Tag: SMIC

  • Contre la smicardisation, la grève le 5 novembre

    Contre la smicardisation, la grève le 5 novembre

    Plus de 120 secteurs professionnels ont leur niveau de rémunération le plus bas en dessous du Smic ! Une affirmation qui a de quoi étonner, puisqu’il est illégal de payer en deçà du salaire minimum en France, mais qui est pourtant bien réelle. Dans un dossier au sujet des négociations salariales paru il y a quelques jours, la CGT a même décompté pas moins de 122 branches où les minima conventionnels, c’est-à-dire la rémunération plancher d’un secteur, sont inférieurs au Smic. Parmi ces branches qui paient au rabais, certaines ont des écarts avec le Smic qui ont de quoi faire froid dans le dos. C’est le cas pour le secteur hospitalier privé dont le montant du premier niveau de salaire s’établit à 1 729,36 euros, soit 137,66 euros de moins que le Smic brut à 1 867,02 euros. Au total, 32 branches ont un écart au Smic de plus de 50 euros, ce qui concerne plusieurs millions de salariés.

    Les travailleurs de ces secteurs sont bien payés au Smic en rémunération réelle, illégalités et tours de passe-passe patronaux obligent, mais cela illustre surtout l’absence de volonté des employeurs de se pencher sur des hausses réelles de salaires. Quand le Smic est régulièrement revalorisé, les négociations salariales dans les secteurs d’activité, via ces fameuses branches professionnelles, ont bien du mal à suivre. « Tous les ans, on se retrouve rattrapé par le Smic. Plusieurs niveaux de notre grille salariale, presque la moitié, sont d’ailleurs au Smic. Quand on entre dans la coiffure, on est au Smic. Et que l’on soit coiffeur débutant, coiffeur confirmé ou coiffeur tout court », expose Nadia Mimoun, référente de la branche de la coiffure pour la Fédération CGT Commerce et Services.

    Car qui dit branches professionnelles, dit grilles salariales qui définissent les niveaux de rémunération par secteur. Et les premiers échelons de ces grilles n’augmentent pas autant que le Smic. « Les organisations patronales ne veulent pas revaloriser toute la grille de notre branche. Par exemple, il va y avoir une augmentation du Smic prochainement. Nos employeurs l’attendent pour se calquer dessus », développe Nadia Mimoun également secrétaire de l’Union Départementale CGT 13. Sauf qu’à l’arrivée, on obtient des « grilles totalement incohérentes » où la progression à des échelons supérieurs n’amène à rien. « La coiffure est la deuxième branche de France qui consomme le plus de formations : diplômes, certifications, BEP ou CAP… Mais pour se retrouver au Smic puisque tous les premiers niveaux de notre grille sont calqués dessus », développe Nadia Mimoun. D’où le terme de « tassement » des grilles de rémunérations et donc de « smicardisation » de tout un pan de travailleurs. « Un débutant ou un confirmé est payé de la même manière, c’est ce qu’on appelle le tassement des grilles », abonde la syndicaliste. Avant de dénoncer : « Un des arguments des employeurs pour refuser de revoir les grilles est de renvoyer aux Négociations annuelles obligatoires (NAO). Mais dans la coiffure, il y a 70% de très petites entreprises, où il n’y a donc pas de NAO ! S’il n’y a pas d’augmentation qui vient de la branche, ça ne vient de nulle part ».

    L’ampleur du phénomène est telle que le constat vaut aussi quand l’employeur est l’État. « Quand on entre dans la fonction publique, on arrive au premier grade qui est techniquement en dessous du Smic », expose Dominique Maccari, co-secrétaire générale de la CGT de la Métropole Aix-Marseille Provence (AMP). Une situation qui concerne « les trois versants de la fonction publique », que le travailleur officie dans un hôpital public ou dans une petite collectivité. « Pour éviter que les plus basses catégories soient en dessous du Smic, ils donnent un montant en fin d’année qui rattrape le négatif », développe la fonctionnaire. Elle y met en regard l’absence de revalorisation du point d’indice, qui est la base de calcul de la rémunération des fonctionnaires, et qui est gelé depuis des années : « Vu qu’ils n’augmentaient que les plus basses catégories, et pas les autres, à un moment ça se chevauche, il y a cet effet de tassement ».

