Un service militaire mais pour quoi faire ?

« Elle aura bien de la peine pour élever les enfants. Elle aura bien de la peine car je m’en vais pour longtemps. » Ces paroles de la Blanche Hermine, un chant militaire un brin archaïque, sont chantées en chœur ce vendredi 5 décembre par les recrues militaires, hommes comme femmes, du Centre de préparation opérationnelle du combattant de l’armée de l’air sur la base aérienne 115 d’Orange, tout en marchant au pas sur la place d’armes du quartier Geille. Pendant qu’un autre groupe de soldats en formation, équipés de protections de la tête aux pieds, se tapent dessus à l’aide de matraques et de boucliers en mousse, mais aussi avec des mitraillettes factices peintes en rouge, le lieutenant Yann explique que « c’est ce que vont également faire les jeunes du service national pendant les quatre premières semaines ».

La base aérienne du nord de Vaucluse a été choisie pour accueillir la moitié des 600 premiers volontaires du service national dans l’armée de l’air et de l’espace. Ainsi, dès septembre 2026, 100 jeunes volontaires « avec ou sans bac » seront accueillis en Cité des Princes pour une durée de 10 mois. Puis 100 en octobre et 100 en novembre. Les 300 autres iront à la base aérienne 105 d’Évreux. Avec pour objectif d’avoir 2 000 jeunes en service national en 2030 dans l’armée de l’air, à travers cinq bases aériennes du pays.

Chacun d’entre eux aura donc une formation générale d’un mois pendant laquelle « ils vont apprendre les fondamentaux », assure le lieutenant Yann. Avec donc du « combat rapproché » pour avoir les « bons réflexes du combattant », avec les exercices présentés précédemment. Mais aussi le maniement des armes, notamment des fusils d’assaut. Et ce, en premier lieu à l’aide de simulateurs présentés quelques instants plus tard. Par groupe d’une dizaine de recrues, on enchaîne préparation de son arme, tir debout, un ou deux genoux à terre et allongé en visant un écran où apparaissent des cibles de forme humaine au milieu d’un terrain désertique. L’instructeur conseille de viser « au niveau du torse » tout en analysant les « courbes de tir » et en donnant des conseils aux apprenants. Et finalement d’apprendre à « marcher au pas et à porter l’uniforme ».

Trois types d’emplois

Ce vendredi se tenait donc une journée de présentation plus approfondie du dispositif. « On est prêts et on a besoin d’eux », lance micro en main la générale Valérie Godin, aussi directrice des ressources humaines de l’armée de l’air et de l’espace. La haute gradée a donné plus de détails après l’annonce de fin novembre dernier du président de la République. Elle précise que trois « types d’emplois » peuvent être exécutés par les futurs volontaires. Tout d’abord dans « l’engagement opérationnel au profit de la protection des bases », c’est-à-dire en patrouilles type Sentinelle dans les lieux publics. Ensuite des postes « en escadron », comme par exemple à la maintenance, à la logistique ou même en cuisine selon l’appétence de chacun. Et finalement des emplois « plus expertisés » destinés aux volontaires plus âgés, avec des formations « type licence ou master » dans des domaines très diversifiés tels que les ressources humaines, l’ingénierie, la cybernétique ou même l’aérospatial. Avec une rémunération située pour la plupart du temps entre 800 et 1 000 euros.

Une flopée de possibilités que l’armée a souhaité illustrer au sein de la base aérienne en disposant dans un hangar cinq métiers différents ouverts aux volontaires à Orange. Par exemple armurier, « un boulot exigeant car on gère un gros panel d’armes », précise l’aviateur Corentin tout en maniant un fusil Famas. Ou encore assistant du moniteur de sport de la base ou assistant chenil. Mais aussi la gestion de la planification des vols de la base « afin de faciliter la vie des pilotes », assure le caporal-chef Nathan, posté devant un avion de chasse Rafale.

Une réponse au contexte géopolitique

Un service national qui, d’après la générale Valérie Dodin, a pour but de renforcer « la cohésion nationale » et « apporter sa pierre à quelque chose de plus grand ». Mais si le ministère des Armées évoque sur son site « un nouveau dispositif qui vise à renforcer la résilience du pays, à consolider le lien armées-nation et à adapter notre modèle de défense aux menaces de demain », ou encore le site du gouvernement qui précise que la mise en place répond à une « dégradation du contexte international » en citant la guerre en Ukraine ou encore le désengagement américain, le contexte géopolitique actuel a soigneusement été évité tout au long de la journée par le corps militaire. « Pas le sujet du jour », nous assène-t-on. Mais sans doute celui de demain.

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