Tag: assassinat

  • Sonia Bellina : l’enquête avance, la haine misogyne éclate

    Sonia Bellina : l’enquête avance, la haine misogyne éclate

    Le 21 août, l’enquête sur la mort de Sonia Bellina a franchi une étape décisive. Un homme de 32 ans, domicilié dans le Gard, a été mis en examen pour « assassinat » et placé en détention provisoire. Le suspect, présumé innocent, a reconnu avoir rencontré la jeune femme la veille et la nuit des faits dans le cadre d’une relation tarifée, mais n’a pas reconnu l’avoir tuée et a exercé son droit au silence. Selon le parquet, plusieurs éléments laissent penser qu’il aurait été son dernier contact.

    Déjà condamné pour violences conjugales en 2023, il portait un bracelet anti-rapprochement destiné à protéger son ex-compagne. Un second homme, placé en garde à vue, a été remis en liberté et mis hors de cause à ce stade. Pour rappel, le corps de Sonia Bellina, 29 ans, avait été découvert le 12 août partiellement carbonisé dans des vignes à Saint-Gilles. Son identité a été confirmée une semaine plus tard par ADN. L’information judiciaire doit désormais préciser le déroulement et le mobile du crime.

    La misogynie

    jusque dans la mort

    Si la justice retient à ce stade la qualification d’« assassinat  », plusieurs associations et responsables politiques parlent déjà de féminicide. Le mobile misogyne n’est pas établi par l’enquête. Mais la misogynie s’est manifestée avec violence après sa mort : commentaires sur son corps, sa vie privée ou encore son activité supposée d’escort-girl, jusqu’à des messages affirmant qu’elle aurait « mérité » son sort. Une mécanique bien connue des associations féministes : disséquer une vie et des choix pour chercher à expliquer, relativiser voire excuser la violence subie.

    Sa famille, par la voix de son avocat Me M. Battikha, a dénoncé une « double peine » et annoncé vouloir poursuivre les auteurs de ces publications. Au-delà de l’enquête, l’affaire Sonia Bellina met une nouvelle fois en lumière la persistance d’une culture de culpabilisation des femmes victimes de violences, jusque dans la mort.

    « Un féminicide supplémentaire »

    La section nîmoise du PCF indique dans un communiqué son « horreur » après l’assassinat de Sonia Bellina et adresse ses condoléances à sa famille. Pour son secrétaire Jacques Chabalier, ce crime constitue « un féminicide supplémentaire » et rappelle l’urgence de faire des violences faites aux femmes une priorité nationale. Le parti dénonce aussi les « logiques masculinistes » et les propos misogynes diffusés depuis la mort de la jeune femme sur les réseaux sociaux, appelant à des plaintes et des condamnations. A.J.

  • « Tic », chef présumé de la DZ Mafia, interpellé

    « Tic », chef présumé de la DZ Mafia, interpellé

    Le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, a confirmé hier l’arrestation le 20 juillet en Algérie de Mehdi Laribi, 36 ans, présenté comme un des chefs et fondateurs du gang marseillais, DZ Mafia.

    Originaire de la cité Bassens dans les quartiers nord, le Franco-Algérien a été arrêté sur exécution d’un mandat d’arrêt des juges d’instruction en charge du dossier « Octopus » ouvert à la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille. Le 9 mars 2026, une vaste opération avec 1 000 militaires de la Gendarmerie nationale avait permis l’interpellation de 43 individus soupçonnés d’occuper un rôle important au sein de la « DZ mafia »

    Mehdi Laribi, 36 ans, est suspecté d’être un des patrons de la DZ Mafia. La qualification pénale de « direction ou organisation d’un groupement ayant pour objet une activité illicite liée aux stupéfiants » est un crime passible en France de la réclusion criminelle à perpétuité et de 7,5 millions d’euros d’amende.

    Mehdi Laribi, alias « Tic », n’a toutefois pas été placé en détention provisoire. Il est sous contrôle judiciaire des autorités algériennes, ce qui relativise beaucoup l’annonce triomphaliste du garde des Sceaux Gérald Darmanin qui a aussitôt salué sur X l’arrestation de celui qu’il regarde comme « une cible prioritaire de la justice française dans la lutte contre la drogue et la criminalité organisée » et a remercié les « autorités algériennes pour cette avancée et cette coopération ».

