Les villes de l’étang de Berre sont méconnaissables. Les pluies torrentielles laissent derrière elles un lourd bilan. Dans la nuit de lundi à mardi, puis dans la soirée de mardi, un épisode méditerranéen a donné des cumuls records sur l’ouest et le nord de l’étang de Berre : de 150 à 300mm sont tombés en 24h, soit près de la moitié des précipitations annuelles habituelles. « Du jamais vu », confie une Port-de-Boucaine.
À Saint-Mitre-les-Rempart, située à l’épicentre du phénomène, un homme de 75 ans est mort. Malgré une importante opération de recherche, mobilisant notamment l’hélicoptère Dragon 131, la victime a été retrouvée décédée par les services de secours, en milieu de matinée, après avoir été emportée par les eaux jusqu’à Istres. « La personne qui l’accompagnait a pu être sauvée », précise le préfet des Bouches-du-Rhône.
Au total, 700 pompiers du Sdis 13 sont intervenus plus de 1 000 fois pour des sauvetages ou des opérations de pompage. Des renforts extra-départementaux de l’Aude et de la Haute-Garonne étaient en transit, mardi soir.
Martigues, Port-de-Bouc, Saint-Mitre-les-Remparts, Salon-de-Provence et Saint-Chamas signent la journée la plus pluvieuse de leur histoire. De nombreuses routes ont été coupées, ainsi que la ligne ferroviaire entre Marseille et Miramas via Rognac.
À Saint-Mitre-les-Remparts, où des dizaines d’habitations et de commerces ont été touchés par les inondations et où d’importants phénomènes de ruissellement ont affecté notamment le vallon de Massane, le littoral et la ZAC des Étangs, un centre d’hébergement d’urgence a été déployé au gymnase René-Jauras. Le camping Neptune y a été évacué. À Saint-Chamas, plus de 150 sinistres ont été recensés, entre inondations, glissements de terrain, chutes d’arbres et effondrements de murs. Un centre d’accueil a été ouvert à la cantine Gabriel-Péri.
À Martigues, des coulées de boue, des chutes d’arbres et de rochers ont impacté Touret de Vallier, Boudème, l’ancienne route de Marseille, la route de Ponteau et l’hypercentre de Jonquières. La Ville a ouvert le gymnase Aldéric Chave pour y accueillir les personnes en difficulté. Le maire (PCF) Gaby Charroux « salue avec force l’engagement et le professionnalisme de l’ensemble des équipes mobilisées et leur dévouement exemplaire ».
À Port-de-Bouc, plus d’une cinquantaine de foyers ont été touchés, principalement dans les quartiers de la Bergerie, dans les Résidences de la paix et la Gafette. Les Arcades ont été évacuées en fin d’après-midi, en raison de « forts ruissellements » et d’une « importante concentration d’eau de pluie dans les bassins de rétention », expliquent les services de la Ville. La municipalité a mis à disposition la salle Gagarine, où le Secours populaire a tenu un stand solidaire pour les sinistrés. Concernant les équipements publics, un bilan global est en cours, « mais nous pouvons d’ores et déjà certifier que nous avons eu des dégâts importants dans la crèche Rambaldi, à l’école Marcel Pagnol et au centre de loisirs Lucie Aubrac », affirme la majorité, qui espère qu’un état de catastrophe naturelle sera décrété.
Les services de l’hôpital de Martigues ont été aussi été affectés. Aux urgences, dans le bâtiment situé en contrebas d’une pente, « l’eau rentrait jusqu’à la salle d’attente des patients », témoigne une soignante. Et la situation est récurrente. « Quand il y a de grosses pluies qui durent longtemps, tu sais que t’es inondé à tous les coups », assure-t-elle, préférant garder l’anonymat. « Il faut racler l’eau, faire attention au matériel, tout en prenant les patients en charge en sécurité. » Face à l’urgence de la situation, un plan de mobilisation interne a été activé dès 7h par la direction, en lien avec l’Agence régionale de santé et le Samu. « Grâce à la mobilisation, à l’engagement et la disponibilité des professionnels, l’ensemble des prises en charge a pu être maintenu », salue Loïc Mondoloni, le directeur de l’établissement.
Dans la journée, la dialyse et le laboratoire ont aussi été inondés. « Les personnels ont clairement peur que les murs leur tombent dessus », confie encore la soignante. Des vidéos montrent en effet de l’eau qui tombe des parois, et des soignants pataugeant dans les couloirs. La direction parle « d’infiltrations » et « d’écoulements ponctuels », assurant que « la situation est sans commune mesure avec celle qui aurait pu être rencontrée il y a quelques années grâce aux importants travaux de réhabilitation et d’étanchéité déjà réalisés ». La CGT demande des travaux urgents pour accueillir dignement la population.
Alors que le centre hospitalier conduit un programme de modernisation de son patrimoine, Loïc Mondoloni affirme : « Cet épisode confirme la nécessité de poursuivre ces investissements afin de renforcer la résilience de nos infrastructures face à des phénomènes climatiques dont la fréquence et l’intensité tendent à augmenter. » La preuve en images.

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