    Dans cette lignée, Lionel Zaouati, responsable régional Paca de la Fédération CGT des organismes sociaux (CAF, CPAM ou Urssaf…) évoque même une « paupérisation des deux côtés des guichets » pour son secteur. Les salariés de ces organismes sont au contact des plus précaires alors même que « 27% des salariés des organismes sociaux demandent la prime d’activité ». Et pour cause : le premier niveau de rémunération du secteur est de 55 euros en dessous du Smic. « À cause de ça, les organismes sociaux n’embauchent plus qu’au troisième niveau de rémunération », explique-t-il. Bonne nouvelle pour les nouveaux embauchés ? Pas vraiment, car cela aboutit au fait que « les agents restent plus longtemps au 3e niveau ». « J’ai 32 ans d’ancienneté et je ne suis qu’au niveau 4 », prouve Lionel Zaouati.

    « Quand
    on entre dans la coiffure,
    on est au Smic »

  • Le Medef prône l’entreprise comme solution à la crise

    Le Medef prône l’entreprise comme solution à la crise

    « La situation est très sérieuse dans le pays. » C’est avec gravité que le patron des patrons de la région, Stéphane Benhamou, a fait le point ce jeudi 29 octobre. Fini le président du Medef Sud « punchy » avoue-t-il, pétri d’une « inquiétude » partagée par « une large majorité d’entrepreneurs ».

    D’abord parce que la société est « fracturée » analyse-t-il eu regard des manifestations lycéennes et pour le pouvoir d’achat qui s’égrènent depuis plus d’un mois. Avant ces dernières, « le taux de vacances en centre-ville, 20%, était déjà dramatique à Marseille, on ne peut pas aggraver cette situation-là », estime-t-il, car « chaque fois que le centre-ville est déserté, on laisse la place à des points de deal, à des populations communautaristes qui monnayent les marchands de sommeil et qui amplifient la désertification ».

    Dans cette ambiance « anxiogène », pour lui, « la réponse se trouve dans l’entreprise, la capacité à offrir du travail, des perspectives ». Le Medef Sud organise pour ce faire la deuxième édition d’Action sud, le 1er décembre, sur le campus Esca d’Aix-en-Provence pour « mettre en confrontation les attentes des jeunes et des entrepreneurs » sur différents thèmes, comme l’économie verte, l’IA responsable, la féminisation des filières scientifiques…

    Peser sur le politique

    Plus généralement, les patrons comptent faire valoir leurs propositions à quelques mois de la présidentielle. Elles sont très tranchées. « Nous n’en sortirons pas autrement que par une attaque violente et frontale des lignes de dépenses budgétaires » balance Stéphane Benhamou, partant du principe que les entrepreneurs font déjà assez d’effort.

    « Les dépenses de l’État ne sont plus supportables et la mise en œuvre ne peut en aucune manière être de la responsabilité financière des entreprises » estime-t-il, dénonçant le gel de l’allègement des « charges » sociales, « 11 milliards d’euros prélevés soit 550 euros par salarié ». Pas un mot sur les 112 à 166 milliards d’aides de l’État par an, tous dispositifs compris, selon les travaux d’une commission d’enquête sénatoriale, rendus publics en juillet 2025. Mais une certitude, revoir le montant du Smic à la hausse de façon anticipée, sujet qui devrait être tranché le 5 novembre, n’est pas envisageable. « Nous ne sommes pas contre l’augmentation des salaires, bien au contraire », assure le responsable du Medef Sud, qui se dit préoccupé par « la pérennité des entreprises et les équilibres économiques qui sont entamés ». Et de déplorer l’impuissance d’un pouvoir exécutif et législatif « dépassé, hors sol ». Son credo : « Notre pays doit prendre en compte que le fait économique rythme le développement social, sociétal, environnemental. L’entreprise doit être priorisée. » Raisons pour lesquelles, du RN à LFI, les représentants locaux des candidats sont invités à débattre le 19 novembre à Marseille. Ces « remontées de terrain », permettront au Medef d’affiner sa position au national.

  • [Entretien] Thibault Durand : « C’est aussi comme ça qu’on prépare une grève »

    [Entretien] Thibault Durand : « C’est aussi comme ça qu’on prépare une grève »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir fait cette rencontre ?

    Thibault Durand : On est dans une période compliquée. Même si l’initiative était prévue dès juin, on savait qu’on aurait une rentrée sociale chargée. Il y a une nécessité à regrouper les jeunes cheminots ensemble. La région est étendue, parfois il y a des jeunes qui sont seuls dans un poste d’aiguillage et qui ne sont pas au contact d’autres jeunes. Cette initiative permet donc que des jeunes de tous les coins de la région de se retrouver : ils viennent du fret de Miramas, des cheminots de Fos, de Nice et d’Avignon. Seul, on se décourage vite, mais quand on est en collectif, on est puissant. Le but est donc de se rassembler.