    « Petit, j’étais rachitique »

    Ce n’est pas demain ni même dans quelques mois qu’on assistera à la remise de l’individu recherché par la France et à sa descente d’avion sur le tarmac d’un aéroport français. L’Algérie n’extradant pas ses nationaux, il faudrait que la justice algérienne s’empare des poursuites françaises. Autant dire que le verrou relève de la diplomatie. Son placement sous contrôle judiciaire – dont les obligations ne sont d’ailleurs pas connues – ne semble pas orienter dans cette direction. Le même obstacle a profité à Mohamed Djeha, alias Mimo, 44 ans, chef du réseau de la Castellane, sous contumace d’une peine de 30 ans de réclusion. Arrêté en juin 2023 près d’Oran, il avait alors été placé en détention provisoire. Le dossier « Trident » a depuis viré au fiasco.

    Mehdi Laribi est regardé comme un des membres du « triumvirat » qui dirige la DZ Mafia avec Amine Oualane et Gabriel Ory, actuellement détenus dans des prisons de haute sécurité. Il avait été condamné fin 2015 à 25 ans de réclusion pour un triple assassinat en bande organisée à Bassens. « On vous appelle Tic ? » s’était étonné le président de la cour d’assises d’Aix-en-Provence où il répondait avec son frère d’un triple « barbecue ». « Oui parce que petit j’étais rachitique » avait répondu Mehdi Laribi. Son palmarès pénal était déjà chargé quand ado il avait joué un second rôle sous le nom de « Rachitique » dans « Khamsa », le film du réalisateur Karim Dridi tourné à Marseille en 2007. À la juge d’instruction d’alors, il avait répondu : « J’ai fait connerie sur connerie mais madame je ne suis pas un tueur, j’ai vraiment honte quand on m’accuse de ça, je ne suis pas un caïd, je veux juste être un petit jeune comme tout le monde ».

  • Jaurès, une pensée libre assassinée il y a 112 ans

    Jaurès, une pensée libre assassinée il y a 112 ans

    Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès est assassiné par un nationaliste. Il est la première victime de la guerre. Son enterrement, le 4 août, coïncide avec le début du conflit.

    La pensée de Jaurès était éminemment libre, toujours en mouvement, liée intimement à l’action politique, mais aussi à la recherche historique et philosophique.

    Alors que les calomnies les plus infâmes de la réaction ont justifié par avance, sinon armé, le bras de son assassin, des hommes et femmes politiques de droite et d’extrême droite aujourd’hui, héritiers de cette réaction et falsificateurs de l’histoire osent se réclamer de Jaurès, sans la moindre vergogne.

    Collaborateur

    de la Dépêche

    Né le 3 septembre 1859, à Castres dans le Tarn, ce brillant élève du lycée de la ville est reçu premier à l’ENS de la rue d’Ulm, puis troisième à l’agrégation de philosophie. Il enseigne d’abord au lycée d’Albi, ensuite à la Faculté de Toulouse. Élu député en 1885, il fait partie des républicains qui soutiennent la politique des gouvernants de l’époque, notamment celle de Jules Ferry.

    Docteur ès lettres en 1892, il continue son activité politique évoluant dans la mouvance radicale-socialiste. Il est aussi un collaborateur régulier de La Dépêche de Toulouse future Dépêche du Midi.

    Aussi conseiller municipal de Toulouse, puis rapidement maire adjoint à l’instruction publique. Il écrit dans La Dépêche le 4 juin 1892 dans le contexte de l’affaire Dreyfus, « c’est qu’au fond, il n’y a qu’une seule race, l’humanité ». Ses mots résonnent dans la France de 2026.

    Les grèves des mineurs de Carmaux de 1892 à 1895 vont le voir s’engager résolument de leur côté. Il comprend alors que le prolétariat comme classe a en mains la clé du devenir de l’humanité ; il est la force sociale fondamentale capable de briser le système de la propriété privée des moyens de production, le système capitaliste. La classe ouvrière est la seule classe qui n’a aucun intérêt distinct de celui de la société globale, en conséquence, elle est la classe porteuse de l’avenir.

    Libre penseur et fort de sa vaste culture il connaît l’histoire et le rôle joué par l’Église au travers des siècles. C’est dans ce contexte qu’il a lutté contre l’obscurantisme, défendu l’émancipation et œuvré pour l’élaboration et le vote de la loi de séparation entre les Églises et l’État.

    Fondateur de l’Humanité

    En 1904, Jean Jaurès est l’un des fondateurs du quotidien L’Humanité. Et le rôle de ce quotidien est capital dans cette période. Le journal est de toutes les luttes. Il dénonce la catastrophe de Courrières et soutient les revendications ouvrières, tente d’arracher la France au « guêpier marocain » et surtout se dresse contre le péril de la guerre. Le 31 juillet, dans son ultime éditorial, Jaurès écrit : « C’est à l’intelligence du peuple, c’est à sa pensée que nous devons aujourd’hui faire appel si nous voulons qu’il puisse rester maître du sol, refouler les paniques, dominer les événements et surveiller la marche des hommes et des choses pour écarter de la race humaine l’horreur de la guerre ».

    Jaurès, symbole

    du pacifisme

    « Ils ont tué Jaurès »

    Jean Jaurès aura lutté contre la guerre les dix dernières années de sa vie. « Le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage » disait-il. Il s’oppose notamment à la loi des Trois ans qui veut augmenter la durée du service militaire de 2 à 3 ans pour préparer l’armée française à une guerre avec l’Allemagne. Mais elle sera adoptée malgré son discours devant 150 000 personnes le 25 mai au Pré Saint-Gervais donnant lieu à la célèbre photo de Maurice-Louis Branger. Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès est assassiné. La mort de la figure emblématique du pacifisme a été suivi du ralliement de la gauche française à « l’union sacrée ».

  • Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Quatre autres suspects ont été interpellés, ce mardi 30 juin, dans l’enquête sur l’assassinat à Marseille de Mehdi Kessaci, 20 ans, dont le frère Amine est une figure de la lutte contre le narcotrafic, ont indiqué, mercredi, une source policière et une autre source proche du dossier, confirmant une information du Parisien.

    Fin mars, six personnes, cinq hommes et une femme, avaient déjà été mises en examen dans l’enquête sur la mort du jeune homme de 20 ans, totalement étranger au trafic et inconnu de la police comme de la justice, tué de plusieurs balles, en plein après-midi à Marseille, le 13 novembre 2025.

    Trois des suspects sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la logistique, en ayant participé à l’organisation ou aux actes commis après les faits, selon la source proche.

    Le quatrième, d’après la même source, aurait été engagé comme tireur pour une opération la veille, qui n’a finalement pas eu lieu. Ce dernier est présenté comme un exécutant de la DZ Mafia, précise Le Parisien.

    L’assassinat de Mehdi Kessaci avait provoqué une onde de choc, le ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, évoquant d’emblée un meurtre « d’avertissement ». S’en était suivie une vaste marche blanche d’hommage au jeune homme, à Marseille et un peu partout en France, à l’appel de l’association Conscience, fondée par Amine Kessaci, pour venir en aide aux familles victimes du narcotrafic.

    Une exécution menée

    par la DZ Mafia ?

    Les enquêteurs de la police judiciaire et de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), qui voient dans ce meurtre la main de la DZ Mafia, gang marseillais de narcotrafiquants, sont parvenus à déterminer que les tueurs s’étaient « trompés de cible » et qu’ils visaient Amine Kessaci.

    Militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic, Amine Kessaci (EELV) est devenu depuis 4e adjoint au maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), à l’issue des élections municipales fin mars.

    L’information judiciaire sur la mort de Mehdi Kessaci a été confiée à des juges d’instruction parisiens et suivie par le Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco).

    Le narcobanditisme a coûté la vie à 17 personnes en 2025 à Marseille, selon les autorités, un chiffre en baisse par rapport aux précédentes années (24 morts en 2024 après le record de 2023 avec 49 morts liés à une guerre des gangs pour le contrôle des points de deal dans les Bouches-du-Rhône).

    Pour Amine Kessaci, le combat continue. « Je pense que ce vécu, cette histoire personnelle, viennent raconter que dans ce pays, on a voulu regarder ailleurs. On a regardé ce qu’il se passait au Mexique, en Italie et pendant ce temps-là, on n’a pas vu que le monstre était en train de s’éveiller et de grossir dans notre pays », indiquait le jeune élu dans nos colonnes, fin mai. Favorable aux prisons de sécurité mises en place par Gérald Darmanin, ministre de la Justice, il s’est aussi engagé à travailler en profondeur sur la prévention avec la Ville, et également à apporter un soutien aux familles de victimes, dans le cadre d’un comité inter-bailleurs, en tant que président de Marseille Habitat, pour les reloger.

    « Au-delà de nous voler nos vies, les narcotrafiquants viennent voler un des pouvoirs de l’école de la République : faire rêver, dessiner des perspectives d’avenir », estimait Amine Kessaci, bien décidé à agir pour y parvenir.

  • Cinq ans après, un nouvel hommage à Éric Masson

    Cinq ans après, un nouvel hommage à Éric Masson

    Le 5 mai 2021, Éric Masson, brigadier de police de 36 ans, était tué lors d’une opération de contrôle sur un point de deal, rue Râteau, dans le centre-ville d’Avignon. Depuis, chaque année, sa mémoire est honorée. Cinq ans après, une cérémonie était donc organisée, ce mardi en fin de matinée, sur le parvis du commissariat d’Avignon, où travaillait ce père de deux petites filles.

    L’une d’entre elles était présente, aux côtés de sa veuve et de son père, lui aussi ex-policier. Une cérémonie sans discours, avec passage en revue des troupes et Marseillaise a cappella, mais pas sans émotion. « On n’oublie jamais nos morts, son décès a marqué la police nationale, on accompagne sa famille et ses collègues », confie Virginie Brunner, directrice générale adjointe de la police nationale, qui avait le déplacement depuis Paris. Éric Masson figure parmi les 8 « victimes du devoir » recensées à Avignon. « C’est important de garder sa mémoire, cela rappelle que les policiers risquent leur vie », souligne le préfet Thierry Suquet, qui a déposé une gerbe.

    Comme Cécile Helle avant lui, Olivier Galzi était aussi de la cérémonie. « C’est très symbolique que mon premier dépôt de gerbe se fasse à sa mémoire », note le nouveau maire (DVD) qui s’est dit « triste et inquiet » lorsque le drame est survenu en 2021, d’autant que lors de l’assassinat d’Éric Masson, « son épouse travaillait chez Edeis quand j’en étais le vice-président ». « Sa mort est le symbole d’une police dédiée à la sécurité de notre ville, mais aussi celui d’un narcotrafic qui a commencé à gangrener notre ville », estime Olivier Galzi alors que, ce lundi soir, un mineur de 17 ans a été abattu à Monclar sur fond présumé de trafic de drogue (lire page suivante).

    Il y a cinq ans, Éric Masson, pensant intervenir pour une bagarre, était tombé sur une transaction de drogue. Au moment du contrôle, Ilias Akoudad avait alors tiré par deux fois mortellement sur le policier. En mars 2024, il avait été reconnu coupable de meurtre sur une personne dépositaire de l’ordre public, et condamné à 30 ans de prison dont 20 ans avec sûreté. L’an dernier, la Ville d’Avignon avait inauguré un square à la mémoire du policier, rue Râteau. Sa mémoire est également honorée cette année puisque les promotions d’écoles de gardien de la paix portent son nom. En juin prochain, le nouveau bateau de l’unité nautique de la police de Marseille sera également baptisé du nom d’Éric-Masson.

