Tag: Chambre régionale des comptes

  • La droite marseillaise dans les pas des magistrats financiers

    La droite marseillaise dans les pas des magistrats financiers

    Les échanges promettent d’être animés en fin de séance, ce vendredi, lorsque le rapport de la chambre régionale des comptes consacré à la gestion de la Ville de Marseille sera présenté en conseil municipal (notre édition du 14/10). « Le maire a indiqué qu’il répondra lui-même », glisse le conseiller d’opposition Romain Simmarano (Ren.). Mais lui-même n’a pas attendu les débats au sein de l’hémicycle municipal pour livrer face à la presse, ce mercredi après-midi, sa lecture du rapport.

    « Objectivement, les questions de probité et de déontologie sont sérieuses », avance-t-il, en réclamant des explications sur l’embauche d’un déontologue qui avait signé un appel à voter pour le Printemps marseillais. « La vérité, c’est que quand vous n’avez pas de contre-pouvoir, vous dérapez systématiquement », avertit l’ancien directeur de cabinet à la Région. « Au niveau de l’inspection générale des services, il y a eu une division par deux des effectifs, on diminue les contrôles », pointe à ses côtés l’ex-maire (LR) des 11-12, Sylvain Souvestre.

    Mais comme les magistrats financiers, c’est davantage l’augmentation de la masse salariale, à hauteur de 570 millions d’euros depuis 2018, qu’ils ont dans le viseur. « Cela concerne majoritairement des cadres de catégorie A, très bien payés, dans les bureaux », tance Romain Simmarano. En posant : « Il faut avoir l’humilité de dire qu’il faut moins de fonctionnement et plus d’investissements ». Même s’il concède que ses critiques sur les chantiers de l’éducation ont été infirmées par les magistrats et que la dette a été réduite sur la période étudiée. Quant au ton de la réponse du maire à la chambre, « c’est significatif d’un état d’esprit dans la gouvernance de la Ville, moi seul contre le monde entier, le vieux costume rapiécé des maires de Marseille ».

    De son côté, le président des Républicains dans les Bouches-du-Rhône, Ludovic Perney, rappelait dans un communiqué, la veille, la hausse de la taxe foncière. « Si les recettes fiscales ont augmenté de 274 millions d’euros depuis 2018, ce n’est pas pour financer de nouveaux équipements sportifs, culturels ou de santé, mais essentiellement pour supporter les nouvelles embauches », critique-t-il. Interpellant la municipalité sur le contrôle des casiers judiciaires pour chaque personne travaillant avec des enfants, sur le respect des délais de paiement, la présentation d’un plan chiffré d’investissements ou la mise en place d’un dispositif complet de lutte contre la corruption.

  • Des dossiers chauds sur le bureau du préfet

    Des dossiers chauds sur le bureau du préfet

    Mouvement lycéen, avenir de Fibre Excellence à Tarascon, ligne THT… Le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, a fait le point, ce mercredi 14 octobre, sur les grands sujets en cours et à venir sur le territoire.

    La doctrine inchangée sur le mouvement lycéen

    Fixée au niveau national, rappelle le préfet, la doctrine reste inchangée sur le déploiement des forces de police pour « accompagner le mouvement ». Et de s’adresser plus officiellement aux lycéens qui manifestent : « Faites attention, une manifestation peut susciter des tensions, de l’enthousiasme et des effets de foule, cela peut entraîner parfois des gens à faire des choses qu’ils n’auraient pas eu l’idée de faire. Ce qui met en danger beaucoup de monde. » Revenant sur la manifestation de la veille, mardi, qui s’est « bien passée », Jacques Witkowski alerte sur un contexte qui peut dégénérer : « Tout le monde arrive à un point de fatigue, on est sur le fil du rasoir des deux côtés. » Il se félicite également que des mobilisations aient été encadrées par des syndicats, « ce qui facilite » les choses avec « un parcours notamment ».

    Le préfet revient sur les derniers faits de violence, comme ce policier à Saint-Charles, mardi, qui s’est pris un coup de marteau sur la tête. Soit « 58 policiers ayant été blessés depuis le début du mouvement ». On compte aussi 900 interpellations sur la zone Sud, 336 dans le département « essentiellement des mineurs ». « Un jeune a été arrêté cette nuit à Martigues en possession de quatre bouteilles incendiaires », annonce-t-il. Quant à la journée du 17 octobre, « nous n’avons aucun renseignement et aucune déclaration de manifestation déposée », assure-t-il.

    Bientôt du neuf

    sur la ligne THT ?

    Le projet de ligne à très haute tension, 65 km à 400 000 volts, porté par RTE (Réseau de transport d’électricité) pour alimenter les bassins Ouest du Grand port maritime et qui suscite de nombreuses contestations sur son trajet, suit son cours. La logique voudrait qu’une enquête publique ne tarde pas à être déclarée pour que chacun donne son avis et que la question soit tranchée avec la présidentielle en 2027.

    Le risque « géré » à Fibre excellence Tarascon

    Sur la situation du site de Fibre excellence à Tarascon, la liquidation « se poursuit avec hélas un comportement incompréhensible du liquidateur », déplore Jacques Witkowski, « ce qui nous a amenés à faire des choses inédites ». Pour mémoire, le syndicat CGT a dénoncé la contamination des eaux du Rhône après l’arrêt de l’usine de pâte à papier et de sa station d’épuration. Faute d’avoir « réussi à convaincre », les services de l’État ont dû contraindre puis faire deux articles 40 avant de se substituer, rappelle le préfet. L’Ademe a pris la main pour piloter les opérations de sécurisation, et après un appel d’offres d’urgent, elles ont été sous-traitées à Suez. Le tout à la charge du liquidateur. « Le risque, on le gère, mais je n’en resterai pas là », prévient le préfet.

    Quant à la vente puis à la reprise du site, elles ne seront possibles que lorsque la pollution aura été clairement évaluée et validée par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). « On a des repreneurs avec des candidatures sérieuses », révèle-t-il en partie pour « des activités industrielles », mais visiblement pas de papetier.