    La problématique de la vie chère se pose-t-elle pour les jeunes cheminots ?

    T.D. : On ne rentre pas à la SNCF pour devenir riche. Avec l’inflation, la flambée des prix de l’essence et de la nourriture, notre pouvoir d’achat diminue. Un salaire ne suffit plus. Si l’on veut des victoires, que ça soit sur les retraites ou l’augmentation du Smic, il faut faire corps ensemble et ne pas être chacun de son côté. C’est d’ailleurs par des initiatives comme celle-ci que l’on permet à des jeunes de mettre un pied dans le syndicat, puis qu’ils reviennent et participent aux mobilisations. C’est aussi comme ça qu’on prépare un mouvement de grève comme le 5.

    Cela renforce aussi la CGT ?

    T.D. : Si l’on n’a pas une CGT forte, on va perdre nos conquis sociaux petits à petits. C’est d’ailleurs notre ADN : tester unis et soudés pour conquérir des droits.

  • Sophie Binet appelle à une grève massive partout le 5 novembre

    Sophie Binet appelle à une grève massive partout le 5 novembre

    On ne peut pas être le même nombre d’infirmières que lorsqu’on avait 40 patients par jour, il y a cinq ans. Aujourd’hui, on en a 80, voire 90. Ce n’est pas possible ! », explique une infirmière du service oncologie en grève à la secrétaire générale de la CGT qui est venue apporter son soutien au mouvement, jeudi après-midi devant l’entrée de l’hôpital Sainte-Musse. Cette dernière appelle la direction de l’établissement à ouvrir immédiatement des négociations avec la CGT et à répondre aux revendications des soignantes « 100% légitimes ».

    Une situation qui illustre une crise plus profonde de l’hôpital public, rappelle Sophie Binet. « Ça tient grâce au dévouement des professionnels, mais au bout d’un moment, ça craque », prévient-elle. Et de poursuivre : « Elles ne vont pas pouvoir continuer à sauver la vie de toute la terre au détriment de leur santé à elles ».

    Et de dénoncer un système qui repose trop largement sur le sens du devoir des personnels hospitaliers avec des conditions de travail toujours plus dégradées. Mais aussi les conséquences possibles sur les patients, notamment en oncologie, où les retards de dépistage et de prise en charge peuvent peser sur les chances de guérison.

    Au-delà de l’hôpital et des services publics malmenés, c’est sur l’urgence sociale que Sophie Binet a été abondamment interrogée à l’avant-veille d’une nouvelle mobilisation contre la vie chère.

    Et à la question « Comment répond-on au brûlot social ? », la patronne de la CGT résume : « Il faut augmenter les salaires. C’est pas très compliqué ».

    L’occasion de rappeler que la CGT demande une hausse du Smic, l’indexation des salaires sur les prix et le blocage des prix des produits de première nécessité. Sophie Binet a également appelé à mieux répartir les richesses créées par le travail, fustigeant les entreprises qui privilégient les dividendes et la rémunération des actionnaires au détriment des salariés.

    Ne pas tomber dans le panneau de la provocation

    « Ce qu’on veut, c’est qu’on parle de nos vies, qu’on parle de nos conditions de travail, de nos salaires, de nos retraites, de nos services publics », a-t-elle insisté.

    La question des mobilisations immédiates s’est aussi invitée dans les échanges, alors que dans le Var la manifestation vient d’être interdite par le préfet. Une liberté fondamentale quelque peu bafouée.

    « On ne répond pas à une mobilisation sociale par de la répression », a-t-elle affirmé, en appelant les jeunes et les salariés à ne pas tomber dans le panneau de la provocation tendu par le gouvernement. La secrétaire générale condamnant sans détour les dégradations survenues lors de précédentes manifestations, mais dénonçant leur utilisation pour justifier des interdictions plus larges.

    Pour autant, la CGT du Var ne lance pas d’appel à participer à la mobilisation de samedi. Le responsable de l’Union départementale varois Richard Roméo-Giberti précisant : « Nous informons nos militants de la situation et cherchons à garantir leur sécurité ». Et de poursuivre : « Ça fait 10 ans que l’État, à travers différentes réformes, de la loi travail jusqu’aux retraites, méprise les corps intermédiaires, et là, il faudrait qu’on vienne à la rescousse… »

    Sophie Binet, elle, sera samedi à Orléans pour un meeting et une manifestation contre le danger de l’extrême droite. Elle appelle les jeunes et les travailleurs à ne pas se laisser détourner de leurs revendications par les tensions et les provocations. « Depuis une semaine, on n’entend plus que ça. Et on n’entend plus parler des revendications sur la vie chère et des revendications des jeunes », a-t-elle déploré, appelant à remettre les questions sociales au centre du débat.

    « L’objectif c’est vraiment de prendre le relais »

    Après les mobilisations de la jeunesse et les rassemblements contre la vie chère, la CGT veut faire converger les colères et installer le mouvement dans la durée avec un temps fort le 5 novembre. « L’objectif, vraiment, c’est de prendre le relais », a expliqué Sophie Binet, qui appelle à une mobilisation massive dans les entreprises comme dans les services publics.

    Ce qui nécessite de se réunir partout sur les lieux de travail en assemblées générales afin de définir les revendications et d’organiser la grève, le 5 novembre et au-delà.

    Pour la CGT, l’enjeu est de transformer la colère en rapport de force durable, plutôt que de s’en tenir à des mobilisations ponctuelles. Sophie Binet souligne d’ailleurs une hausse importante des demandes d’adhésion syndicale depuis le début du mouvement.

    La secrétaire générale a également mis en avant l’importance des élections professionnelles et du vote pour la CGT. Et de conclure : « Il faut que tous les travailleurs et les travailleuses se syndiquent. Il y en a ras le bol que les salariés et les fonctionnaires soient humiliés, piétinés, méprisés ».

    ET AUSSI

    Le PCF du Var qualifie l’interdiction de manifester de « sidérante »

    Dans un communiqué, ce jeudi, la fédération PCF du Var estime que « la décision du préfet du Var d’interdire tout rassemblement de nature revendicative est sidérante. […] Cet arrêté s’inscrit dans la logique du pouvoir de ne pas répondre aux difficultés que rencontrent nos concitoyennes et concitoyens et à leurs exigences légitimes ». Les communistes varois ajoutent : « Empêcher la contestation sociale traduit une dérive sécuritaire, celle-ci n’éteindra pas la colère, au contraire, elle ne fera qu’accroître la frustration. […] L’urgence, ce n’est pas d’étouffer la contestation, l’urgence c’est de répondre aux revendications légitimes. Le PCF soutien les mobilisations sociales et demande à ses adhérentes et adhérents d’agir pour faire grandir les mobilisations décidées par les organisations syndicales et de jeunesse […]. »

    Le PCF 13 s’associe au référé liberté des organisations syndicales

    « L’État a organisé le chaos en refusant d’assurer la sécurité des manifestant.es et entend désormais les faire taire », commente le PCF des Bouches-du-Rhône dans un communiqué. Et d’ajouter : « Nous ne pouvons-nous résoudre à cette décision autoritaire et dangereuse, c’est la raison pour laquelle nous nous associons au dépôt d’un référé liberté aux côtés d’organisations syndicales. »

    Aix-Marseille : la CCI recommande de fermer les commerces samedi

    Dans un communiqué publié jeudi soir, CCI d’Aix-Marseille Provence recommande aux commerçants « de maintenir exceptionnellement leurs commerces fermés ce samedi 24 octobre (…) afin de préserver la sécurité des commerces, de leurs salariés, de leurs clients et de faciliter l’action des forces de l’ordre mobilisées sur le terrain ».

    Plan de Campagne : rappel de la demande d’un commissariat

    Soulignant que « l’amalgame » entre les lycéens aux revendications légitimes « avec les casseurs est intolérable », la section du PCF de Septèmes/Les Pennes/Cabriès souligne dans un communiqué publié jeudi qu’« empêcher les casseurs de nuire, doit être l’objectif prioritaire des forces de l’ordre ». Face aux pillages qui se sont déroulés le week-end dernier sur divers sites dont celui de la zone de Plan de Campagne, ils pointent « l’évidence » du manque de moyens de la police et rappellent qu’ils réclament aux côtés de la population et depuis plusieurs années un Commissariat de plein exercice sur cette zone.

  • FO dans la rue pour un vrai pouvoir d’achat

    FO dans la rue pour un vrai pouvoir d’achat

    « L’inquiétude est générale, elle va au-delà des fonctionnaires. Quand le prix du carburant en fait un produit de luxe et que les services publics se dégradent, et que plus localement, on ne sait pas où on va à la Métropole, car si des économies sont faites, elles vont l’être sur le dos des fonctionnaires… ça fait beaucoup ! », lance Patrick Rué, secrétaire général des Territoriaux FO 13.

    Dans les rangs du syndicat, la colère et les difficultés à vivre s’expriment : « Avec un point d’indice bloqué depuis 10 ans dans la fonction publique, on règle juste nos factures, des agents se cotisent pour payer l’essence afin de venir travailler et on a de plus en plus de demande de mutation », explique Thierry, agent technique. Crèches, écoles, éboueurs, déchetteries : les agents des services municipaux et métropolitains, nombreux derrière leur secrétaire général, sont descendus vers la préfecture, où l’UD FO 13 s’était rassemblée. « Des soignants n’arrivent plus à se soigner », témoigne encore Nicolas, FO AP-HM. Dans la police, le manque d’attractivité amène aussi à des difficultés de recrutement : « La nuit on est 40 pour tout Marseille », déplore Arnaud Blaise, délégué du syndical Un1té. « 1 million de fonctionnaires sont sous le Smic, soit les onze échelons en dessous de la catégorie C », rappelle Franck Bergamini, secrétaire général UD FO 13, avant de rejoindre l’intersyndicale pour y être reçu.

  • À Avignon, l’intersyndicale espère une « journée noire » mardi

    À Avignon, l’intersyndicale espère une « journée noire » mardi

    Depuis plus de trois ans et les immenses manifestations contre la réforme des retraites, il est rare de retrouver un aussi large front syndical appelant à une journée d’action commune. En l’occurrence ce mardi dans la fonction publique. Dans le Vaucluse, le cortège a rendez-vous à Avignon (10h30) au départ du cours Jean-Jaurès jusqu’au Palais des papes. « On appelle à une journée noire, elle sera réussie si plusieurs services publics sont à l’arrêt, des écoles fermées », campe Laurence de Villèle, secrétaire générale de l’UD CGT 84. Un message délivré ce vendredi lors d’un point presse au sein de l’UD CFDT, en présence de FO, la FSU, Solidaires et l’Unsa.

    Les syndicats réclament une revalorisation des salaires et redoutent que les services publics soient davantage sacrifiés dans le prochain budget d’austérité. « Faire mieux avec moins, je ne sais pas comment on fait », ironise Laurence de Villèle pour qui les services publics sont une sorte de valeur refuge pour tous en ces temps de crises. « Ce n’est pas la dépense publique qu’il faut réduire, c’est l’injustice fiscale qu’il faut combattre », défend la représentante CGT, en faisant allusion aux « 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises en 2023 [selon une commission d’enquête du Sénat] ».

    Des salaires en dessous

    du Smic

    « Qui sont les vrais assistés dans ce pays ? », questionne faussement Alice Raimundo, secrétaire adjointe de la FSU. La prof des écoles dénonce « les cadeaux fiscaux aux plus riches » et plaide notamment pour la taxe Zucman « qui aurait rapporté 20 milliards d’euros et permettrait d’augmenter les salaires de 10% ». L’intersyndicale s’émeut de la paupérisation dans la fonction publique. « Il y a 56 branches qui sont en dessous du Smic avec des indemnités de compensation, rappelle Étienne Raoul, délégué FO 84. Depuis 2000, l’inflation a progressé de 58% quand le point d’indice n’a bougé que de 15,95%. » Exemple criant de cette précarité, les AESH [accompagnant d’élèves en situation de handicap], « qui ont un temps partiel imposé sur la base du Smic », rappelle Étienne Raoul. « Bien souvent ce sont des femmes qui subissent cette discrimination salariale, abonde Pascale Battaglia, trésorière de l’Unsa 84. Avant, c’était le 2e salaire du foyer, aujourd’hui beaucoup de femmes vivent seules et portent leur famille à bout de bras. »

    « L’austérité ne marche pas, si on augmente les salaires c’est, derrière, de l’argent dépensé dans l’économie à l’inverse des cadeaux fiscaux pour rentiers », peste Florent Ponzo, secrétaire CFDT santé. Des décisions qui « conduisent au délabrement du service public, cela pousse les gens hors du champ républicain qui se tournent alors vers le RN, un leurre casé avec le capitalisme », décrypte Laurent Derbès, secrétaire adjoint Solidaires des finances publiques. Une position contre l’extrême droite unanimement partagée, hors FO qui applique une stricte neutralité politique.

  • Les agents des services publics se rebiffent

    Les agents des services publics se rebiffent

    Tous unis ! Les huit organisations composant l’intersyndicale de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE/CGC et FA-FP) annoncent un mardi 29 septembre de grèves et de manifestations massives dans tout le pays, en métropole et outre-mer. À Montpellier et Nîmes, les cortèges partiront respectivement à 14h et 14h30 de la Place Albert 1er et de la Maison Carré.