  • Double assassinat de Bastia-Poretta : l’affaire rejugée à la Cour d’appel

    Double assassinat de Bastia-Poretta : l’affaire rejugée à la Cour d’appel

    Ils seront onze accusés dont neuf détenus à comparaître en appel, devant la Cour d’Assises des Bouches-du-Rhône. Contre quinze en première instance, dont une surveillante pénitentiaire. Son histoire avait en partie inspiré le film Borgo (Stéphane Demoustier, 2023). Treize d’entre eux avaient été reconnus coupables. Dès ce lundi, et jusqu’au vendredi 3 juillet selon le calendrier, les débats autour du double assassinat de l’aéroport Bastia Poretta, survenu le 5 décembre 2017, sont relancés. Ce jour-là, deux figures du grand banditisme corse, Jean-Luc Codacciono et Antoine Quilichini, dit « Tony le Boucher », sont ciblés par des tirs sur le parking de l’aéroport sur fond de « de guerre entre clans rivaux ». Le premier succombe à ses blessures à l’hôpital, quelques jours plus tard, le second décède sur le coup. En toile de fond de ces assassinats, une vendetta menée pour venger les fondateurs du gang de la « Brise de Mer ». À l’issue d’un chaotique procès en première instance, finalement arrivé à son terme sans personne dans le box, les peines prononcées à l’encontre des accusés allaient de 30 ans de réclusion criminelle (avec une période de sûreté de 20 ans) pour Christophe Guazzelli, considéré comme principal meneur du projet, à l’acquittement. Son frère, Richard Guazzelli, avait lui été condamné à 25 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de 16 ans. E.B-G.

  • Jusqu’à 18 mois ferme pour avoir terrorisé les salariés d’Orange

    Jusqu’à 18 mois ferme pour avoir terrorisé les salariés d’Orange

    Vite identifiés, ces amateurs âgés de 19 à 21 ans, au casier vierge, ont reconnu avoir été payés pour en réalité déstabiliser un point de deal voisin. L’onde de panique au sein d’Orange et l’importante médiatisation ont provoqué le départ définitif de 90% des salariés du siège.

    « On ne vous demande pas de nom. On a compris que vous avez peur de représailles », les rassure le président Bonnifay. « Au départ, on nous a contactés pour péter une vitre. Moi, je filmais, mais le commanditaire nous a dit que c’était pas sérieux, qu’il fallait tirer », explique l’un des prévenus, Saliou, grand sénégalais de 21 ans, accusé avec les autres de dégradation et d’association de malfaiteurs. Il écopera de 3 ans de prison, dont 15 mois ferme, avec maintien en détention.

    « C’était l’aventure sous adrénaline »

    « On a été immatures », se repend Abou, 20 ans, vendeur à Plan de Campagne en fin de CDD. Il indique avoir répondu à une annonce sur Snapchat. « C’était l’aventure sous adrénaline. Au départ, c’était pour 2 000 euros. On s’est fait embobiner quand il a offert 1 000 euros de plus, on s’est dit “pourquoi pas ?” »
    « Et pour un zéro de plus, vous tuez quelqu’un ? », lance le président. « Non, ma mère m’a très bien éduqué ».
    – « C’est pas la DZ Mafia, qui tue partout où elle passe, qui vous a payés ? », tente la procureure. « Je ne veux rien savoir du commanditaire », se referme aussitôt le minot, payé au final 300 euros et coffré depuis à Luynes. Il écopera de 3 ans de prison, dont 18 mois ferme.

    Sur son téléphone, des annonces questionnent : « DZNG recrute sicario, mission enlèvement », « Cherche pilote au plus vite », « Cherche shooter bien bien payé. Pas de blabla, venez en DM », « Rabatteur 80 euros, secteur la Savine, Saint Loup même prix », « Poste charbonneur 300 euros », « Mission sicario dodo, 20 000 euros, tenue, arme fournies, itinéraire sera donné, contactez si prêt à bouger »… « Mission Dodo, c’est un assassinat vu le prix ! », lance un juge assesseur. « C’est vraiment un malentendu, j’ai cliqué sur un lien, j’ai rien à voir avec DZ Mafia ni aucun groupe. »

    « Les contrats sont de plus en plus confiés à de jeunes immatures », rappelle la procureure, Agnès Rostoker, devant ces « trois exécutants zélés d’une mission confiée par le crime organisé pour terroriser une société ». « Qui peut ignorer les cadavres semés par la DZ Mafia ?! Le motif le plus profond, ce n’est pas l’argent, mais leur fascination pour une organisation de tueurs et de psychopathes, leur adhésion profonde à des contre valeurs malsaines. » Pour avoir « fait le jeu d’une organisation criminelle qui pourrit notre société, la peine doit être exemplaire », annonce le ministère public, qui requiert cinq ans de prison, dont trois ferme, contre les deux premiers et deux ans, dont un ferme aménageable, contre le copain qui les a véhiculés.

    « Au départ, c’est une virée entre copains qui zonent le 31 décembre et boivent des Capri Sun à 1,30 euro », plaide Me Samir Bouchama pour le chauffeur relaxé pour association de malfaiteurs, mais condamné à un an avec sursis. « C’est un énorme gâchis, plaide Me Samuel Katz pour Saliou. Vous n’avez aucun élément qui oriente sur DZ Mafia. On donne en pâture ces trois-là à votre juridiction pour complaire. On se contente du menu fretin qu’on vous demande de broyer. Mais ce sont des pieds nickelés qui venaient casser quelques vitres. Ce ne sont pas des cramés, ils ont un avenir. »

    « C’est des minots qui ont fait n’importe quoi et qui viennent la tête basse. C’est pas si grave que ça, même si DZ Mafia a peut-être tiré les ficelles », plaide Me Bruce Blanc pour Abou.

    Constitué partie civile, la CFE-CGC d’Orange obtient un euro symbolique. Le syndicat majoritaire a rappelé que « le siège de Saint-Mauront ne peut plus recevoir de salariés parce que la peur est là ». Le groupe Orange, présent, a dit « le traumatisme des salariés pour leur siège victime de tirs à l’arme lourde ». Il obtient un renvoi au 19 mars 2027 pour l’indemnisation.

  • Dix interpellations dans l’exécution de Mehdi Kessaci

    Dix interpellations dans l’exécution de Mehdi Kessaci

    Quatre mois après l’assassinat de Medhi Kassaci, l’enquête a connu un développement majeur, lundi matin, avec l’interpellation dans la région marseillaise et dans l’Hérault de dix individus, 8 hommes et 2 femmes, a indiqué le parquet national anticriminalité organisée (PNACO), confirmant une information du Parisien.

    Frère d’Amine Kessaci, militant écologiste engagé contre le narcotrafic et élu dimanche sur la liste victorieuse de Benoît Payan, Mehdi, 20 ans, a été abattu le 13 novembre 2025 par un commando à moto alors devant la pharmacie du rond-point Claudie d’Arcy (4e). Inconnu de la police et de la justice, son assassinat avait été vite interprété par le procureur de la République, Nicolas Bessone, comme pouvant s’agir d’un crime d’intimidation, alors que son demi-frère, Brahim, 22 ans, impliqué dans le narcotrafic, avait été tué fin 2020 dans un règlement de compte.

    La mort de Mehdi Kessaci avait provoqué une onde de choc à Marseille, obligeant le gouvernement à promettre une lutte sans merci contre le narcobanditisme et en particulier la DZ Mafia. « C’est la victoire de mon petit frère Mehdi », a dit dimanche soir Amine Kessaci, sitôt élu et qui vit depuis sous escorte et porte un gilet pare-balles.

    C’est d’ailleurs ce lundi que c’est ouvert devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence (lire ci-dessus) le procès de deux chefs présumés de la DZ Mafia pour un double assassinat en 2019, avant la naissance du groupe criminel. Un des accusés, Amine Oualane, est présenté comme une des pistes dans l’assassinat de Mehdi Kessaci, selon Le Monde et l’AFP.