    Un centre d’accueil

    pour les consommateurs de crack

    Sur la consommation de crack exponentielle dans certains quartiers, « un véritable problème sanitaire et social, on n’a pas mal progressé », estime le préfet. Un troisième Caarud (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues) temporaire de 17 places va ouvrir ses portes, la semaine prochaine et jusqu’en janvier, sur un terrain de la SNCF, aux alentours de la gare Saint-Charles. De quoi compenser aussi la fermeture de l’autre Caruud, le Sleep In, le 26 mai, pour insalubrité, et dont les « travaux sont en bonne voie », en attendant de « trouver une solution plus pérenne ».

    Le procureur de la République a aussi mis en place un Groupe local de traitement de la délinquance, précise le préfet. Une première opération, le 29 septembre, a permis de mettre de jeunes femmes à l’abri avec injonctions thérapeutiques, « elles restent dans les structures qu’on a et s’engagent dans un accompagnement ». Tous les hommes étant eux repartis. « Je souhaiterais agrandir le périmètre de l’hébergement temporaire pour les plus fragiles, destiné aux consommateurs de stup’, sans impacter financièrement la mise à l’abri classique », ajoute Jacques Witkowski, espérant obtenir gain de cause auprès du gouvernement. Quant à la halte soins addiction pour laquelle plaident la Ville de Marseille et des associations, le préfet se met à disposition de qui lui trouvera un local, « et on essaiera de faire quelque chose ». Une position invariée depuis dix mois, assène-t-il.

    Un budget métropolitain compliqué

    Alors que la décision modificative du budget de la Métropole va être soumise au vote ce jeudi 15 octobre, le préfet ayant dû saisir la Chambre régionale des comptes en avril dernier, les élus de la collectivité refusant d’entériner la baisse des dotations de l’État, Jacques Witkowski se félicite qu’elle ait repris « sa ligne budgétaire ». Pour faire face à un « déséquilibre » de 144 millions d’euros, ce dernier avait proposé de tailler 53 millions dans les attributions de compensation faites aux communes, au grand dam des maires. La Métropole a depuis trouvé une « solution comptable » avec cette décision modificative, assure-t-elle dans un communiqué mardi. « J’espère que le budget 2026 trouvera un point final d’exécution, il est temps », souhaite-t-il, augurant d’un budget 2027 tout aussi compliqué, sur fond d’austérité.

  • Les magistrats financiers étrillent la gestion de la Ville de Marseille

    Les magistrats financiers étrillent la gestion de la Ville de Marseille

    La campagne des dernières municipales bruissait déjà des échos du document, alors que sa version provisoire avait déjà été présentée au maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, au mois de novembre dernier. C’est finalement à l’occasion du conseil municipal de ce vendredi, que sera présenté le rapport de la chambre régionale des comptes portant sur la situation financière et la gestion des ressources humaines par la Ville de Marseille, entre 2018 et 2024.

    Un rapport introduit par une synthèse au vitriol. « La commune n’est pas en mesure de présenter des comptes d’une fiabilité satisfaisante », reprochent les magistrats financiers qui pointent des réorganisations successives qui n’ont « pas porté leurs fruits », un pilotage des politiques municipales qui « doit être significativement amélioré », tant en matière d’investissements que de recrutements. Mais surtout, la chambre régionale des comptes s’inquiète d’un contrôle interne « limité ». « Un substantiel effort est désormais urgent », insiste le document de 90 pages assorties de sept recommandations.

    Pour certaines, elles ne sont que des répétitions pédagogiques. Déjà en 2021, l’Agence française anticorruption avait réclamé une cartographie des risques corruptifs. « Les initiatives récentes sont modestes. Elles ne découlent pas d’un plan d’actions structuré, basé sur une analyse du risque d’atteinte à la probité, pourtant élevé et connu », pointe le rapport qui rappelle les exigences de la loi Sapin II, entrée en vigueur en 2017. Les magistrats financiers déplorent l’absence de contrôle sur les embauches réalisées en mairies de secteur. Les contrôles internes, eux, sont freinés par la baisse des effectifs de l’inspection générale des services, passée de 10,9 équivalents temps plein travaillés en 2021 à 6,7 en 2024. Quant à la cartographie des risques, en particulier pour l’urbanisme et les régies de recettes, la municipalité la promet pour 2027, après avoir renoncé à recourir à un cabinet de conseil. Elle prône une approche « pragmatique et progressive », explique-t-elle. Quand les recommandations de l’Agence française anticorruption devaient être suivies dès 2022.

    Embauches auscultées

    Le rapport cible aussi des confusions entre les responsabilités politiques et administratives de certains collaborateurs, contestées par la municipalité. Dans le viseur aussi de la CRC : les embauches réalisées par la municipalité. Au total, 1 800 agents supplémentaires ont été recrutés entre 2018 et 2024, ce qui représente 968 équivalents temps pleins. Avec des emplois principalement contractuels, qui visent surtout à faire face à un absentéisme en hausse. « La redistribution des emplois vers des agents contractuels a entraîné une diminution de 15 points de la part des fonctionnaires », pointe le rapport. Derrière les chiffres, la politique volontariste de la municipalité pour remplacer les agents manquants dans les écoles, les tatas, pour « respecter les taux d’encadrement », explique la municipalité. Ou encore dans la sécurité, avec 90 postes de policiers municipaux supplémentaires. La CRC s’inquiète de voir ces embauches consommer les ressources issues de la hausse de la taxe foncière et limiter les marges de manœuvres financières. Après avoir pourtant, dès son introduction, alerté sur « de substantiels besoins de services à la population ».

    Réponse salée du maire

    La réponse du maire de Marseille, elle, est aussi salée que la synthèse du rapport. « Le rapport dans son ensemble ne retient pratiquement aucun des progrès accomplis depuis 2020 », déplore Benoît Payan, qui rappelle le manque de financements du Département ou de la Métropole. Et de persifler : « Je ne puis me résoudre à voir dans ces décalages et ces incohérences un choix délibéré. Je préfère y reconnaître les conséquences des contraintes qui pèsent sur votre juridiction, chacun connaissant les difficultés de moyens auxquelles elle est confrontée. »

  • [Occitanie] Le bloc communal régional plutôt bien doté en effectifs

    [Occitanie] Le bloc communal régional plutôt bien doté en effectifs

    Suivant ce qu’en feront les décideurs, c’est une étude qui peut soit solidifier les services publics soit prétexter des politiques d’austérité.

    En Occitanie, la Chambre régionale des comptes (CRC) publie une étude qui dresse le panorama de l’état des effectifs de la fonction publique territoriale du bloc communal (communes et intercommunalités). Après examen de 251 entités représentatives sur la période 2019-2024, l’Occitanie pointe au 4e rang des régions les mieux dotées avec une moyenne de 31,9 agents pour 1 000 habitants contre un ratio de 28,4/1 000 en France. Ces 160 000 agents représentent 6,5 milliards d’euros de dépenses publiques (+18,9% de masse salariale portée par les intercommunalités), soit 3% du PIB occitan et 37% des dépenses de fonctionnement.

    Est-ce un effet post-Covid ? Toujours est-il qu’entre 2020 et 2021, le nombre d’agents publics locaux a augmenté de 10,4%, quasi le double de la moyenne de l’Hexagone (5,3%). La présidente de la CRC, Valérie Renet, y voit 5 causes majeures. D’abord « l’accroissement démographique (+3%) qui accroît le besoin en services publics mais n’explique qu’une partie de la hausse des effectifs (+6%) ». Ensuite, la nature de l’économie touristique (présentielle) de l’Occitanie. « Toutes les régions du littoral ont des tendances similaires. » Mais aussi le niveau de pauvreté élevé, la densité urbaine et enfin le degré de mutualisation intercommunale. « Le tissu local est très fragmenté avec beaucoup de petites communes, ce qui multiplie les agents. »

    Pistes d’économies

    Ce constat signifie-t-il qu’il y a trop de fonctionnaires municipaux ? Pas forcément. Car l’étude montre que l’essentiel de la poussée concerne les contractuels sur des emplois permanents (+66,4%), alors que le nombre de titulaires a reculé de 2%. Au point que les agents non titulaires représentent un quart des effectifs communaux.

    L’option de dégraisser le mammouth est un choix politique qu’il n’appartient pas à la CRC de trancher. « On n’est pas des ayatollahs des réductions d’effectifs. On veut de l’efficience, que le service soit rendu. » Or, l’étude n’apporte aucun élément sur la qualité du service. La CRC donne des marges de manœuvre possibles. D’abord mutualiser les services des 4 453 communes
    et 161 intercommunalités
    (-14 000 emplois (!) ; 485 ME d’économies). « Il ne s’agit pas de rayer des villages de la carte mais de les regrouper », argumente le magistrat Nicolas Parneix. Ensuite veiller au respect des 1 607 heures annuelles légales de travail (110 ME d’économies). Enfin, lutter contre l’absentéisme qui coûte 280 ME par an. Autant de pistes qui vont dans le sens d’une vision comptable. À condition que le service rendu soit au rendez-vous, on est aussi en droit d’assumer que le service public ait un coût.

  • À Martigues, la santé publique sous pression

    À Martigues, la santé publique sous pression

    Le lieu était symbolique. C’est devant l’entrée de l’hôtel de ville de Martigues que l’Union locale CGT a choisi d’organiser le rassemblement pour cette journée de grève au sein de la fonction publique, comme pour signifier que l’administration ne tournerait pas sans ses agents. Mais la manifestation aurait très bien pu se tenir devant le centre hospitalier des Rayettes.

    « Les services publics sont partout soumis aux mêmes logiques : réduire les dépenses, supprimer des moyens, rechercher des économies et faire payer les agents et les usagers », dénonce Laure Privat. Pour la représentante syndicale CGT de l’hôpital, la logique financière s’applique à la santé depuis la mise en place de la tarification à l’acte, en 2004. « On parle d’efficience, de mutualisation, d’externalisation, de restructuration… Mais derrière ces mots, ce sont des agents, des services et des patients qui sont concernés. »

    Cette recherche de rentabilité, les aides soignantes de l’Ehpad les Magnolias de Port-Saint-Louis-du-Rhône, un établissement rattaché à l’hôpital de Martigues, la ressentent au quotidien. Deux d’entre elles, qui souhaitent garder l’anonymat, témoignent : « Le matin, on est quatre pour faire la toilette de 46 résidents, qui sont soit grabataires, soit valides mais avec des troubles cognitifs. On essaye de faire de notre mieux, mais il faut aller vite, donc le travail est forcément bâclé. On nous demande aussi de les stimuler et de favoriser leur autonomie, mais pour ça, il faut des moyens humains et du temps. » Les deux collègues plaident pour un changement de prisme au sein de l’Agence régionale de santé, qu’elles pointent comme déconnectée des réalités de terrain. « Il faut qu’on parle d’humain, pas de chiffre. »

    À l’hôpital de Martigues, au-delà du sous-dimensionnement des infrastructures, ce sont les conquis sociaux des personnels qui sont menacés, en raison de mesures d’économie portées par la direction sur injonction de la Chambre régionale des comptes. « Aujourd’hui, il y a une crise des vocations parce qu’il n’y a plus de perspectives qui donnent envie de travailler dans le public, dénonce Nathan Cabiac, représentant CGT. Les salaires sont très bas, il n’y a plus de compensation humaine, on vient attaquer notre temps de travail, nos heures supplémentaires, nos RTT, notre pause méridienne… Dans quelque temps, si on va au bout de ce genre de chose, des agents vont fuir l’hôpital comme c’est déjà le cas pour les infirmiers, qui ont le libéral en face. »

    Le syndicat demande l’abrogation de toutes ces mesures. Au niveau national, « la priorité est l’augmentation des effectifs et la revalorisation du point d’indice, parce qu’on est pratiquement à 20% de perte de pouvoir d’achat depuis le début des années 2000 sur des salaires qui sont déjà très faibles, puisque la catégorie C représente la grande majorité des salariés ».

  • Istres : des finances qui dépendent trop de la Métropole

    Istres : des finances qui dépendent trop de la Métropole

    C’était une promesse de campagne. Six mois après l’arrivée de Robin Prétot (LR) au pouvoir, les conclusions de l’audit mené par « FCL gérer la cité » ont été présentées au public. La mission du cabinet : analyser la situation financière et organisationnelle de la commune sur les exercices de 2020 à 2025 afin d’identifier des marges de manœuvre et des perspectives budgétaires pour les années à venir « dans un contexte particulièrement inquiétant », note l’édile.

    La dernière loi de finances a retiré 120 millions d’euros à la Métropole, remettant en cause les dotations versées aux communes. Robin Prétot, le maire (LR) d’Istres commente : « Il y en a une qui est l’épine dorsale de nos finances (…) : l’attribution de compensation qui représente, à elle seule, la moitié de nos recettes. » Si le niveau de recettes d’Istres est important (2 556 euros par habitant, soit 40% à 50% de plus, en moyenne, qu’un panel de 60 villes de tailles comparables), cette attribution de compensation représente 51% du total, soit 57 millions d’euros. Dans les communes de même niveau, cette part s’établit à 20%. C’est « le talon d’Achille d’Istres », consent Stéphane Masse, directeur de mission chez FCL. À l’avenir, les risques de diminution sont réels : pour 2026, le Préfet demande une baisse de 5 millions d’euros, tandis que la chambre régionale des comptes estime que 16,5 millions d’euros pourraient être indus.

    Les dépenses à la loupe

    Un tiers des recettes provient de l’impôt local, essentiellement la taxe foncière, qui s’élève à 53,43% contre 38,8% en moyenne pour les villes comparables. Le cabinet note une augmentation de 37,2% de la part communale de ce taux sur le précédent mandat, ce qui a permis de maintenir l’épargne à 6%. « Sans ça, l’épargne n’était pas faible mais quasi nulle », selon Stéphane Masse. Pour la nouvelle majorité, qui refuse d’accroître la pression fiscale, le seul levier restant est donc de s’attaquer aux dépenses.

    Si les recettes sont conséquentes, les dépenses aussi : 2 359 euros par Istréen, contre 1 535 euros pour les villes similaires. 64% sont liées aux rémunérations des 1 610 agents, qui sont deux fois plus que dans le panel mais contribuent à un « niveau de service très important », souligne Pierre Dalmayrac, du cabinet FCL.

    La Ville a déjà entamé un processus de refonte de l’organigramme avec des groupes de travail composés de plus de 100 agents volontaires, qui devra également rétablir l’équité salariale et de politique d’avancement au sein de l’administration. Reste à savoir si le niveau de service sera affecté.

  • [Entretien exclusif] Martine Vassal : « Je veux rétablir mon honneur et la vérité sur la Métropole »

    [Entretien exclusif] Martine Vassal : « Je veux rétablir mon honneur et la vérité sur la Métropole »

    La Marseillaise : Vous êtes restée dans une forme de réserve sur la Métropole depuis que vous en avez quitté la présidence. La situation financière de l’institution fait couler beaucoup d’encre. Pourquoi prendre la parole aujourd’hui ?

    Martine Vassal : Après l’avis de la Chambre régionale des comptes sur les finances de la Métropole, la publication de l’audit financier de la RTM m’autorise aujourd’hui à une petite mise au point après six mois de silence. Quand j’ai quitté la présidence de l’institution, le budget était prêt, il restait à faire des arbitrages pour répondre aux besoins de financement. Il n’y a jamais eu de « trou » dans les finances de la Métropole. Il y avait un pacte financier et fiscal qui avait été établi et qui se terminait en 2026. Il fallait effectivement le renouveler. Le besoin de financement sur les transports était annoncé depuis 2022. Le préfet lui-même a indiqué que la Métropole était loin d’être en faillite. Lors des dernières séances, Nicolas Isnard mais aussi Benoît Payan et Sophie Joissains ont dit haut et fort qu’il n’y avait pas de problématiques financières de l’ancienne gouvernance. Le déséquilibre financier de 144 millions, ramené à 118 millions, cela représente une somme conséquente mais sur un budget de 5 milliards ce sont des arbitrages que l’on doit faire. Il ne faut pas oublier que pendant deux années, nous avons désendetté la Métropole de 208 millions quand même. Je revendique d’avoir laissé un outil solide, parfaitement en capacité d’agir sur la totalité du territoire métropolitain. C’est à l’exécutif actuel qu’incombe de prendre désormais les bonnes décisions. Je suis en soutien de Nicolas Isnard depuis que j’ai déclaré que je ne voulais plus être présidente de la Métropole. Je suis à ses côtés. On est chacun dans nos compétences et nos responsabilités. Le Département sera au côté de la Métropole comme il l’a toujours été. Que certains tentent de faire de la politique politicienne pour essayer de mettre des coins entre lui et moi et entre nos institutions, c’est peine perdue. Au début il y a eu un problème Gaudin-Joissains, après ça a été un problème Vassal-Payan maintenant ce serait Isnard-Payan. Il ne faut pas de problèmes de personnes, rester sur les projets et l’intérêt des habitants.

    Qu’avez-vous justement à dire
    à la population qui est un peu sidérée que la Métropole n’arrive pas à voter un budget
     ? Comment expliquez-vous la situation ?

    M.V. : J’ai laissé un outil en état de fonctionnement, la bonne preuve c’est qu’à la fois la Chambre régionale des comptes, le préfet et les différents maires le disent. Ce n’est pas mon style de partir en claquant la porte et en ayant cramé la caisse. Je ne suis plus responsable des décisions prises à la Métropole. Je le redis : ce n’est pas un problème de personnes mais d’institution. Je sais que rien n’est facile parce que je suis passée par là. C’est une jeune institution, née dans la douleur. Aujourd’hui on paye les difficultés rencontrées à sa naissance. On a intérêt à trouver des solutions, il y a des enjeux d’emploi, d’attractivité, de proximité. Ceux qui trinquent ce sont les habitants et le territoire. C’est pour cela que, bien avant les municipales, j’avais dit mon souhait d’aller vers un acte III de la Métropole.

    Benoît Payan prédit une année 2027 apocalyptique pour
    la Métropole. Craignez-vous
    son explosion
     ? Avez-vous une recommandation pour l’éviter ?

    M.V. : Non. Je tourne une page, je suis en soutien. J’assumerai mon rôle en tant que présidente du Département mais je n’ai de leçons à donner à personne. Les choses ne sont jamais faciles. Ce que je dis aujourd’hui, c’est pour rétablir mon honneur et la vérité. Je suis fière de tout ce que nous avons accompli. Quand je suis partie la Métropole fonctionnait, il y avait ce besoin de financement connu de tous dès 2022. Il n’y a pas de surprise. Il y a maintenant des décisions politiques à prendre. Ensuite, il faut une loi pour modifier le périmètre métropolitain. Ça n’arrivera pas avant mars 2027.

