Tag: parcoursup

  • [Entretien] « On nous demande de faire toujours plus avec encore moins »

    [Entretien] « On nous demande de faire toujours plus avec encore moins »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir signé ce manifeste ?

    Benoît Roig : Depuis des années, on nous impose de nouvelles charges sans les compenser. Nous les absorbons sur nos crédits, au détriment du service public. Il y a quelques années, 20% des universités étaient dans le rouge ; aujourd’hui, c’est 80%. À Nîmes, pour la première fois en 2025, un indicateur financier est passé au rouge. Les étudiants dénoncent aussi le manque de moyens. On parle de tout, sauf de la jeunesse, alors que c’est elle qui fera vivre le pays demain.

    Comprenez-vous les blocages et la colère des lycéens et des étudiants ?

    B.R. : Le mal-être des lycéens est profond. Dès la seconde, ils doivent choisir des spécialités qui vont conditionner leur avenir, sans toujours savoir ce qu’ils veulent faire. Puis viennent Parcoursup, la peur de ne pas être accepté et les inquiétudes sur l’emploi. On a fait de Parcoursup le bouc émissaire de tout. C’est un très bon outil, mais il faut améliorer sa transparence. L’abroger ne résoudra pas le problème de fond. Quand les jeunes tentent de discuter sans être entendus, ils finissent par bloquer. C’est un processus logique, même si les présidents d’université ne peuvent pas répondre à des revendications nationales.

    Vous estimez que c’est l’ensemble du système éducatif qui doit changer ? Par où commencer ?

    B.R. : Il faut réunir tous les acteurs de l’éducation, du secondaire à l’université, en écoutant les premiers concernés. La réforme du lycée a été menée sans consulter les universités. Résultat : certains jeunes choisissent des spécialités qui ne les préparent pas aux études envisagées. En santé, certains découvrent trop tard l’importance de la physique ; en STAPS, d’autres s’attendent à passer l’essentiel de leur temps sur le terrain. Une meilleure orientation éviterait ces désillusions. On nous demande d’assurer la continuité lycée-université, mais chacun ne peut pas travailler dans son coin. À Nîmes, nous réunissons déjà professeurs de lycée et enseignants-chercheurs et organisons des immersions dès la seconde. Les solutions existent sur le terrain, mais les décisions tombent d’en haut. Nous découvrons parfois les annonces dans la presse ou par des influenceurs ! Nos dirigeants semblent déconnectés de la réalité du terrain.

    Que révèle la précarité étudiante à Nîmes ?

    B.R. : Nous avons 53% de boursiers, contre 34,5% en France en 2020. C’est dur d’étudier dans de bonnes conditions quand on n’a pas soi-même de bonnes conditions de vie. Notre taille nous permet d’être proches des étudiants et d’installer des distributeurs de protections périodiques ou de produits d’hygiène, c’est loin d’être le cas pour toutes les universités. Mais on multiplie les « bricolages » locaux, au lieu de généraliser des solutions connues. À Nîmes, les moyens par étudiant représentent seulement la moitié de ce qu’ils devraient être. Je ne réclame même pas un doublement de notre budget : une augmentation de 10% permettrait déjà de faire beaucoup. Depuis 2019, je me bats pour que cette sous-dotation soit enfin corrigée.

    Qu’attendez-vous de l’État
    à l’approche de la présidentielle de 2027
     ?

    B.R. : Un milliard d’euros pour remettre les universités à flot. On nous dit qu’il n’y a pas d’argent. Je ne suis pas d’accord : Ce sont des choix. On peut mieux contrôler certains établissements privés lucratifs financés par l’apprentissage et revoir le crédit d’impôt recherche. Nous demandons aussi des états généraux de la jeunesse pour repenser tout le parcours éducatif. Ma crainte, c’est la démagogie : promettre de supprimer Parcoursup ou d’ouvrir des places sans expliquer comment. Il faut une réflexion de fond, avec ceux qui vivent ces difficultés.

  • La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    La soif de justice sociale au cœur du 5 novembre

    Les colères ne sont pas près de s’éteindre sur le terrain social et les interdictions de manifester et autres couvre-feux n’y font rien. Les jeunes sont décidés à maintenir la pression sur le gouvernement et le chef de l’État, Emmanuel Macron.

