Les jeunes cheminots planchent sur l’avenir

« C’est en train de bouillir, nous sommes face à un exécutif qui, derrière sa volonté de montrer de la fermeté, est en train de perdre la main. » Devant une cinquantaine de jeunes cheminots, Cédric Gimenez, secrétaire général de la CGT Cheminots Paca, décrit sans détour la situation sociale du pays. Une situation sur laquelle a planché le collectif Jeunes Cheminots Paca, organisation qui réunit des travailleurs de la SNCF de moins de 35 ans, ou récemment syndiqués. « La colère qui s’exprime partout converge sur une base commune de contestation de la vie chère, des bas salaires, du logement… C’est la première fois qu’on aura une génération qui vit et vivra moins bien que la précédente », développe Cédric Gimenez.

Plusieurs thématiques particulièrement d’actualité ont occupé les discussions : salaires, inflation et logement. Certains participants étaient venus de Nice, Miramas ou encore Avignon et représentaient une grande diversité de métiers à la SNCF : mécanos, agents des gares, cadres ou conducteurs de trains express régionaux. Et forcément, lorsque des cheminots discutent de pouvoir d’achat, la première question qui s’impose est celle de la répartition des richesses dans l’entreprise. « Qui n’a pas déjà entendu parler du fonds de concours ? C’est très simple : quand la SNCF fait des bénéfices, ils remontent à l’État via ce qu’on appelle le fonds de concours. C’est comme des dividendes, que l’État fait redescendre dans le réseau », expose Marianne Bonnet, consultante du cabinet Secafi, qui vient éclairer la lanterne des jeunes cheminots. Avant de souligner une problématique intrinsèquement liée à la transformation de la SNCF, la filialisation et l’ouverture à la concurrence du réseau : « Il n’y a que la SNCF qui participe à ce fonds. Pas Trenitalia ou la Renfe et c’est une injustice : ils utilisent le réseau sans y participer ».

« L’inflation touche

tout le monde »

Un jeune cheminot aguerri questionne : « Ils paient les sillons, mais à quel niveau ? » Rappelons qu’un sillon est un créneau d’autorisation de circulation attribué à un train. « Ils ne paient pas le même prix que la SNCF sur les sillons. […] C’est une part non négligeable du prix des billets et ça contraint, de fait, le fonds de concours », répond la consultante. De quoi questionner le modèle économique et donc la possibilité d’arracher des augmentations de salaires. « Nous avons tous la même problématique de fin de mois difficile. Je gagne moins d’argent, en valeur absolue, qu’il y a 25 ans quand je suis rentré, et je dois travailler 7 ans de plus », dénonce Claude, cadre de la SNCF à Marseille, à l’adresse des jeunes.

De quoi faire réagir, plus tard, Charlotte Marin, jeune conductrice de TER : « L’inflation touche tout le monde, même les cadres. J’étais dans la rue samedi dernier, je suis descendue floquée CGT, on a été interpellé par énormément d’étudiants et de lycéens qui avaient une demande de sécurité : ils demandaient où étaient le camion et le cortège de la CGT. C’est en lien avec les valeurs qu’on porte. Il faut converger ». Quand Thibault Durand (lire entretien ci-dessous), le responsable du collectif jeunes cheminots Paca, analyse : « On a tous les ingrédients pour une grève générale le 5 novembre ». De quoi faire écho aux propos de Cédric Gimenez : « C’est la réalité dans laquelle des années de macronie nous ont conduits. La colère cheminote doit s’exprimer clairement le 5 novembre par la grève ».

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