Tag: ressources humaines

  • La France brûle, les moyens manquent

    La France brûle, les moyens manquent

    Posté devant les flammes de l’incendie hors-norme de Gironde, qui a brûlé 50 000 hectares et coûté la vie à deux pompiers depuis le 22 juillet, un sapeur témoigne sur France 3 Aquitaine : « On essaie de dormir 3 ou 4 heures par nuit, mais les organismes commencent à être touchés. Pour moi, comme pour les collègues, ça commence à tirer ». Le même jour sur franceinfo, un autre s’indigne : « Non, on n’est pas assez nombreux. Mais on fait comme on peut, parce que c’est la guerre. »

    Pourtant, les cris d’alerte ne datent pas d’hier. En 2021 déjà, dans le cadre d’un conflit social porté par les sapeurs-pompiers pour obtenir une meilleure rémunération, la CGT des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis) pointait la perte de 1 000 camions dédiés à la lutte contre les incendies entre 2000 et 2020. « Le problème en France c’est que, schématiquement, nous n’avançons que lorsqu’on affronte une catastrophe. Un an plus tard, après les mégafeux de 2022 [60 000 hectares de forêt ont brûlé cette année-là dans le pays, ndlr], le Président a fait de grandes annonces et a promis de 1 080 nouveaux véhicules », note Sébastien Delavoux, sapeur-pompier et représentant syndical de la CGT Sdis. Des annonces positives, mais tardives et insuffisantes selon le syndicaliste : « D’abord parce qu’il faut attendre 2027 et 2028 pour que tout soit livré, ensuite parce que cette nouvelle flotte ne comblera pas le vide, car elle remplacera une partie des engins aujourd’hui devenus trop vétustes ».

    Penser une réponse durable

    Les déficits d’effectifs humains ont eux aussi été signalés par la CGT Sdis, dans un communiqué d’octobre 2025. Le document indique, notamment, que le nombre d’hommes de rang volontaires, regroupant les grades de sapeur et de caporal, est passé de 161 230 en 2002 à 123 453 en 2023. Une évolution préoccupante alors même que le risque incendie s’est étendu dans l’espace comme dans le temps depuis les années 2000, sous l’effet du changement climatique, selon le ministère de la Transition écologique. « Il faut interroger la centralité des pompiers volontaires et embaucher davantage de professionnels qui puissent garantir une disponibilité sur tout le territoire », souligne Sébastien Delavoux.

    Mais ces perspectives d’embauche restent limitées par les moyens des Départements, en charge d’une large partie du financement des Sdis. De quoi pousser l’association des Départements de France à réclamer, lundi, dans un communiqué, « l’ouverture immédiate d’une réforme du financement des Sdis, assortie de ressources nouvelles, pérennes et à la hauteur des risques auxquels notre pays est désormais confronté ».

    Au-delà des manques de moyens constatés directement chez les pompiers, Sébastien Delavoux dénonce des coupes budgétaires chez d’autres acteurs de la prévention : « Le nombre d’agents de l’Office national des forêts (ONF) est passé de 12 500 à 8 000 en vingt ans. Évidemment que ça dégrade l’entretien de la forêt. Leur travail ne se voit pas, mais est essentiel ».

    Dans un communiqué, mardi, la CGT nationale, qui souhaite « rendre obligatoire et automatique la libération effective des pompiers volontaires par leurs employeurs pendant les interventions », plaide elle aussi pour « renforcer les effectifs de pompiers professionnels et les moyens matériels ». Le syndicat réclame par ailleurs la sortie d’une logique de gestion de crise et l’engagement de véritables politiques de prévention, d’adaptation et de renforcement des moyens publics face à une crise climatique devenue durable.

    D’après les projections de Météo France, au sujet des feux de forêts, le nombre de jours à risque élevé devrait être multiplié par deux d’ici 2050, du fait du réchauffement climatique.