    Ce dernier a fini par vaciller : Après plus d’un mois de blocus, le gouvernement a annoncé lundi 26 octobre plusieurs mesures pour tenter d’éteindre le mouvement de contestation des lycéens et des étudiants, dont le remplacement en 2028 de la plateforme d’orientation post-bac Parcoursup. Insuffisant pour l’organisation syndicale Mouvement lycéen : « Nous avons arraché un premier recul : celui des promesses. Mais le compte n’y est pas », a-t-elle réagi mardi 27 octobre dans un communiqué. C’est surtout sur le fond des annonces que l’organisation se montre la plus critique : « Macron ne tient pas sa plus grande promesse : celle de nous offrir un avenir. Nous voulons la garantie de pouvoir vivre dignement en France. Chaque jeune doit pouvoir accéder à un travail utile à la société et émancipateur, sans subir les inégalités au travail, et pouvoir décider de l’avenir de notre pays. » Interviewé mercredi 28 octobre sur la chaîne Youtube du média HugoDécrypte, le chef de l’État a appelé les lycéens à « reprendre les cours » dans « le calme » lors de la rentrée de ce lundi 2 novembre, après plus d’un mois de mobilisation qui s’est élargie à d’autres revendications sociales. Et il a eu, pour la première fois, un mot de « compassion » pour les jeunes manifestants blessés par les forces de l’ordre, alors que le niveau de répression a passé un cap .

    Les organisations de jeunesse seront aux côtés de l’intersyndicale qui organise, jeudi 5 novembre, une journée de grèves et de manifestions dans tout le pays à l’appel de la CFDT, de la CGT, de FO, de l’Unsa et de la FSU. Cinq organisations représentants l’essentiel des travailleurs du public et du privé. Pour la CGT, « le projet de budget tourne le dos à la jeunesse et à ses revendications légitimes ». Plus largement « les choix du gouvernement vont encore peser sur nos vies et nos droits : se soigner correctement, vivre dignement de son salaire ou de sa pension, compter sur des services publics accessibles sur tout le territoire… ce sont des droits essentiels à garantir, pas des économies à réaliser ». Pour les syndicats, il s’agit de proposer un contre-récit à celui distiller par la macronie, la droite et l’extrême droite notamment sur la dette publique. « La situation actuelle n’est pas due au niveau des dépenses sociales, qui sont utiles pour toutes et tous, mais des milliards d’euros de recettes dont on se prive en faisant des cadeaux aux ultra-riches et aux grandes entreprises, sans aucune utilité sociale », réplique la CGT. Et de mettre l’accent sur la répartition des richesses. « D’un côté, les aides publiques aux entreprises ont fortement progressé et atteignent plus de 200 milliards d’euros par an. De l’autre, les sommes versées aux actionnaires battent des records, avec plus de 60 milliards d’euros ces 6 premiers mois pour le CAC 40. La question est de savoir à quoi il sert car seul notre travail crée les richesses, elles doivent profiter à toutes et tous pour vivre » argumente la centrale de Montreuil. Pour la CFDT « l’austérité à long terme n’est plus tenable, notamment pour les revenus les plus bas, il est temps de remettre la justice sociale au cœur des choix économiques ». Dans l’Hérault et le Gard, plusieurs manifestations sont prévues notamment à Montpellier, Sète, Béziers, Nîmes et Alès.

    Les manifs du 31 octobre et du 5 novembre

    Samedi 31 octobre

    Hérault : Montpellier, sit-in 14h devant la mairie. Béziers, 10h30 manif départ place David-d’Angers, sit-in devant la mairie. Gard : Nîmes, sit-in 14h devant la mairie, manif 14h Jardins de la Fontaine.

    Jeudi 5 novembre

    Gard : Alès 10h devant la sous-préfecture, Nîmes 14h, bas de l’avenue Jean-Jaurès. Hérault : Montpellier, 14h, place Albert-Ier, Béziers, 10h30, Bourse du travail, Lunel, 11h30, place de la République, Sète, 10h30, place de la mairie.

  • Le compte n’y est pas pour le syndicat Mouvement lycéen

    Le compte n’y est pas pour le syndicat Mouvement lycéen

    « Nous avons arraché un premier recul : celui des promesses. Mais le compte n’y est pas ! », tempête l’organisation syndicale Mouvement Lycéen dans un communiqué de presse, diffusé ce mardi.

    Une communication en réponse aux annonces faites la veille par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, à « certaines organisations de jeunesse » pour tenter de répondre aux revendications lycéennes. Laquelle fait suite à plusieurs critiques de la part de leurs homologues d’autres organisations sur le même sujet . Autant dire que l’organisation n’y va pas avec le dos de la cuillère puisqu’elle démonte une par une les mesures promises. « La limitation à 28 élèves par classe doit concerner tous les établissements. Les annonces ne répondent pas non plus aux besoins de recrutement et de formation des personnels éducatifs », explique le Mouvement Lycéen. Même principe pour la création à venir de 15 000 places dans les universités : « Elles restent insuffisantes pour répondre aux besoins. »

    Concernant la réforme de Parcoursup, le syndicat juge sa suppression « symbolique ». « Tant que les débouchés manqueront, notre origine sociale, notre genre et notre lycée d’origine continueront de peser sur nos parcours », tacle le Mouvement Lycéen. Avant de développer : « Nous proposons un service public de l’orientation, à commencer par une augmentation du nombre de psychologues de l’Éducation nationale. Nous voulons être accompagnés dès le collège et jusqu’à l’entrée dans le monde du travail, car l’école doit effacer les inégalités sociales. » L’organisation refuse aussi en bloc la proposition d’une « plateforme d’orientation par IA » qui « ne remplacera pas cet accompagnement ».

    « Macron ne tient pas

    sa plus grande promesse »

    Mais c’est surtout sur le fond des annonces que l’organisation se montre la plus critique : « Macron ne tient pas sa plus grande promesse : celle de nous offrir un avenir. Nous voulons la garantie de pouvoir vivre dignement en France. Chaque jeune doit pouvoir accéder à un travail utile à la société et émancipateur, sans subir les inégalités au travail, et pouvoir décider de l’avenir de notre pays ».

    D’où un appel à maintenir la pression sur le terrain avec une poursuite des mobilisations : « Sans réponses concrètes à nos revendications, la mobilisation se poursuivra. » À bon entendeur…

  • [Entretien] Hendrik Davi : « Un totem pour la macronie qui est en train d’être abattu »

    [Entretien] Hendrik Davi : « Un totem pour la macronie qui est en train d’être abattu »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur les annonces gouvernementales concernant Parcoursup ?

    Hendrik Davi : Il faut avoir conscience que Parcoursup est un totem pour la macronie. Un totem qui est en train d’être abattu puisque la question de son remplacement et de sa suppression se pose aujourd’hui. C’est un acquis de la mobilisation qu’il ne faut pas sous-estimer. Maintenant, est-ce que sur le fond, les annonces sont à la hauteur ? Non. Pour plusieurs raisons : le vrai problème de Parcoursup, ce n’est pas la plateforme. Je le dis depuis 2017, le vrai problème de Parcoursup, c’est qu’il y a une sélection pour gérer une pénurie. J’ai réestimé, récemment, la perte du nombre de maîtres de conférences, ceux qui donnent les cours en licence, depuis 2009 : il y en a 5 000 de moins. De l’autre côté, il y a une hausse de la population étudiante assez forte jusqu’en 2020. Cette augmentation du nombre d’étudiants et l’absence de recrutement ont conduit à avoir une pénurie et donc une liste d’attente, ainsi que le tirage au sort. C’est cette crise qui a permis l’instauration d’une forme de sélection via Parcoursup. J’estime que cette sélection laisse sur le carreau 110 000 étudiants chaque année.

    Comment abroger Parcoursup, concrètement ?

    H.D. : Il faut ouvrir massivement des places à l’université. Le mouvement lycéen demande 250 000 places. Le problème, c’est que pour avoir ces places, il faut des maîtres de conférences, et pour en avoir, il faut les former, et donc il faut des docteurs… Avoir 250 000 places tout de suite n’est pas possible. Pour les avoir, il faut monter en puissance dans une loi de programmation à horizon 2032. Mais on peut en avoir au minimum 35 000 tout de suite, en recrutant 2 000 maîtres de conférences. C’est d’ailleurs le strict minimum pour 2028. Enfin, il faut une plateforme pour mettre en adéquation tout cela. Mon idée est celle d’un principe de sectorisation géographique : avoir une place garantie dans la licence de ton choix, mais dans l’université de ton secteur.

    Qu’est-ce que cela implique ?

    H.D. : C’était le principe d’APB, la plateforme qui précédait Parcoursup. Le seul problème que ce système peut poser, c’est que les banlieusards n’iraient plus à Paris. Pour répondre à cette problématique, on peut redonner à toutes les universités les mêmes moyens. Aujourd’hui, la dépense par étudiant varie d’une université à l’autre, donc forcément, les étudiants veulent aller dans les mieux dotées. Pour pallier cela, je propose une transparence et un même niveau de dépenses, en matière de fonctionnement a minima, et que ce soit en fonction du nombre d’étudiants, pas d’autres critères. De fait, il n’y aurait aucune raison que les étudiants de Nanterre n’aillent pas à Nanterre. Par ailleurs, les profs de Nanterre sont aussi bons que ceux de la Sorbonne.

  • Parcoursup, touché mais pas encore coulé

    Parcoursup, touché mais pas encore coulé

    Comme bien des mesures annoncées lundi par le gouvernement pour répondre à la colère lycéenne et étudiante, le geste n’est pas engageant. Mais il a le mérite d’ouvrir la porte. Gage aux formations politiques siégeant au Palais Bourbon d’y porter la voix des revendications d’une jeunesse qui, depuis cinq semaines, affiche sa détermination à changer de monde.

    L’Assemblée nationale débat, ce mercredi à 17h, de l’avenir de Parcoursup et de l’accès à l’enseignement supérieur. Initié par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, sur la base de l’article 50-1 de la Constitution, ce débat sans vote, ce que contestent les oppositions de gauche qui réclament un scrutin pour abroger le système, donnera l’occasion à l’exécutif de détailler sa feuille de route.

    Si le gouvernement a acté le « remplacement » de la plateforme Parcoursup pour 2028, et s’est engagé à ce que la session de 2027 fasse l’objet d’une transition articulée autour de « onze mesures de rupture », il n’a pas répondu aux attentes.

    « Ouvrir les places qui manquent à l’université »

    « Faire plus de pédagogie et des commissions de transparence pour 2027 sont des éléments très cosmétiques », juge Samuel Tracol, membre de la commission exécutive de la CGT Éduc’Action des Bouches-du-Rhône, rappelant que l’élection présidentielle laisse en plus planer l’incertitude sur 2028. « C’est de la poudre aux yeux », abonde Marion Chopinet, cosecrétaire académique de la FSU 13 : « Une manière d’essayer d’éteindre le feu parce que Parcoursup fait partie des revendications fortes. Mais il n’y a rien de concret qui change le principe même de son fonctionnement ».

    Car au cœur de la contestation lycéenne se trouvent des enjeux structurels majeurs. Derrière la pression psychologique anxiogène et le manque de transparence de cette « boîte noire » aux algorithmes locaux opaques dénoncés par les lycéens, perce un système reproduisant les inégalités sociales et territoriales. « Changer Parcoursup n’a pas de sens si on ne change pas le bac Blanquer et si on ne met pas les places qui manquent à l’Université », reprend Samuel Tracol, soulignant que les créations de places annoncées dans le supérieur sont toutes hors cadre universitaire.

    Lundi, 15 000 ont été promises (les organisations de jeunesse en réclament 250 000) en priorité dans les filières techniques : 10 000 places en BTS tournées vers l’industrie et les sciences, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé. Avec, derrière, une même logique dénoncée par les organisations syndicales.

    « On ne change pas le logiciel et la réflexion de base qui est : un tri social des élèves et des places ouvertes en fonction du marché de l’emploi. L’idée est de leur trouver une place qui corresponde à une formation où il y a de l’employabilité dans la région où ils se trouvent. Les ouvertures en BTS et en IUT ne suffiront pas à trouver des places pour tout le monde et correspondant aux envies de la jeunesse et à ce dans quoi elle se projette », poursuit Marion Chopinet. « Le changement de logique réclamé par les lycéens, les étudiants et les organisations enseignantes n’est même pas envisagé par le gouvernement. Changer de logique, c’est rappeler un principe simple : tout élève qui obtient son baccalauréat a droit à une place à l’université dans la filière de son choix. C’est ça qui a été supprimé par Parcoursup », appuie son camarade de la CGT Éduc’Action.

    Une marche arrière sur « les enjeux de démocratisation scolaire » contestée par les organisations syndicales dans les réformes des ministres successifs de Macron depuis Blanquer qui amènent à ce tri de plus en plus précoce des élèves. « Et puis ne pas s’occuper de l’enseignement professionnel, c’est le signe qu’on reste dans cette logique », reprend la représentante de la FSU, rappelant que même Parcoursup laisse des milliers d’élèves sur le carreau. « On ne cherche pas à amener le plus loin possible l’ensemble d’une génération, mais on veut juste trier les élèves le plus tôt possible pour ouvrir des places en fonction des besoins du marché et caler les jeunes selon des compétences et de méthodes plus ou moins obscures ».

    « Parcoursup, c’est l’histoire de la privatisation du marché de l’éducation », conclut Samuel Tracol, qui fait le lien avec le remplacement de seulement un professeur sur 2,5 depuis dix ans dans l’enseignement supérieur. « Quand on n’a pas de place à l’université publique, on doit solliciter des formations payantes mal référencées, avec en plus, des enseignants qui n’ont pas les qualifications exigées. C’est tout un marché qui a ouvert, on le voit d’ailleurs à Marseille, où fleurissent massivement dans le quartier de la gare de nombreux établissements privés. C’est cet écosystème qui a été sciemment créé par Parcoursup. »

    Derrière les revendications lycéennes, c’est aussi cette logique de privatisation qui est menacée et que le gouvernement s’efforce de sauver.

