Tag: assassinat

  • [Triple narchomicide] Aux assises, l’amnésie gagne les témoins

    [Triple narchomicide] Aux assises, l’amnésie gagne les témoins

    « Décidément, cette semaine, nous avons une génération perdue au niveau de la mémoire », s’est désolé l’avocat général, jeudi. Pendant près d’une heure, L., ex-compagne d’Amine Oualane, présenté comme un baron présumé de la DZ Mafia, a déposé à la barre par visioconférence. L’aide-soignante d’à peine 30 ans a été en couple, de 2018 à 2020, avec celui qui est présenté dans ce dossier comme le relais sur le terrain de Karim Harrat, supposé commanditaire des exécutions.

    Les deux hommes se tiennent toujours dans leur box sous haute surveillance, aux côtés de trois autres accusés. Tous les cinq sont accusés d’être derrière les assassinats brutaux de trois jeunes hommes, sur fond de règlement de comptes. Parmi eux figurait le grand frère d’Amine Kessaci, aujourd’hui figure de la lutte contre le narcotrafic.

    Dans le cadre de cette affaire, L. avait été placée en garde à vue, puis présentée à un juge d’instruction. L’un des rares faits dont elle dit se souvenir. « J’ai des pertes de mémoire. J’ai eu un choc par rapport à la mort de mon père », prévenait-elle dès son introduction. Silence dans la salle. Depuis plusieurs jours, les témoins appelés à la barre pèsent leurs mots, se murent dans le silence ou invoquent des trous de mémoire. Quelques « ah » – de déception ou d’ironie – remuent à peine l’assistance.

    Engoncée dans une doudoune noire, les cheveux longs et noirs, L. se contente d’écouter, sans ciller, les questions du président de la cour. « On était un couple ordinaire, parfois on se disputait. à part ça, je n’ai rien à dire », résume-t-elle, alors que son ancien compagnon est décrit dans le dossier comme particulièrement violent à son égard. En garde à vue, L. aurait fait part de cette brutalité à son encontre : un nez cassé, des coups lorsqu’elle le confronte sur la liaison qu’il mène avec son actuelle compagne… Une touffe de ses cheveux, vestige d’une énième scène de violence sur sa personne, avait même été découverte dans une Mercedes attribuée aux accusés.

    Le président tente de lui rafraîchir la mémoire. « Je ne me souviens pas », répète inlassablement la jeune femme. L’appel masqué d’un ami la menaçant et l’accusant d’être une « balance », responsable de l’interpellation d’Oualane ? « C’était peut-être des menaces, mais je ne me souviens plus », s’entête à répondre L.. « Vous parlez librement aujourd’hui ? », tente le président. « Oui. »

    Aucune réponse de fond ne viendra donc éclairer les débats, à l’image de ces derniers jours, qui ont vu défiler des témoins privés de mémoire. « Le point commun entre ces témoins pris d’amnésie : ils ont échappé in extremis à leur mise en accusation devant une cour d’assises ! », s’était agacée Me Inès Medioune, l’un des conseils d’Amine Oualane.

    « Plusieurs coups de feu »

    Un peu plus tôt dans la matinée, le visage barbu de Lamine Laribi, encadré de cheveux mi-longs, est apparu sur l’écran de la cour d’assises. Incarcéré à Vendin-le-Vieil dans le cadre d’un dossier de triple homicide survenu en 2011, il avait été cité comme témoin à la demande d’un des avocats de Karim Harrat. « Je suis en prison depuis 2012, ça fait que je suis déconnecté. Je suis étranger à cette histoire. »

    Un seul témoin semble avoir conservé une mémoire intacte : une habitante de Châteauneuf-les-Martigues, témoin d’une scène de guet-apens au cours de laquelle les victimes auraient été attaquées avant que leurs corps ne soient retrouvés, en deux temps, dans des véhicules incendiés. D’une voix claire, cette quinquagénaire raconte la nuit du 28 au 29 décembre. Seule dans son salon devant la télévision, elle est alertée par « plusieurs coups de feu », des « tirs en contrebas de chez moi ». Se rendant « discrètement » au balcon, elle dit apercevoir « deux voitures sombres » qui repartent « en trombe ». Le calme revenu, « dix minutes plus tard », elle descend sur les lieux. « J’ai senti tout de suite l’odeur de poudre », relate la riveraine, qui ajoute qu’en six ans, quelques « trous de mémoires » rendent moins précis son souvenir. Ce n’est que le lendemain matin, en découvrant un article de presse relatant la découverte des véhicules carbonisés, qu’elle fait le lien avec la scène observée la veille. à la lumière du jour, elle dit découvrir au sol des « tâches de sang » , des dents, et s’empresse d’alerter la police.

    Plusieurs questions demeurent pourtant en suspens à l’issue de cette audience. D’abord celle soulevée par l’avocate de l’accusé Zakaria Bensaci. « (Il) aimerait apporter des réponses à la témoin ! », assure Me Naïri Zadourian. Reste également l’interrogation formulée par Me Fabien Perez, conseil de Malik Kariba : pourquoi Nassim Loubani a-t-il été démembré après sa mort ? « Je vais te le dire moi, pourquoi il l’a fait ! Je vais te le dire ! », a alors lancé le père de la victime, qui avait témoigné la veille, brisant ainsi le train-train des débats.

  • [Maj] Marseille : un jeune homme de 21 ans abattu près d’un point de deal à Air Bel

    [Maj] Marseille : un jeune homme de 21 ans abattu près d’un point de deal à Air Bel

    Le commando qui a déboulé mardi soir vers 20h30, non loin du point de vente de stupéfiants d’Air Bel, cité du 11e arrondissement, n’a guère laissé de chance à ceux qui se trouvaient là. Touché au niveau de la cage thoracique et aux jambes par un tir d’arme de type kalachnikov, un jeune homme de 21 ans est décédé des suites de ses blessures dans le véhicule des marins-pompiers de Marseille, sur le trajet vers l’hôpital de la Timone.

    Deux personnes cagoulées étaient à la manœuvre, précise-t-on de source policière. L’une au volant de l’utilitaire, l’autre surgissant armée de la porte coulissante à l’arrière, et poursuivant ceux présents sur place. Le tireur a fait feu à plusieurs reprises sur la victime. Les agresseurs ont ensuite quitté les lieux et incendié leur véhicule quelques minutes après dans une impasse du quartier. Véhicule dont les policiers ont établi qu’il avait été volé, début octobre, dans le Var.

    Pas moins de sept douilles de calibre 7,62 mm et deux étuis ont été retrouvés par la police scientifique. Le parquet de Marseille a saisi la brigade criminelle de la DCOS (Division de la criminalité organisée et spécialisée) du SIPJ 13 pour « assassinat et tentative d’assassinat en bande organisée, association de malfaiteurs en vue de la commission d’un crime en bande organisée, acquisition transport et détention d’arme de catégorie A, destruction par moyen dangereux en bande organisée, recel de vol en bande organisée », nous indique-t-il.

    La victime était connue de la justice pour trafic de stupéfiants. Il s’agit du sixième narchomicide à Marseille depuis le début de l’année. En 2025, 16 personnes en lien avec le narcotrafic avaient trouvé la mort.

  • Aux assises, Amine Kessaci en quête de « réponses »

    Aux assises, Amine Kessaci en quête de « réponses »

    Sous le regard des tueurs présumés de son frère, Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic, a témoigné à la barre. Il a réclamé « des réponses » sur cet assassinat, se disant insatisfait des « condoléances » exprimées, au début du procès, par un accusé, Amine Oualane, considéré comme un chef de la DZ Mafia. Le témoignage du militant de 23 ans était l’un des plus attendus du procès, qui a débuté à Aix le 19 octobre, pour juger un triple assassinat dans lequel son frère Brahim, impliqué dans le narcotrafic, a été tué en décembre 2020.

    Le jeune homme, qui vit sous haute protection policière, a déposé sous le regard des cinq accusés. Leur profil justifie d’ailleurs un important dispositif de sécurité autour du tribunal et un centre-ville placé sous étroite surveillance. « Je voudrais dans un premier temps vous parler de Brahim, ce qu’il était pour moi, mon grand frère qui à la fois aimait sa famille et était conscient de ce qu’il faisait », a déclaré le jeune homme, également adjoint au maire de Marseille.