    Faut-il augmenter la fiscalité pour trouver les ressources manquantes ?

    M.V. : Je ne veux pas que la population ou les entreprises trinquent au niveau des impôts. C’est la raison pour laquelle je me suis abstenue sur l’augmentation de la cotisation foncière des entreprises (CFE) et la suppression de l’exonération pour les nouvelles entreprises. Certains ont peut-être interprété mon vote différemment. Au lieu de faire de la politique politicienne à deux balles, ils feraient mieux de faire des propositions concrètes dans toutes les institutions où ils sont élus. Les gens ont des difficultés de fin de mois, le prix de l’essence explose, le prix du chariot est devenu monstrueux. Au niveau de l’État, on nous dit qu’on va faire des sacrifices sur les retraités mais derrière, on ne nous parle pas de faire des économies sur les dépenses pour arrêter le tonneau des Danaïdes.

    La fusion Métropole-Département pourrait-elle apporter une solution ?

    M.V. : Non, nous avons des compétences complètement différentes. L’acte III de la Métropole tel que je l’imagine, c’est une simplification des dispositifs, le retour de la proximité au plus près de l’habitant. Toute modification nécessite une évolution législative. Les élections de 2027 vont changer le paysage. J’ai hâte de voir ce que les différents candidats vont proposer pour que les élus locaux soient enfin respectés. On reçoit des directives d’en haut, de Paris, parfois plus fortes que celles que l’Europe nous impose et nos propositions restent lettres mortes. Nous ne sommes ni écoutés, ni entendus. Ce n’est plus acceptable.

    Vous aviez annoncé une révolution des transports mais Samia Ghali, nouvelle présidente de la RTM, met en garde contre le possible abandon du tram de la Belle de Mai pourtant structurant pour Marseille. Quelle est votre réaction ?

    M.V. : C’est bien dommage. Je pense que la mobilité est une des compétences de la Métropole sur laquelle il faut le plus miser. L’audit de la RTM montre qu’elle fonctionne normalement, comparativement à tout ce que j’ai pu entendre. Quand on voit les problématiques de déplacements des personnes, quand on s’aperçoit qu’aujourd’hui certains restent à la maison parce que la sauce leur coûte plus cher que le poisson, je pense que ce n’est pas sur ce sujet qu’il faut faire des économies. Il faut le temps de le mettre en place, mais je prône depuis longtemps l’idée de créer une société à part pour les transports où chacun prendrait sa part un peu comme la RATP. Cela permettrait de gérer mais aussi d’étendre l’offre de transports. La Belle de Mai c’est le quartier le plus pauvre d’Europe, ce projet de tramway permettrait de le requalifier. Les études sont dans les cartons, il faut acter le cheminement définitif et continuer le développement des transports sur tout le territoire. Le BHNS d’Aix les Milles est indispensable par exemple. Il y avait 7 milliards d’euros de projet, on en a fait que 3, il y a de la marge. L’argent qui nous a été donné par l’État, ce serait dommage de ne pas l’utiliser.

    Est-ce que c’est possible dans le cadre de la gouvernance actuelle ?

    M.V. : Je ne sais pas. Je ne suis pas dans l’exécutif. Il faut que chacun soit autour de la table pour prendre des décisions. Le pacte financier et fiscal, c’est le premier rapport du dernier conseil, je ne l’ai pas voté parce que je ne peux pas donner mon avis sur une chose à laquelle je n’ai pas participé. Ce que je sais c’est que les habitants ont besoin de mobilité, de pouvoir d’achat, d’accès aux soins et de sécurité. Nous, élus de la République, nous devons leur répondre. C’est ma feuille de route. Je souhaite que la gouvernance réussisse, que Nicolas Isnard réussisse, que Samia Ghali réussisse, sinon c’est tout le territoire qui en pâtira.

  • Toulon Provence Méditerranée : une Métropole « résolument tournée vers l’avenir » pour faire face aux défis

    Toulon Provence Méditerranée : une Métropole « résolument tournée vers l’avenir » pour faire face aux défis

    À l’ordre du jour de cette séance publique, le rapport d’activité 2025 pour commencer, qui illustre de façon concrète toutes les actions réalisées. L’occasion pour la présidente de la Métropole de mettre en avant « les moyens importants » dégagés pour les mettre en œuvre, avec ici plus de 460 millions d’euros consacrés au fonctionnement et plus de 246 millions à l’investissement.

    Avec pour objectif de poursuivre sa stratégie de développement économique et touristique et de continuer, à travers son nouveau Plan de mobilité 2025-2035, d’assumer une politique volontariste pour réduire la part de la voiture, comme en témoigne l’augmentation des pistes cyclables dans le Port du Levant. Avec en ligne de mire également « la modernisation des transports en commun » et le lancement des travaux du Bus à haut niveau de service (BHNS). « Parce que la mobilité dans la métropole c’est un tout, un ensemble de moyens déployés pour faciliter ce qu’on appelle l’intermodalité, c’est-à-dire passer d’un mode de transport à un autre », insiste-t-elle.

    Solidarité avec

    les pompiers en grève

    Un bilan et des ambitions déclinés également au niveau de l’amélioration de l’habitat, de la préservation de l’environnement et en faveur de la transition écologique, avec notamment un nouveau Contrat de baie et la sécurisation du Faron afin d’adapter les espaces publics pour faire face au changement climatique.

    « En cette rentrée c’est surtout vers l’avenir que nous devons tourner notre regard », insiste Josée Massi. Un nouveau projet métropolitain, qui incarne les priorités du mandat sera prochainement présenté au conseil.

    La présidente de la Métropole a ensuite mis au vote un don de 300 000 euros au Service départemental d’incendie et de secours du Var (Sdis 83). Et précise : « C’est un sujet d’actualité puisque les sapeurs-pompiers sont mobilisés pour réclamer davantage de moyens humains et matériels. À notre échelle nous les soutenons ! »

    Concernant le dossier Grand prix de France du Castellet, la collectivité a pris acte du rapport d’observations accablant de la Chambre régionale des comptes et a accepté de contribuer à l’apurement de la dette par une avance de 1,6 million d’euros, tout en continuant à se réserver le droit de contester ultérieurement devant la justice tout ce qui pourra l’être.