  • David Gibaud prend la tête de l’opposition à Istres

    David Gibaud prend la tête de l’opposition à Istres

    Il y a du changement dans l’opposition istréenne. Lors du dernier conseil municipal avant la pause estivale, le groupe « Nous sommes Istres », a changé de présidence. Suzelle Ayot laisse sa place à David Gibaud, primo-élu. Emmanuelle Taupin-Mayor, quitte quant à elle le collectif pour siéger en indépendante, comme son compagnon Olivier Mayor lors du précédent mandat.

    Changement aussi, du côté de la collectivité. Le maire Robin Prétot a annoncé, dans le cadre de la procédure en vigueur relative aux emplois fonctionnels qu’« en vue de réformer, adapter notre administration et réduire le nombre de directions et de directions générales, j’envisage la décharge de quatre directeurs et directrices généraux adjoints ».

    « C’est un choix très pragmatique, il y avait cinq ou six DGA dans une commune comme Istres, c’est disproportionné, estime-t-il. Donc l’envie est de réduire, rationaliser, cette organisation. L’emploi de fonctionnel n’est pas le statut de fonctionnaire, après ce sont des choix de carrière individuels, soit on arrive à les replacer en interne dans un poste qui correspond à leur statut, soit certains veulent partir pour rejoindre d’autres collectivités. »

    Les résultats de l’audit des ressources humaines et des finances, qui seront dévoilés publiquement à la rentrée « vont nous permettre de continuer à travailler cette réorganisation avec un nouvel organigramme, plus simple, plus efficace, préparé en lien avec les partenaires sociaux », affirme l’édile.

    Police municipale

    Se saisissant du drame qui a coûté la vie à Milyan Paloma, 21 ans, le mois dernier, l’extrême droite a invité le maire à procéder à des recrutements au sein de la police municipale. David Gibaud note : « La ville d’Istres est l’une des mieux dotées des Bouches-du-Rhône à ce jour, il y a peut-être de la réorganisation à faire, mais ce n’est pas un problème de bleu sur la voie publique. La police est présente, on la voit régulièrement. » Et Robin Prétot d’approuver : « On a quand même 90 personnes qui travaillent dans la direction de la police municipale H24 7/7j. » Ce sont d’ailleurs ses agents qui ont procédé à l’arrestation de deux suspects dans cette affaire.

  • Robin Prétot fait le bilan de ses 100 premiers jours

    Robin Prétot fait le bilan de ses 100 premiers jours

    C’est une étape « importante et symbolique » de début de mandat, que Robin Prétot (LR) a souhaité mettre en avant : le cap des cent jours. Un peu plus de quatre mois après avoir été élu, il présente les premières réalisations de sa nouvelle majorité. « Près de 60 % des voix en triangulaire face à un prédécesseur installé depuis des décennies c’est assez important, mais on s’est toujours dit qu’il fallait garder la tête froide et faire preuve d’humilité parce que ça veut dire qu’il y a une attente très forte de la population et donc une capacité à décevoir qui peut être très grande. C’est pour ça qu’on a passé 100 jours de mandat très actifs. »

    Et ce dès les quinze premiers, avec le vote du budget. « On a frôlé la tutelle, il a fallu liquider la régie Nexus et rééquilibrer le budget du centre équestre du Deven qui avait un déficit de plus de 100 000 euros, rappelle le maire. On a évité ça. (…) Par contre la question se pose pour 2027 : comment on équilibre ? »

    Dès son installation, le conseil municipal a donc lancé un audit des finances et des ressources humaines de la Ville, dont les premiers résultats lui ont été présentés « il y a quelques jours », précise Robin Prétot, qui annonce d’ores et déjà qu’ils sont « mauvais » et qu’ils « vont appeler à des choix courageux qu’il va falloir faire à partir du second semestre ».