    Aujourd’hui étudiant en droit, Amine Kessaci se souvient de cet aîné qui lui disait « d’aller à l’école, de travailler, l’école était le seul moyen pour nous de sortir de notre cité et d’en sortir la tête haute ».

    Souvenir de sa voix

    Dans la fratrie élevée par une mère seule, Brahim, mort à 22 ans, était « celui qui protégeait ses frères, celui qui riait, celui qui me faisait rire ». « Cela fait six ans que Brahim a été assassiné et ce qui me manque le plus, c’est sa voix », a confié Amine Kessaci avant d’entamer le récit de la soirée du 28 au 29 décembre, la dernière où il a vu son aîné vivant.

    Le 29 décembre, deux corps calcinés sont retrouvés dans un véhicule incendié dans un tunnel autoroutier : il s’agit de Brahim Chabane et Réda Khaldi. Une semaine plus tard, un second véhicule incendié révèle le corps calciné et démembré de Nassim Loubani.

    Les circonstances de ces découvertes et leur extrême violence ont été longuement décrites ces derniers jours par un défilé d’experts. Les trois victimes, impliquées dans le trafic, s’étaient rendues à un guet-apens. Les enquêteurs l’ont rappelé : les victimes « connaissaient leurs assassins ». Le décès de Brahim, décrit par l’enquête comme un trafiquant ambitieux au point de gêner d’autres réseaux, a « détruit » sa famille, a raconté Amine Kessaci. Ce drame est aussi à l’origine de l’engagement qui a fait de lui une personnalité médiatique aujourd’hui menacée, déterminée à aider les familles victimes du narcotrafic. « J’ai fait une promesse à mon frère Brahim, celle que je ne me tairai pas […]. Car si nous ne parlons pas de nos vies dans ces quartiers, personne ne le raconterait. »

    Amine Kessaci assure ne pas chercher la confrontation avec Amine Oualane. Au premier jour d’audience, le militant avait assuré ne pas rechercher la « vengeance », mais la « justice ». L’accusé, détenu dans les prisons les plus sécurisées de France, nie toute implication dans le triple homicide. « Il comprend votre douleur, il comprend votre souffrance », a assuré Me Inès Medioune, l’un de ses avocats. En novembre 2025, la famille Kessaci a été endeuillée par un deuxième assassinat, celui du cadet de la fratrie, Mehdi, totalement étranger au trafic de drogue. Sa mort à 20 ans sous les balles d’un commando à moto, en plein jour, avait provoqué une onde de choc nationale. L’enquête en cours tient Amine Oualane comme une des pistes sérieuses dans cet assassinat.

  • Triple narchomicide : l’enquête passée au crible

    Triple narchomicide : l’enquête passée au crible

    « C’est d’une précision chirurgicale », souffle l’une des avocates de la partie civile. Depuis mercredi, la directrice de l’enquête dans le dossier du triple narchomicide fait face à la cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône, qui examine les circonstances de l’assassinat de trois jeunes hommes dont les corps ont été retrouvés en deux temps, fin 2020 et début 2021. Les dépouilles avaient été découvertes dans des véhicules incendiés. Parmi les victimes figure le demi-frère d’Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic et adjoint au maire de Marseille.

    Des heures durant, cet officier de police judiciaire, en tailleur noir impeccable et aux cheveux tirés, détaille les mois d’enquête qui ont permis d’identifier cinq accusés dans cette affaire d’assassinats brutaux sur fond de règlement de comptes. Tous nient les faits depuis leur box ultra-sécurisé.

    Témoignages, analyses téléphoniques, parcours détaillé de l’Audi des victimes ayant circulé en convoi avec une Mercedes affiliée aux auteurs présumés, permettant d’établir un lien entre les deux parties et identifiée sur les lieux d’un guet-apens à Châteauneuf-les-Martigues… Les éléments sont passés au crible. Racontée par l’enquêtrice à la barre, l’enquête retrace heure par heure les mouvements présumés des véhicules, des accusés et des victimes la veille et le jour des faits. Elle revient également sur les éléments retrouvés sur différents lieux liés au crime et sur les rôles supposés de chacun.

    Est notamment soulignée une « riposte armée des victimes », qui auraient tenté de se défendre lors du guet-apens de Châteauneuf-les-Martigues. « La situation a dégénéré » estime la directrice d’enquête. Si autant d’éléments viennent renforcer son exposé, c’est parce que les auteurs présumés « ne savaient pas » que les victimes étaient toutes trois dans le viseur des enquêteurs en raison de leurs liens avec le trafic de stupéfiants, explique-t-elle. La directrice d’enquête souligne également une rare « coopération qui s’est faite avec la police et les familles de victimes ».

    « Notre maximum »

    Dès mercredi soir, l’enquêtrice a fait face aux questions de la défense. Pas moins de sept avocats se sont succédé pour l’interroger. Le ton était monté lorsque ce même jour, Me Inès Medioune, l’un des conseils d’Amine Oualane, ironisait sur les risques « inconsidérés » qu’aurait pris son client, qui aurait loué la Mercedes sous un faux nom alors que nombre d’éléments permettraient de l’identifier. Le président avait alors annoncé une suspension d’audience. Au lendemain de cet échange tendu, ce jeudi, il a appelé, dès l’ouverture des débats, à « faire en sorte que les témoignages se passent dans de bonnes conditions ».

    À chaque question, interrogation ou contradiction soulevée par la défense, l’enquêtrice répond, quitte à se répéter. « Nous avons fait notre maximum en tant qu’enquêteurs », assure l’officier à la barre. Intervenant pour l’un des accusés, Me Chehid Selmi s’agace toutefois : « Vous avez des éléments et des additions d’éléments ne sont pas des preuves. Nos clients encourent la perpétuité ! » L’enquêtrice a poursuivi son audition jusque tard dans la soirée.

  • [Assassinat du demi-frère d’Amine Kessaci] Aux assises, les profils des accusés passés au crible

    [Assassinat du demi-frère d’Amine Kessaci] Aux assises, les profils des accusés passés au crible

    Deuxième jour d’audience et même ballet incessant de membres des forces de l’ordre cagoulés et de véhicules blindés. Le procès du triple narchomicide n’en est encore qu’à ses prémices. Durant trois semaines de débats, les magistrats devront examiner les circonstances de l’assassinat brutal de trois jeunes hommes.

    Parmi les victimes, le demi-frère d’Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic qui, après une première journée « éprouvante », a de nouveau pris place dans la salle d’audience, sous étroite protection. Face aux cinq accusés, il a assisté, ce mardi, à l’examen de leurs personnalités au fil des interventions d’experts, pour la plupart en visioconférence. Les rapports de personnalité et expertises psychologiques, voire psychiatriques, présentés à la cour ont parfois été réalisés dans le cadre de cette affaire de triple assassinat, parfois dans le cadre d’autres procédures. Pour rappel, les cinq accusés avaient nié en bloc, la veille, leur implication dans le triple assassinat.

    Déjà connus de la justice

    Leur lecture dessine, au fil des interventions, des trajectoires marquées par la délinquance, le trafic de stupéfiants et, dans ce dossier, une possible bascule vers des faits d’assassinat, dont ils restent présumés innocents. Mais aussi de « mettre un peu d’humanité dans un dossier qui, parfois, en manque », estime l’un des médecins. Les cinq accusés présentaient déjà de nombreuses mentions à leur casier judiciaire. Leurs parcours sont souvent marqués par la précarité, des « carences affectives » – une expression revenue à plusieurs reprises -, ainsi que par des scolarités difficiles…

    La journée a notamment permis de lever le voile sur la personnalité d’Amine Oualane, présenté comme un supposé cadre de la DZ Mafia. « à 9 ans, je volais des sandwichs, c’était pour manger », déclare-t-il au président alors que son parcours était examiné. Dans ce dossier, il est soupçonné d’être l’un des tueurs présumés et un relais de Karim Harrat, considéré comme la figure centrale du dossier, sur le terrain. Une première enquête de personnalité, évoquée la veille, décrivait une enfance dans les quartiers nord de Marseille, marquée par des violences intrafamiliales, l’absentéisme scolaire et une première incarcération à 18 ans. Une psychologue, qui l’avait examiné dans le cadre d’une autre procédure, n’avait relevé ni « maladie psychiatrique » ni « déficience intellectuelle ».