    Ces agents des services publics, titulaires ou contractuels, représentent 10% de la population active et assurent les services publics du quotidien quel que soit leur métier. À titre d’exemple non exhaustif, ils et elles sont policiers ou enseignants dans la fonction publique d’État ; cantinières, éboueurs ou ingénieurs dans la fonction publique territoriale ; médecins, infirmiers, brancardiers, aides-soignants ou secrétaire dans la fonction publique hospitalière. Des métiers publics qui échappent au système marchand.

    Mercredi 23 septembre, lors d’une conférence de presse, toutes les organisations syndicales représentant les quelque six millions de travailleurs de la fonction publique ont rappelé les raisons de la colère : « La semaine dernière [le premier ministre Sébastien Lecornu] a annoncé les premiers contours de son budget. Il confirme une nouvelle fois le gel du point d’indice à la veille de la mobilisation Fonction publique du 29 septembre ce qui résonne comme une véritable provocation. Et il annonce 54 milliards de coupes budgétaires. »

    Pour les agents publics, précise l’intersyndicale « ce ne sont pas des chiffres abstraits : ce sont des rattrapages de perte de pouvoir d’achat qui n’auront pas lieu. Or les agents publics ont perdu plus de 6% de pouvoir d’achat depuis la dernière revalorisation du point d’indice en juillet 2023 et plus de 15% depuis 10 ans ! ». Alors que l’inflation galope, alimentée par le coût des produits pétroliers et de l’alimentation, les travailleurs du public vont continuer de s’appauvrir. « Combien d’agents publics de plus auront leur traitement indiciaire inférieur au Smic ? », interroge l’intersyndicale.

    « Jamais il n’y a eu autant de dividendes dans notre pays. La France est deuxième sur le podium mondial. Nous préférerions qu’elle soit championne du monde des salaires et des droits sociaux », a déclaré mercredi la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. Elle appelle à faire du 29 septembre une « grande journée de grève » avec pour « mot d’ordre, les salaires et les services publics ». 150 cortèges étaient déjà annoncés. Le secteur public est moteur de la colère sociale qui gronde.

  • L’UD CGT du Var lance sa campagne pour les élections professionnelles de la fonction publique

    L’UD CGT du Var lance sa campagne pour les élections professionnelles de la fonction publique

    « Ce n’est plus un eldorado d’être dans la fonction publique. » Le constat établi par Richard Roméo-Giberti, secrétaire générale de l’UD CGT du Var, est presque unanimement partagé au sein des différentes branches du secteur à l’aube d’élections professionnelles qui se tiendront du 3 au 10 décembre. Pour lancer sa campagne, le syndicat avait réuni les responsables syndicaux de la fonction publique du département, pour balayer un paysage dont les perspectives ne cessent de s’obscurcir. « Notre rôle est de montrer ce que devrait être la norme et à quel point on en est éloigné sur tous les points, du statut aux conditions de travail. Depuis 25 ans, on a trop pris l’habitude que les choses se dégradent », pointe Olivier Gérard, secrétaire général CGT Éduc’action du Var.

    Pour « la titularisation

    des contractuels »

    Principal écueil : celui de la précarité. « Notre secteur est celui qui recueille le plus de fonctionnaires en catégorie C », note Laurence Bazzucchi, animatrice départementale CGT de la fonction publique territoriale. « Ils entrent en dessous du Smic, avec une allocation différentielle pour l’atteindre et être dans la légalité. Ils sont rémunérés sur une partie salariale et sur une partie primes, qui dépend des collectivités. Et toutes n’en versent pas. Le point d’indice est gelé depuis 2010. Il faut 18 ans pour dépasser le Smic. »

    Le nombre de titularisations se veut, qui plus est, toujours plus faible. « On crée de nouveaux établissements, mais sans créer d’emplois, uniquement sur la base du redéploiement, en transférant du personnel. En complément, on prend des contractuels », dénonce Eric Moretti, responsable Var CGT conseiller régional. Et cela, même pour remplacer des titulaires, « ce qui est illégal, un poste de titulaire ne pouvant être remplacé par un poste de contractuel sur le long terme », rappelle Laurence Bazzuchi.

