Le coup de com’ après les coups de matraques

Après cinq semaines de blocus et de mobilisation lycéenne et étudiante, largement soutenue par le corps enseignant, les fédérations de parents d’élèves ou les syndicats de travailleurs, le gouvernement a tenté d’éteindre lundi la colère d’une jeunesse qui irrigue la rentrée sociale. à Marseille le matin, Emmanuel Macron pour répondre aux « demandes légitimes à la racine du mouvement social », avait promis des « annonces fortes » et des « avancées » destinées à engager des « chantiers à très court terme ».

« Les réseaux sociaux abîment notre démocratie »

Des annonces qui devaient être dévoilées par Edouard Geffray, ministre de l’Éducation, et Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur. Ils ont été doublés par huit influenceurs et créateurs de contenu sur les réseaux sociaux, qui ont eu la primeur des mesures. Un coup de com’ grotesque, signe de l’inconsistance d’un pouvoir aux abois, faisant rire ceux qui ont entendu quatre heures plus tôt, le président de la République assurer, d’un ton presque martial au pied de l’hôtel de ville de Marseille, que « les réseaux sociaux abîment notre démocratie ». Hier, même les représentants lycéens de la macronie sont passés après…

Dans le détail, il n’y avait de toute manière pas de quoi calmer les ardeurs de la jeunesse. Si les représentants lycéens ont reconnu à la sortie de leur entrevue à Matignon des avancées, ils ont surtout invité leurs camarades à poursuivre le mouvement. À l’agenda de l’intersyndicale jeunesse, la journée d’action des gilets jaunes du 31 octobre, puis la journée nationale de grèves et de manifestations du 5 novembre initiée par les syndicats de salariés.

Concernant Parcoursup, la plateforme d’orientation pour les études supérieures vivement critiquée sur son aspect sélectif, son « remplacement » a été annoncé sur deux ans. Dès cette année, l’exécutif promet une plus grande transparence sur les critères de sélection sur la base du travail d’un comité de réforme, avant le lancement du « grand chantier » pour 2028. Un débat doit à ce sujet être engagé mercredi à l’Assemblée. Prévu au titre de l’article 50-1 de la Constitution, il donnera lieu à une déclaration du gouvernement suivie d’échanges avec les groupes parlementaires, mais d’aucun vote. Loin de son abrogation réclamée par les organisations de jeunesse, donc.

Loin du compte

Concernant le bâti scolaire, 4 milliards sont mis sur la table mais sous forme de prêts à taux préférentiel accordés aux Départements et aux Régions pour rénover les collèges et les lycées d’ici 2030. Une réunion est prévue jeudi avec les représentants des collectivités locales. Un milliard d’euros supplémentaire est débloqué pour rénover les universités. Loin des dix milliards réclamés par les organisations lycéennes et étudiantes.

Concernant la surpopulation scolaire, des classes de secondes plafonnée à 28 sont évoquées. La mesure concernerait la moitié des lycées, prioritairement ceux accueillant les élèves les moins favorisés, à la rentrée 2027, avant d’être étendue à tous en 2028. La mesure sera accompagnée par la création de 530 postes en 2027 et la non-suppression de 836 postes dans le secondaire. Rien en revanche sur les personnels administratifs, de santé et d’orientation.

Si la réforme Blanquer du lycée n’est pas évoquée, concernant les emplois du temps, le gouvernement assure vouloir revoir le contrôle continu du bac avec une suppression envisagée pour la classe de première, et se pencher sur les « choix des spécialités » et la « place des enseignements scientifiques et mathématiques ».

Il s’est aussi engagé à sanctuariser une pause déjeuner d’une heure, promet une indexation des bourses d’étude sur l’inflation afin de lutter contre la précarité étudiante et prévoit la création de 15 000 places dans l’enseignement supérieur, en priorisant les filières techniques (10 000 places en BTS tournées vers l’industrie et les sciences, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé).

Les organisations de jeunesse réclament 250 000 places à l’université et souhaitent une hausse de 200 euros par mois des bourses versées sur douze mois. Des revendications figurant dans les « 10 mesures d’urgence » portées par l’Union étudiante, la Fage, l’Unef et l’Union syndicale lycéenne, devenues la feuille de route de la mobilisation de cette jeunesse.

« Il faut que nos élèves retiennent qu’on va remplacer Parcoursup et que dès cette année, ils vont voir leur vie changer »

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