    Une psychiatre a ensuite rapporté des évocations régulières de « la crainte des représailles et du danger », décrivant un personnage « méfiant » avec une « faible tolérance à la frustration » et des « traits de personnalité antisociale ». Amine Oualane a profité de l’audience pour revenir sur son parcours, rappelant qu’il n’avait jamais été mis en examen dans un dossier lié au trafic de stupéfiants. Il a également affirmé vouloir désormais « voir [ses] enfants grandir ». L’accusé s’est toutefois montré agacé lorsque l’avocate générale l’a interrogé sur une autre affaire. « Je vous le dis, vous êtes déjà dans le conflit », a-t-il lancé.

    Autre personnalité longuement examinée : celle de Malik Kariba, accusé d’avoir dissimulé, voire démembré, l’une des victimes. Lors d’un entretien avec un psychologue en 2022, l’accusé avait affirmé « agir sur ordre ». « Sa vie était en jeu, il a agi par obligation », déroule l’expert. Des « capacités intellectuelles limitées » et un « retard mental moyen » sont aussi soulignées par ce même médecin. Une psychologue clinicienne, cette fois présente à la barre, a décrit un homme qui « n’a pas la capacité d’anticipation d’un grand manipulateur ». Malik Kariba racontera à cette experte ce qu’il a découvert, à 15 ans : « Ma mère a accouché de moi et m’a donné le nom d’une autre personne. » Une dernière intervention autour du profil de Malik Kariba doit avoir lieu ce mercredi. Les directeurs d’enquête pourront ensuite entamer leur passage à la barre.

  • Les accusés nient, la famille Kessaci attend justice

    Les accusés nient, la famille Kessaci attend justice

    Pour la deuxième fois cette année, les abords du palais Verdun sont placés sous haute sécurité. Dans les rues d’un centre-ville habituellement calme, forces de l’ordre, véhicules blindés et hélicoptères sont mobilisés. En cause : l’ouverture, ce lundi, du procès aux assises d’un triple assassinat emblématique du narcobanditisme marseillais.

    Le 29 décembre, un véhicule est retrouvé incendié dans un tunnel d’autoroute. Dans le coffre et sur le siège passager, deux corps calcinés, chacun une balle dans la tête : Réda Khaldi et Brahim Chabane. Quelques jours plus tard, le 6 janvier, un autre véhicule incendié est retrouvé. Dans le coffre, un troisième corps, calciné et démembré, celui de Nassim Loubani. Les trois victimes, connues pour leurs liens avec le trafic de drogue, n’avaient pas encore 30 ans au moment des faits.

    « Justice » après l’attente

    Parmi elles figurait Brahim Chabane, le demi-frère d’Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic et aujourd’hui adjoint au maire de Marseille. Ciblé par le narcobanditisme en raison de ses prises de position, Amine Kessaci vit sous protection policière. Une mesure renforcée après l’assassinat, en novembre dernier, de Mehdi, un autre de ses frères, alors âgé de 20 ans et totalement étranger au trafic de drogue. Sous protection policière renforcée, Amine Kessaci est arrivé au tribunal entouré d’agents cagoulés. Aux côtés de sa mère et d’autres proches des victimes, il a pris place sur le banc des parties civiles. à son arrivée, l’élu réaffirmait attendre « justice, après des années de combat ».

    Face à lui, cinq accusés comparaissent. Parmi eux, deux figures du narcobanditisme. Karim Harrat d’abord, alias « Rantanplan », déjà mis en cause dans plusieurs dossiers liés au narcotrafic. Un temps exilé à l’étranger, il est soupçonné d’avoir commandité plusieurs opérations criminelles, dont le triple assassinat jugé aujourd’hui. Mais aussi Amine Oualane, alias « Mamine », considéré comme l’un des cadres présumés de la DZ Mafia. Il est accusé d’avoir servi de relais opérationnel sur le terrain alors qu’il était en cavale. Les trois autres accusés, défavorablement connus de la justice, sont aussi poursuivis pour leur participation présumée à ce triple assassinat en bande organisée.