    Une réunion publique dédiée à la question sera organisée en septembre. D’ici là, une lettre de cadrage sera envoyée aux différentes directions pour préparer un cycle de conférences budgétaires, « noter les priorités avant de faire des arbitrages », détaille l’édile, qui espère voter le prochain exercice en janvier plutôt qu’en avril. « On va essayer de se donner cette discipline-là chaque année. On va aussi monter un comité d’arbitrage pour les investissements. Il faut qu’on puisse avoir de la perspective surtout vu les enjeux métropolitains qui nous entourent. »

    Quoi qu’il en soit, Robin Prétot est clair : il va falloir faire des économies. « On a du potentiel mais ça va nécessiter des choix et de la sobriété », assure-t-il. En interne, la révision de certains régimes indemnitaires et de certaines rémunérations à l’aune du principe d’équité devrait rapporter des sous et amener plus de transparence dans la gestion municipale. « À métier et compétences égaux, certains n’ont pas du tout le même salaire. C’est le fruit de l’histoire et de relations passées. Le tout c’est d’avoir la franchise de le dire et intelligence de le faire avec les syndicats. »

    Les représentants auront aussi la tâche de « flécher les politiques sociales indispensables pour les agents et ce sur quoi on peut rogner pour avoir l’équilibre budgétaire à la fin ». Des groupes de travail seront lancés à la fin de l’audit RH.

    Du concret

    Cette situation n’a pas empêché la nouvelle majorité d’initier plusieurs chantiers. L’objectif de climatiser 100 % des écoles d’ici l’été prochain devrait être tenu. « Le marché était prêt, mais rien n’était inscrit au budget, souligne Robin Prétot. Il a quand même fallu faire un emprunt d’1,5 million d’euros pour lancer ce projet, qui va commencer cet été. Il y aura des travaux pendant toutes les périodes de vacances scolaires. »

    Le plan Phénix pour revitaliser le centre-ville a lui aussi vu le jour. La population peut faire des propositions via une urne installée dans l’Office du tourisme. « On a commencé les premières réunions techniques pour ce programme assez transversal. (…) On a entamé des premiers contacts avec la SOLEAM car il nous faut un outil de portage foncier pour acquérir du patrimoine le rénover le louer ou le revendre. »

    En parlant de patrimoine, un appel à projet va être ouvert pour définir la nouvelle vocation de la mairie historique, qui ne sera donc finalement pas vendue à la Métropole pour un euro. Robin Prétot affirme : « Pour faire vivre le centre-ville faut créer une logique de flux, avec de l’art, des musées, de l’administration ou d’autres types de services publics comme les écoles. » Celle des Carmes, qui devait devenir un parc urbain, pourrait finalement être préservée sur demande de la Direction régionale des affaires culturelles et des bâtiments de France suite à la découverte de peintures historiques. « On peut se dire qu’on garde l’établissement et qu’on le repense dans sa vocation originelle en y remettant une maternelle, avec une cour et un parc réduit. » La réflexion va être lancée.

    Côté bétonnage, le principal sujet de la campagne municipale, 620 projets de logements ont été mis à l’arrêt. Les révisions du Projet d’aménagement et de développement durable, du PLU et du PLUi sont actées auprès de la Métropole.

  • L’État passe au rabot ses chercheurs et ingénieurs

    L’État passe au rabot ses chercheurs et ingénieurs

    Un pillage en règle des fonds de la recherche publique. Comme à Paris, Toulouse ou Grenoble, ingénieurs, chercheurs, directeurs de recherche se sont retrouvés ce jeudi 11 juin sur la place Charles-de-Gaulle pour dénoncer les baisses de subventions successives opérées par l’État envers les établissements publics de recherches. CNRS, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria)… Tout le monde est concerné.

    « Ils sont allés taper dans les fonds de roulement, les ressources propres fléchées et non fléchées. On est à l’os », résume Didier Gori, secrétaire régional du SNTRS (Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique)-CGT Provence Corse, ingénieur chimiste de l’environnement.