  • Premier pas des eurodéputés contre le narcotrafic

    Premier pas des eurodéputés contre le narcotrafic

    À 442 voix pour et 202 contre, le Parlement européen a adopté ce mardi une résolution portée par l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint, visant à une réponse européenne ambitieuse et coordonnée face à l’essor du narcotrafic, à la suite de l’assassinat de Mehdi Kessaci à Marseille. « Victoire. Au Parlement européen, une résolution contre le narcotrafic vient d’être votée. Elle arrive après le décès de mon petit frère Mehdi. Et elle devient une réponse de l’Europe face à ce fléau qui ravage nos quartiers et brise des vies », écrit Amine Kessaci dans un message posté sur les réseaux sociaux mardi. Le militant anti narcotrafic avait été reçu en décembre dernier par la présidente de l’institution européenne. Une minute de silence en hommage à Mehdi Kessaci avait été observée par les eurodéputés le 24 novembre dernier, onze jours après son assassinat.

    Le texte de Marie Toussaint a été voté à une large majorité par des élus de tous bords, de la gauche représentée par les groupes The Left, S&D (Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen) et les Verts, à la droite du PPE (Parti populaire européen) en passant par les centristes de Renew. L’extrême droite s’y est opposée.

    « Avec cette résolution, le Parlement européen pose une première pierre essentielle dans la lutte contre le narcotrafic. Nous affirmons clairement que l’Europe ne peut plus rester spectatrice face à des réseaux criminels qui tuent, intimident et menacent nos démocraties. C’est le point de départ d’une action européenne plus ferme, plus juste et plus solidaire », réagit l’eurodéputée écologiste, proche d’Amine, qui avait participé à la marche blanche en hommage à Mehdi à Marseille.

  • [Rétrospective 2025] Extrême droite, toujours haineuse

    [Rétrospective 2025] Extrême droite, toujours haineuse

    Hichem Miraoui, nouvelle victime du racisme

    Samedi 31 mai 2025, 22h30. Hichem Miraoui, coiffeur immigré tunisien âgé de 45 ans et domicilié depuis plusieurs années à Puget-sur-Argens, est en visioconférence avec sa famille restée au pays. Ils ne le savent pas encore, mais ce sont les derniers mots qu’ils échangent. Dans quelques secondes, le racisme va une nouvelle fois tuer, un mois après l’assassinat d’Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard.

    Et le racisme a un nom : Christophe Belgembe, 53 ans, voisin d’Hichem Miraoui, qu’il insultait et menaçait régulièrement de mort. Ce soir-là, il se rend chez lui et l’abat de cinq balles. Un geste qui semble prémédité : témoins et proches affirment que le meurtrier était animé d’une haine marquée envers les immigrés, en particulier les musulmans, qu’il partageait ouvertement sur les réseaux sociaux. Il y affirmait aussi, régulièrement sa sympathie pour le Rassemblement national. Et son comportement ce soir-là ne laisse aucune place au doute : avant sa cavalcade meurtrière, Belgembe tire un coup de feu dans son domicile et profère des menaces racistes dans une vidéo publiée sur les réseaux. Après son passage à l’acte, il en publie une autre, dans laquelle il affirme vouloir « que la peur change de camp », dans un amalgame aussi raciste que paranoïaque.

    Des réactions officielles qui se sont fait attendre

    Sa compagne, qui a prévenu la police, affirme également qu’il ne supportait pas la présence de tous les travailleurs étrangers de son quartier. Preuve par l’acte : après avoir tué Hichem Miraoui, il s’en prend à d’autres immigrés, dont Afik B., un jeune Turc de 25 ans, que Belgembe traque puis blesse par balle, à la main. Un mobile xénophobe auquel le contexte ambiant, empreint d’une islamophobie décomplexée, appuyée par les propos anti-voile de Bruno Retailleau alors ministre de l’Intérieur, n’est sûrement pas étranger. Il a d’ailleurs fallu près de 48 heures pour que ce dernier réagisse. Le maire de Puget-sur-Argens, lui, « ne veut pas réagir. On est en réunion de crise pour un autre dossier important », nous disait-on. Le dossier en question ? L’installation de gens du voyage sur le terrain de football communal.

    Belgembe, lui, réfute le caractère raciste de ses actes et plaide le coup de folie et l’alcoolémie. Il a été mis en examen le 5 juin pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, motivés par la race, la religion ou l’origine ». Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert une enquête, la 20e depuis 2017 concernant des faits liés à des idées d’extrême droite, mais la première pour une affaire d’assassinat.