    Un procédé dont les directions des Ehpads publics, « dans lesquels nous devrions tous être fonctionnaires », soutient Eric Roque, cosecrétaire général de l’union syndicale santé action sociale du Var, abusent « avec l’accord de l’ARS. On a en moyenne 50% de contractuels. L’ARS prétend que la bientraitance est son objectif, avec du personnel dont on ne sait pas combien de temps il va rester. Ça nuit à la continuité du soin ». Dans les hôpitaux publics, le manque de personnel conduit à des situations indignes : « Les ASH font les toilettes des patients alors que c’est illégal, les aides-soignants donnent des médicaments sans être formés… Cela les met eux-mêmes en danger vis-à-vis de la loi. »

    « On est sur du nivellement par le bas. Nous revendiquons la titularisation des contractuels », clame Olivier Gérard. « Et des équipes mobiles de titulaires remplaçants pour compléter », ajoute Eric Moretti. « La CGT veut changer ça. Notre plus grande force, c’est qu’on discute entre secteurs, on fait les mêmes constats, c’est pourquoi il faut voter pour nous », conclut Richard Roméo-Giberti, qui a par ailleurs annoncé la venue de Sophie Binet dans le département les 14 et 15 octobre.

  • [Entretien] Sophie Binet : « Se mobiliser partout, se syndiquer »

    [Entretien] Sophie Binet : « Se mobiliser partout, se syndiquer »

    Stratégie industrielle, salaires, carburants, manifestation du 29 septembre… La rentrée impose de nombreux sujets.

    La Marseillaise : à Tarascon, vous êtes venue « constater » les dégâts environnementaux et sociaux et soutenir les salariés dans leur combat mais vous insistez aussi sur la « catastrophe industrielle » ?

    Sophie Binet : Cette usine produit 40% de la pâte à papier française. L’arrêter, c’est se mettre en situation de dépendance et augmenter encore nos importations. Il n’y a pas une personne qui habite dans notre pays qui n’utilise pas du papier au moins 50 fois par jour. Papier, carton, emballage, mouchoir, protection périodique, protection pour les personnes âgées, etc. On a besoin de pâte à papier en France et on sait qu’à l’avenir, on en aura besoin encore plus parce que l’objectif, c’est de mettre fin aux emballages plastiques et de les remplacer par des emballages recyclables comme le papier. C’est quand même grave qu’à chaque fois, on se retrouve avec un gouvernement et un patronat amnésiques. On ne laissera pas faire une catastrophe industrielle comme celle-là.

    Amnésiques ?

    S.B. : Le Covid, c’était il y a 5 ans. La France s’est réveillée avec la gueule de bois en se rendant compte que notre pays, ancienne grande nation industrielle, était incapable de fabriquer des masques. En fermant cette usine, est-ce qu’on veut se réveiller demain en se rendant compte que la France n’est même plus capable d’être autonome en matière de papier ? Le papier, c’est une ressource indispensable pour notre quotidien. Là, ce qu’on est en train d’organiser en France et en Europe, c’est une dépendance totale à l’Asie. Depuis 30 ans, la moitié des usines européennes de papier ont fermé. Ici, cette usine est en parfait état de marche. C’est un actif stratégique, précieux, indispensable pour notre souveraineté industrielle. Il faut agir.

    Que demandez-vous à l’état ?

    S.B. : Nous avons une demande simple à l’état et à la Région : mettre immédiatement le site sous protection. Pour permettre aux anciens salariés de stopper la pollution qui est en cours et de mettre en place toutes les procédures de sécurité pour qu’il n’y ait pas de danger environnemental et pour nous donner le temps de construire un projet industriel pour cette usine.

    Cela veut dire racheter les actifs immédiatement. ça tombe bien, ils vont être vendus par le liquidateur, un véritable charognard. Nous dénonçons depuis le début le fait que la fermeture du site coûte plus cher à l’état que s’il avait mis les moyens pour garantir la continuité du site. Pourquoi ? Parce que le liquidateur l’a déjà dit : sa stratégie est de ne rien faire pour forcer les services de l’état, l’Ademe, la Dreal, etc., à venir faire la mise en sécurité, parce qu’évidemment, ça ne va pas pouvoir rester longtemps comme ça. Le tout aux frais du contribuable.

    C’est toujours la même chose : on a des patrons rapaces qui polluent et qui partent comme ils sont venus, sans dépolluer les sites. Et derrière, c’est vous et nous, les contribuables, qui sommes appelés à la rescousse, parce que l’État n’a aucune stratégie industrielle. Ce qui était demandé par Matthieu Pigasse, pour solvabiliser le projet de reprise des deux usines de Tarascon et de Saint-Gaudens, c’était un effort de 10 à 15 millions d’euros par an. Là, avec toute la dépollution qu’il y a à faire, ce sont des centaines de millions d’euros qui sont en jeu. C’est donc un énorme gâchis d’argent public. Et je ne parle pas de l’impact social et du coût des licenciements pour l’assurance-chômage et pour la collectivité des suppressions d’emplois…

    Vous demandez aussi une réforme des tribunaux de commerce ?