  • Ne pas lâcher la proie pour l’ombre

    Ne pas lâcher la proie pour l’ombre

    De quoi Parcoursup est-il le nom ? D’abord d’une grande opacité : depuis sa mise en place, l’avenir de nos enfants est confié à un algorithme obscur qui gère la pénurie des places dans l’enseignement supérieur. Ensuite, c’est aussi le nom d’une grande angoisse parmi les jeunes et dans les familles liée au sentiment de ne pas avoir de prise sur son destin quels que soient les efforts produits. Enfin, Parcoursup, c’est le nom d’une interface numérique qui masque le problème du manque de moyens dans l’enseignement supérieur français alors qu’on estime qu’entre 2004 et 2024, le nombre d’étudiants a augmenté de 33%, tandis que celui des enseignants titulaires du supérieur a diminué de 8%.

    Sous la pression du mouvement lycéen, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé que cette plateforme d’orientation post-bac sera remplacée en 2028, après une « évolution forte » vers plus de transparence l’an prochain.

    La jeunesse mérite mieux

    C’est le sens du débat sans-vote qui est programmé, ce mercredi, à l’Assemblée nationale.

    Les lycéens mobilisés comme les parlementaires ne doivent pas lâcher la proie pour l’ombre : si le gouvernement semble prêt à jeter symboliquement Parcoursup par-dessus bord pour tenter de trouver l’apaisement, c’est bien la politique qui est derrière cette plateforme qu’il faut abandonner. Une politique d’austérité et de gestion de la pénurie.

    La réalité est là : en plus des insatisfactions et des injustices produites par ce système, 126 500 candidats sont restés sans affectation cette année et 150 000 jeunes sont contraints de se tourner vers le privé, au prix de frais exorbitants et de l’endettement de leurs familles.

    La jeunesse mérite mieux.

  • Le coup de com’ après les coups de matraques

    Le coup de com’ après les coups de matraques

    Après cinq semaines de blocus et de mobilisation lycéenne et étudiante, largement soutenue par le corps enseignant, les fédérations de parents d’élèves ou les syndicats de travailleurs, le gouvernement a tenté d’éteindre lundi la colère d’une jeunesse qui irrigue la rentrée sociale. à Marseille le matin, Emmanuel Macron pour répondre aux « demandes légitimes à la racine du mouvement social », avait promis des « annonces fortes » et des « avancées » destinées à engager des « chantiers à très court terme ».

    « Les réseaux sociaux abîment notre démocratie »

    Des annonces qui devaient être dévoilées par Edouard Geffray, ministre de l’Éducation, et Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur. Ils ont été doublés par huit influenceurs et créateurs de contenu sur les réseaux sociaux, qui ont eu la primeur des mesures. Un coup de com’ grotesque, signe de l’inconsistance d’un pouvoir aux abois, faisant rire ceux qui ont entendu quatre heures plus tôt, le président de la République assurer, d’un ton presque martial au pied de l’hôtel de ville de Marseille, que « les réseaux sociaux abîment notre démocratie ». Hier, même les représentants lycéens de la macronie sont passés après…

    Dans le détail, il n’y avait de toute manière pas de quoi calmer les ardeurs de la jeunesse. Si les représentants lycéens ont reconnu à la sortie de leur entrevue à Matignon des avancées, ils ont surtout invité leurs camarades à poursuivre le mouvement. À l’agenda de l’intersyndicale jeunesse, la journée d’action des gilets jaunes du 31 octobre, puis la journée nationale de grèves et de manifestations du 5 novembre initiée par les syndicats de salariés.

    Concernant Parcoursup, la plateforme d’orientation pour les études supérieures vivement critiquée sur son aspect sélectif, son « remplacement » a été annoncé sur deux ans. Dès cette année, l’exécutif promet une plus grande transparence sur les critères de sélection sur la base du travail d’un comité de réforme, avant le lancement du « grand chantier » pour 2028. Un débat doit à ce sujet être engagé mercredi à l’Assemblée. Prévu au titre de l’article 50-1 de la Constitution, il donnera lieu à une déclaration du gouvernement suivie d’échanges avec les groupes parlementaires, mais d’aucun vote. Loin de son abrogation réclamée par les organisations de jeunesse, donc.

    Loin du compte

    Concernant le bâti scolaire, 4 milliards sont mis sur la table mais sous forme de prêts à taux préférentiel accordés aux Départements et aux Régions pour rénover les collèges et les lycées d’ici 2030. Une réunion est prévue jeudi avec les représentants des collectivités locales. Un milliard d’euros supplémentaire est débloqué pour rénover les universités. Loin des dix milliards réclamés par les organisations lycéennes et étudiantes.

    Concernant la surpopulation scolaire, des classes de secondes plafonnée à 28 sont évoquées. La mesure concernerait la moitié des lycées, prioritairement ceux accueillant les élèves les moins favorisés, à la rentrée 2027, avant d’être étendue à tous en 2028. La mesure sera accompagnée par la création de 530 postes en 2027 et la non-suppression de 836 postes dans le secondaire. Rien en revanche sur les personnels administratifs, de santé et d’orientation.

    Si la réforme Blanquer du lycée n’est pas évoquée, concernant les emplois du temps, le gouvernement assure vouloir revoir le contrôle continu du bac avec une suppression envisagée pour la classe de première, et se pencher sur les « choix des spécialités » et la « place des enseignements scientifiques et mathématiques ».

    Il s’est aussi engagé à sanctuariser une pause déjeuner d’une heure, promet une indexation des bourses d’étude sur l’inflation afin de lutter contre la précarité étudiante et prévoit la création de 15 000 places dans l’enseignement supérieur, en priorisant les filières techniques (10 000 places en BTS tournées vers l’industrie et les sciences, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé).

    Les organisations de jeunesse réclament 250 000 places à l’université et souhaitent une hausse de 200 euros par mois des bourses versées sur douze mois. Des revendications figurant dans les « 10 mesures d’urgence » portées par l’Union étudiante, la Fage, l’Unef et l’Union syndicale lycéenne, devenues la feuille de route de la mobilisation de cette jeunesse.

    « Il faut que nos élèves retiennent qu’on va remplacer Parcoursup et que dès cette année, ils vont voir leur vie changer »

  • [Entretien] Fabien Roussel : « Nous appelons à se mobiliser où c’est possible »

    [Entretien] Fabien Roussel : « Nous appelons à se mobiliser où c’est possible »

    La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette réunion à Matignon ?

    Fabien Roussel : On est forcément déçus avec Stéphane Peu et Cécile Cukierman. On y allait pour commencer à discuter avec le gouvernement des mesures contre la vie chère pour les salaires, sur les prix de l’essence, de l’énergie. En fait, le Premier ministre nous avait conviés à une réunion qu’il a dite « technique » pour parler du maintien de l’ordre avec le général qui nous a expliqué ce que c’était. On est très loin de tout ce qui se dit en France depuis des mois concernant la vie chère. Si les questions de sécurité et de maintien de l’ordre nous préoccupent, pour autant, il est urgent d’apporter des réponses au problème du pouvoir d’achat. C’est ce que nous avons rappelé.

    Il n’a pas du tout été question
    de répondre aux revendications sociales
     ?

    F.R. : Rien. On a d’ailleurs mis l’accent sur le fait de recevoir les lycéens et les étudiants parce que c’est inadmissible que le Premier ministre ne l’ait pas encore fait, c’est ce que nous avons dit. Ils ont des propositions qui n’ont pas d’impact budgétaire, telles que l’abrogation de Parcoursup ou le fait de revenir sur le contrôle continu, la réforme de Jean-Michel Blanquer. Cela peut être annoncé dès maintenant.

    Le gouvernement devrait faire des annonces aux lycéens lundi.

    F.R. : Peut-être, en tout cas, on n’a rien entendu aujourd’hui.

    Qu’avez-vous pensé de la prise
    de parole du président Emmanuel Macron en amont de cette réunion
     ?

    F.R. : C’est lunaire parce que justement, on a un État qui est impuissant, un président qui est en fin de règne et au lieu d’entendre la colère qui monte et s’exprime depuis des mois, il met en cause des principes constitutionnels tels que le droit à manifester. Ça, c’est grave.

    Dans de nombreuses villes
    et départements, les interdictions à manifester tombent les unes après les autres.
    Qu’en pensez-vous
     ?

    F.R. : Quand des syndicats qui ont l’habitude de déposer, en bon ordre, la possibilité de manifester, il faut pouvoir défendre ce droit et ne pas accepter cette situation. Autant, il y a des endroits, quand il n’y a pas de demande des syndicats, de partis, d’organisations de jeunesse, je peux comprendre qu’il n’y ait pas d’autorisation à manifester. Mais quand ces demandes existent, et d’autant plus dans des villes où on a l’habitude de le faire, c’est inadmissible d’interdire à des organisations syndicales et politiques de manifester. Au contraire, l’État doit garantir ce droit et autant protéger les manifestants que les biens, les institutions et les commerces.

