[Procès du triple narchomicide] Les accusés entre dénégations et dénonciations

Son interrogatoire arrivé, Amine Oualane se débarrasse d’une doudoune portée jusqu’à cette fin de journée. « Non, je ne reconnais pas les faits », persiste à répondre ce dernier, accoudé sur la vitre du box. « J’ai eu ma bouche fermée mais aujourd’hui je vais l’ouvrir », promet-il. La salle d’assises qui examine l’affaire dite du triple narchomicide, voit la tension monter d’un cran depuis quelques jours. Lundi, Ahmed Zakari Bensaci nommait le rôle présumé de chacun de ses quatre co-accusés dans cet assassinat. Le coup de tonnerre emboîtait le pas au passage des mères endeuillées des trois victimes : Brahim Chabane, grand frère d’Amine Kessaci, Réda Khaldi et Nassim Loubani. Leur dépouilles carbonisées étaient retrouvées en deux temps, six ans en arrière. Le corps de Nassim, démembré. Ces révélations étaient restées en suspend jusqu’à ce mercredi. Si Bensaci, davantage entouré de colosses cagoulés dans le box, s’était d’abord entêté à garder le silence face aux questions du président, il a fallu « tout reprendre à zéro » lorsqu’une demi-heure plus tard, ce dernier se résout à donner sa version de la nuit des faits.

« En garde à vue, j’ai rien dit du tout, devant le juge d’instruction j’ai essayé de ne rien dire, aujourd’hui, je brise ce silence », résumait Bensaci. « On vous a donné combien pour ça ? », s’agaçait Me Hugues Vigier, l’un des conseils de Karim Harrat. « Rien du tout, j’ai été payé en “t’inquiète“, comme on dit en marseillais », répond le concerné, sourire en coin.

« Jamais mis les pieds »

Oualane trouve, quant à lui, réponse à tout. Plus tôt dans la journée, des sonorisations de sa cellule, datées de 2021, sont diffusées. « Le 22 janvier 2021 […] vous discutez par la fenêtre avec d’autres détenus. Vous dites que vous vous savez cuit, que ça aurait un rapport avec les “petits fils de putes morts brûlés récemment” », relance le président. « Je parle de Kariba, Bensaci et Guilbert », répond Oualane. Le président insiste : « […] dis au Gros ils m’ont niqué, sûr ». « Parce qu’il y a la plaque sur la voiture ! » Référence à la Mercedes, qui aurait servi de convoi au commando présumé et louée à son nom. « Je serais fou d’aller tuer des gens avec [ce] véhicule », peste Oualane. Et Châteauneuf-lès-Martigues, où les victimes se seraient retrouvées dans un guet-apens ? « Jamais mis les pieds. » Il n’aurait pas de lien non plus avec des « gens de Dubaï », d’où l’exécution aurait été commanditée, comme il n’a « jamais été condamné pour trafic de stupéfiants avec Karim Harrat ! », se défend Amine Oualane.

Et les guerres de territoires ? « Plutôt des guerres où on arrive sur les points de stup et on braquait des sacoches […] on avait tout Marseille sur le dos on le savait », tente-t-il de relativiser. Au terme d’une longue journée, l’audience cristallisait toujours les tensions. « On est dans un dossier où il y a des gens qui ont été calcinés et démembrés ! », interpellait Amine Kessaci, depuis le banc des parties civiles… Amine Oualane lui, continuera d’être entendu vendredi.

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