[Procès Félix Bingui] Mohamed H. , un « Pirate » qui la joue profil bas

Casier, parcours professionnel, personnel… À la barre de la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille, ce mardi 19 mai, deuxième jour de procès du clan Yoda, les co-prévenus défilent, sous le feu des questions de la présidente qui tente d’en savoir plus sur leur profil. Après Félix Bingui, présenté par les enquêteurs comme le chef de la bande la veille, et qui a consciencieusement nié en bloc toute implication dans le narcotrafic, est venu le tour de Mohamed H., dit le « Pirate » présumé bras droit du « Chat », qui aurait été en charge du ravitaillement en cannabis du réseau.

Il fait plus que profil bas, rendant ses réponses inaudibles malgré les demandes réitérées de la présidente de hausser le ton et de parler dans le micro. À 33 ans, mis en examen pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment d’un délit de trafic de stupéfiant, il comptabilise neuf mentions à un casier judiciaire démarré en 2012, avant de passer en cours d’assises trois ans plus tard. Aujourd’hui au RSA, papa d’un petit de 3 ans qu’il n’a pu reconnaître, il tente de justifier ses allers-retours en Algérie, à Dubaï, en Thaïlande durant le temps de l’enquête, menée de 2021 à 2023.

Un discours

de circonstance ?

S’il a traversé la Méditerranée, c’est en raison de sa séparation avec sa compagne et pour suivre une formation « sur la promotion immobilière. » Mais « cela n’existe pas en France ? Vous vivez de quoi à Oran ? », questionne la présidente, qui s’inquiète de savoir comment il se logeait sur place. « J’avais peu de moyens, mais des économies et puis aussi [le gain de] paris sportifs », lui lance-t-il. De quoi financer aussi des séjours au ski. « Il y a beaucoup de gens qui ont des économies monsieur dans ce dossier, vous avez les justificatifs de ces gains ? » rétorque la présidente, face à un prévenu bien en peine de lui répondre.

Dubaï, où il a pourtant le titre de résident confirme-t-il, c’était au départ pour un mois de vacances. Avant de trouver un emploi de serveur par le biais d’un ami. Où alors c’est pour y faire des escales, dans le cadre de vacances en Thaïlande. Mais il en est revenu après avoir « réfléchi 6 mois », déplorant le niveau du loyer.

Confus, dans un chuchotement, il évoque la gestion de magasins, la vente de cigarettes, des activités de taxi, dit miser sur son BEP carrosserie obtenu à l’âge de 18 ans, qu’il n’a pas terminé faute de stage pratique pour l’avenir.

« En France, je souhaite assumer pleinement mon rôle de père », balance-t-il devant une présidente dubitative. Ses demandes de levée des obligations de contrôle judiciaire, refusées, et de pouvoir retourner dans les Bouches-du-Rhône, c’est pour « mon fils », insiste-t-il. « Ce n’est pas de circonstance ce discours-là ? Cela a beaucoup évolué dans le temps », constate-la présidente. Sur son parcours judiciaire, il se dit influencé. « J’étais mineur, j’ai eu de mauvaises fréquentations, mais j’ai essayé de trouver du travail », avance-t-il.

Quand le procureur lui demande des précisions sur son rôle éventuel dans une affaire en date de 2010, dans laquelle Félix Bingui a été désigné notamment comme numéro 2 de la bande des Carmes, il réfute avoir été ravitailleur, assurant que ce dernier était son ami du point de vente. Son avocat, Gaëtan Poitevin, en rajoute une couche : « On essaie de vous associer à ce dossier où cette affaire ne serait que la continuité de la bande des Carmes et un trafic généralisé. »

Et d’insister sur la bonne volonté de son client qui, après une consommation de cannabis importante, ne fume plus. Il faudra attendre les débats sur le fond de l’affaire, prévus pour la fin de semaine prochaine le concernant, pour rentrer dans le vif du sujet…

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *