Tag: SNCF

  • Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Sur les chantiers ferroviaires aussi, l’eau devient une question politique. À Nîmes, SNCF Réseau teste une solution encore rare dans le monde industriel : utiliser des eaux usées traitées pour ses travaux. Non pas pour faire boire les machines, mais pour rabattre les poussières, asperger les voies, limiter l’exposition des agents aux particules et maintenir la visibilité quand les engins brassent le ballast. L’idée, résume Marc-Axel Burette, responsable du groupe génie civil au sein du pôle d’ingénierie de SNCF Réseau à Montpellier, est de « faire le lien entre les stations d’épuration qui produisent une eau non potable mais de bonne qualité, et les chantiers ».

    Plutôt que de puiser dans le réseau d’eau potable ou dans les forages, l’expérimentation capte donc une ressource déjà disponible à la sortie des stations d’épuration. À l’été 2025, pendant six semaines, près de 500 m³ d’eau ont été acheminés depuis la station d’épuration de Nîmes jusqu’à la base travaux de SNCF Réseau. Une fois sur place, l’eau passe par un conteneur de traitement conçu par InovaYa, avec filtration et désinfection, avant d’être stockée dans des citernes violettes, couleur conventionnelle de la Reut.

    Une réserve contre la sécheresse

    Pour SNCF Réseau, l’enjeu n’est pas seulement écologique. Il est aussi très concret. En période de sécheresse, les restrictions d’usage de l’eau peuvent mettre un chantier à l’arrêt. Or, sur une opération ferroviaire lourde, une séance perdue peut coûter jusqu’à 1 million d’euros en immobilisation. Même plus chère que l’eau du robinet, l’eau réutilisée devient alors une assurance contre la panne sèche. « Si nous arrivons à sauver ne serait-ce qu’une semaine de travaux, le système peut être rentabilisé pendant des années », estime Marc-Axel Burette.

    L’étape décisive est prévue pour l’été 2026, toujours à Nîmes, avec un chantier de remplacement de voies par suite rapide. L’opération doit se poursuivre en 2027, avant une descente du train-usine vers les Pyrénées-Orientales en 2028.

    Reste un frein de taille : la réglementation. Pour l’heure, chaque usage nécessite des autorisations longues et coûteuses. Car derrière les rails nîmois se dessine un immense gisement : celui des milliards de mètres cubes rejetés chaque année par les stations d’épuration, encore trop peu réutilisés.

  • Pour les cheminots de Miramas, la privatisation et la concurrence, c’est « non »

    Pour les cheminots de Miramas, la privatisation et la concurrence, c’est « non »

    Le contexte est particulièrement tendu, en attestent les visages graves des cheminots rassemblés en ce mercredi matin devant l’entrée de la gare de Miramas.

    Car au-delà de l’existence même du triage de Miramas possiblement remise en cause par la privatisation de Fret SNCF, comme l’expliquait le secrétaire général des cheminots CGT de Miramas Christophe Morard dans notre édition de mercredi, c’est « la remise en cause du cadre social » de « la famille SNCF » que craint particulièrement son camarade Christophe Degand, cheminot CGT d’Hexafret (ex Fret-SNCF). « La CGT demande des augmentations des salaires pérennes au vu de l’inflation, le pouvoir d’achat des cheminots étant très faible », poursuit le syndicaliste d’Hexafret, dénonçant au passage des primes « soumises à objectif et sans cotisations sociales ». Mais plus que de salaires, Christophe Degand insiste sur « la sécurité et les risques psychosociaux, alors qu’on a beaucoup d’accidents du travail mortel, de licenciements, et que 13 agents SNCF ont mis fin à leurs jours depuis début janvier ».

    En cause, selon le syndicaliste, des « réorganisations incessantes » et la « pression insupportable à la productivité ». Avec comme exemple « des agents qui changent trois fois de poste en cinq ans, qui signifie souvent changer de lieu de travail ».

