 2021, la Catalogne est frappée par un épisode de sécheresse intense. Elle durera quatre ans et marqua profondément la région espagnole. « Au pic de la sécheresse, les réserves des cinq barrages étaient de 14%. C’était un moment délicat », raconte Josep Lluis Armentier-Ferrand, directeur de l’agence catalane de l’eau. En effet, alors que sur une période dite « normale » de 56 mois, 3 000 hm3 sont contenus dans les barrages, sur la même période concernant la sécheresse 2021-2025, le volume est passé à 1 500 hm3, soit une baisse de 51%. « L’aquifère alimentant Barcelone est même descendu jusqu’à neuf mètres en dessous du niveau de la mer », poursuit le directeur. Aujourd’hui, le niveau est à peine remonté à zéro mètre.

    Un coup de stress pour les 5,5 millions d’habitants de la métropole de Barcelone. Dès lors, il a fallu innover et mettre les bouchées doubles pour faire face à ce déficit hydrique, amené à se reproduire plus fréquemment sous l’effet du dérèglement climatique. C’est ainsi que les pouvoirs publics ont décidé de miser sur des usines de dessalement (lire ci-dessous) mais également sur la réutilisation des eaux usées traitées (Reut) via les stations d’épuration. Notamment celle de Baix Llobregat -construite au pied du fleuve Llobregat- gérée par Aigües de Barcelona, filiale de Veolia.

    Injection dans l’aquifère

    Capable de traiter 375 000 m3 d’eau par jour, elle est l’une des plus grande d’Europe. « Ici, nous produisons deux qualités d’eau. La première concerne l’usage “pré-potable”, notamment pour l’agriculture, l’augmentation des débits du fleuve ou encore le nettoyage des rues. Le traitement se fait par microfiltration, l’eau passe dans des membranes de 10 micromètres avant d’être désinfectée par rayonnement ultraviolet », détaille Claudia Carbonell, directrice de la station de Baix Llobregat.

    Et c’est là que l’innovation opère. « L’eau traitée va être rejetée 16 km en amont du fleuve Llobregat pour y être mélangée. L’eau sera ensuite acheminée et récupérée par la station de potabilisation de Sant Joan Despi. C’est ce qu’on appelle la potabilisation indirecte », souligne Miquel Peraira, directeur de la qualité de l’eau à Aigües de Barcelona. Ainsi, au plus fort de la crise, pas moins de 1 500 litres ont été injectés dans le fleuve par seconde, représentant jusqu’à 25% de la consommation d’eau de la métropole de Barcelone. Préalablement à cet usage intensif, des tests avaient été effectués en 2019 : sur 376 composés analysés, un seul dépassait la valeur guide, le 1,4 dioxane. « Mais nous avons repéré les deux industries qui déversaient ce polluant et elles ont arrêté », fait valoir Miquel Peraira.

    La station de Baix Llobregat lutte également contre l’intrusion saline. En plus du traitement UV, une partie suivra une filtration par osmose inverse. « Cela permet d’avoir une meilleure qualité de l’eau, qui sera injectée directement dans l’aquifère à 70m de profondeur », reprend Claudia Carbonell. Des procédés novateurs qui ont permis aux Barcelonais de passer la période de sécheresse sans avoir à couper le robinet. « Durant la sécheresse 2021-2025, 70% de l’eau était d’origine naturelle. L’objectif en 2030 est d’inverser ce rapport : 30% d’eau naturelle et 70% d’eau nouvelle, donc il faut augmenter les capacités de production de la région », fait valoir Josep Lluis Armentier-Ferrand.

    Il estime le coût -avec les usines de dessalement- à 2,5 milliards d’euros. De nouveaux projets sont d’ores et déjà sur les rails.

  • La saison d’été démarre au refuge du Clôt des vaches

    La saison d’été démarre au refuge du Clôt des vaches

    « Nous, c’est ça, notre bureau », lance Cédric Bertano, accompagnateur de montagne, en désignant les pics du Massif des Cerces baignant dans un soleil quasi estival. à ses côtés, des guides de montagne, des secouristes, des membres d’associations de randonneurs, du Club alpin, ainsi que des agents du Parc national des Écrins…

    Comme lui, une quarantaine de professionnels de la montagne sont venus, ce vendredi matin à 8h, pour une randonnée de deux heures, du Pont des Alpes jusqu’au refuge du Clôt des Vaches, à 2 250 m d’altitude, sur la commune du Monêtier-les-Bains (Hautes-Alpes). « C’est un événement que l’on fait à cette période depuis une dizaine d’années, pour rester en lien, se rencontrer et lancer la saison d’été », explique Cédric Bertano.