    Concrètement, toutes les strates du budget des laboratoires sont touchées. D’abord l’argent que ces derniers réussissent à décrocher dans le cadre de partenariat avec les entreprises, « qui améliore l’ordinaire et permet notamment d’acquérir du matériel ou de l’entretenir », commente le syndicaliste. C’est sur cet apport aussi que « nous réalisons les travaux préliminaires de nos recherches qui vont nous servir à décrocher des projets, car nous devons tout justifier », ajoute Véronique Alphand, du Syndicat national de la recherche scientifique (SNCS)-FSU, chercheure en chimie « en interface avec la biologie ».

    Les financements obtenus auprès de l’Agence nationale de recherche (ANR), de l’Europe sont aussi concernés assurent les syndicats. L’Agence voyant ses possibilités revues à la baisse de 9% s’indigne Didier Gori. « France 2030 sera impactée de 100 millions, la Mission interministérielle Recherche et Enseignement supérieur (Mires) de 139 millions d’euros », liste-t-il. Des coupes qui s’ajoutent au milliard d’euros d’économie annoncé par le gouvernement sur les services publics, avec 62,2 millions en moins pour les établissements de recherche publique.

    Les CDD gelés au CNRS

    Les conséquences se font sentir. Dans une lettre adressée ce vendredi 8 juin aux directeurs d’instituts, délégués régionaux et directeurs d’unités, le patron du CNRS détaille des mesures conservatoires pour coller au budget « rectificatif » où Bercy réclame l’annulation de 20 millions d’euros supplémentaires. Sur la « masse salariale limitative », 70% des recrutements ou renouvellement d’agents en CDD sont gelés jusqu’au 30 septembre. Sur les fameuses « ressources propres », 100% des recrutements d’agents en CDD sont gelés. À noter que le CNRS Paca Corse, avec ses 82 structures de recherche, 1 008 chercheurs, 1 238 ingénieurs, techniciens et administratifs dont 727 contractuels, 222 doctorants, et 277 millions d’euros de budget annuel est parmi « les investissements les plus conséquents du CNRS en région », indique son site Internet.

    Conditions de travail dégradées, turn-over important dans l’administratif, manque d’attractivité, s’ajoutent à la mise en péril des projets témoignent les manifestants. Nathan qui travaille au laboratoire d’astrophysique de Marseille, déplore la mise en concurrence à l’intérieur même de l’unité. « On met à mal la recherche fondamentale », se désole un autre collègue. Tout ça au profit d’une « économie de guerre », s’agace Didier Gori, alors que face « aux défis environnementaux, climatiques, sociétaux », la recherche a toute sa place, estime-t-il, lui qui travaille justement au quotidien sur la pollution.

    « Un pays qui n’investit plus dans sa recherche, c’est un pays qui perd sa souveraineté », pose le syndicaliste. Et un « déni démocratique », embraye Véronique Alphand. « Lutter contre le complotisme ambiant, montrer que la science ça sert c’est aussi ça l’intérêt de la recherche », assène-t-elle.

  • À Istres, Robin Prétot veut mettre fin à « la culture de la gratuité »

    À Istres, Robin Prétot veut mettre fin à « la culture de la gratuité »

    Pour Robin Prétot, cette séance est la première à être vraiment « politique ». Deux mois après son arrivée au pouvoir, le nouveau maire (LR) affiche une rupture claire avec son prédécesseur. Alors qu’un audit financier et ressources humaines (dont les premiers éléments devraient être révélés en juillet) est en cours, la majorité entame d’ores et déjà une démarche de rationalisation avec une vente aux enchères de 150 biens mobiliers communaux, dont 55 véhicules « d’un parc qui en compte plus de 300 », qui aura lieu samedi 27 juin sur l’esplanade Charles de Gaulle.

    « On n’est pas là pour venir remplacer les voitures personnelles des familles. (…) Il y a un problème d’inéquité dans cette collectivité », justifie Robin Prétot, qui affirme avoir évalué les besoins de chaque service avant toute reventilation. Certains biens de la régie Nexus, officiellement liquidée, seront aussi en vente. Les retombées financières pour la Ville devraient osciller entre 100 000 et 140 000 euros.

    La cession de la mairie annulée

    Exit, également, les places exonérées dont bénéficiaient les agents de la collectivité. La Ville en réintègre une partie à la vente. Gain minimum estimé : 40 000 euros. Concernant les Nuits d’Istres, ces tickets gratuits passeront de 400 à 234. « C’est la fin de la culture du tout gratuit, assène Robin Prétot. Pas plus tard que ce matin je suis tombé sur les réseaux sociaux sur quelqu’un qui revendait une place exonérée. On ne se fait pas d’argent sur le dos de l’argent public. »

    Pas d’économie, en revanche, du côté des subventions versées aux associations et aux organisations syndicales. Pour cette fois en tout cas. Si le montant reste précisément le même qu’en 2025, à savoir 5,9 millions d’euros, Michèle Leban, première adjointe au maire déléguée à l’administration municipale, annonce : « Vu nos contraintes budgétaires actuelles, on ne sera sûrement pas en capacité de faire la même chose l’année prochaine. »

    Dans le même temps, le conseil municipal a voté l’annulation de la délibération relative à la vente à la Métropole de l’ancienne mairie pour un euro symbolique. « À l’époque, l’idée de l’ancienne majorité était d’éviter d’avoir à assumer 4 millions d’euros de travaux de rénovation », rappelle le conseiller d’opposition David Gibaud, interrogeant : « Quel est le projet de la majorité ? Pour quel coût ? » Rien n’est arrêté, mais le maire a des idées : lancer un appel à projet ou y réinstaller des services municipaux. Une chose est sûre : la majorité « ne veut pas dépendre de la Métropole pour l’avenir de ce bâtiment qui fait partie de notre patrimoine ». Robin Prétot se veut rassurant : « C’est de l’investissement. Ne vous inquiétez pas il y a des subventions qui existent. Bien sûr qu’il y aura un coût, mais c’est un choix politique. »

  • Vent debout contre la sélection par la nationalité à l’université

    Vent debout contre la sélection par la nationalité à l’université

    Devant les portiques du campus Saint-Charles de l’Université d’Aix-Marseille (AMU), une autre forme de tri se met en place. Près des grilles, personnels et étudiants plongent la main dans une boîte où il est inscrit : « La nationalité, une question de chance ». Une mise en scène symbolique pour dénoncer la sélection à l’entrée de l’université. Ce mardi 12 mai à midi, une mobilisation intersyndicale d’enseignants, personnels et étudiants s’est tenue sur place. Elle vise la décision du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, de mettre fin à la possibilité d’exonération des frais pour la majorité des étudiants étrangers hors Union européenne.

    Bénissia, en master gestion des ressources humaines, se sent concernée. Originaire de République centrafricaine, elle étudie aujourd’hui à Aix-Marseille. « Moi, comme j’y suis déjà, ça ne me concerne pas. Mais ma sœur, qui vit en Centrafrique, veut venir. Elle a candidaté ici, mais avec ces frais, ça devient hyper compliqué. Si j’avais été dans cette situation, je ne sais pas si j’aurais fait le choix de venir », confie-t-elle. Pour rappel, en 2019 le plan « Bienvenue en France », censé renforcer l’attractivité des universités, avait déjà entraîné une forte hausse des frais pour ces étudiants : de 170 à 2 900 euros en licence, et de 250 à 3 900 euros en master. Jusqu’ici, de nombreuses universités contournaient ces montants grâce aux exonérations prévues par le texte.

    « Un décret excluant »

    Le gouvernement souhaite désormais en limiter drastiquement l’accès. Sur les 80 000 étudiants que compte Aix-Marseille, environ 5 000 sont extra-communautaires. « Cela ne concernerait plus que 10% des étudiants extra-communautaires. Autrement dit, 90% paieraient plein tarif », explique Julien, enseignant-chercheur en informatique et membre du syndicat Sud Éducation. Selon lui, cette mesure risque d’aggraver la précarité d’étudiants déjà fragiles. « J’avais un étudiant réfugié de Guinée : on s’est cotisés pour lui payer ses frais d’inscription », raconte-t-il, avant de dénoncer « un décret excluant, discriminant et xénophobe ».