    Dans le viseur de Christophe Degand, une cible principale : « C’est l’ouverture à la concurrence qui cause les risques » pour les travailleurs. « Le rouleau compresseur de la privatisation est une réalité », abonde Natacha Malet, du comité régional CGT Paca et également cheminote. Travailleurs et usagers sont tous deux perdants, selon eux. D’un côté, « les droits des salariés ne seront pas les mêmes dans les entreprises » s’emparant du rail. De l’autre, « l’usager doit être attentif au fait que le service public sera de meilleure qualité à un endroit, mais pas partout ». En exemple, « les énormes investissements sur les Alpes pour les JO », qui préparent l’ouverture à la concurrence selon la syndicaliste. Ou de l’argent public mobilisé pour le privé, « qui n’assume pas les coûts d’entretien » conclut Natacha Malet. Les dés de la concurrence seraient-ils pipés ? En attendant les luttes des cheminots et des usagers convergent sur la même voie.

  • À Avignon, les agents de sécurité rejoignent la lutte des cheminots

    À Avignon, les agents de sécurité rejoignent la lutte des cheminots

    Aux côtés des cheminots d’Avignon en grève, qui notent localement « un recul du service », avec notamment l’arrêt des trains tardifs pendant le Festival, devant la gare TGV ce mercredi 10 juin, une douzaine d’agents de sécurité, gilet rouge de la CGT sur le dos, manifestaient aussi pour leurs droits.

    Employés par un sous-traitant, Challancin, ils reprochent à l’un de leurs supérieurs un « management toxique » ainsi que des sanctions jugées disproportionnées. « On subit une forme d’acharnement. Plusieurs collègues ont été licenciés pour des raisons abusives. Ou encore une collègue en situation de handicap qui a reçu trois avertissements sans raison. On va aller aux Prud’hommes pour certains », témoigne Bachir Nour, secrétaire CGT de l’entreprise dans le Sud-Est. « On n’est pas bien équipés et, quand on réclame des habits, on nous le reproche. Cela ne peut plus durer », abonde un des employés. Les 17 agents de sécurité de la gare TGV étaient en grève ce mercredi. L’entreprise s’occupe aussi de la sécurité de l’hôpital d’Avignon ainsi que d’autres gares de la région.

    « L’idée est aussi que la SNCF mette le nez dans le processus », confie Florence Humbert, trésorière des Cheminots CGT de Vaucluse. « Cette journée n’est qu’un commencement. La compagnie fait 10 millions de chiffre d’affaires et on n’obtient rien de tout ça », pointe Chan Seng, délégué CGT national Challancin. Contactée par La Marseillaise, la direction du groupe Challancin n’a pas répondu à nos sollicitations.

  • En grève, les cheminots relèvent la tête à Marseille

    En grève, les cheminots relèvent la tête à Marseille

    « Louverture à la concurrence, c’est le contribuable qui la paie ! Quand certains demandent la venue du privé, il faut leur dire que ce sont les citoyens qui paient son arrivée. » En gare Saint-Charles, ce mercredi, Rémy Hours, secrétaire général de la CGT Cheminots Marseille alerte usagers et citoyens sur une situation ubuesque au sein de la SNCF. Devant plusieurs dizaines de travailleurs du rail, il tempête : « La SNCF dégage des bénéfices, l’État les récupère et l’utilise pour financer des opérateurs privés qui arrivent les mains dans les poches sur le réseau opéré par la SNCF ! » En grève à l’appel d’une large intersyndicale (CGT, FO, CFDT et SUD), les cheminots affichent leur colère contre un ensemble de réorganisations au sein de l’entreprise historique du ferroviaire français. Et surtout une politique qui va à l’encontre de tout bon sens : « On est dans une logique de faire du fric en dehors de toute logique. Et sûrement pas pour répondre aux besoins des usagers. » Le syndicaliste développe : « Il y a un éclatement de l’entreprise, dont on voit malheureusement les conséquences aujourd’hui. Il y a des cheminots qui ne voient plus d’avenir avec les restructurations, des métiers qui disparaissent… »