    Dans la presse, ces derniers jours, Amine Kessaci avait prévenu : il regardera les accusés en face. Bras croisés, le militant a soutenu le regard, notamment lors d’une lecture particulièrement lourde des faits, ponctuée de détails barbares. À l’époque, ce crime avait profondément marqué Marseille. Il apparaît aujourd’hui comme l’un des premiers symboles de l’escalade de violence attribuée à la montée en puissance de la DZ Mafia et des règlements de comptes qui touchent le sud de la France.

    Le président de la cour a rappelé que les victimes auraient été ciblées afin de « déstabiliser les équipes adverses » et parce qu’elles « perturbaient les forces en présence ». Dans le box, tous ont nié leur implication. Karim Harrat dit espérer « la vérité pour eux [les parties civiles, à qui il s’adresse] et pour moi ». Amine Oualane ira jusqu’à présenter des « condoléances s’ils les acceptent » aux familles.

    Les tensions se sont cristallisées autour d’une demande de Me Pierre-Olivier Sur, avocat des parties civiles. Celui-ci souhaitait verser aux débats un enregistrement capté dans la cellule d’Amine Oualane et dont des extraits avaient été révélés dans la presse. Une demande rejetée. Mais Amine Kessaci entend toutefois revenir sur cette question lors de l’audition des parties civiles. à l’issue de l’audience, l’élu évoquait « une journée rude. Il s’est passé des choses. Il y a eu un moment dans la surenchère de la violence, une surenchère de la menace ». Avant d’ajouter, tout en précisant ne pas vouloir faire de déclaration politique : « La narcocratie est en guerre contre la liberté d’expression. »

  • Projection et masterclass autour du film « L’abandon » à l’Hôtel de Région

    Projection et masterclass autour du film « L’abandon » à l’Hôtel de Région

    Le long-métrage retrace les jours ayant précédé l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty en octobre 2020. Initiée par la Région, cette séance s’inscrit dans une « démarche de démocratisation culturelle et de sensibilisation des jeunes aux enjeux citoyens ». Une masterclass avec le réalisateur est prévue à l’issue de la projection afin d’échanger autour de la liberté d’expression, de la laïcité et du respect de l’autre.

  • Une projection pour éclairer la minute de silence pour Samuel Paty

    Une projection pour éclairer la minute de silence pour Samuel Paty

    Le 16 octobre 2020, le professeur d’histoire géographie Samuel Paty était assassiné par un terroriste islamiste, non loin de son établissement à Conflans-Sainte-Honorine. Le Département des Bouches-du-Rhône a organisé ce lundi une projection de L’abandon, fiction documentée qui retrace les derniers jours de l’enseignant, signée Vincent Garenq, présentée hors compétition lors du Festival de Cannes 2026. « C’est important d’avoir des professeurs qui s’engagent pour le respect de la liberté » a souligné la présidente (DVD) du Département, Martine Vassal, en ouverture de la séance. « Cette semaine est un temps d’hommage aux deux grands serviteurs de la République Samuel Paty et Dominique Bernard » a appuyé Bruno Martin, secrétaire général de l’académie.

    300 élèves de 3e venus d’établissements divers, ainsi que leurs professeurs, se sont rassemblés au cinéma de la Joliette à Marseille, pour une séance autour de la laïcité et de la liberté d’expression.

    Rétablir les faits et tirer des enseignements

    « Peu d’élèves connaissaient réellement l’histoire de Samuel Paty », a observé Marion de Blaÿ, productrice du film L’abandon. Ce constat a d’abord motivé la création du film, puis sa diffusion auprès des publics scolaires. Un travail a été engagé avec des professeurs pour construire un dossier pédagogique visant à faciliter le travail avec les collégiens en amont. Après la projection, les collégiens ont questionné l’acteur principal du film, Antoine Reinartz, et sa productrice, Marion de Blaÿ. Une partie des interrogations ont porté sur la façon dont l’acteur s’est emparé du rôle : « Quel était votre ressenti en jouant Samuel Paty ? », « Comment avez-vous travaillé le rôle ? » « Avez-vous rencontré les élèves de monsieur Paty ? » D’autres élèves ont questionné l’équipe sur la réalisation du film : « Est-ce que vous avez présenté les faits réels ? », « Comment avez-vous trouvé toutes vos informations ? » « Vous avez fait vous-même votre enquête ? »

    Marie Delouze, déléguée académique à l’éducation artistique et à l’action culturelle du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, a tiré un bilan très positif de cette médiation. « C’est un travail très utile, on a beaucoup de témoignages d’élèves qui ne savaient pas exactement ce qu’il y avait derrière la minute de silence annuelle en hommage au professeur », a-t-elle ajouté, estimant que le film « incarne cette minute de silence ». « C’est une œuvre d’utilité publique », a-t-elle conclu.

  • L’ombre de Loïk Le Priol sur les hauteurs du Mont Faron

    L’ombre de Loïk Le Priol sur les hauteurs du Mont Faron

    Les échos de l’assassinat de l’ex-international argentin de rugby Federico Martín Aramburú, dans la nuit du 18 au 19 mars 2022, résonnent jusqu’au Var. C’est dans les oliveraies du domaine familial de l’Octopus, à Draguignan, que l’auteur des coups de feu mortels, Loïk Le Priol, s’était reconverti après son passage par l’armée, avant de rejoindre l’entreprise de retape de Jeeps anciennes de son père.

    C’est dans une annexe de cette même propriété familiale qu’il s’était immédiatement réfugié après la mort du rugbyman, là même où la police a retrouvé un véritable arsenal. Au milieu de la trajectoire du militant identitaire, cet héritage familial s’est invité aux assises de Paris, ce vendredi, au cinquième jour du procès de l’assassinat de Federico Martín Aramburú.

    « Tout ça à cause d’un putain de match de rugby, défendait le père de l’assassin présumé, Denis Le Priol, 63 ans. C’est une connerie ! Une connerie d’ivrognes à 6 heures du matin ! » Ancien para, l’entrepreneur varois qui témoignait à la barre était déjà une personnalité connue. Passionné de véhicules anciens et particulièrement des jeeps états-uniennes, qui ont « chassé le nazisme », il avait participé à deux saisons de l’émission Vintage mecanic, sur RMC. Une passion transmise, avec le même goût des armes, à son fils qui apparaît en 2022 dans un clip du rappeur Ninho au volant d’un véhicule militaire loué à son père. La nuit du 18 au 19 mars 2022, c’est à bord d’une Jeep que Loïk Le Priol rattrape Federico Martín Aramburú.

    Pour son père, l’amour des vieux véhicules militaires, qui défilent dans les différentes reconstitutions historiques dans toute la France à l’occasion des cérémonies de commémoration, est très lucratif. Son ancienne société de surplus américain, dont il a quitté la présidence en 2022, réalisait l’année précédente un résultat net de 624 000 euros. De quoi lui permettre de racheter, en novembre 2024, l’emblématique fort du Grand Saint-Antoine, sur les hauteurs du Mont Faron, pour 990 000 euros, dix ans après une première cession par le ministère des Armées. « Le Grand Saint-Antoine est l’un des seuls forts français, si ce n’est le seul, à avoir été libéré par des Résistants », racontait-il dans les colonnes de Var Matin, le 2 mai dernier, avant une première réouverture au public des lieux où il envisage d’aménager un musée dédié à ces véhicules militaires qu’il collectionne, ainsi qu’aux différents casques. Il parlait alors de solliciter la municipalité.

    Il a pourtant évolué loin des valeurs de la Résistance. Selon Libération, l’ex-para a frayé avec la Fédération d’action nationale et européenne, groupuscule néonazi qui avait scissionné d’Occident en 1966, avant d’être dissous par décret en 1980.

    « Loïk, raciste ? »

    à la barre ce vendredi, Denis Le Priol se présente simplement comme « chrétien ». Mais il prend la défense de son fils, ancien commando de marine au « parcours militaire fabuleux » et dont il conteste tout passif gudard. « Loïk, raciste ? ça m’étonnerait ! On est partis en Afrique forer des puits. Il a toujours été ouvert aux autres », assurait-il. Selon son témoignage, le père, qui pratique encore le tir sportif, n’a jamais vu son fils équipé d’armes au quotidien, mais s’était alarmé de son évolution au retour du Sahel : « J’avais l’impression de voir un chien de gardiennage, toujours aux aguets. » Lui qui présentait les excuses de sa famille à celle du rugbyman assassiné, se défendant de prendre la défense de son fils, n’en assurait pas moins : « S’il ne s’était pas défendu, c’est peut-être lui qui y serait passé. » Selon l’autopsie, deux des balles mortelles ont été tirées dans le dos.

