Après trois heures d’échanges, la maire (UDI) d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains, résumait dans un sourire : « De la Monstropole, nous sommes passés à la nécropole. » Ce lundi après-midi, quatre jours après l’avis budgétaire de la chambre régionale des comptes qui préconisait 118 millions d’euros de coupes dans le budget métropolitain, le président (LR) de l’intercommunalité avait convié les maires du territoire, afin de parler d’une seule voix auprès du préfet de région. Lequel doit désormais arrêter le budget de l’institution après le refus des élus de le voter.
« Unanimement, l’ensemble des maires de notre Métropole considèrent que le temps est surtout venu que l’État, avec notre soutien, repense le financement des compétences et le périmètre de notre institution », lâche le communiqué final adopté par la conférence métropolitaine des maires, que le président devait adresser au préfet dans la soirée. Dans un œcuménisme résistant aux embardées d’une mise sous tutelle, ceux-ci appellent ainsi à déconstruire l’établissement public né aux forceps, il y a dix ans. De quoi comprendre la satisfaction exprimée à la sortie de l’hémicycle, malgré les 53 millions de dotation de solidarité communautaire (DSC) que la chambre régionale des comptes préconise de retirer aux communes.
« Il y a une unité qui mérite d’être saluée », appuie Nicolas Isnard à la fin de la conférence des maires. Celui-ci estime toujours avoir choisi le bon chemin : « Sauf si le préfet venait à changer ce qui a été décidé par les magistrats, il n’y aura pas d’augmentation d’impôts pour les contribuables métropolitains. » Mais, surtout, après le constat réitéré par la chambre régionale des comptes d’un développement des transports non financé à terme, il lance : « La Métropole telle qu’elle est aujourd’hui n’est plus viable, nous n’avons pas assez de recettes pour couvrir ses dépenses. » Un diagnostic partagé par la maire d’Aix, qui glisse qu’« au plus haut sommet de l’État, on le dit encore sous le manteau, mais on le dit ».
« Cette Métropole est malade de sa réalité financière, de sa réalité structurelle, elle est malade de naissance », affirme aussi le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, bien décidé à revoir les flux financiers entre la Métropole et les communes, dans lesquels sa ville reste sous-dotée. « La solidarité entre les communes doit prendre en compte l’histoire et la solidarité, y compris pour la Ville de Marseille », le soutient le maire (PCF) de Martigues, Gaby Charroux, qui rappelle que la Métropole pourra amender le budget arrêté par le préfet. « Ne nous privons pas de ça », sourit-il, satisfait d’un redécoupage annoncé des compétences qu’il réclamait. Les maires de Marseille et d’Aix, ainsi que le président (DVC) des maires des Bouches-du-Rhône, Georges Cristiani, sont chargés de défendre cette réforme structurelle « au plus haut niveau de l’État », confirme Nicolas Isnard.
Surtout, les maires affichent aussi un front uni sur le financement des transports. « L’ensemble des élus demandent le déplafonnement du Versement Mobilité à l’instar du Grand Paris », écrit le communiqué final, alors que les entreprises contribuent déjà au maximum légal pour financer les transports sur le territoire. Parmi les pistes évoquées qui nécessitent l’aval du Parlement, un versement différencié en fonction des territoires, « pour payer les transports là où ils sont mis en place et pas de manière uniforme », défend Nicolas Isnard. À la fin de la conférence, Sophie Joissains plaidait aussi pour que les transports soient confiés à un établissement public indépendant de la Métropole, sur un périmètre plus large. « Cela marche à Paris, cela pourrait avoir du sens », défend-elle. Avec, en plus, un retard historique à rattraper.
Le patronat inquiet pour l’industrie
Dans une note publiée ce vendredi, l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) Alpes-Méditerranée appelle à « une sortie immédiate du blocage » face à la mise sous tutelle de la Métropole. Le puissant syndicat patronal demande à respecter la feuille de route signée pour la réindustrialisation du golfe de Fos et de sanctuariser les projets industriels face aux coupes annoncées. D’autant plus face à un retard « plus acceptable » pour « une armature de transport qui reste sous dimensionnée ». Et de tacler : « La responsabilité politique consiste à décider dans la difficulté, pas à transférer la difficulté à une procédure. » Y.S.

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