À Avignon, le cri d’alarme du monde culturel

Au sein du long cortège de plus de 2 000 personnes ce mardi 29 septembre, à l’occasion de la manifestation des agents du service public à Avignon, il était difficile de manquer les pancartes rappelant que la culture, elle aussi, doit « être accessible à tous ». Pourtant, elle figure souvent parmi les premiers secteurs à pâtir des restrictions budgétaires. Et dans la ville du Festival d’Avignon, où Jean Vilar défendait l’idée d’un théâtre au service de l’intérêt général et assumant des missions de service public, le symbole est fort.

« Le problème est le même que dans l’ensemble des services publics. Comme les enseignants artistiques qui sont confrontés au gel du point d’indice ou encore les attaques permanentes contre le système d’intermittence du spectacle, alors que beaucoup de collègues galèrent à boucler leurs heures », rappelle au sein du cortège Ghislain Gauthier, secrétaire général de la CGT Spectacle.

Comme chaque été ces dernières années, le syndicat a organisé des mobilisations à Avignon pendant le Festival pour alerter sur le sujet. Plusieurs personnalités politiques nationales et locales s’y sont rendues, parmi lesquelles François Ruffin (Debout !), Alexis Corbière (L’Après), Olivier Faure (PS) ou encore Jean-Luc Mélenchon (LFI). Des débats avec les candidats à la présidentielle avaient d’ailleurs été organisés par le Off sur la place de la culture dans leurs programmes. « Pour l’instant, très peu se sont emparés du sujet », regrette Ghislain Gauthier.

L’extrême droite visée

À ses côtés, Fabrice Durand, alto solo à l’Orchestre national Avignon Provence et membre de la Snam CGT, fulmine. « Là, la culture est une variable d’ajustement pour éponger les dettes créées par le gouvernement actuel, alors que c’est une part essentielle dans la communication et dans les relations entre les individus, notamment pour se battre contre la xénophobie et toutes les exclusions », souligne-t-il, entouré de plusieurs membres de l’orchestre.

Lors du concert d’ouverture, il y a quatre jours à la FabricA d’Avignon, une prise de parole a d’ailleurs permis d’alerter le public sur la situation. Notamment à propos de la baisse de la part du budget alloué à la culture par l’État, qui est passée du 1% symbolique à 0,7%. Une diminution qui se traduit également dans les collectivités locales. « Ici, les associations, dont les associations culturelles, ont perdu en moyenne 5% de leurs aides. Alors qu’Avignon, sans culture, n’existe pas. C’est se tirer une balle dans le pied. Non seulement c’est faire fi de tout ce qui est l’histoire, les gènes de la ville, mais c’est en même temps nier les besoins de la population et augmenter les clivages, et donc pousser au corporatisme, aux enfermements, plutôt que d’avoir un lien pour enrichir les cultures diverses qui font ce qu’est la France. Une nation qui est capable d’intégrer toutes les cultures et de relier les gens au bonheur », poursuit avec passion Fabrice Durand.

Un combat partagé par l’intersyndicale (hors FO), qui s’est exprimée en fin de manifestation sur la place du Palais des Papes. Le discours, prononcé par Alice Raimundo, secrétaire adjointe de la FSU, alerte que la « logique d’abandon est aggravée par les choix de l’extrême droite et des droites extrêmes. » « À Carpentras, Monteux ou encore Avignon, la gestion des municipalités RN ou affiliées montre ce que signifie concrètement leur politique », insiste-t-elle, en pointant les diverses suppressions de subventions aux associations décidées par les édiles lepénistes.

Pour Étienne Raoul, secrétaire départemental FO, qui s’est ensuite exprimé à part, la culture est également « essentielle ». « Le fait de précariser encore les professions dans la culture, comme on le voit pour les intermittents du spectacle mais pas que, c’est toucher à un secteur qui permet l’émancipation. C’est encore plus vrai à Avignon avec son Festival, mais pas uniquement, avec un grand nombre de musées et d’actions qui s’en retrouvent fragilisés », poursuit-il.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *