70% des salaires minimum de branche en dessous du Smic

Sur les 179 branches professionnelles suivies par le ministère, 126 auront au 1er juin un minimum inférieur au Smic, contre 30 d’entre elles avant cette revalorisation, a indiqué le ministère dans un communiqué, à l’issue d’une réunion du comité de suivi de la négociation salariale avec organisations syndicales et patronales.

Selon son propre décompte (incluant des branches supplémentaires notamment dans l’agriculture, le bâtiment et le secteur maritime), la CGT dénombre, elle, près de 80% de 230 branches professionnelles avec des minima sous le Smic à partir de lundi. « Une proportion scandaleuse », a dénoncé auprès de l’AFP Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT.

Seul salaire indexé sur l’inflation, qui a dépassé les 2% en avril sous l’effet de la hausse des coûts de l’énergie, le Smic augmentera lundi de 2,41%, soit d’un peu moins de 35 euros net par mois.

Il est interdit en France de payer un salarié en dessous du Smic, mais dans les branches dans lesquelles un ou plusieurs échelons de la grille salariale passent en dessous de son montant, les salariés peuvent voir leur rémunération stagner des années au salaire minimum, malgré leur avancée en ancienneté ou qualification.

« Revalorisation automatique »

Les branches concernées par des grilles salariales débutant sous le nouveau minimum légal sont censées lancer des négociations avec les partenaires sociaux dans les 45 jours pour se mettre en conformité. Dans les faits, si le ministère note « une nette amélioration ces derniers mois », dix branches étaient en non-conformité depuis plus d’un an avant même la revalorisation à venir lundi.

Au Medef, on considère que ces renégociations ne sont pas un sujet de débat : « Les branches doivent le faire, puisque c’est la loi », indique-t-on dans la première organisation patronale.

Selon le ministère du Travail, le gouvernement veut présenter « prochainement » un projet de décret pour mettre en application une mesure de la dernière loi de financement de la Sécurité sociale, selon laquelle les entreprises des branches en non-conformité pourraient être pénalisées dans le calcul des allègements de cotisations sur les bas salaires dont elles bénéficient.

« On a l’impression que la situation s’aggrave d’année en année et qu’on a globalement une smicardisation accélérée », a estimé auprès de l’AFP le secrétaire national de la CFDT Luc Mathieu, présent à la réunion mercredi.

La première centrale syndicale française, tout comme la CGT, demande que les branches concernées soient obligées de se mettre en conformité rapidement et que des négociations salariales par branche soient rouvertes.

« Quand les prix augmentent, les salaires doivent augmenter aussi. C’est le cas du salaire minimum interprofessionnel. Ça doit être le cas de tous les salaires », a estimé Thomas Vacheron, demandant également une indexation sur l’inflation de tous les salaires. Dans le détail, la centrale syndicale milite pour « l’augmentation automatique de l’ensemble des salaires minima de branche, dès lors que le Smic est revalorisé » et « l’ouverture immédiate des négociations salariales dans l’ensemble des branches professionnelles pour éviter les situations de décalage de plusieurs mois et pour créer une dynamique salariale », indique-t-elle dans une note juridique. La CGT précise également que « sur les 10 conventions collectives, six présentent au moins un niveau de salaire minimum inférieur au Smic au 1er juin : remontées mécaniques, taxis, assainissement, transports aériens, désinfection (3D) et transports routiers (notamment les transports de fonds, sanitaire, déménagement…) ».

Crise des carburants

Ce débat en téléscope directement un autre, celui sur le pouvoir d’achat des salariés et professionnels et des difficultés rencontrées par les petites entreprises et artisans à l’heure de l’explosion des prix des carburants. Le gouvernement a fait ses dernières semaines une série d’annonces qui n’ont pas convaincu, concernant : une revalorisation des indemnités kilométriques pour certains secteurs professionnels, l’élargissement des aides aux « grands rouleurs » modestes, et des « aides sectorielles pour les agriculteurs, les transports, la pêche ou le BTP, qui vont être prolongées jusqu’à l’été ». Celui-ci a également « invité » les entreprises à verser une prime carburant, exonérée de cotisations sociales, augmentée à leurs salariés. Autant dire que le principe d’une revalorisation automatique n’a que plus de sens.

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