    Le symbole de cette SNCF à contre-sens est évidemment l’ouverture à la concurrence à tous les niveaux. Et notamment avec la création de filiales pour répondre aux appels d’offres dans ce cadre. Les cheminots marseillais en connaissent d’ailleurs un rayon puisque la Région Sud a été la première à expérimenter cette ouverture. Avec encore récemment un lot de lignes de Trains express régionaux (TER) concerné : « Sur le troisième lot, celui Est Provence Alpes, ouvert à la concurrence, dont l’appel d’offres a été gagné par la SNCF le mois dernier : ils annoncent 30% d’augmentation de trafic mais à quel prix ? Et au lieu d’y aller en tant que service public, l’entreprise y va avec une société dédiée de droit privé via une filiale. Je ne sais pas qui gagne de l’argent là-dedans, mais ce n’est ni l’usager ni le cheminot. » Autre exemple au niveau national pour le TGV : « On ouvre les sillons à des entreprises étrangères, comme la Renfe, qui choisissent les sillons où ils viennent s’installer, avec des remises sur les péages. Et c’est même le fonds de concours de la SNCF qui soutient leur déficit ! » Si la CGT insiste sur le coût pour le contribuable, l’organisation pointe aussi le non-sens pour la réponse aux besoins des usagers. « Quand on fait grève, certains pensent que c’est pour garder des avantages. Non, si on est en grève c’est pour le service public, qu’il soit de qualité », martèle Rémy Hours.

    Un coût social dramatique

    Les cheminots alertent aussi sur le coût social de la situation. « L’éclatement du corps social de l’entreprise est un drame social. Le marqueur de la détresse cheminote est le nombre de suicides : 13 depuis le début de l’année, c’est du jamais vu, jusqu’où va-t-on aller ? », s’alarme le secrétaire général. Il énumère : « Perte de repères, perte de sens au travail, isolement, inquiétude. » Et avec un exemple parlant : « Quand on demande ce qu’il se passe pour ceux qui sont concernés par les lignes qui ont des appels d’offres, il n’y a que des points d’interrogation ! » En tout cas, les cheminots espèrent un changement de direction.

  • [Entretien] François Tejedor, CGT Cheminots Paca : « Des conséquences graves »

    [Entretien] François Tejedor, CGT Cheminots Paca : « Des conséquences graves »

    La Marseillaise : L’intersyndicale évoque une « urgence sanitaire et sociale », pourquoi mettre l’accent ?

    François Tejedor : On sonne une alarme sociale : il y a eu 13 suicides au sein de la SNCF, et des accidents de travail. En 6 mois, on a atteint le même taux de suicide qu’à France Télécom en deux ans. C’est, pour nous, la conséquence du démantèlement du service public et c’est corrélé à une accélération de la transformation de l’entreprise. On commence à subir les effets concrets de la réforme ferroviaire de 2018 : fin de l’embauche au statut, début de l’ouverture à la concurrence à tous les niveaux ou encore la liquidation de Fret SNCF. Tout cela a créé un mal-être chez les cheminots, et c’est pour cela qu’on demande un moratoire sur ces réorganisations.

    En Paca, vous avez été les premiers concernés par l’ouverture à la concurrence, quelle conséquence dans la tête d’un cheminot ?

    F.T. : Avec le Casi Paca, nous avons fait un film Tous Cheminots qui revient là-dessus avec un ensemble de témoignages. Parmi eux, un a préféré quitter la SNCF plutôt que de se foutre en l’air. Mais si nous n’avons pas eu de conséquences directes, comme les drames évoqués précédemment, c’est parce que nous avons mené les combats : on a réussi à maintenir un ensemble de droits pour les cheminots, pas de transfert à la concurrence d’office, maintien des conditions de travail… On a maintenu un collectif et ça nous a préservés en quelque sorte.

    C’est aussi une pressurisation croissante des cheminots que vous dénoncez ?

    F.T. : Oui. On a vu récemment qu’ils voulaient enlever 5 jours de RTT. Il y a des attaques claires sur les droits, sur les conditions de travail. L’entreprise a des velléités pour une productivité plus accrue alors qu’on est à 1,8 milliard d’euros de bénéfices. Mais cela provoque de graves conséquences.

  • La grève sur les rails contre la maltraitance

    La grève sur les rails contre la maltraitance

    Un cri du cœur pour alerter sur une « urgence sanitaire et sociale ».