    C’est aussi le rôle des étudiants internationaux dans l’université qui est mis en avant. Eric Berton, président de l’AMU, le rappelle : « L’excellence de nos universités se construit avec les étudiants internationaux. Ce sujet ne peut pas être regardé uniquement sous l’angle budgétaire […]. Pour AMU, l’ouverture sur le monde et la Méditerranée est un pilier de notre identité », rappelle-t-il. Christophe Baticle, maître de conférences en sociologie et anthropologie, en témoigne : « J’ai étudié à Amiens avec un ami venu du Congo. Aujourd’hui, nous menons des recherches ensemble, aussi au Congo. Il ne serait jamais venu avec ces conditions », constate-t-il. À quelques pas, un collègue plonge sa main dans la boîte : « Argentine ! ». Une syndicaliste lui répond avec ironie : « Ce sera 2 900 euros. Bienvenue en France ! ».

  • À Istres, Robin Prétot lance l’audit financier de la Ville

    À Istres, Robin Prétot lance l’audit financier de la Ville

    C’était une promesse de campagne. Ce jeudi 9 avril, lors du premier conseil municipal – une séance « de transition et d’installation » pour la nouvelle majorité de Robin Prétot (LR) – l’assemblée a voté à l’unanimité le lancement d’un audit des finances et des ressources humaines de la Ville.

    Alors que le débat d’orientation budgétaire était à l’ordre du jour, ce diagnostic devra permettre de déterminer les « leviers qu’on peut avoir dans l’organisation et le fonctionnement interne de l’administration pour optimiser, rationaliser, économiser un peu d’argent tout en gagnant toujours plus en efficacité dans la gestion et l’accompagnement du service public qu’on doit aux Istréennes et aux Istréens », explique le maire.

    Entre « un contexte national contraint », une « pression » qui s’accentue sur les finances locales avec une baisse des dotations et des aides de l’État, l’adjointe en charge des finances Bérengère Pons-Follea affirme : « L’année 2026 représente une année de vigilance. » Avec une attention particulière portée sur le principal poste de dépense de la Ville : la masse salariale de près de 1 600 agents. « Elle représente deux tiers du budget de fonctionnement, presque 67 millions d’euros, précise-t-elle. (…) D’autres villes de taille comparable comme Salon-de-Provence ou Aubagne ont une masse salariale respective de 42 millions d’euros et 47 millions d’euros. »

    L’avenir de la régie Nexus incertain

    La nouvelle majorité pointe également le déficit structurel « non soutenable » de la régie Nexus (un espace de réalité virtuelle et musée Micro-Folie inauguré en juillet 2025), de l’ordre de -254 000 euros pour 2025 pour 11 000 euros de chiffre d’affaires, soit environ « 50 000 euros de déficit supplémentaires par mois » d’après Robin Prétot. « Il va falloir qu’on arbitre très vite, affirme-t-il. Je n’oublie pas que derrière, il y a des gens qui travaillent. Il va falloir qu’on trouve une solution, pas seulement de transfert d’activité mais aussi de gestion des personnels. (…) C’est aussi dommage de gâcher tout cet investissement. » L’une des options étudiées réside dans le transfert vers un nouveau service public industriel et commercial « que pourrait être le
    bowling
     ». Suzel Ayot, élue d’opposition qui siégeait aux côtés de François Bernardini (ex-PS) lors du dernier mandat, affirme : « Ça ne nous avait pas échappé, nous avions prévu de prendre le sujet à cœur et de trouver une solution pour cet équipement qui a juste un an de vie, qui n’a pas trouvé son public et qu’il fallait restructurer. »

  • Pépites patrimoniales à Marseille : deux ventes et un bail

    Pépites patrimoniales à Marseille : deux ventes et un bail

    Dévoilement lundi des lauréats de l’appel à projets baptisé « Pépites patrimoniales », destiné à « réinventer des usages » à des édifices municipaux à l’abandon pour les rouvrir aux Marseillais.

    Trois biens sur les six propositions ont trouvé leur lauréat. D’abord, le fleuron Art Déco du 90 boulevard des Dames (2e) dessiné en 1928 par l’architecte Jean Rezan pour le siège de la compagnie de navigation Paquet. Racheté en 1972 par la Ville, c’était sa direction des ressources humaines jusqu’en 2020. Le lauréat est le groupement conduit par Adim Provence (Vinci Construction) avec l’entreprise de restauration Girard, l’agence Rougerie + Tangram, Indigo Energie, EODD, ICD Energies, Alpes Contrôles, le Collectif Marseille Devant ! et d’autres futurs exploitants. Tangram avait racheté en 2015 au Département le beau bâtiment des Affaires maritimes, rue des Phocéens, pour le rénover et y installer son agence.

    Surprise de taille, c’est une « vente sous conditions » de l’édifice qui est annoncée pour un prix non encore dévoilé et un montant de travaux inconnu à ce stade. Aucun calendrier prévisionnel n’est publié. Le montage contractuel qui reste à élaborer devra être validé par une délibération du conseil municipal de la prochaine mandature. D’où l’incertitude sur ce projet de reconversion en un lieu totem nommé « Les Dames » dédié au cinéma, à la formation des métiers du 7e Art. Benoît Payan s’est réjoui que cette belle endormie « soit dédiée à des métiers d’avenir, à une filière qui a besoin d’avoir un bâtiment totem que seront “Les Dames” dans le respect de l’histoire de ce bâtiment. On va aussi permettre à des jeunes en formation, à des apprentis, des compagnons de dévoiler leurs talents, et pour nous c’est quelque chose de magnifique. Ce n’est pas rien d’avoir le droit de rêver et vous nous avez montré que c’est possible », a-t-il dit aux lauréats.

    Même configuration pour le lauréat du 62, corniche Kennedy (7e), une maison en contrebas du pont du Vallon des Auffes qui sera cédée pour le projet retenu « La Pointe » porté par Joseph Legrand, Stephen Grives, Michel Athenour et La Confraglation, avec MOA Architecture, Marsxelles, Polymer, Pièce à part, BET Collet et Index Structures. Il s’agit, après requalification lourde du site, de créer « un lieu ouvert, culturel et convivial » avec une offre de restauration, une programmation culturelle, l’accueil d’artistes, des espaces ouverts au quartier.

    Quant au Pavillon de partage des eaux des Chutes-Lavie de 1901, le projet « Les gardiens de la mémoire et de l’eau à Marseille » est retenu. Il est porté par le collectif Objectif Tore avec Valentine Pilliard, Corrado de Giuli Morghen (l’architecte du patrimoine bien connu qui a restauré le Palais Longchamp et les fabriques du parc), Isabelle Miard et John Morin pour un lieu pédagogique autour de l’eau. Pour ce joyau architectural, un « bail de longue durée » associé à une phase préparatoire de construction avec les habitants serait l’option retenue.

    En revanche, ni la bastide de Château-Gombert (13e), ni la Villa Athéna (13e), ni le 63 rue Sauveur-Tobelem (7e) n’ont trouvé de lauréat, faute de propositions ou de projets qualitatifs.

  • À l’hôpital des Rayettes, un plan d’efficience alarme les syndicats

    À l’hôpital des Rayettes, un plan d’efficience alarme les syndicats

    Les syndicats de l’hôpital sont inquiets. Un plan d’efficience leur a été présenté par la direction lors du Comité social et économique de décembre. La CGT affirme que « plus de 90 suppressions de postes sont envisagées d’ici 2030 ». Dans un courrier envoyé à la ministre de la Santé Stéphanie Rist le 27 janvier, la CFDT parle de « politique de réduction d’effectifs déguisée » par le biais d’un « mécanisme de départs à la retraite non remplacés ».