  • [Entretien] Vincent Hérissé : « Le rapport de Marseille avec la drogue est ancien »

    [Entretien] Vincent Hérissé : « Le rapport de Marseille avec la drogue est ancien »

    La Marseillaise : Le trafic de drogue à Marseille a déjà été beaucoup traité. Pourquoi avoir décidé de faire un documentaire sur ce sujet ?

    Vincent Hérissé : L’idée, c’était aussi de décadrer le regard pour essayer de comprendre comment on en était arrivés là, en plongeant un petit peu dans le passé, en remontant à l’origine de tout ça. Il y a, effectivement, beaucoup de littérature et de reportages produits sur ce qui se passe aujourd’hui. Et moi, j’avais envie un petit peu de comprendre comment Marseille est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. De fil en aiguille, je suis remonté jusqu’au début du XXe siècle, donc dans les années 1920, qui sont, on va dire, le point de départ de la présence de la drogue à Marseille. L’intention de la série c’était aussi de faire une sorte de portrait de Marseille, mais vue au travers de ce prisme, de la présence de la drogue dans la ville.

    Et aussi de rappeler que la violence que l’on connaît aujourd’hui a déjà existé dans
    le passé
     ?

    V.H. : Absolument. Quand j’ai commencé à creuser le sujet, je me suis rendu compte que l’année 2023 a été une année paroxysmique au niveau de la violence. Mais je me suis aussi rendu compte que Marseille avait déjà connu des périodes d’extrême violence en lien avec le trafic de drogue : les années 80. Dans la série, il y a donc un épisode consacré à ces années, où on est sortis de la French Connection [réseau d’exportation d’héroïne vers les États-Unis. ndlr]. On a déclaré qu’on avait gagné la guerre contre la drogue et qu’on avait réussi à battre ce réseau, mais ce n’était pas tout à fait vrai. Au début des années 80, il y a l’assassinat du juge Michel à Marseille par un groupe de trafiquants, car il avait commencé à nouveau à découvrir et démanteler plusieurs laboratoires d’héroïne. C’était la preuve que le trafic continuait et qu’il s’était réorganisé. Et ces années ont été terribles. Notamment en 1986, où il n’y a eu qu’un mort de moins que lors de l’année 2023. Donc on se rend compte que ce qui a été terrible il y a quelques années, Marseille l’avait déjà connu par le passé, mais l’a relativement oublié. Les gens ne se souviennent pas de cette période qui a été extrêmement violente avec déjà des victimes collatérales.

    Pourquoi c’était important de faire ce retour dans le passé ?

    V.H. : Je trouvais ça intéressant de raconter que le narcotrafic n’est pas né comme ça spontanément, de rien. Le rapport de Marseille avec la drogue, il est ancien. Il s’explique par un tas de choses. Le port colonial d’abord, puis les différentes vagues de migration de communautés très pauvres notamment les Corses, et les Italiens du Sud. Et enfin, le trafic commercial qui était très important au début du siècle et après la guerre. Ces éléments expliquent pourquoi Marseille a tenu cette place si importante dans le trafic de drogue, notamment au moment de la French connection. Mais c’est aussi ce qui explique, comment ce trafic s’est développé. C’est cette histoire que je trouvais importante à raconter pour arriver à comprendre comment on en arrive à cette situation sidérante.

    Une situation qui aurait été
    sous-estimée
     ?

    V.H. : C’est ce que l’on montre dans les deux derniers épisodes. Elle a été volontairement sous-estimée, tolérée, on peut le dire comme ça, pendant très longtemps. Jusqu’à ce que ça explose quand il y a eu des morts. Lorsqu’en 2010 deux adolescents sont rafalés sur un point de deal, dont un jeune de 15 ans qui en est mort et un gamin de 11 ans qui en réchappe. D’un seul coup, tout le monde se précipite sur Marseille et on semble découvrir qu’il y a un problème. Sauf qu’à ce moment-là, c’est déjà trop tard, le trafic est trop ancré, et ça génère déjà énormément d’argent.