    Les cheminots mettent, ce mercredi, les locomotives à l’arrêt à l’occasion d’un mouvement social qui s’annonce massif. Les quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF (CGT, FO, SUD et CFDT) ont accordé leurs klaxons pour réclamer un changement de braquet de leur direction. Du jamais vu depuis fin 2024 et de quoi rappeler les journées unitaires de la grève marathon contre la réforme ferroviaire de 2018. Il faut dire que l’heure est tout aussi grave pour la famille du rail : « rabotage des droits, pressurisation à l’extrême, dumping social à tous les étages », énumère la fédération CGT des cheminots. « Le message qu’on délivre est que le ferroviaire est à un tournant. […] Et l’unité syndicale dit l’importance que nous y accordons », explique Thomas Cavel, secrétaire général CFDT Cheminots en conférence de presse à Paris, ce mardi. Les syndicats pointent un cycle infernal de réorganisations au sein de la SNCF, entre ouverture à la concurrence et processus de filialisation. Et en lame de fond sa place comme service public ferroviaire : « La concurrence est un système qui met en péril les finances publiques. On investit sur le réseau ferroviaire via les bénéfices générés par les cheminots : ils paient donc, pour partie, l’outil de leur concurrent. »

    Des changements drastiques pour l’entreprise ancienne détentrice du monopole du rail en France et avec des conséquences qui le sont tout autant. « Les cheminots sont plus exposés qu’avant aux risques graves », développe François Tejedor, secrétaire général de la CGT Cheminots Paca. Plus que des accidents graves, les syndicats mettent en avant des drames : 13 suicides depuis le début de l’année. D’où l’alerte sociale : « On constate un mal-être en ce qui concerne le sens du travail, un malaise global, notamment dans l’encadrement : les réorganisations broient certains de nos collègues », confie à l’AFP, Fabrice Charrière, de l’Unsa Ferroviaire.

    Fortes perturbations

    sur le réseau

    Preuve de l’étendue de la colère cheminote : le secrétaire général de la CGT Cheminots Paca évoque un mouvement de grève particulièrement suivi : « Dans la région, il y a entre 80 à 90% de grévistes sur le personnel roulant, que ce soit contrôleurs ou mécanos. C’est 80% chez les conducteurs de TGV. »

    Concrètement, 1 TGV sur 3 circule ce mercredi, pour 1 train Intercités sur 2. Même principe pour les Trains express régionaux (TER). « La circulation des trains sera perturbée sur la région Sud » et « très fortement » pour les axes Les Arcs-Draguignan, Grasse-Vintimille et Nice-Breil-Tende, constate la Région Sud. Avec des lignes, comme celle de Marseille-Lyon avec 55% de circulation, ou Marseille-Aix avec seulement 45%. « Ça ne reflète pas le niveau de mobilisation […] la direction met toutes ses ressources pour minimiser la grève », nuance François Tejedor. En effet, nos confrères de l’AFP confirment que la SNCF « mobilise toutes ses ressources » en recourant notamment à des encadrants pour remplacer du personnel gréviste, comme le lui permet la loi.

    Pourtant, les cheminots en ont encore sous le pied. « C’est un coup de semonce, avec une temporalité réfléchie : on a proposé un mercredi pour rassembler tout le monde et ne pas faire de polémique », justifie François Tejedor. L’intersyndicale se rencontre le 11 afin d’ores et déjà évoquer la suite du mouvement. D’autant que Jean Castex joue la montre et ne prévoit de rencontrer les organisations syndicales que le 23 juin. De quoi laisser planer la menace d’une grève à un moment peut-être plus stratégique, comme les vacances d’été… « Les attaques se font plus pressantes, il faudra peut-être aborder les choses d’une manière un peu plus punchy », conclut François Tejedor.

    PAROLES DE CHEMINOTS

    Nathalie Marin, secrétaire générale de la CGT Cheminots, Toulon

    « On a un signal très alarmant avec treize suicides d’agents en 2026. Mais aussi des accidents mortels qui ont beaucoup impacté le moral des cheminots. Nous sommes également très inquiets de l’avenir de notre entreprise en tant que service public, qui n’est plus du tout d’ailleurs reconnu comme tel par nos directions, qui se voient très bien en entreprise commerciale, concurrentes même les unes des autres. La colère monte en réaction à cette perte de sens des missions du service public ferroviaire qu’on avait initialement et qui faisait avancer et vivre l’esprit cheminot. On réclame donc aujourd’hui l’arrêt des restructurations et des filialisations, ainsi que la hausse des salaires et la création d’un vrai 13e mois. »

    Propos recueillis par T.T.

