Tag: CFDT

  • L’intersyndicale à nouveau unie derrière les lycéens mardi

    L’intersyndicale à nouveau unie derrière les lycéens mardi

    Une semaine après avoir défilé aux côtés des lycéens dans de nombreuses villes françaises, les syndicats remettent ça. Forts du succès de la mobilisation du 6 octobre, qui a rassemblé plus de 500 000 manifestants à travers le pays, les cortèges vont à nouveau noircir les rues, mardi. Pas par plaisir, mais par nécessité. Pour la CGT, « le “temps démocratique” que le gouvernement a prétendu ouvrir a complètement échoué : il n’a ni permis un véritable dialogue, ni débouché sur des réponses concrètes aux attentes des jeunes ». Le syndicat exige ainsi « immédiatement des réponses à la hauteur des revendications ».

    Le premier syndicat de la fonction publique a été le précurseur du soutien aux lycéens, appelant l’ensemble de la société civile à se mobiliser. Notamment dans le Var, où « il a tout de suite été évident, après l’appel du bureau national, qu’on devait s’y mettre », appuie Olivier Gérard, secrétaire CGT Éduc’action du Var. Il voit dans ce mouvement « un moment historique qui survient tous les 20 ans, après Mai 68, le projet de loi Devaquet en 1986 et le CPE en 2005 ».

    Une dynamique « avec le renfort de la majorité des syndicats de la CGT ». Car, au sein de son organisation, l’union interprofessionnelle est une évidence « depuis les législatives de 2024 et le risque de voir le RN arriver au pouvoir. Là, c’est un peu le même schéma : une prise de conscience, de la plupart des professions, du fait que le malaise de la jeunesse est celui de toute la société, c’est-à-dire le rejet de la précarité », soutient Olivier Gérard.

    « Pas de paternalisme »

    Cette jonction est aussi intersyndicale. Car, au-delà de divergences que l’enseignant au lycée Bonaparte de Toulon estime « assez ténues, être tous ensemble est une évidence ! Il y a eu une prise de conscience de l’importance de garder l’unité après l’agression de l’enseignante à Sanary. On ne peut pas jouer le jeu de la division sur des sujets comme les conditions de travail et le respect des droits ». Des combats qui ont mené, selon lui, à « des relations amicales et consensuelles inédites ».

    Cette unité se traduit aussi dans le soutien apporté aux jeunes mobilisés, parfois en manque de relais. « J’étais étudiant à l’époque du CPE et on s’organisait à l’université, se souvient Olivier Gérard. Quand on a vu ces foules de syndicats avec des drapeaux et des camions, on a réalisé la puissance du salariat organisé, ça nous a donné confiance. Il y a cette idée de montrer que la jeunesse n’est pas seule, parce que c’est le sentiment qu’ils ont souvent, à juste titre, car la société et les politiques les abandonnent. »

    Pour autant, « pas question de verser dans le paternalisme. Ils sont très organisés, pas nécessairement structurés, et ils doivent trouver la possibilité de durer. Parce que c’est le vrai enjeu quand les promesses ne sont pas tenues. Mais on respecte à 100% leur autonomie », martèle l’enseignant, qui sera présent mardi matin, devant le lycée Bonaparte à Toulon, pour soutenir le mouvement, auquel se joindront les étudiants de l’université de Toulon, qui organisent un blocus ce lundi dès 6h30.

  • « La Marseillaise » partenaire de l’anniversaire du Front populaire

    « La Marseillaise » partenaire de l’anniversaire du Front populaire

    Pour saisir toute la portée pour la classe ouvrière du Front populaire en 1936 il faut « remonter aux grands mouvements historiques et notamment à 1789 ». Jean Vanhaute place d’emblée l’événement dans le temps long. Car pour comprendre combien les conquêtes sociales de 1936 structurent encore aujourd’hui le monde du travail – les congés payés en sont l’exemple le plus parlant – le responsable de l’Institut d’Histoire Sociale CGT du Gard, image son propos par des dates clés. Son récit de « l’histoire du Front populaire » a donné le coup d’envoi, lundi 5 octobre, de la quinzaine dédiée aux 90 ans de cette grande expérience politique et sociale organisée à la Bourse du travail d’Alès jusqu’au 16 octobre. Un événement dont La Marseillaise a la fierté d’être partenaire aux côtés de la Région Occitanie, de la CGT et de la CFDT d’Alès. Cette conférence-débat, animée par Françoise Verna, rédactrice en cheffe adjointe de La Marseillaise, a démontré que sans luttes il n’y a pas de progrès social. « Les conquêtes sociales ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le résultat de mobilisations collectives. Aujourd’hui, on renvoie les citoyens à leur individualité. La leçon du Front populaire, c’est cette force du collectif », a souligné Jean-Luc Gibelin, vice-président communiste de la Région Occitanie, venu représenter la présidente de la Région, Carole Delga.

    Jean Vanhaute relate la prise de conscience des classes populaires, sans aucun droit sous l’Ancien Régime, puis actrices de l’abolition des privilèges pendant la Révolution en 1789. « Si des historiens disent que la Révolution française fut bourgeoise, petit à petit la classe ouvrière va naître et prendre conscience de sa condition. » Et de citer 1830, 1848 et, surtout, 1871 et la Commune. « Ce fut essentiel. Pendant quelques mois, les ouvriers ont vu concrètement qu’une autre société était possible », insiste Jean Vanhaute. En 1895 la naissance de la CGT est aussi une date clé pour le mouvement ouvrier.

    « 1936 est parti des usines »

    Fort de ces décennies d’histoire sociale, le sursaut face au nazisme et au fascisme, au pouvoir en Allemagne en 1933 et depuis 1920 en Italie, marque le début de la naissance du Front populaire, après le coup de force des Ligues d’extrême droite, le 6 février 1934. Face au péril, la CGT se réunifie et la SFIO, le PCF, puis les radicaux s’unissent aux législatives du printemps 1936. Surtout, dans les usines la « base » a poussé à ce sursaut et à l’unité. « Ce que les ouvrières et ouvriers vivaient, c’était des conditions de travail épouvantables, sans droits. Le Front populaire est parti des usines et pas des états-majors syndicaux et politiques », met en relief Jean Vanhaute. C’est la grande leçon de 1936.

  • À Marseille, la grande colère des travailleuses de la petite enfance

    À Marseille, la grande colère des travailleuses de la petite enfance

    Frustration et déception sont palpables sur le visage de la soixantaine de travailleuses de la petite enfance rassemblées dans les locaux de l’unité locale FO 13, à Noailles, ce jeudi. Alors qu’une manifestation intersyndicale (CGT 13, FO 13, UNSA, FNEJE, CFDT, SNPPE, SNUTER-FSE 13), à l’appel du collectif « Pas de bébés à la consigne » devait se tenir à 14h, celle-ci a été annulée par la préfecture, indiquent les organisations, pour des raisons sécuritaires liées au mouvement lycéen.

    Assise à un pupitre aux côtés de représentants syndicaux et de travailleuses, Muriel Schneider, éducatrice de jeunes enfants dans une crèche associative marseillaise, se désespère : « C’est l’avenir de nos enfants et de la nation qu’on met en péril ». Cet épisode est vécu comme un signe de mépris gouvernemental par cette membre du collectif « Pas de bébés à la consigne », qui espérait ainsi faire entendre les revendications d’un secteur des crèches confronté à une crise chronique.

    Manque de moyens et de personnels, crèches qui ferment, manque de places disponibles, pénurie de vocations, turnover important, taux d’encadrement trop élevé, burn-out en chaîne… Les dysfonctionnements listés par les professionnelles sont légion dans la filière. Leurs conséquences transparaissent sur le visage des auxiliaires puéricultrices, assistantes maternelles et éducatrices de jeunes enfants présentes dans la salle.

    « Quand on se retrouve toute seule avec huit enfants et que l’un se blesse, on ne peut même pas aller le soigner : c’est de la maltraitance indépendante de notre volonté », confie la gorge serrée Aicha Abdallah-Ould, auxiliaire de puéricultrice et déléguée syndicale FO 13.

    Les déboires

    de la privatisation

    « La recherche de profit dans la prise en charge des personnes vulnérables, ça ne fonctionne pas », assure Aurélie De Brie, éducatrice de jeunes enfants ayant pris une pause après un burn-out dans une structure privée. « On se retrouve avec huit enfants et seulement sept repas, c’est vraiment comme ce qui est raconté dans le livre », ajoute Aïcha, faisant référence au livre-enquête Les Ogres de Victor Castanet (Flammarion ; 2024), où il décrit les dérives structurelles du gestionnaire privé People & Baby.

    Pour faire évoluer la situation, les idées fusent parmi les participantes : recenser tous les dysfonctionnements et fermetures de crèche dans des cahiers de doléances, faire une manifestation nationale, communiquer sur TikTok… « On pourrait récupérer toutes les couches usagées de nos crèches et les déposer devant la préfecture », ironise Aurélie.

  • Dix jours pour célébrer les 90 ans du Front populaire à Alès

    Dix jours pour célébrer les 90 ans du Front populaire à Alès

    Après Toulouse et Montpellier, les célébrations du Front populaire font étape à Alès du 5 au 16 octobre. Les syndicats et la Région ont présenté la programmation de ces dix jours lundi 28 septembre à la Bourse du travail d’Alès. Un point presse qui fut surtout l’occasion de tisser des liens entre la situation en 1936 et celle de 2026 et de souligner l’importance de la mobilisation.

    « Il y a beaucoup de convergences entre 1936 et aujourd’hui », confirme l’élue régionale Aurélie Genolher. « C’était la crise économique marquée par beaucoup de mutations. La question du partage des richesses était récurrente. Les salariés se mobilisaient pour le temps de travail hebdomadaire quand la France sort aujourd’hui d’une bataille sur les retraites. Le fascisme qui montait. Cette célébration du Front populaire sert aussi à se rappeler que l’extrême droite, on l’a déjà essayée. »

    À ses côtés, la CGT abonde. Pour le syndicat, les conquis sociaux et la lutte contre le fascisme vont de pair. « L’important c’est de rappeler que les conquis sociaux ne sont pas des cadeaux qui sont arrivés d’un seul coup. Ce sont des combats menés quand les travailleurs étaient unis. Le but c’est aussi d’amener de l’espoir pour ne pas se laisser bercer par les idées d’extrême droite », ajoute Martine Sagit, secrétaire de l’UL CGT d’Alès. « Réduire le Front populaire à l’image des premiers départs en vacances serait oublier l’essentiel. Pour le mouvement syndical, le Front populaire constitue d’abord une formidable avancée de la démocratie sociale. Il marque l’entrée dans une époque où les salariés deviennent davantage acteurs de leur destin collectif », précise de son côté Gérard Delahaye, de la CFDT.

    Une exposition

    et deux débats

    Pour célébrer ces conquis sociaux, la Bourse du travail accueille l’exposition « L’héritage de 1936 : culture, loisirs, éducation populaire » qui met notamment en lumière la protection sociale, les droits des femmes, la représentation collective des salariés et le temps de travail. « Cette exposition permet aussi de valoriser la Bourse du travail et c’est important dans cette période où nombre de Bourses du travail sont attaquées partout en France », ajoute Martine Sagit (voir dossier p 4 à 8).

    Le vernissage de l’exposition est organisé lundi 5 octobre (19h). Il sera suivi par une conférence-débat animée par Françoise Verna, rédactrice en cheffe adjointe de La Marseillaise. Autour de la table sera notamment présent Jean Vanhaute, président de l’Institut histoire sociale CGT du Gard. « 90 ans plus tard, les défis ont changé, mais les aspirations demeurent : vivre dignement de son travail, être protégé face aux risques de la vie, être respecté dans ses droits, disposer de temps pour soi et pour les autres, progresser vers l’égalité. C’est ce message que nous avons souhaité transmettre à travers cette exposition », explique Gérard Delahaye.

    L’exposition sera aussi accessible pour les scolaires, qui repartiront avec le supplément de La Marseillaise sur le Front populaire et un livret sur les événements de 1936. Quatre classes de collège ont déjà prévu de venir la découvrir. Les élèves seront alors accompagnés par des militants de la CGT et/ou de la CFDT et pourront échanger avec eux. En parallèle de cette exposition, quatre petits documentaires sont proposés dans la salle adjacente sur le fondateur de la sécurité sociale Ambroise Croizat, le droit de vote des femmes, les origines des congés payés et le Front populaire.

    La CFDT organise ensuite un débat le vendredi 9 octobre (17h) sur « la démocratie face aux fascismes », avec Gérald Six, secrétaire général de la CFDT Occitanie et Sébastien Volpelliere, délégué syndical central. Puis un temps festif « guinguette dans l’esprit de 1936 » clôturera ces dix jours le vendredi 16 octobre (19h-21h30), avec le repas organisé par la cantine solidaire de Rochebelle. La soirée se terminera en musique avec deux concerts.

  • Les syndicats bientôt à la rue à Bagnols-sur-Cèze ?

    Les syndicats bientôt à la rue à Bagnols-sur-Cèze ?

    Pour l’heure, la CGT a décidé qu’elle ne quitterait pas ses locaux à Bagnols-sur-Cèze. Cet été, la municipalité gérée depuis mars par Pascale Bordes (RN) a en effet annoncé aux quatre organisations syndicales (CGT, FO, CFTC, CFDT) et aux six associations concernées qu’elles devaient quitter les locaux Mendès-France qu’elles occupent. Après les attaques contre la culture (plusieurs spectacles annulés), contre les associations (baisse des subventions) et les centres sociaux (190 000 euros de subventions supprimées pour Mosaïque en Cèze), la municipalité d’extrême droite s’en prend désormais aux syndicats.

    « Contrairement aux associations concernées, on n’a pas été surpris », reconnaît Pascal Le Boulch, le secrétaire de l’Union locale CGT du Gard rhodanien. « J’espère qu’il va y avoir une prise de conscience générale sur la volonté de la maire de détruire le tissu associatif, culturel et sportif actuel, pour reconstruire ensuite quelque chose à son image. »

    Face à cette situation, l’Union locale CGT a tenu une assemblée générale le 10 septembre dernier où l’ensemble des présents a refusé de quitter les locaux. « Nous avons écrit à la maire et nous attendons désormais sa réponse. Nous ne demandons pas un délai, on veut juste qu’elle nous présente un vrai projet », explique Pascal Le Boulch. Le cégétiste ne comprend en effet pas pourquoi la date du 30 novembre a été fixée par la municipalité puisque celle-ci n’a présenté aucun projet sur l’utilisation de ces locaux par la suite.

    « Aujourd’hui, c’est hors de question qu’elle nous fasse quitter les lieux parce qu’elle a une idée et que peut-être, un jour, elle va la réaliser. L’assemblée générale a été claire, on ne bouge pas. Donc on restera dans nos locaux et on va continuer la lutte », prévient Pascal Le Boulch. En attendant une réponse de la mairie, et l’envoi de nombreux documents réclamés sur le statut de mise à disposition du bâtiment, le syndicat a en effet prévu de se mobiliser et d’aller à la rencontre de la population pour l’alerter sur les décisions prises par la maire.

    « Quand on parle de cette décision qui concerne aussi les associations, les gens ne trouvent pas ça normal et certains ne s’attendaient pas à ça. Je pense que la prise de conscience va arriver petit à petit », conclut le secrétaire de l’UL CGT du Gard rhodanien.

  • À Toulon, les manifestants irrités par la hausse du budget de la Défense au détriment des services publics

    À Toulon, les manifestants irrités par la hausse du budget de la Défense au détriment des services publics

    « Ce n’est pas possible que des milliards d’euros partent dans les poches d’entreprises qui font la guerre, et non pas dans celles des agents. De l’argent, il y en a. Ça suffit de payer pour les autres. » Reçue par le préfet du Var, mardi matin, en compagnie d’une délégation intersyndicale, Francisca Martinez, secrétaire départementale de la CGT finances publiques, brandit un symbole devant le cortège de manifestants, qui a achevé son parcours devant la préfecture : celui du budget de la Défense, rehaussé de 6,7 milliards d’euros en 2026, dans le cadre de l’augmentation de la loi de programmation militaire 2024-2030 (+36 milliards d’euros, pour atteindre 76,3 milliards d’ici 2030).

