Tag: travail

  • [Week-end] Sentinelles de Provence : 418 trésors révélés

    [Week-end] Sentinelles de Provence : 418 trésors révélés

    La Région Sud monte au créneau. Elle vient d’achever l’inventaire thématique du patrimoine fortifié en Provence-Alpes-Côte d’Azur, un vaste travail scientifique lancé il y a quarante ans et désormais en ligne à la disposition de tous.

    Cette étude exhaustive et richement illustrée a démarré en 1986 dans le Briançonnais à l’occasion de l’étude topographique de ce territoire au moment où ces ouvrages historiques étaient devenus sans intérêt pour l’armée. « La thématique de l’enquête s’est centrée sur l’architecture fortifiée du pouvoir royal, puis national, entre le XVIe et le XXe siècles, en excluant du corpus les ouvrages de l’époque féodale et en y englobant les constructions italiennes devenues françaises au gré des fluctuations de la frontière alpine », décrit Marceline Brunet, conservateur du Patrimoine, chef de l’Inventaire général de PACA, un service qui s’est entouré de trois experts : Philippe Truttmann, Christian Corvisier et Bernard Cros.

    418 dossiers d’inventaire ont ainsi été constitués. Dans les Hautes-Alpes, on retient la place forte de Briançon, l’ensemble fortifié italien à Névache et Montgenèvre, les places fortes d’Embrun et de Mont-Dauphin, Fort-Queyras. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, l’ensemble fortifié de l’Ubaye, les places fortes de Colmars, Seyne, Sisteron et Entrevaux. Chaque ouvrage a sa fiche explicative détaillée.

    Dans les Alpes-Maritimes, les positions de l’Authion et du Mont-Ours, les places fortes de Nice, Antibes, Saint-Paul-de-Vence, Sainte-Marguerite, les fortifications italiennes du Vallo Alpino, la redoute de Menton, etc.

    Dans le Var, l’ensemble fortifié des îles d’Hyères, la citadelle de Saint-Tropez, l’ensemble des ouvrages côtiers de Carqueiranne, du Pradet et La Seyne-sur-Mer, de Toulon. Pour des raisons de sécurité, l’accès a été refusé au fort présidentiel de Brégançon et au fort sensible de Six-Fours.

    Dans les Bouches-du-Rhône, les internautes apprécieront de redécouvrir la place de Marseille, ses batteries côtières avec tous les ouvrages du Südwall, ceux du Frioul, de Cassis, de La Ciotat et tout au long de la Côte bleue jusqu’à Port-Saint-Louis-du-Rhône.

    Ce patrimoine militaire est analysé comme « probablement le plus varié en termes de typologies et de périodes de construction, mêlant architecture frontalière de montagne et du littoral, du début du 16e siècle à 1944 ». Il a aussi la particularité de recéler des « ouvrages très remarquables dus aux ingénieurs italiens, depuis les forteresses du duché de Savoie au XVIe siècle jusqu’aux lignes fortifiées édifiées dans l’Entre-Deux-Guerres par le gouvernement de Mussolini ».

  • [Les métiers de la Sécurité civile 5/6] Thierry, pilote, assurance tous risques

    [Les métiers de la Sécurité civile 5/6] Thierry, pilote, assurance tous risques

    Ce vendredi, rencontre avec Thierry Cacherat, pilote et chef de base de Marignane et de la zone Sud.

    Outre celle de Marignane, il dirige aussi les 5 autres bases hélicoptères de la zone Sud de Perpignan jusqu’en Corse mais pas question de se faire mousser. Thierry Cacherat, pilote, insiste d’entrée sur le travail « interservices » où se mélangent « des personnes qui n’ont pas les mêmes fonctions » et doivent « trouver un terrain d’entente ». « Le métier de chacun aura une interaction sur le métier de l’autre et c’est vraiment notre particularité, ce mélange des genres » insiste-t-il. Des spécificités qui influencent forcément les missions. « Il faut le prendre en compte dans la stratégie qu’on va mettre en place pour secourir les personnes. C’est balèze. D’autant que nous, on est au bout de la chaîne, on va là où plus personne peut aller. Et la nature va nous imposer de faire des choix », développe-t-il.

    Mais le pilote reste « le maître à bord, le capitaine du navire qui va élaborer la stratégie du secours, et va prendre la décision finale ». Une stratégie qui « contrairement à beaucoup de métiers, peut très bien varier en cours de route », rappelle Thierry Cacherat, qui demande « beaucoup d’écoute des partenaires » et surtout de soupeser en permanence la prise de risque des uns et des autres. « On va chercher là où est la sécurité la plus importante », précise-t-il. Par exemple, illustre-t-il, « si j’ai un secours dans la Sainte-Victoire, ma manière de m’affranchir des turbulences, c’est de treuiller haut. Le problème, c’est que c’est un pendule et si je diminue la précision, et c’est le secouriste qui risque de frapper la falaise, d’être mal déposé, ou de se faire une cheville. Alors je vais descendre plus bas, je vais diminuer ma sécurité pour augmenter la sienne, parce que je juge ça tolérable ». Et d’asséner : « on ne doit pas échouer. On a une obligation de réussite et pour ce faire, il faut être très rigoureux, avoir de la méthode ».

    Raison pour laquelle les compétences en matière de pilotage sont pointues. Le recrutement, « ce sont uniquement des pilotes qui viennent de l’armée de terre, de l’air, de la marine ou de la gendarmerie », explique Thierry Cacherat, « on demande un niveau d’expérience minimum à l’entrée qui est de 2 500 heures de vol, c’est énorme pour de l’hélicoptère. Cela représente entre 12 et 15 ans d’armée ». Dans une école à Nîmes, le militaire habitué à travailler dans un cadre rigide, apprend à devenir pilote civil de secours, lui très autonome et capable de tenir compte de son environnement.

    La détresse humaine insupportable

    « On travaille à 50 centimètres du rocher, il y a des techniques très particulières. Et puis le treuillage, un câble de 90 mètres dehors avec un être humain au bout, qu’il faut aller poser sur un point qui fait la taille d’une feuille de papier, dans les arbres ou dans des rochers, c’est une science compliquée », précise le chef de base. Il faudra un an pour être « opérationnel de jour », encore deux pour être capable d’assurer la nuit.

    Autre indispensable : savoir mettre de côté l’adrénaline. « Au contraire, plus c’est la crise dehors, plus il faut être calme dans l’hélicoptère. Contre le rocher, la bêtise ne pardonne pas… » confie Thierry Cacherat. Heureux néanmoins de disposer d’un « hélicoptère qui est un outil de travail fabuleux ». « Cela nous a ouvert des domaines de vol, parce qu’on peut voler beaucoup la nuit avec des jumelles de vision nocturne », se réjouit-il, « et puis on a la capacité aussi de pouvoir travailler par des conditions météorologiques défavorables, beaucoup plus qu’avant. D’aller très très loin, qu’on ne touche aux commandes, avec un pilotage automatique. L’hélico va tenir une trajectoire », détaille-t-il. Un « sacré progrès » pour celui qui a connu l’Alouette, « ils donnaient des noms d’oiseaux à l’époque, c’était sympa… ».

    Originaire d’Annecy, il se souvient de sa passion pour l’engin qu’il voyait passer au-dessus de sa tête régulièrement. « En classe de 6e, je suis allé voir la base de la Sécurité civile et je leur ai demandé : “Comment on fait pour faire ça ?” Ils m’ont dit : “Il faut que tu aies le bac, après bah il faut que tu rentres dans l’armée“. Je l’ai eu, j’ai été pris dans l’armée en 1981 dans la foulée », raconte-t-il. Il rentrera dans la Sécurité civile en 1998, deviendra instructeur deux ans plus tard avant de passer chef pilote instructeur en 2002, suite à une « batterie de tests à Paris par les psys de l’Armée de l’air, là où on évalue les gens qui vont dans l’espace », se marre-t-il.

    Une passion, donc, au point que, comme la plupart de ses collègues, il n’arrive pas à lâcher. « Cinq ans que je pourrais être à la retraite et je n’y suis pas. Je pars le 31 décembre, ça va être dur », nous confie-t-il, « on a le plus beau métier du monde. C’est l’aventure un peu tous les jours. En fait là, je peux me retrouver à faire une avalanche en montagne à Briançon, et puis l’après-midi, faire un secours à 50 nautiques en mer… » Tout ça sans être jamais blasé.

    Quand on lui demande s’il a des anecdotes, il affirme oublier « beaucoup de choses ». Avant de reconnaître : « ce qui me marque le plus, c’est la détresse humaine. Je peux récupérer un bras sectionné ou une jambe, les mettre dans un truc, ça ne me pose aucun problème, mais la détresse humaine… Comme quand la famille arrive après l’accident, et qu’il y a le gamin qui est décédé. J’ai du mal à supporter ». Le pire mais aussi le meilleur. « Un des plus beaux secours que j’ai faits, cela a été de retrouver une petite fille qui était perdue depuis deux jours sur le plateau de Valensole, il y a une bonne vingtaine d’années. Pourtant les hélicos étaient passés dix fois. On l’a ramenée à ses parents, c’était génial », se souvient-il, encore ému.

    « On ne doit pas échouer,
    parce que derrière, il n’y a personne »

  • La CGT suspend le mouvement de grève à Haribo

    La CGT suspend le mouvement de grève à Haribo

    « Ce n’est que partie remise ! » Ce lundi, les salariés d’Haribo à Marseille accusent le coup.

    Et pour cause : ils ont voté la reprise du travail après un mouvement social marathon débuté le 25 juin dernier et alors qu’ils entraient dans leur huitième semaine de grève. Une reprise du travail qui n’équivaut pas à la fin définitive du mouvement. « Pour l’heure, le mouvement est stoppé, on est en stand-by. Nous avons fait un vote dont nous avons eu les résultats dimanche. Malheureusement, il n’y avait pas assez de monde pour continuer à suivre le mouvement et la majorité souhaitait arrêter la grève », expose, en toute transparence, Sofia Calabria déléguée syndicale CGT du site.

    Rappelons que FO, qui avait débuté le mouvement avec la CGT, a également suspendu son mouvement, la semaine précédente. Forcément, la syndicaliste n’a pas le sourire : « Les gens sont assez abattus et déçus… C’est compliqué de reprendre dans ces conditions, il y a un goût d’inachevé. »

    En effet, les dernières discussions entre son organisation syndicale et la direction n’ont abouti à rien de concret. La première réclamant une hausse de salaire de 2,5% quand la seconde proposait 1,8% (lire notre article du 13/08). Pour rappel, la proposition initiale dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO) était de 0,9%. Le déclenchement de la grève commune avec FO avait permis de remonter la proposition à 1,5% et la promesse de discussions au 28 septembre prochain. Autant de points sur lesquels la CGT affirme n’avoir aucune assurance ni visibilité. « On espère que la réunion du 28 septembre est bien maintenue. Pour l’instant, on n’a rien de plus que 0,9% d’augmentation », explique Sofia Calabria.

    Vers un retour

    des discussions ?

    Contactée, la direction du site « ne souhaite pas commenter » les montants évoqués par les syndicats et précise qu’ils « font l’objet de discussion en cours en interne ». Elle explique surtout que sa « volonté est bien de poursuivre un dialogue social » et que « la suspension de la grève à compter de ce jour rouvre l’opportunité de re-entamer des discussions ».

    De quoi vraiment apaiser les ex-grévistes ? En tout cas, ces derniers pas défaitistes : « Il y a aussi de la fierté : plus de 7 semaines de grève, on entrait dans notre huitième semaine, ce n’est pas rien non plus. Nous avons eu un impact énorme sur la production, on reprend le travail la tête haute. » D’autant que Sofia Calabria insiste sur le fait que l’arrêt du mouvement n’est que temporaire. « Le combat n’est pas fini. Ce n’est qu’une suspension, il n’y a pas d’abandon des revendications », conclut la syndicaliste.

  • Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    « Moi et ma famille on était hébergés à l’hôtel par le 115, ils nous ont appelés pour nous informer qu’ils ont trouvé une chambre [dans] un foyer… On a essayé de refuser, ils ont dit que nous n’avons pas le choix, c’est soit ça, soit ils nous mettent dehors. On a fait confiance et on a accepté. Aujourd’hui, ils nous ont déplacés et c’est la déception totale. » Dans une lettre au Secours catholique, cette maman de deux enfants dont un âgé d’un an, appelle à l’aide. Elle s’est vue mettre la pression pour déménager alors qu’elle a toute sa vie dans une ville où elle essaie de s’en sortir. Son mari ayant même obtenu un travail. Elle poursuit : « Le foyer est au milieu de nulle part. Et la chambre, plus petite que celle de l’hôtel, pleine de cafards. Sans climatisation, mes enfants n’ont pas pu dormir jusqu’à 1h. Mon fils n’a pas du tout accepté ce changement, il était très malheureux. J’aimerais que le 115 me déplace (…) avec des conditions de vies plus adaptées pour mes enfants et moi ».

    Des témoignages comme ça, Alain*, travailleur social du Secours catholique dans un centre d’accueil pour femmes, en a à la pelle. Dire qu’il soutient la lettre de l’association envoyée au préfet, dénonçant comme de nombreuses autres impliquées dans l’hébergement d’urgence, les instructions du représentant de l’État, est un euphémisme.

    Il raconte cette femme venue de Lyon avec ses enfants pour fuir son mari violent qui voulait la tuer et qui a fait de la prison pour cela. On lui demande d’y retourner car les violences n’ont pas eu lieu dans la ville où elle est accueillie. Elle restera dans sa voiture avec ses enfants en attendant une solution. Cette autre, enceinte de neuf mois qui sort de l’hôpital après des contractions, reste sans aucune solution auprès du 115, et est hébergée au centre, le temps d’en trouver une. Ou encore cette femme enceinte, violentée à Montpellier, qui part à Vitrolles, que le 115 refuse d’héberger car elle n’est plus en danger.

    Faveurs sexuelles et viol

    Être femmes à la rue, c’est « 100% de chances de se faire agresser sexuellement ou violer », assène le travailleur social. C’est aussi « être obligée d’échanger des faveurs sexuelles en hébergement chez un tiers, de faire l’esclave moderne en faisant le ménage » assure-t-il, fort des histoires de la vingtaine de personnes que reçoit le centre chaque jour. Un lieu pour prendre sa douche, se poser, respirer en toute intimité. S’il conçoit que les places en hôtel sont coûteuses, il rappelle que « ce n’est pas la panacée ». « On ne peut pas y cuisiner et cela se passe plus ou moins bien suivant l’hôtelier. Le matin, on doit partir, le soir on dort à 20h ou à 19h. Parfois, c’est ouvert le matin, parfois, l’après-midi, parfois, on oblige à faire le ménage pour rester, sous peine d’un signalement où on va dire que la personne s’est mal comportée et elle peut être mise dehors. On a eu des retours où l’on se servait joyeusement en disant que si l’hébergée voulait rester, c’était de la faveur sexuelle » détaille-t-il.

    Il revient aussi sur les conséquences de cette remise à la rue pour des personnes qui vont jusqu’à garder tous leurs tickets RTM pour nourrir leur dossier, montrant à quel point elles sont honnêtes. « Oui, ce sont souvent des personnes en situation irrégulière » admet Alain, « mais qui sont là depuis 3, 4 ou 5 ans, qui ont un emploi, se comportent comme des bons citoyens. Les enfants vont à l’école. Et à qui on dit finalement, désolé, tu repars à la rue, ou alors à Vitrolles, Marignane » indique-t-il. De quoi nourrir « la colère voire la haine, avec des gamins qui trouveront leur intérêt à faire le chouf à la cité du coin, moyennant 150 euros la journée », où « l’argent économisé en hébergement d’urgence, va être dépensé en santé mentale, en frais hospitaliers, en police, en lutte contre le narcotrafic ». Un « terrible retour en arrière » déplore-t-il.

    Le tout alors que les femmes sans-abri étaient une priorité affichée par la préfète à l’égalité des chances, Isabelle Épaillard, aujourd’hui sur le départ. Cette dernière insistant dans nos colonnes sur leur prise en compte lors de la présentation en juillet, par l’Observatoire de la pauvreté de la première enquête sur « le parcours de prise en charge des personnes sans domicile en sortie d’hospitalisation à Marseille ». Un double discours insoutenable pour les associations qui ont entamé un véritable bras de fer avec l’État.

    *Le prénom a été changé

  • Le « rendez-vous des quais », toute une histoire racontée par Claude Martino

    Le « rendez-vous des quais », toute une histoire racontée par Claude Martino

    Plume de La Marseillaise où il a été responsable de la chronique cinéma durant près de 35 ans, Claude Martino propose une édition « revue et augmentée » de son livre sur Le rendez-vous des quais, un « film et ses histoires », truffé de témoignages et documents inédits.

    Savamment décortiquée et contextualisée, cette œuvre majeure, reconnue comme le chaînon manquant entre néoréalisme et Nouvelle vague rappelle l’auteur, c’est aussi l’histoire d’un homme, Paul Carpita, dont Claude Martino fut l’ami. Un instituteur marseillais communiste, militant, qui n’a pas hésité à dégainer clandestinement la caméra sur le port de Marseille, sous prétexte d’un documentaire sur la brandade de morue, pour filmer une grève des dockers contre la guerre d’Indochine.

    Ce réalisateur « amateur » sera aussi méprisé par une intelligentsia dont on sait juste qu’elle est parisienne, rappelle l’auteur. Meurtri, Paul Carpita n’aura eu de cesse de chercher les bobines saisies lors d’une projection en 1955, après censure de l’État. Il faudra attendre 1990 pour que le film soit de retour dans les salles.

    L’histoire dans l’Histoire

    Le rendez-vous des quais, c’est aussi l’histoire dans l’Histoire. Un temps où, comme aujourd’hui, il ne fait pas bon défendre la culture de paix en France, où la direction du PCF, pourtant soutien de la première heure du réalisateur, ne tenait pas non plus à ce qu’on montre « des jaunes » reprendre le travail. Dans les annexes de son ouvrage, Claude Martino propose à ce titre une chronologie qui replace le long-métrage dans son époque.

    Avec son « rendez-vous », Paul Carpita donne aussi à voir le quotidien des « petites gens » explique-t-il. Une vie dure mais où les protagonistes misent sur la solidarité, n’hésitant pas à entrer dans un conflit aux lourdes conséquences pour leurs familles. La réalité sociale, l’engagement mais aussi la poésie qui jalonneront les courts et longs-métrages du réalisateur qui n’a cessé de tourner jusqu’à son dernier souffle.

    « Le rendez-vous des quais,
    un film et ses histoires »,
    de Claude Martino.

    Éditions L’Harmattan,
    22
     euros, dans toutes les bonnes librairies.

  • À Châteaurenard, Attal pointe « la démence normative » française

    À Châteaurenard, Attal pointe « la démence normative » française

    Après la Vendée, les Yvelines, la Savoie, le Morbihan où le Finistère, avec cette douteuse sortie médiatique sur les aires d’accueil des gens du voyage, la tournée estivale de campagne de Gabriel Attal, passait jeudi par les Bouches-du-Rhône et le Marché d’intérêt national (MIN) de Chateaurenard.

    à l’aube, entre deux cagettes de fruits et légumes, face aux agriculteurs, grossistes et acheteurs, le macroniste à la chemise blanche, aurait pu parler de la baisse annoncée de la production sous l’effet du dérèglement climatique. Il a choisi cette fois encore de gratter à sa droite en rappelant sa volonté de mettre fin à la « démence normative française », donnant l’exemple d’un agriculteur verbalisé car un salarié ne portait pas de chaussures de sécurité « en plein été ».

    « Ne pas avoir réussi à libérer toutes les énergies, tous ceux qui ont envie de faire et de travailler, c’est peut-être l’un des échecs de ces dernières années », note celui qui entend aller plus loin dans la destruction du modèle social français en promettant de « rapprocher le salaire net du salaire brut ». Caressant les agriculteurs en leur promettant de lutter contre la concurrence déloyale, il assure que leur revenu, et plus largement les salaires et les rémunérations français, sont une des quatre grandes priorités de son projet.

  • [Entretien] « La culture à Toulon on va la faire tous ensemble »

    [Entretien] « La culture à Toulon on va la faire tous ensemble »

    Dans sa mission d’amener la culture au plus près des habitants dans tous les quartiers de la ville, l’élue Stéphanie Slimani, dramaturge, metteuse en scène, marionnettiste, auteure et professeure de théâtre, peut s’appuyer sur son expérience et son goût pour la solidarité et le partage.

    La Marseillaise : Quelle est l’ambition de la municipalité à travers ce projet ?

    Stéphanie Slimani : La revitalisation des quartiers, par la culture notamment, et le soutien aux artistes du territoire. Ce projet-là va permettre quasiment de lier ces deux ambitions.

    L’idée c’est de faire venir des artistes dans les quartiers et de faire de la culture pas seulement pour les habitants, mais surtout avec eux. De leur permettre de redécouvrir parfois des histoires de gens qui vivent là et dont ils ne connaissaient pas le parcours de vie, l’architecture de leur quartier, de revisiter des espaces, la mémoire des lieux… Tout cela en faisant participer aussi le milieu associatif, les écoles, les médiathèques et les commerçants, afin que tout le monde se sente concerné. C’est une manière de faire de la culture avec les gens qu’on souhaite développer à travers ma délégation qui est nouvelle.

    L’objectif est de renforcer
    la cohésion sociale
     ?