    Cette année, les organisateurs de l’événement ont choisi de mettre à l’honneur le récent refuge du Clôt des vaches, inauguré en janvier 2025. Un chalet de bois d’une capacité de 30 personnes, dont la construction, financée par l’État, la Région, le Département et la municipalité, a coûté 2 millions d’euros. Construit avec du bois local, de la forêt communale du Monêtier, et autosuffisant en énergie grâce à des panneaux solaires, le refuge a été pensé pour être respectueux de son environnement. « C’est le dernier né de nos refuges, savoure Jean-Marie Rey, maire du Monêtier-les-Bains, lorsque la délégation arrive au chalet. L’ouvrir en pleine saison hivernale, dans un espace protégé, ça a été un sacré challenge, mais la fréquentation est là. On est vraiment satisfaits du résultat. »

    La délégation est accueillie et servie par les deux gardiens du refuge, Estelle et Dimitri. « Nous, ça fait un an et demi qu’on a l’exploitation des refuges, on a fait deux hivers et on va faire un deuxième été. La fréquentation est en augmentation, le démarrage d’un refuge passe par sa notoriété, le bouche à oreille. L’aventure ne fait que commencer », se réjouit Estelle.

    Si l’hiver 2026 a vu les stations de neige des Hautes-Alpes enregistrer un recul de 3,5 points de fréquentation par rapport à l’année précédente, Yvan Chaix, directeur de l’agence de développement des Hautes-Alpes, met en avant les atouts du tourisme pour le département. « En 10 ans, le PIB des Hautes-Alpes a augmenté de 50%, et le tourisme représente 25% du PIB. C’est un moteur, le principal, mais pas le seul », analyse-t-il. Il rappelle également que l’offre touristique évolue, les stations étant de plus en plus dans la nécessité d’amorcer une transition vers les activités en dehors des sports de neige, en raison du dérèglement climatique.

    Conserver un refuge

    de montagne authentique

    Ce dynamisme des activités de montagne s’appuie notamment sur le réseau de 45 refuges du département, mis à l’honneur lors de cette journée de lancement de la saison d’été. Toutefois, si la fréquentation est un motif de satisfaction, l’objectif n’est pas de privilégier la quantité au détriment d’une certaine authenticité du lieu. « Notre volonté n’est pas d’en faire un outil promotionnel, mais de remettre le refuge dans son usage d’origine, avec de la sobriété. On ne propose pas de douche pour les randonneurs par exemple, on ne veut pas en faire un restaurant d’altitude ni un outil promotionnel », explique Elsa Loury, représentante de la Fédération française des Clubs alpins dans les Hautes-Alpes. Elle ajoute : « Et ça permet aussi de mélanger les publics. Dans une soirée en refuge, contrairement à un restaurant, on n’a pas de réseau de téléphone, on est obligés de s’ouvrir, de parler à son voisin. Et ça, on veut le conserver. »

  • Jean-Pierre Squillari plaide pour une meilleure gestion des feux

    Jean-Pierre Squillari plaide pour une meilleure gestion des feux

    Les sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône ont été sollicités pour 23 départs de feux, ce jeudi 11 juin. C’est dans ce contexte que Jean-Pierre Squillari, maire d’Aubagne (DVG) et ancien lieutenant-colonel des sapeurs-pompiers, alerte sur les « failles » du système de lutte contre les incendies.

    Le bilan de l’été 2025 est là pour rappeler l’ampleur du risque : 481 feux traités entre juin et août dans les Bouches-du-Rhône, 1 095 hectares brûlés, et un incendie aux Pennes-Mirabeau qui avait atteint les quartiers nord de Marseille, en juillet.

    Pour l’élu, ce dernier exemple illustre précisément les défaillances du système. « Le pompier sur place avait demandé des avions, l’état-major de zone l’a refusé. Et le feu est arrivé dans Marseille. C’est très grave », dénonce-t-il. Jean-Pierre Squillari va plus loin : « Ça veut dire que la personne dans son bureau pense mieux juger la situation que la personne sur le terrain. » Une critique directe de la chaîne de décision, qu’il juge déconnectée des réalités du terrain.

    S’adapter au calendrier

    En attendant les deux nouveaux Canadair commandés par l’État (lire notre édition du 5/06) « qui n’arriveront pas avant 2032 », le maire juge le dispositif actuel « insuffisant », plaidant pour des véhicules prépositionnés sur des points stratégiques et un débroussaillement rigoureux autour des habitations, « fait dans les règles », insiste-t-il.

    Car pour Jean-Pierre Squillari, la prévention prime sur la réaction : « Il faut s’adapter en fonction de la météo et des risques, et pas en fonction d’un calendrier », martèle-t-il. Selon lui, le risque ne s’arrête pas à l’été. « En 1973, j’ai participé à l’extinction d’un feu de 3 200 hectares dans le Var, le 4 décembre. L’hiver, les végétaux sont secs, sans sève, et s’il n’y a pas de pluies, mais par contre beaucoup de vents, il y a un risque sévère d’incendies. »

    De plus, l’élu relève une bataille budgétaire qu’il juge récurrente au sein du ministère de l’Intérieur, où les crédits sont partagés entre plusieurs corps. « La plupart reviennent presque toujours à la police. Je regrette que la profession de pompiers ne monte pas au créneau », déplore-t-il.

    Carmen Vollenweider