    8 juin : deux marches blanches à Puget-sur-Argens et à Marseille

    Une semaine après l’assassinat d’Hichem, plusieurs centaines de personnes, dont des responsables politiques, se sont réunies à Marseille pour lui rendre hommageet demander justice à travers une marche blanche. Une seconde a eu lieu l’après-midi, au départ de son salon de coiffure, à Puget-sur-Argens, où l’émotion était palpable. 1 600 personnes y ont pris part.

    Ad.B.

    7 octobre : mobilisés contre l’emprise Stérin

    Devant la salle de spectacle du 6MIC, le 7 octobre, une foule de citoyens, d’associations et de syndicats a poussé l’organisation de la Nuit du bien commun à se replier. La tenue de l’événement, lié au milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, a suscité une vague d’indignation. « Notre mot d’ordre était : pas de Stérin au 6MIC : mission réussie », se félicitait Catherine Le Coq, de la CGT Spectacles. Le 17 novembre, devant l’Arena, une mobilisation similaire s’est tenue contre la programmation du spectacle Notre Dame de Pierre, lui aussi soutenu par Stérin.

    E.B.-G.

    25 avril : crime raciste à La Grand-Combe

    Aboubakar Cissé, 22 ans, étudiant d’origine malienne, poignardé à mort dans la mosquée de La Grand-Combe. L’assassin, un jeune homme obsédé par l’idée de tuer, a ciblé au hasard ce fidèle en pleine prière. Cinquante-sept coups de couteau, filmés, partagés. L’horreur. Il sera arrêté en Italie.

    Le choc dépasse les frontières du Gard. Le vendredi 2 mai, 700 fidèles se recueillent dans la mosquée Khadidja, où le drame s’est produit. Le même jour, à Nîmes, un rassemblement silencieux se tient devant la Maison Carrée. À Montpellier, une cérémonie d’hommage est organisée par la mairie. À Paris, près de mille personnes défilent, aux côtés d’Assa Traoré et de SOS Racisme, pour dénoncer l’islamophobie et réclamer justice. Les avocats de la famille, eux, demandent une requalification en assassinat terroriste. L’enquête est toujours en cours.

    A.J.

    Deux identitaires condamnés pour racisme

    En mars, le tribunal d’Avignon a reconnu coupables d’agression deux militants identitaires, dont l’un pour propos racistes, contre le maire isérois de Péage-de-Roussillon et sa famille.

    Le 27 mars, le tribunal judiciaire a condamné deux militants identitaires, épilogue d’une affaire entamée près d’un an et demi plus tôt. En décembre 2023, André Mondange, maire (PCF) de Péage-de-Roussillon, et sa famille se trouvaient, à titre privé, dans un bar avignonnais lorsqu’une bagarre éclata. Le visage tuméfié de l’édile s’est ensuite retrouvé à la Une. Finalement, la justice n’a pas reconnu la circonstance aggravante de statut du maire dans son jugement.

    Les deux prévenus, proches de la mouvance ultra-droite, avaient également engagé des poursuites contre le maire et sa famille mais ont été déboutés. La justice reconnaît donc comme seules victimes, André Mondange ainsi que sa fille et sa nièce. Hugo H., est jugé coupable d’agression, mais également d’avoir proféré des insultes à caractère raciste, à l’encontre de la fille métisse de l’élu. Il a été condamné à un an de prison avec sursis et 1 200 euros d’amende. Il devait verser respectivement 3 000 euros à la nièce du maire pour lui avoir porté un coup de bouteille en verre au visage et 2 000 euros à la fille de l’édile pour les injures. Quant à son acolyte, Siméon S. seule une amende de 800 euros lui a été infligée ainsi que 2 000 euros de dommages et intérêts à André Mondange. Un verdict qui a satisfait le maire et sa famille, le caractère raciste ayant été retenu. Les deux condamnés n’ont, eux, pas fait appel, le jugement devenant donc exécutoire.

    F.C.