    Jointe, la direction répond avoir « fait une évaluation globale » des moyens « à optimiser ou ne pas remplacer » sans avoir précisément identifié de secteur à ce jour. « Une évaluation externe est en cours de réalisation par l’Agence nationale d’appui à la performance, qui aidera l’établissement à déterminer les projets à engager, apprend-elle. Il est tout à fait envisageable que le nombre initial soit modifié au regard des conclusions. »

    La CGT dénonce un double discours. Alors qu’un plan d’investissement de 100 millions d’euros vient d’être annoncé, principalement pour financer un nouveau bâtiment qui abritera un bloc opératoire, des urgences et une unité de soins critiques d’ici 2032 (60 millions d’euros), « une transformation profonde de l’hôpital public se prépare : externalisations, mutualisations et remise en cause de services essentiels », s’agace-t-elle.

    Des besoins en hausse

    Une élue de la CFDT pointe « l’absence de logique » : « Ils augmentent le capacitaire, les locaux, ils veulent plus d’activité mais ne renouvellent pas le personnel qui part. » D’autant que les besoins du territoire risquent d’évoluer à la hausse avec l’arrivée de nouvelles usines dans la zone industrialo-portuaire qui devraient créer près de 10 000 emplois directs d’ici quelques années. Dans sa lettre au gouvernement, le syndicat pointe : « Un établissement de santé ne se réforme pas uniquement avec du béton, ce sont les professionnels qui font fonctionner le service public hospitalier. »

    La direction confirme que des externalisations et des mutualisations sont étudiées, mais elles ne concernent « pas les activités de soins, pour lesquelles l’objectif premier est de les conforter sur le territoire », tente-t-elle de rassurer.

    Une réponse qui ne satisfait ni la CGT, qui demande un plan d’investissement public porté à 170 millions d’euros et la création immédiate de 90 postes statutaires à temps plein ; ni la CFDT, qui milite pour un plan pluriannuel de remplacement systématique des départs à la retraite avec la résorption des emplois précaires et une réorientation des politiques ARS vers les ressources humaines et non exclusivement l’immobilier.

  • Une nouvelle mobilisation qui sent la poudre à Eurenco

    Une nouvelle mobilisation qui sent la poudre à Eurenco

    Une semaine après le premier rassemblement devant la poudrerie Eurenco de Sorgues, il y avait à nouveau un peu moins de 150 personnes sur le piquet de grève. La CGT et FO demandent depuis plusieurs semaines de meilleures conditions de travail après avoir refusé de signer les négociations annuelles obligatoires avec la direction.

    Ils revendiquent une revalorisation générale des salaires de 130 euros bruts pour chaque employé, la revalorisation de la prime d’ancienneté, une prise en charge plus importante de la mutuelle et de la prévoyance par l’entreprise ainsi que la transformation des contrats d’intérim en CDI. Les discussions sont actuellement au point mort.

    Jouer au dur

    Jérémy Durou, secrétaire général central FO Eurenco, évoque notamment le fait que la direction n’aurait pas du tout l’intention de revenir vers les organisations syndicales pour négocier… Face aux employés mobilisés à Sorgues, il évoque même une « intimidation de salariés grévistes », assurant que le directeur général adjoint de l’opérationnel a « ouvertement dit à un salarié de Bergerac [l’autre site de production du groupe en Dordogne, Ndlr] que s’il n’était pas content, il pouvait aller ramasser des pommes ». Des agissements qui seront portés devant l’inspection du travail par FO et la CGT.

    « On va durcir le mouvement avec des actions plus fortes, par des grèves plus longues ou des actions coup de poing, plus visibles », confie de son côté Jérémy Caillé, secrétaire général central CGT à Eurenco. « Certains se croient supérieurs aux autres. S’ils veulent jouer les durs, on va durcir aussi », ajoute Jérémy Durou.