    Les transports seront également
    à l’arrêt, notamment à Marseille. Tout le monde est pénalisé
     ?

    F.R. : Encore une fois, c’est comme si c’était une double peine imposée aux Français et tout ça dans un discours sécuritaire qui mélange à la fois celui contre les immigrés, les terroristes d’ultragauche et la responsabilité de forces politiques de gauche. C’est une dérive dangereuse qui rappelle des discours que l’on a entendus dans les années 1930, où les partis communistes étaient interdits, où le bouc émissaire était le juif. Il faut faire attention à ces dérives.

    Si l’on en croit les révélations de Mediapart sur une note du renseignement intérieur, vous êtes un membre de cette « ultragauche »…

    F.R. : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et moi-même sommes cités dans une note du renseignement intérieur qui dit que nous sommes à l’origine de ces manifestations. Franchement, il n’y a pas besoin des renseignements intérieurs pour dire que les responsables des partis de gauche appellent à manifester pour le pouvoir d’achat.

    Vous appelez à manifester samedi ?

    F.R. : Tant qu’il n’y a pas de réponse concrète, nous appelons à se mobiliser où c’est possible. C’est-à-dire partout où les organisations syndicales, de jeunesse ou nous-même, appelons à manifester en ayant déposé une demande. Nous le faisons quand nous sommes en capacité d’organiser ces manifestations.

    La gauche est ressortie, jeudi, déçue, voire « en colère », de la réunion des partis politiques à Matignon. Consacrée au maintien de l’ordre, celle-ci a été défendue par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, comme « la priorité » avant toute « prise en compte » des revendications sociales. Le Premier ministre a assuré qu’il n’y avait « aucun amalgame » entre les manifestants qui défilent « de manière pacifique, qui ont des revendications à porter légitimement », et « les casseurs, les pilleurs, les délinquants, certains groupuscules aussi d’ultragauche ou d’extrême gauche radicalisés », selon Maud Bregeon.

  • À Aix, les étudiants tiennent la note

    À Aix, les étudiants tiennent la note

    Une nouvelle assemblée générale s’est tenue, ce mardi, rassemblant jusqu’à 165 professeurs et élèves. À l’issue de celle-ci, la date du 22 Octobre à 12h30 a été désignée comme prochaine étape de mobilisation. Cette fois-ci, le rendez-vous est donné à Marseille, au siège administratif d’AMU, situé au Pharo, pour demander la non-application du décret sur les frais d’inscription différenciés au sein de la structure. Cette revendication locale rejoint celles plus nationales des « 10 mesures d’urgence » énoncées et disponibles sur le site du syndicat Union étudiante. Parmi elles, la suppression des plateformes Parcoursup et Mon Master, dont les étudiants dénoncent « la sélection algorithmique ».

    Face à la situation, Younes, étudiant en faculté de Droit, évoque des élèves « excédés », qui ne « demandent pas une meilleure qualité de cours, mais seulement que les cours aient lieu ». Il fait ainsi référence au manque de personnel enseignant. Il dénonce par la même occasion « un système éducatif dont le fonctionnement valorise une approche professionnelle de l’enseignement au détriment d’une approche par les savoirs, répondant ainsi à des logiques économiques ».

    Face à la persévérance des mobilisations étudiantes, la direction d’AMU, appuyée par le président Eric Berton, multiplie les mails tantôt pour signaler de nouvelles mesures, tantôt pour en expliquer les raisons. Mais pour Adam, étudiant en faculté de Lettres à Aix-en Provence, ce ne sont que des « mails bateaux qui n’apportent aucune réponse concrète aux revendications énoncées ».

    Une « démarche

    de dialogue » selon AMU

    Par ailleurs, Adam déplore des « techniques répressives ». Il fait référence notamment à l’intervention de CRS, sollicités par AMU, lors d’une assemblée générale, le 7 octobre dernier, à la faculté d’ALLSH. La direction s’en était alors expliquée dans un mail : « Un certain nombre d’individus, extérieurs à l’Université, se sont introduits […] afin d’occuper illégalement les lieux, de bloquer le bon fonctionnement du site, ses accès et la poursuite des enseignements. Pour garantir la sécurité des biens et des personnes, l’Université, en lien avec les autorités compétentes, a été contrainte d’évacuer les lieux occupés […] ». La direction ajoute par ailleurs toujours s’inscrire « dans une démarche de dialogue avec les étudiants ».