    Loïc Guigou, secrétaire CGT Cheminots, Vaucluse

    « On s’inscrit pleinement dans les revendications. Si heureusement ici nous n’avons pas été touchés par un suicide ou accident de travail, il y a beaucoup d’arrêts de travail liés aux risques psychosociaux. Par exemple, sur les conditions de travail et d’accueil des usagers, cela fait deux semaines qu’il n’y a plus de climatisation dans la gare TGV d’Avignon, ni aux guichets à Avignon centre. Plus largement, face à l’urgence climatique, les cheminots CGT ont élaboré un dossier décarbonation qui s’appuie sur l’étoile ferroviaire d’Avignon et le projet de Serm [service express régional métropolitain]. Le ferroviaire doit être le centre d’une offre multimodale cohérente, avec l’ouverture de gares et des personnels pour assurer un service public efficace et digne de ce nom. »

    Propos recueillis par F.C.

    Frédéric Michel, secrétaire SUD Rail, Marseille

    « Nous ne sommes pas en grève contre l’ouverture à la concurrence, on ne fait pas du patriotisme d’entreprise mais nous luttons contre le dumping social porté par cette ouverture et les conditions dans lesquelles elle se met en place. Si ça pouvait permettre d’améliorer nos conditions de travail et de rémunération, on ne s’y opposerait pas. Mais ce n’est pas le cas. Que ce soit les salariés de la SNCF, de ses filiales, ceux des entreprises privés, dans le trafic voyageurs ou le fret, c’est une grève de toute la branche ferroviaire. Ces entreprises tirent vers le bas pour répondre au marché. On n’est protégé nulle part et la SNCF est la première à mettre des filiales en place. Et on sera nombreux car derrière ce système il y a trop de cheminots qui sont endettés, trop de souffrance au travail. »

    Propos recueillis par M.G.

    Christophe Morard, secrétaire général syndicat CGT Cheminots, Miramas

    « Cela fait des années qu’on dénonce la fin du triage des wagons isolés, où chaque petite entreprise locale pouvait nous confier leurs wagons pour les trier et envoyer partout en France et en Europe. Ce n’est pas le plus rentable, car un train entier nécessite moins de matériel et de personnel. Mais c’est ce qu’on craint pour le Triage de Miramas avec la privatisation d’Hexafret et Technis [ex Fret SNCF, Ndlr] prévue pour 2028. Le wagon isolé faisait vivre notre Triage, on trie près de dix fois moins de wagons par rapport à avant l’ouverture à la concurrence. Pire, ArcelorMittal représente 30% du trafic du Triage, on est donc inquiets au vu de leurs difficultés. Il faut une volonté politique pour trier les wagons isolés et retirer des camions de la route. »

    Recueilli par An.M.

    Magali Sanchez, conductrice de train, secrétaire CGT Secteur de Veynes, Hautes-Alpes

    « On en demande toujours plus aux agents, il y a un mal-être général, avec plusieurs suicides depuis le début de l’année. Ça fait un peu penser à France Télécom et ce n’est pas bon signe. La direction fait la sourde oreille quand on veut mettre à plat tout ce qui dysfonctionne. Localement, on en voit les conséquences avec des manques d’effectifs qui créent des suppressions de train.

    Notre matériel devrait être remisé depuis quatre ou cinq ans. On a vraiment l’impression de jouer à la patate chaude entre la région Sud, et les différents pôles de la SNCF. Tout le monde se renvoie la balle, personne ne prend ses responsabilités, et les usagers le subissent. »

    Propos recueillis par A.F.

  • Le signal d’alarme tiré à la SNCF

    Le signal d’alarme tiré à la SNCF

    C’est une mobilisation à la hauteur de la gravité de la situation et de l’état d’urgence au sein de l’entreprise publique SNCF. Aujourd’hui, les cheminotes et cheminots sont en grève de 24 heures à l’appel de l’ensemble des fédérations syndicales : la CGT Cheminots, l’Unsa Ferroviaire, SUD Rail et la CFDT Cheminots. Du jamais vu depuis la fin de l’année 2024.

    Ce mouvement sera massivement suivi d’après les remontées du terrain. Sans préjuger de la suite, la colère de « ceux qui font le fer » pourrait encore s’exprimer si le PDG de la SNCF, l’ancien Premier ministre Jean Castex, ne revient pas à la table des négociations avec des engagements concrets. Dont l’arrêt immédiat des réorganisations en série et un moratoire sur celles-ci. C’est la principale revendication de l’intersyndicale. Elle est cardinale car le démantèlement du service public ferroviaire a des conséquences délétères sur les travailleurs et les usagers du train. Les créations de filiales, la destruction de fret SNCF, atomisent l’unicité de la SNCF.

    Perte de sens

    La plus dramatique des conséquences est la perte de sens du métier, la disparition de collectifs de travail. Depuis le début de l’année 13 cheminots ont mis fin à leurs jours. L’un d’eux s’est jeté sous un TER dans l’Hérault, le 27 avril. Deux suicides ont eu lieu depuis. Il faut arrêter le massacre.

    Pour les usagers, la politique ferroviaire est illisible et le maintien d’un maillage fin des territoires avec des réouvertures et créations de lignes doit être une priorité. Pour cela, il faut des cheminots et travailler avec les collectivités locales, notamment les Régions.

    En tirant le signal d’alarme, les cheminots défendent le service public ferroviaire.

  • Les cheminots en grève contre la politique de la SNCF

    Les cheminots en grève contre la politique de la SNCF

    Vingt-sept avril 2026 à Saint-Brès (Hérault). Un agent de la SNCF décide de mettre fin à ses jours en se jetant sous un TER. Un drame venant s’ajouter aux onze autres suicides recensés depuis le début de l’année chez les salariés de l’entreprise ferroviaire. La goutte de trop pour une profession déjà au bout du rouleau, malmenée par la politique de recherche de rentabilité mise en place par la direction.

    Réunie début mai, une intersyndicale -composée de la CGT, SUD Rail, la CFDT et l’Unsa- appelle à une journée de grève le 10 juin. « On exige l’arrêt immédiat des réorganisations en série et l’ouverture d’un moratoire sur le niveau social dans l’entreprise avec ces suicides. Casser l’entreprise publique unifiée telle qu’elle existe par la filialisation et la compartimentation des différents services entraîne une perte de sens au travail et des casses dans les collectifs de travail », souligne Marc Brahier, secrétaire général CGT des cheminots de Montpellier.

    Des milliards de bénéfices

    Selon les cheminots, l’ouverture à la concurrence pousse la direction à épouser une logique de rentabilité qui accélère le découpage de l’entreprise au détriment des salariés. « Aujourd’hui, on est victime d’une politique du groupe SNCF où finalement, s’il faut favoriser certaines filiales hors groupe public, elle n’hésite pas à le faire au détriment des filiales qui sont encore considérées comme publiques et fatalement, ça pose des difficultés », reprend Marc Brahier. À l’instar de Géodis, premier transporteur européen routier et filiale de la SNCF, alors que Fret SNCF a été liquidé l’an dernier.

    Tout semble fait pour pousser les salariés à bout. « Il n’y a plus de recrutements. Donc quand il y a une charge de travail à couvrir mais qu’il y a moins d’emplois, on tire sur les salariés présents pour faire en sorte de tenir la production. On tire sur la corde en allongeant le temps des journées de service, en retirant des jours de repos, etc. », note le syndicaliste. D’autant que les salaires n’augmentent pas assez pour contrer l’inflation. « Nous avons été augmentés de 0,25% en octobre puis à nouveau de 0,25% en janvier. Mais quand on voit que sur certains produits l’inflation dépasse les 2%, ça devient extrêmement tendu », soupire Marc Brahier.

    L’augmentation des salaires sera également sur la table des négociations. Car la pilule a du mal à passer, le groupe réalisant « deux milliards de bénéfices sur l’année 2025 ». Une précarité des agents pouvant mener au drame d’avril dernier. « Quand on est cheminot, on s’engage pour le service public, pour rendre service à la population. Si notre travail est en plus totalement décorrélé de cet aspect-là, ça fait beaucoup », fait valoir Marc Brahier, qui n’exclut pas de donner des suites au mouvement si les négociations avec la direction échouent.

  • [Entretien] Romain Pitelet, CGT cheminots : « Nous sommes à la SNCF dans un état d’urgence sanitaire »

    [Entretien] Romain Pitelet, CGT cheminots : « Nous sommes à la SNCF dans un état d’urgence sanitaire »

    La Marseillaise : Vous appelez les cheminots à la grève, ce mercredi 10 juin, avec un mouvement unitaire. Quel a été le déclencheur ?