    S.B. : Ce qui se passe à Tarascon démontre à quel point les tribunaux de commerce ne peuvent plus être laissés en l’état. On a affaire à un liquidateur qui se croit tout permis, qui se comporte comme un cow-boy, qui vient narguer les salariés en Porsche, à qui il explique qu’il va se permettre de ne plus leur payer leur salaire. Ce n’est plus possible de laisser les tribunaux de commerce, les liquidateurs judiciaires, faire la pluie et le beau temps et se comporter comme des vautours et des rapaces, en dépeçant notre outil industriel et en traitant les salariés de la sorte. Nous demandons une réforme des tribunaux de commerce pour que les salariés et les collectivités territoriales soient autour de la table, pour qu’on arrête d’envoyer nos usines à la casse et au ferrailleur, comme c’est le cas actuellement.

    Les prix des carburants sont au centre du mouvement des pêcheurs, mais aussi des préoccupations de nombreux salariés. Que faut-il faire ?

    S.B. : Les pêcheurs n’en peuvent plus de ces prix qui explosent et de ces salaires qui baissent. Il n’y a effectivement pas qu’eux qui ont des difficultés. C’est la rentrée du déclassement pour les travailleurs et les travailleuses, des millions de personnes pour qui la fin du mois, c’est aujourd’hui, c’est-à-dire à la mi-septembre, qui n’ont déjà plus d’argent sur leur compte en banque et qui sont obligés de choisir entre remplir leur frigo et faire leur plein.

    J’ai interpellé, mercredi, le Premier ministre en lui demandant d’organiser une table ronde immédiate. Il faut répondre à l’ensemble des travailleurs, il faut bloquer les prix des carburants immédiatement. C’est simple et ça ne coûte rien à l’État. Il faut bloquer les prix des matières premières et surtout des produits alimentaires pour que chacune et chacun puisse s’alimenter. Et, enfin, il faut augmenter les salaires en commençant par augmenter le Smic et indexer l’ensemble des salaires sur l’inflation.

    Les Gilets jaunes appellent à un rassemblement, samedi, à Marseille. Comment analysez-vous ce « retour » ?

    S.B. : Nous appelons les salariés à se mobiliser partout pour exiger des augmentations de salaire et un blocage des prix. Le 29 septembre prochain, c’est une grande journée de grève et de manifestation pour les salaires et les services publics. Nous appelons les fonctionnaires à être au rendez-vous, mais plus largement, cette question concerne l’ensemble des salariés.

    Il faut que cette journée soit la plus forte possible et tant qu’il n’y a pas de réponse à nos revendications, oui, il faut se mobiliser partout, se syndiquer, créer des syndicats dans toutes les entreprises.

  • Les hospitaliers réclament une « prime canicule »

    Les hospitaliers réclament une « prime canicule »

    En France, près de 60% des bâtiments hospitaliers sont considérés comme vétustes. Le CHU de Montpellier ne fait pas exception, avec seulement 40% de ses services équipés en climatisation. Des températures exceptionnelles y ont été relevées depuis le début des canicules estivales, notamment en pédiatrie ou à la maternité, avec des pics jusqu’à 42 degrés dans la blanchisserie de l’hôpital. « Certains agents ont fait des heures supplémentaires et d’autres sont revenus sur leurs jours de repos pour travailler dans des conditions très difficiles, raconte Pierre Renard, infirmier et délégué syndical de la CGT au CHU de Montpellier. Nous demandons donc au gouvernement une prime exceptionnelle pour récompenser leurs efforts, un peu à la manière de celle qui avait été mise en place pendant la Covid. »

    Revaloriser les salaires

    « Il faut financer au plus vite l’adaptation de nos infrastructures au réchauffement climatique. Cela fait déjà plus de dix ans qu’on alerte sur ce sujet au CHU de Montpellier », continue Pierre Renard. Selon lui, au-delà du financement des rénovations, le nerf de la guerre pour un hôpital public de qualité reste la rémunération des hospitaliers. Cette prime ne saurait donc se suffire à elle-même si elle ne s’accompagne pas de la revalorisation des salaires de tous les agents du service public, à commencer par ceux de la catégorie C, comme certains ouvriers et membres de l’administration. « Ce sont des agents essentiels au fonctionnement de nos établissements et pourtant, certains sont rémunérés moins que le SMIC. Seulement, s’il n’y a pas d’agent pour désinfecter le bloc, il ne peut y avoir d’opération derrière. Et rien ne sert de recevoir des clims si on continue de mépriser les agents qui les installent. »