    Du côté de Sciences Po, le dialogue avec la direction semble plus apaisé. Badra, étudiante en master journalisme, qualifie en effet la directrice, Alessia Lefébure, de « meilleure interlocutrice » et « ouverte à la discussion ». Le campus de Saporta reste cependant fermé et la majorité des cours restent en distanciels.

    Si les assemblées générales au sein des différents campus aixois se multiplient au fil des jours, un seul et même mantra revient à la fin de chacune d’elles : « Notre force sera notre nombre et tout le monde a sa place dans cette mobilisation ». Younes insiste sur l’évènement « historique » qui se joue actuellement et « appelle à continuer le combat ».

  • Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Les lycéens nous ont contactés à plusieurs reprises pour nous demander de l’aide. Tous les jours, des étudiants vont les aider à bloquer les lycées et à faire tampon par rapport à la répression qu’ils peuvent subir », indique Fabien Bon, représentant du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum).

    Depuis le 1er octobre, sous l’impulsion notamment du Scum, le mouvement étudiant s’organise dans la capitale héraultaise autour de blocages universitaires. Parti de Paul-Valéry, il s’est étendu à plusieurs campus : facs de sciences, d’économie, d’éducation, mais aussi fac de pharmacie (« pour la première fois de son histoire »), fac de droit, ainsi que l’Institut régional du travail social (IRTS) ou l’institut Agro. Des blocages qui permettent aux étudiants de rejoindre les rassemblements lycéens en journée, mais aussi de porter leurs propres revendications.

    Pour Fabien Bon, la convergence entre les deux mouvements se construit d’abord autour d’une même inquiétude : l’avenir. « À travers ce qu’il se passe dans les universités, les lycéens voient leur avenir. Et qu’est-ce qu’ils voient ? Qu’entrer à la fac est devenu compliqué à cause de Parcoursup, qui pratique une sélection sociale de plus en plus forte et éjecte de nombreux bacheliers de l’enseignement supérieur ; ils voient que même s’ils arrivent à entrer à l’université, en master, un sur deux sera viré via, cette fois, la sélection exercée via la plateforme Monmaster ; et ils se rendent compte que même s’ils arrivent à décrocher un diplôme, ils auront une vie de misère. Car ils voient bien que leurs parents ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts et que ça risque d’être encore plus compliqué quand ce sera leur tour », décrit Fabien Bon.

    « Se questionner sur ses conditions d’études, c’est légitime »

    « C’est ça la convergence principale avec les lycéens : cette peur de l’avenir, bouché, préempté et volé par des patrons et des politiciens. Mais ce qu’on a aussi en commun, c’est de ne pas être écoutés », considère le représentant du Scum, qui pointe « le mépris des institutions politiques » à l’égard de la jeunesse, ainsi qu’une certaine « violence médiatique ».

    « Tout le monde tourne par exemple en dérision la revendication d’en finir avec le 8h-18h. Mais quel travailleur accepterait de faire 8h-18h sans interruption, excepté une pause d’une heure à midi, enfermé dans son entreprise ? Se questionner sur ses conditions d’études, de vie, c’est légitime. » Et de poursuivre : « Je pense, moi, que le mouvement lycéen donne à toute la France un énorme cours d’éducation civique. »

    Sans compter, souligne Fabien Bon, « que mine de rien les deux derniers mouvements qui ont obtenu des choses au niveau national, ce sont les Gilets jaunes et le mouvement lycéen actuel, qui a obtenu officiellement une hausse du budget de l’Éducation nationale et le déploiement en urgence de plusieurs milliers de profs. Alors que personne n’arrive à obtenir quoi que ce soit dans ce pays », insiste le représentant du Scum.

    Il salue le courage de ces jeunes « qui se politisent et prennent des risques » malgré une répression qu’il juge particulièrement violente. « Il y a des gars casqués et armés en face d’eux, dont on sait qu’ils sont capables de les mutiler. Il y a quand même un gosse de 16 ans dont la main a été arrachée par une grenade en France en 2026. C’est incroyable. »

    Quinze jours après le début du mouvement, les étudiants mobilisés restent donc « complètement solidaires des lycéens. Et le meilleur soutien qu’on puisse leur apporter, c’est de continuer à bloquer les facs, car cela permet de libérer du temps pour aller les aider tout en faisant pression, de notre côté, sur les présidences d’université pour satisfaire nos revendications sur la question de l’inscription des étudiants refusés en licence et en master et sur celle des frais différenciés imposés aux étudiants étrangers ».

    Au-delà des lycées et des campus, « il y a une colère bien plus globale », assure Fabien Bon. « Les gens n’en peuvent plus. On veut pouvoir payer notre loyer tranquillement et se nourrir, tout simplement. »