    La gauche réagit

    L’élu d’opposition de gauche Stéphane Sacco (GRS) a profité de la délibération portant sur la rénovation thermique de l’école Victor-Hugo, à La Seyne, pour tacler le maire RN, en s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles « les bâtiments qui en ont le plus besoin n’ont pas été intégrés à cette opération ». C’est-à-dire les préfabriqués abritant 10 classes. « Ils sont aujourd’hui dans un état très dégradé, constituent de véritables passoires thermiques et 3 sur les 4 bâtiments sont diagnostiqués avec présence d’amiante », insiste-t-il. En tout ce sont 35% des enfants de cet établissement qui ne bénéficieront pas d’une amélioration de leurs conditions d’apprentissage.

    Piqué au vif, le maire a répliqué que ces préfabriqués allaient être prochainement enlevés. Sans dire ce qu’il adviendra des 162 élèves qui y suivent aujourd’hui les cours. T.T.

  • [Grand entretien exclusif] Benoît Payan : « 2027 sera apocalyptique pour la Métropole »

    [Grand entretien exclusif] Benoît Payan : « 2027 sera apocalyptique pour la Métropole »

    La Marseillaise : Le refus par le conseil métropolitain de voter la baisse des dotations de solidarité aux communes – à une voix près – a été un séisme pour l’institution. Où en est-on aujourd’hui ?

    Benoît Payan : Le rôle du maire de Marseille, c’est d’abord de protéger les Marseillais et les Marseillaises. On s’acheminait vers un choix inacceptable pour moi, parce que je suis maire, Marseillais et que je dois défendre cette ville, qui consiste à nous faire perdre 36 millions d’euros. Marseille seule aurait porté 70% des économies de cette Métropole. J’avais prévenu : c’était inacceptable. Je crois à la solidarité métropolitaine, je pense qu’il faut être attentif à d’autres communes et j’avais proposé un chemin qui permettait aux 92 communes de ne rien perdre. Ma proposition a été balayée d’un revers de main. En le faisant j’ai prévenu que ceux qui la balayaient se mettraient dans une situation difficile car je me battrai pour ma ville. C’est ce que j’ai fait. On a réussi a gardé 36 millions d’euros.

    L’histoire n’est pas terminée… Marseille fait-elle toujours partie de cette « gouvernance des maires » ?

    B.P. : Ça a toujours été très particulier la relation de Marseille avec sa Métropole. Quels que soient les maires et les présidents, cette relation a toujours été très difficile parce que Marseille est une grande ville. Elle est tellement plus grande que toutes les autres villes qu’elle fait presque, à elle toute seule, la moitié de cette Métropole. Longtemps elle a été vue comme l’ogre qui allait se servir sur la bête. En réalité, c’est le contraire qui s’est passé. Ce sont les Marseillais qui paient le plus d’impôts métropolitains, pas seulement en millions d’euros mais en pourcentage. Ce sont les Marseillais qui paient la taxe d’enlèvement des ordures ménagères la plus chère. Et pourtant on n’a aucun équipement métropolitain, les politiques métropolitaines sont beaucoup trop absentes de la ville. Pourquoi j’ai souhaité entrer dans la gouvernance de la Métropole ? Parce que cette ville ne peut pas être sans cesse le bouc émissaire des uns et des autres. On n’a jamais revendiqué une hégémonie mais on revendique d’être respectés comme n’importe quelle autre commune. C’est un message qui doit passer.

    Ce message, estimez-vous qu’il est passé auprès de Nicolas Isnard ? La gouvernance de la Métropole restera-t-elle dans un statu quo ?

    B.P. : Il appartient désormais au président de dire ce qu’il veut faire de cette gouvernance, s’il désire en changer, j’ai toujours dit que j’étais prêt à l’accompagner et que je serai là si les choses doivent évoluer. Non pas parce que je serai candidat à la présidence, je ne le suis pas, je ne le serai pas. Quand je dis quelque chose je m’y tiens, je sais qu’en politique ce n’est pas commun. Je n’étais pas candidat il y a un an, six mois, je ne serai pas candidat demain, mais s’il doit y avoir des changements, je les accompagnerai.

    La Métropole a donc un budget élaboré hors des élus. Est-ce supportable ?

    B.P. : C’est un budget qui va peser sur les communes. Je suis allé rencontrer le président, notamment avec Gaby Charroux, pour lui dire « ne commets pas l’erreur de monter les communes les unes contre les autres ». Ce n’est pas parce que la Chambre régionale des comptes ou que le préfet disent quelque chose que nous, élus, sommes dépossédés de notre pouvoir de décision. Nous avons été choisis pour cela. Il y avait des moyens d’économiser ces 50 millions d’euros, de les lisser. Un budget en déséquilibre aurait ouvert un dialogue avec la chambre régionale des comptes. Ses magistrats sont des gens intelligents, ils comprennent qu’on est presque au bout de l’année budgétaire et que ces 50 millions sont lissables sur plusieurs années. C’est ce qu’il fallait faire, cela aurait évité une crise politique et budgétaire, or, là, nous les avons.

    La Métropole a-t-elle un avenir financier et fiscal ? N’est-elle pas déjà enterrée ?

    B.P. : Il ne faut pas se mentir : cette Métropole est mal née, elle est née en siège, dans la douleur et elle ne s’en sort pas. Structurellement, systémiquement, elle est malade. Sa capacité a développer des politiques publiques est inexistante par ce que sa construction, financière, fiscale, budgétaire, l’en empêche. Il m’est arrivé de le dire, Martine Vassal, elle-même, n’était pas en mesure de changer les choses. On ne peut pas faire avec cet outil, ce à quoi il devrait servir. Quand on voit l’état des équipements à Marseille, l’état de la voirie, ce sont des dizaines de millions d’euros qu’il faudrait investir. Il n’y a pas 40 solutions : soit une augmentation massive de la fiscalité mais les habitants sont-ils aujourd’hui en mesure de perdre du pouvoir d’achat ? Soit il faudrait renoncer à l’effet redistributif et contre-péréquateur de cette Métropole qui a sans cesse été pointé par les magistrats de la chambre. On en arrive à une situation insolvable. On ne pourra pas longtemps faire croire que cette Métropole est vivable. Elle ne l’est plus. J’appelle solennellement le gouvernement à se pencher sur cette Métropole. 2026 a été difficile mais 2027 sera apocalyptique. Toutes les circonvolutions, toutes les belles paroles du monde ne suffiront pas à remplir les caisses de la Métropole. Qui va-t-on faire payer ? Les entreprises avec le versement mobilité ? Vous croyez qu’elles sont prêtes à payer pour combler des trous ? Et les particuliers ? Il faut un consentement à l’impôt. L’impôt, c’est un effort pour vivre en collectivité parce qu’il permet de fabriquer des politiques publiques. On ne paye pas d’impôts pour les intérêts de la dette…

    Quelle alternative ?