    Romain Pitelet : Nous observons une dégradation de plus en plus visible de la situation sociale et sanitaire de l’ensemble des cheminots à la SNCF. Depuis plusieurs années, ils subissent des réorganisations importantes, des déstructurations des collectifs de travail, une diminution de plus en plus forte des moyens. Cela amène à des tensions, auxquelles s’ajoute le désengagement de l’État sur la question du ferroviaire. Et il y a la question de l’ouverture à la concurrence, de la filialisation, du transfert de personnels, qui sont des épreuves pour les salariés. Cela amène à un climat de souffrance extrêmement fort, qui dure depuis plusieurs mois. Au fil des combats locaux, des mobilisations de proximité, que ce soit pour défendre une gare, une ligne, des emplois, des conditions de travail, petit à petit, il y a une colère qui monte de plus en plus, partagée par l’ensemble des organisations syndicales qui, depuis des mois, interpellent la direction de la SNCF. À cette heure, le peu de réponses apportées ne suffisent pas à régler la situation. Nous sommes dans un état d’urgence sanitaire extrêmement préoccupant.

    Comment se manifeste cette urgence sanitaire au quotidien ?

    R.P. : Cela s’exprime de la manière la plus dramatique. Le sujet des suicides a fait la Une de l’actualité [douze suicides de cheminots ont été recensés en quatre mois au début de l’année, Ndlr.], mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. La situation est grave aussi bien chez les employés, les ouvriers, les agents de maîtrise, que chez les cadres, y compris supérieurs. Nous ne nous retrouvons plus dans la politique menée dans l’entreprise SNCF et, plus globalement, dans l’ensemble des entreprises de la branche ferroviaire. Les statistiques internes montrent une hausse des arrêts de travail, une hausse des risques psychosociaux, une augmentation des burn-out… De nombreux cheminots, y compris de l’encadrement, viennent nous voir et font état de situations totalement folles dans leur quotidien, ils font et défont leur travail en permanence, ou sont placardisés… Nous sommes dans une situation qui rappelle les processus qui ont eu lieu dans d’autres entreprises, qui ont amené à des drames. Nous ne voulons pas en arriver là. Nous avons alerté à de multiples reprises la direction de la SNCF sur des mesures d’urgence, avec un moratoire sur l’ensemble de ces réorganisations, l’arrêt de la concurrence. Et il y a la question salariale, exacerbée par le retard de paiement du travail des cheminots depuis plusieurs années, pas à la hauteur de la reconnaissance de leurs qualifications.

    Pourquoi la SNCF pousse-t-elle ces réorganisations ?

    R.P. : La plupart du temps, il s’agit d’accroître la productivité non pas pour améliorer le service – on voit le service public se dégrader – mais pour une raison simple : la SNCF se met en disposition pour pouvoir répondre à des appels d’offres. Donc il faut saucissonner, étanchéifier un certain nombre de sujets de production et pressurer les cheminots pour qu’il y ait des bénéfices sortis. Le système libéral amène jusqu’à tenter de sacrifier un certain nombre de sujets de sécurité, un élément fondamental du métier de cheminot.

    Quels sont ces risques pour la sécurité ?

    R.P. : Cela peut-être des sujets réglementaires : essayer de rogner des repos, allonger de manière forcée le temps de travail, rogner sur la question de la formation professionnelle. Nous embauchons beaucoup à la SNCF, mais conduire des trains, entretenir des voies, faire un poste d’aiguillage, être sur les quais demande une connaissance très fine du milieu ferroviaire. C’est un milieu dangereux et donc il faut une formation extrêmement solide. Les signes envoyés vont en permanence vers un rabougrissement de cette formation, pour des questions de coûts. On le voit dans toutes les entreprises du ferroviaire, avec des tentatives de formations de conducteurs en cinq mois, alors que notre critère, ce sont des formations de douze mois. C’est extrêmement dangereux pour la cohérence de l’ensemble du système.

    Vous parliez de l’ouverture à la concurrence du rail. Quelles conséquences observez-vous ?

    R.P. : Il y a le sujet de la gabegie financière. Le comité central d’entreprise a diligenté une expertise sur les surcoûts de la concurrence. Ce document a bousculé le gouvernement et les directions d’entreprises parce qu’il montre un système absurde de mise en concurrence dans un système qui doit être intégré. Oui, la concurrence coûte plus cher que de maintenir une entreprise publique intégrée. Le deuxième aspect, c’est sur la qualité du service : en rabougrissant les moyens, on ferme une gare, des dessertes, on met en danger des lignes qui pourraient faire circuler des trains. Dans le centre de la France, autour de Limoges, les associations d’usagers, avec la CGT cheminots, font de multiples initiatives parce que, bientôt, il n’y aura plus de train dans le Limousin. Et il y a le quotidien, le prix du billet qui s’envole parce qu’il faut que la machine à cash fonctionne à plein, que ce soit à la SNCF ou pour les autres entreprises. On pressure les cheminots sur les droits, on pressure les autres usagers en baissant du service : c’est ça la réalité de la concurrence.

    Il y avait déjà eu des mobilisations nationales pour le fret ferroviaire. Où en sommes-nous ?

    R.P. : Nous alertons jusqu’à la direction de la SNCF parce que nous avons des possibilités de reprendre un certain nombre de trafics, voire d’en créer de nouveaux, mais la direction de Rail et logistique Europe, l’antenne fret de la SNCF, ne se positionne pas dessus. Il faut du sérieux, les enjeux environnementaux sont importants. La bataille continue aussi sur les sites, pour le maintien des triages, des wagons, des locomotives, qu’on ne brade pas cet outil indispensable.

    Quelle mobilisation attendez-vous pour le 10 juin ?

    R.P. : Nous attendons une forte mobilisation parce qu’elle est unitaire. Les quatre organisations syndicales ont pris leurs responsabilités et il faudra qu’elles le fassent après les annonces que pourrait faire le président de la SNCF, Jean Castex. On sent une température qui monte, les initiatives, les appels locaux, complétés par les appels unitaires au niveau national créent un climat de conflit qui s’annonce extrêmement fort. Nous appelons la direction de la SNCF à nous recevoir le plus rapidement possible pour que nous puissions avoir de réelles négociations. Sur les points portés par les organisations syndicales, nous avons des propositions, nous sommes ouverts à la discussion et nous pouvons avancer rapidement sur un certain nombre de sujets, pour régler la situation.

    Quelles propositions mettez-vous sur la table ?

    R.P. : Sur les questions de salaires, on ne peut pas se contenter de primes. Il y a aussi les questions de formation, du maintien des droits des cheminots qui sont transférés, et le maintien de l’unicité de l’entreprise qui doit perdurer. C’est un outil public dont on va tous avoir de plus en plus besoin dans les années à venir. Nous ne voulons pas hypothéquer l’avenir, contrairement à ce que certains veulent faire. Mais, aujourd’hui, l’urgence, c’est la situation sanitaire des cheminots, leurs conditions de travail, que l’on remette le sens du travail au cœur des discussions.

  • Les cheminots de la Blancarde décrochent des garanties

    Les cheminots de la Blancarde décrochent des garanties

    Alors qu’un préavis de grève avait été déposé pour le vendredi 5 juin par les cheminots du dépôt de la Blancarde (lire notre édition du 4/06), une rencontre a eu lieu, ce jeudi, entre la CGT Cheminots de Marseille et la direction régionale de la SNCF. Ces derniers exigeaient notamment la fin des externalisations et s’opposaient à la suppression de cinq postes dans la région.

    À l’issue de cette rencontre, la CGT se déclare satisfaite. « Ça s’est très bien passé », affirme Renaud Darbas, représentant du syndicat : « On a eu plusieurs garanties de la part de la direction, notamment concernant les suppressions de postes prévues, qui n’auront finalement pas lieu. Un calendrier de discussion a d’ailleurs été établi pour discuter des conditions de travail et de l’arrivée de la nouvelle filiale. »

    Renaud Darbas précise que le dialogue et les mesures prises par la direction suffisent aujourd’hui à temporiser la situation : « La direction a entendu les revendications locales des cheminots », un point essentiel selon lui. Contactée par La Marseillaise, la direction indique ne pas souhaiter faire de commentaire.

    Grève nationale le 10 juin

    La CGT Cheminots s’est également réunie, jeudi, en assemblée générale, pour discuter de la marche à suivre en vue de la levée de ce préavis. « Aujourd’hui, on suspend le préavis local, mais on rentre complètement dans la mobilisation du 10 juin », assure Renaud Darbas. Les cheminots de la Blancarde se joignent donc au mouvement de grève national de mercredi, lancé sur l’ensemble du territoire par Sud Rail, la CGT, l’Unsa et la CFDT.

    Maéna Guérin