    St.S. : Évidemment, de toute façon la culture fait société. C’est donc pour faire société, pour se rencontrer, pour partager. Certains n’aiment pas dire socioculturel, mais pour moi ces deux termes sont intriqués : la culture c’est social ! Donc bien sûr que l’ambition c’est de créer du lien, du plaisir et de la joie dans le quartier. De faire que les habitants soient fiers aussi de raconter ce qui s’y fait. De pouvoir dire : « Moi, j’ai fait du théâtre, j’ai pu participer à un spectacle de danse, on a fait de la peinture… » Ça permet aussi de faire changer le regard extérieur porté sur le quartier, en mettant juste en valeur ce qui existe déjà. Parce que je le répète, dans les quartiers il y a déjà de la culture, il y a déjà des gens formidables. Mais on peut aussi s’y sentir parfois délaissé, c’est légitime.

    C’est une manière aussi
    de rétablir un peu d’égalité des chances dans
    les quartiers populaires…

    St.S. : Absolument, tous ces mots ont énormément de sens pour moi. Parce que malgré tous les efforts développés pour rendre la culture accessible à tous, il reste encore une barrière qui fait que selon d’où on vient on s’interdit d’y aller, on se dit que ce n’est pas pour soi, qu’on ne va pas comprendre, que peut-être même c’est un peu trop bizarre parfois. C’est pour ça qu’il faut absolument créer des passerelles plutôt que des forteresses. Moi j’aime le mot populaire, je trouve ça noble, la culture populaire, le théâtre populaire, le spectacle populaire. Ça veut dire que cela nous concerne tous, que personne doit s’en sentir exclu. Je défends et revendique donc de faire une culture populaire. Ce n’est pas quelque chose de moins bien, ou de plus facile, simplement je crée des liens pour que chacun se rende compte qu’elle lui appartient aussi.

    J’ai beaucoup travaillé dans les quartiers et en milieu rural sur des projets participatifs, donc je sais que c’est vertueux, je sais que ça fonctionne. Mais il faut avoir en même temps beaucoup d’humilité, et ne pas partir avec l’idée qu’on va tout révolutionner, qu’on va tout changer, et ce n’est pas le but. Il faut venir rencontrer tranquillement ses habitants, les écouter, et puis après commencer à développer des projets participatifs avec eux. Il faut aller doucement. C’est pour ça que le projet du Pont du Las, s’étale sur deux années, qui se renouvelleront après. Il faut du temps.

    Quelle va être la chronologie ?

    St.S. : On lance un appel à projets au mois d’octobre ouvert à tous les artistes professionnels, et le jury se décidera au début d’année 2027. L’ouverture, elle, est prévue au printemps. Le collectif d’artistes viendra s’installer dans un local, avec un budget et un cahier des charges très précis de projets participatifs, d’ateliers et pratiques artistiques gratuits.

    Et avant cela, en fin d’année 2026, on va mettre en place cinq projets, avec notamment de la danse au Pont du Las, où une chorégraphe va travailler dans l’espace public avec une association de femmes, et à Pontcarral, c’est autour de la récolte de la mémoire et du son qu’une compagnie de théâtre va mettre la population à contribution.

    Des actions qui donnent
    de l’espoir, en tout cas…

    St.S. : Toulon est une ville qui a souffert à travers plusieurs époques, qui a su s’épanouir. Où il y a une forme de résilience. Les gens savent vivre ensemble. On a beau essayer de nous désunir, de nous diviser, ça ne marche pas. Et les Toulonnais l’ont montré aussi au mois de mars. Le centre-ville a été réhabilité, c’est magnifique. On a envie d’y aller. Et quand on reçoit des gens, on a envie de le leur faire visiter. Eh bien, on va faire la même chose dans les quartiers.

    On a entendu les habitants des quartiers, on sait qu’il y a du travail, on va le faire. Et la culture à Toulon on va la faire tous ensemble.

  • En Occitanie, la chaleur rebat les cartes du recrutement

    En Occitanie, la chaleur rebat les cartes du recrutement

    Sur le littoral gardois, les établissements peinent moins à attirer des candidats qu’à répondre à leurs nouvelles attentes. « Depuis le Covid, il y a eu un gros changement sur le monde du travail. Il a fallu que nous, restaurateurs, nous nous réadaptions par rapport aux personnes qui venaient sur le marché du travail », précise Nathalie Lallouette, déléguée des restaurants à l’Umih 30.

    La professionnelle souligne néanmoins une amélioration grâce au forum de l’emploi saisonnier organisé par les acteurs économiques des communautés de communes. « Depuis deux ans, on arrive quand même à recruter. Cette année, sur le forum de l’emploi saisonnier, il y a eu plus de 600 offres, avec une cinquantaine de recruteurs. » Mais un obstacle demeure : « La grosse difficulté qu’on a, c’est le logement saisonnier. Recruter des gens, oui, mais il faut les loger. »

    Les fortes chaleurs pèsent aussi sur certains métiers. En cuisine, les conditions de travail deviennent particulièrement éprouvantes en période estivale. « Sur la question de la chaleur, c’est vrai que, on va dire, peut-être le point un peu plus difficile, ça va être sur les postes de cuisine à trouver », observe Nathalie Lallouette, déléguée des restaurants à l’Umih 30.

    Des travailleurs plus exigeants

    Au-delà du logement, les fortes chaleurs pèsent désormais dans les choix des travailleurs. « Personnellement je travaille en cuisine, donc il fait chaud tout le temps, mais c’est vrai que maintenant je suis plus regardant sur le restaurant où je vais aller travailler : un restaurant de plage oui, il y a de la fraîcheur et de l’eau pas loin donc j’irais. Mais travailler dans un mas en pleine canicule, je ne le ferais plus », indique Arthur, cuisinier saisonnier.

    « Moi je suis serveuse et c’est vrai que cette année par exemple je ne ferais que des extras. Je voulais aller travailler en montagne comme pour ma saison d’hiver mais je n’ai pas trouvé de poste et par chance, j’ai suffisamment travaillé cet hiver pour ne pas avoir à travailler 50h par semaine cet été », constate Léonie, jeune serveuse de 27 ans. « Je fais mes saisons en station, ou du moins en montagne, et beaucoup de mes collègues sont restés en montagne pour la saison d’été, je pense qu’ils avaient déjà prévu que ce serait plus agréable de rester dans les Alpes que de venir dans le sud où il fait une chaleur étouffante », poursuit la jeune femme.

    Pour Nathalie Lallouette, ces témoignages illustrent une évolution plus profonde. « Maintenant les gens vont regarder dans quel établissement ils vont travailler et quelle saison ils vont travailler. Ils vont regarder s’il y a une culture d’entreprise, l’image du restaurant, s’il y a une éthique. Les gens sont très regardants sur ça, c’est une chose qu’on n’avait pas avant le Covid », affirme-t-elle.

    Pour de nombreux saisonniers, la rémunération ne suffit plus à faire la différence. Les conditions de travail, l’exposition aux fortes chaleurs, l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle ou encore le cadre de vie deviennent des critères déterminants. La question du logement reste également une pièce déterminante dans le choix de l’entreprise.

    Certains privilégient désormais des postes en altitude ou près du littoral, quand d’autres limitent volontairement leur activité estivale afin d’éviter les périodes les plus éprouvantes. Une évolution qui oblige progressivement les employeurs à repenser l’attractivité de leurs établissements au-delà du seul salaire.

  • Retraités, réfugiés et jeunes en insertion dans les champs à Val-Buëch

    Retraités, réfugiés et jeunes en insertion dans les champs à Val-Buëch

    J’ai de l’expérience en agriculture, j’avais une ferme en Syrie. Travailler dans ce chantier d’insertion me permet de rencontrer du monde, car je n’ai pas beaucoup d’amis ici. » Tamam Ibrahim, réfugié syrien arrivé en France il y a huit ans, a été au chômage pendant quatre mois avant d’être orienté par sa conseillère France Travail vers l’association d’insertion des Jardins du Buëch. Il a enchaîné les emplois de courte durée, sans jamais trouver de situation stable. « J’ai été carrossier, travailleur agricole, j’ai travaillé dans un hôtel… », énumère-t-il. Il compte renouveler son contrat au chantier d’insertion des Jardins du Buëch, jusqu’à la durée maximale autorisée : deux ans.

    « C’était moi le premier

    à être licencié »

    Un peu plus loin dans les plantations de haricots, Olivier, 60 ans, s’active à les récolter. Enfant de la Ddass, il n’a jamais appris à écrire correctement, et a ainsi du mal à trouver du travail, surtout depuis qu’il a dépassé les 60 ans. « À un certain âge, t’as plus de travail, c’est fini ! », lance-t-il à ses collègues, tous mobilisés pour la récolte. « Les patrons préfèrent former un jeune ouvrier plutôt que quelqu’un de 60 ans. » Olivier a enchaîné les emplois physiques et manuels, le transport de charges lourdes, avant d’arriver aux Jardins du Buëch. « Maintenant, il faut savoir écrire, se servir d’un ordinateur. Je n’ai jamais vraiment été à l’école petit, car les éducateurs ne s’occupaient pas tellement de nous tant on était nombreux », regrette-t-il. Ainsi, « quand c’était le moment de licencier, c’était moi le premier ». Il sera accompagné par l’association jusqu’à sa retraite, et espère ensuite « acheter un camion et partir sur la Côte d’Azur pêcher la daurade ».

    À Val Buëch-Méouge, près de Laragne, l’association propose du maraîchage ; mais, à Château-Arnoux-Saint-Auban, les personnes en insertion font également de la rénovation et de la communication. Les Jardins du Buëch ont été créés en 2001 par une équipe de psychiatres de l’hôpital psychiatrique de Laragne, « pour faire de l’accueil thérapeutique et de l’insertion au long cours pour un public désocialisé », explique Jean Busch, chef de culture et encadrant technique.

    L’association accueille désormais également des personnes en situation de handicap ou encore des jeunes éloignés de l’emploi, comme Lorenzo, 20 ans, titulaire d’un bac professionnel, orienté par sa mission locale après avoir travaillé en fromagerie, chez France Travail ou encore chez SFR. Le jeune homme suivra bientôt une formation de convoyeur de fonds.

  • Justice sociale à l’agonie

    Justice sociale à l’agonie

    Par Léa Talrich, Avocate au Barreau de Marseille

    Hier, Mme Harcelée a saisi le conseil de prud’hommes de Marseille pour faire cesser le harcèlement qu’elle subit dans son travail, en payant un timbre de 50 euros. L’audience de conciliation, la première d’une série d’au moins trois audiences avant qu’un jugement soit rendu, a été fixée en février 2027. Une décision arrivera au plus tôt en 2028. Et pendant ce temps, sa souffrance s’aggrave. Depuis plusieurs mois, le conseil de prud’hommes attend des greffiers. En sous-effectif, ceux en poste sont épuisés et ne peuvent pas se dédoubler. Sans greffiers, pas d’audience. Sans audience, pas de droits.

    M. Blessé a subi un accident de travail il y a six mois. La Sécurité sociale n’a pas voulu reconnaître le caractère professionnel de l’accident. Il a saisi le Pôle social du tribunal judiciaire hier, en payant un timbre de 50 euros. La justice en a accusé réception. Il recevra l’information d’une date d’audience dans un an et demi. La décision sera peut-être rendue dans deux ans. Espérons qu’il sera guéri d’ici là, bien que cela rende le contentieux inutile.

    Mme Exploitée attend qu’on lui paie ses heures supplémentaires, réalisées par centaines dans son ex-entreprise de l’hôtellerie-restauration. Elle a saisi le conseil de prud’hommes gratuitement en 2020. Elle a eu un jugement en 2022. Son employeur a fait appel. Et elle attend depuis maintenant quatre ans qu’une date d’audience soit fixée. Faute de magistrats, les chambres sociales de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence sont incapables de juger avant 4 ans d’attente.

    La justice des droits sociaux est (mal)traitée à l’image des droits qu’elle est supposée garantir. Alors que le choix du contentieux est souvent le dernier recours des justiciables, ils et elles font face à un mur de silence, de désintérêt et de mépris. Les personnels de justice sont essorés jusqu’à être contraints de se désensibiliser pour survivre à leurs conditions de travail indignes.

    Lorsque ce constat s’aggrave d’année en année, Monsieur Darmanin n’a rien trouvé de mieux pour dissuader les précaires de faire valoir leurs droits que de rendre l’accès au service public de la justice payant. 50 euros, c’est le prix de la honte du système judiciaire français. Si la justice sociale est l’outil de rééquilibre pour celles et ceux qui sont les plus faibles, le gouvernement veut détruire la balance. Lentement, en épuisant par le silence judiciaire.

    Le seul moyen de combattre le silence est le bruit. Intéressons-nous aux contentieux du travail, de la sécurité sociale, du handicap, car il s’agit souvent de récits de toute une vie, qui méritent mieux que d’être ignorés. Le service public de la justice a besoin de finances, de personnels et de délais raisonnables. Exigeons des moyens à la hauteur des besoins, nombreux, de celles et ceux qui subissent la violence du travail.

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