    B.P. : Tout refaire ! Il faut tout repenser. Il ne peut y avoir ni totem ni tabou. Une Métropole telle qu’elle existe aujourd’hui est vouée à l’échec. À la fin ce sont les Marseillais qui vont trinquer. Je l’ai dit sur tous les tons pendant 6 ans : nous n’avons jamais réussi à faire Métropole, il n’y a que des intérêts particuliers, chacun défendant sa commune. Il ne peut pas y avoir de projet métropolitain dans un ensemble institutionnel sans argent. C’est comme si on jetait quelques subsides dans un cirque romain et qu’on demandait à des gladiateurs de se battre pour les récupérer. Ça ne fonctionne pas ! Les gens sont des adultes, ils se sont choisi des maires dans lesquels ils ont confiance. L’État ne peut pas nous laisser dans cette situation.

    Ça peut vouloir dire une fusion avec le Département ?

    B.P. : Ça peut vouloir dire beaucoup de choses mais je ne pense pas que le bloc communal soit fongible dans le Département, on a vu ce que ça a donné à Lyon. C’est voué à l’échec. On recommencerait à faire un gros machin qui ne fonctionnerait pas. Je crois aux compétences de proximité. Mais cette Métropole ne fonctionne pas. Non pas que Martine Vassal ait vidé les caisses, mais on apprend les choses au compte-goutte. Un établissement de coopération intercommunal doit d’abord être fondé sur la confiance. Ce n’est pas une collectivité, nous sommes les représentants de nos communes, nous sommes les élus de leurs habitants. Cet ensemble institutionnel n’est pas à la hauteur de nos ambitions. Je vis dans une ville qui fait 5 fois Lyon, 2,5 fois Paris et où le dernier métro a été inauguré avant ma naissance, il y a 48 ans ! Tout ça parce que l’argent a été servi à d’autres. Les attributions de compensation ont été calculées il y a 30 ans, à l’époque Marseille perdait des habitants, des emplois, les entreprises fermaient. Aujourd’hui j’ai des fleurons internationaux à Marseille, une ville qui attire des millions de touristes, qui produit énormément de richesses et nous ne bénéficions pas de tout cela. On me dit « c’est le fruit de l’histoire » mais je préfère regarder l’avenir que d’être tanqué dans un passé qui ne correspond plus à la réalité.

    En participant à la gouvernance métropolitaine dans ces conditions, notamment avec Samia Ghali, l’une de vos adjointes à la présidence de la RTM, n’est-ce pas un piège qui se referme sur vous ?

    B.P. : Elle travaille le plus possible pour améliorer les conditions de transports des usagers, elle fabrique de la tarification sociale, elle essaye de réfléchir à une nouvelle répartition des lignes aériennes, aux cadences des transports. On est en train d’avancer sur ces sujets mais on va se heurter à une réalité financière dans les années qui viennent. La RTM, à mon sens, doit peut-être devenir un établissement public autonome.

    Sur le modèle de la RATP ?

    B.P. : Pourquoi pas ? Il ne faut rien s’interdire. Le modèle tel qu’on l’a connu est éculé, terminé.

    Sentez-vous en cette rentrée, l’exaspération qui monte sur le pouvoir d’achat ?

    B.P. : J’aimerais bien fixer le prix de l’essence ou le niveau des salaires. Ce n’est pas la compétence d’un maire. En revanche, sur la question de la rentrée scolaire, je me suis mobilisé pour que les familles marseillaises aient des conditions meilleures qu’ailleurs avec un kit de rentrée scolaire, avec des grilles tarifaires de la restauration scolaire qui permette à 15 000 petits Marseillais de manger gratuitement, soit 5 000 de plus qu’avant. De la même manière on va augmenter le nombre de petits-déjeuners gratuits pour ne plus jamais avoir des petits qui ont le ventre vide à l’école. On ne peut pas tout, mais tout ce qu’on peut, il faut le faire. Un petit Marseillais, quel que soit son quartier, son histoire, sa religion, sa couleur de peau, il doit avoir les mêmes chances que les autres. L’école c’est fondamental pour moi, c’est là qu’on devient une femme, un homme, émancipés. Nos décisions sont prises avec une seule boussole : qu’est-ce qui est juste ?

    Qu’avez-vous envie de dire au gouvernement qui craint de voir renaître les Gilets jaunes et constate un calendrier syndical qui se remplit un peu plus chaque jour ?

    B.P. : Il est entre des feux contradictoires. Choisir c’est renoncer. Je crois profondément que la fiscalité dans ce pays est injuste. Celles et ceux qui gagnent le plus d’argent ne sont pas des ennemis mais ils ont des devoirs envers leur patrie. Quand on gagne beaucoup d’argent, c’est un honneur. Je ne dis pas de tout prendre mais que chacun contribue à sa juste mesure. On nous explique que les gens vont partir, ce sont des histoires à dormir debout, des berceuses des années 1980. Je crois que quoi qu’il en coûte, il faut aider les Français sur le pouvoir d’achat.

    Amine Kessaci, mécontent de ne pas pouvoir choisir la directrice de Marseille habitat dont il est le président vous a présenté sa démission. Comment avez-vous reçu cette nouvelle ?

    B.P. : D’abord je comprends qu’il puisse être affecté par ce vote. Ce ne doit pas être simple de se retrouver seul, mis en minorité par l’ensemble des administratrices et administrateurs d’un bailleur que l’on préside. Je le recevrai dans les prochains jours pour discuter de ce qu’il s’est passé. J’ai besoin de comprendre ce qui l’a poussé à faire ce choix. Aujourd’hui encore je ne comprends pas. J’ai entendu que c’était « le bureau de recrutement » que je ne connais pas qui avait motivé son choix. À partir du moment où il a souhaité mettre fin au contrat du directeur général qui a donné toute satisfaction jusqu’à présent, en tant que nouveau président, après tout pourquoi pas, je lui ai dit : « le choix devra se faire dans la plus grande transparence et qu’il n’y ait aucun doute sur la personne choisie ». Je pense que ni l’une, ni l’autre des conditions posées n’ont été remplies.

    Vous lui en voulez ?

    B.P. : La question n’est pas de savoir si je lui en veux ou pas. J’ai besoin de comprendre ce qui l’a amené à faire un choix aussi baroque. Il semble qu’il n’ait pas été convaincu par les multiples alertes données sur cette personne.

    Des alertes données par qui ? La mairie ?

    B.P. : Des alertes données par pas mal de personnes dont moi-même.

    Quand le verrez-vous ? Il a même proposé d’assumer lui-même le rôle de directeur général et, dit-il, à faire économiser de l’argent au bailleur.

    B.P. : Dans les prochains jours. Je n’ai pas bien compris ce que cela voulait dire. Amine Kessaci est quelqu’un de très intelligent, mais le dernier conseil que je lui donnerais c’est d’être président-directeur général. Cela l’exposerait juridiquement. Quand je vois la fougue et l’emportement qui sont les siens, je lui conseille de savoir raison garder. Je suis maire de Marseille, pas directeur général des services de la Ville. Il ne faut pas tout confondre.

    Cela signifie-t-il qu’il pourrait ne plus être votre adjoint ?

    B.P. : Je crois qu’il faut décorréler la situation à Marseille Habitat que j’ai besoin de comprendre et la confiance que je peux lui accorder par ailleurs. Si demain il devait démissionner de son poste d’adjoint, il faudrait qu’il m’en explique la raison.

    Dans notre région, ce sont dans les Bouches-du-Rhône que la gauche est dans la meilleure posture pour les sénatoriales. Quel est votre pronostic et où se porte votre soutien ?

    B.P. : Vous m’avez demandé 27 fois mon pronostic sur les municipales et 27 fois je vous ai répondu que je n’en faisais pas. C’est pareil pour ces sénatoriales. J’espère que cette liste d’union, solide, qui représente les territoires, les sensibilités, avec des histoires différentes, des horizons et des enracinements différents, arrivera en tête. Ce serait un très beau signal pour la gauche dans le pays, pour tout ce à quoi je crois. Le rôle des sénateurs va s’accroître dans un pays instable qui peut connaître le pire. Le rôle du Sénat doit être celui de garant de l’État de droit et de la continuité républicain, celui d’une vigie. Pour cela, il faut des sénateurs qui ont la conviction profonde que la République est une et indivisible, que sa devise est « Liberté, Égalité, Fraternité », que ses racines plongent dans la Révolution française, dans les forces de la lumière contre celle de l’obscurité. J’y crois avec force. Les listes de gauche qui n’ont aucune chance de faire un siège, vont prendre des voix à la liste d’union et à la fin c’est quoi ? Un siège en plus pour l’extrême droite. Je leur dis les yeux dans les yeux.

    Votre famille politique d’origine organise une primaire, vous intéresse ? Vous positionnerez-vous ?

    B.P. : Non.

    Pourquoi ?

    B.P. : Mon travail est d’être maire de Marseille. Je reste un homme de convictions. J’entrerai dans la danse si je sens un danger arriver. Je ne m’occupe pas des partis. Ça ne m’intéresse pas. Je dis simplement une chose : vous n’avez pas le droit de vous diviser. Je n’aurais pas l’outrecuidance ni la vacuité de penser que c’est duplicable. Mais c’est un exemple comme un autre. On nous a expliqué que le Printemps marseillais c’était des rigolos. Il se trouve qu’on a été élus en 2020 et réélus en 2026 sur un totem, celui de l’union. Les divisions permanentes pour savoir qui est le plus à gauche, qui est le moins gauchiste, le plus écologiste, le plus raisonnable, le plus révolutionnaire… Ce sont des débats de chambre. Les gens veulent une seule proposition. Je dis : ne partez pas en ordre dispersé parce qu’à la fin c’est l’échec.

    À Marseille, votre conception du rassemblement c’était sans LFI. Quand vous parlez d’une seule candidature, c’est avec ou sans LFI ?

    B.P. : C’est Jean-Luc Mélenchon qui a déjà répondu à cette question. Il est parti, il croit en son destin, l’ambition de sa vie n’est rien d’autre que d’occuper le fauteuil de François Mitterrand. Il se fout pas mal de ce qui se passera à la fin, il espère être président de la République quel qu’en soit le coût. C’est triste.

    Renaud Muselier a confié à « La Marseillaise » que vous lui aviez donné votre accord pour travailler à une cérémonie de clôture des JO 2030 à Marseille. Vous n’étiez pas en si bons termes auparavant ?

    B.P. : Le président Muselier est un pragmatique. Il m’a demandé si j’étais d’accord pour que ça se passe à Marseille. J’ai lui ai naturellement répondu oui parce qu’on sait faire, on sait organiser des événements internationaux. Renaud Muselier sait que ça sera réussi si c’est à Marseille. Mieux qu’ailleurs !

  • Jean-Luc Queyla, un pompier pour éteindre le feu chez Tecelys

    Jean-Luc Queyla, un pompier pour éteindre le feu chez Tecelys

    Jean-Luc Queyla est l’actuel adjoint avignonnais chargé de la sécurité et des risques majeurs, mais fut aussi lieutenant-colonel des sapeurs-pompiers et chef de la caserne d’Avignon.

    Seul candidat, il succède à Joël Guin dans la délicate mission de remettre de l’ordre au sein de la SPL, dans le viseur de la justice depuis juillet et l’ouverture d’une enquête préliminaire visant des infractions en matière de probité. Comme nous le révélions, des perquisitions simultanées ont été menées, début juillet, aux sièges du Grand Avignon, de Tecelys, mais aussi du domicile de Joël Guin. Jean-Luc Queyla aura fort à faire en s’appuyant aussi sur les recommandations de la Chambre régionale des comptes, qui a transmis son rapport provisoire sur la SPL. Déjà, l’audit commandé par le précédent exécutif avait tiqué sur le cumul de casquette entre président et directeur général, plaidant pour scinder les deux fonctions « afin de bénéficier d’une séparation claire des pouvoirs entre stratégie/surveillance (président) et opérationnel (DG) ».