    « On a d’abord besoin d’un service public de qualité »

    Car, dans le premier port militaire d’Europe, ce sujet résonne plus qu’ailleurs. « Quand on voit des crédits impôts recherche distribués à de grosses entreprises, à savoir 211 milliards d’euros sans surveillance, sans contrepartie, on sait les bidouillages qu’il peut y avoir. Surtout qu’on parle de Défense, mais on est le deuxième exportateur mondial d’armes. Ça montre qu’on ne produit pas pour nous », dénonce Colette Moulun, elle aussi membre de la CGT finances publiques, qui rappelle que la Direction générale des finances publiques a perdu un quart de ses postes (plus de 30 000) en 15 ans.

    Il en va de même dans l’éducation, qui déplore, au niveau national, 4 500 postes d’enseignants supprimés. « Nous sommes 36 élèves par classe », illustre Donia, élève en terminale au lycée Dumont-d’Urville, à Toulon, présente mardi matin, comme plusieurs dizaines de lycéens varois, parmi les 1 600 manifestants mobilisés selon la police, 7 500 selon les organisations. D’autres métiers sont concernés, comme celui de « psychologue scolaire, par exemple », pointe Cédric Turco (SNUIPP – FSU), avec, en conséquence, « de moins en moins de places dans le circuit spécialisé et des élèves qui se retrouvent dans le général sans qu’on ait les moyens de les y inclure ». Une situation dont les élèves ont eux-mêmes conscience. « Il y a un manque d’accompagnants pour les élèves en situations de handicap », constate Donia.

    La situation est comparable chez les pompiers, qui ont vu 30% des centres d’incendie nationaux fermer depuis 2000. Il n’en reste plus que 6 100, dont six sur dix fonctionnent grâce aux volontaires. Mais il y a aussi « le matériel, avec des véhicules vieillissants et régulièrement en panne », rapporte David Vaubien, adjudant-chef à La Seyne, au sortir d’un été qui a mis en lumière ces manques, à l’instar de la vétusté du bâti scolaire.

    « Nos écoles sont des passoires thermiques. On travaille dans des locaux amiantés. C’est une honte pour les salariés et pour les élèves », s’indigne Cédric Turco, élu communiste à La Seyne, qui conclut sur le non-sens de cette impétueuse militarisation : « La paix ne se gagne pas par la guerre. En France, on a d’abord besoin d’avoir des services publics de qualité. »

  • Marseille fait front pour les services publics

    Marseille fait front pour les services publics

    La rue a repris la parole pour défendre la fonction publique sur les pavés marseillais, ce mardi, à l’occasion d’une journée de grève et de manifestation intersyndicale pour le moins suivie. « Il y a une convergence des colères ! Le gel du point d’indice des fonctionnaires depuis 10 ans n’est pas acceptable et la baisse des salaires concerne tout le monde », gronde Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union Départementale CGT des Bouches-du-Rhône. Autour de lui, les manifestants s’amassent aux Réformés, en haut de la Canebière, avant de partir en direction de la Préfecture.

    Et la banderole de tête, derrière laquelle se retrouvent les représentants des trois pans de la fonction publique, agents des collectivités territoriales, des hôpitaux publics et de l’État, délivre un message clair : « Plus de services publics, plus de salaires. » Car cette mobilisation entend remettre en avant le mal-être et les besoins des centaines de milliers d’agents qui portent les différents services publics à bout de bras. « Tout augmente sauf les salaires : le gasoil, le gaz, l’électricité, l’alimentaire… Et au boulot, on nous demande toujours plus, mais on n’est pas payés plus ! », dénonce Marie, une agente territoriale de Port-Saint-Louis qui travaille au centre communal d’action sociale (CCAS) de la ville et syndiquée CGT.

    « 50% de grévistes

    chez les instituteurs »

    Christophe Martin-Chalamel, secrétaire général de la CFDT Ville de Marseille, abonde : « Le pouvoir d’achat des fonctionnaires baisse de plus en plus. Quand le Smic augmente, nous, on reste au même niveau à cause du gel du point d’indice. On demande simplement une réévaluation avec l’inflation ». Cette question du gel du point d’indice, base de calcul de la rémunération des fonctionnaires, cristallise l’attention. Mais c’est surtout le symbole d’un manque de moyens durablement imposé aux services publics. « Encore une fois, le budget prévu et les différentes mesures pour la fonction publique s’annoncent rétrogrades et austéritaires. C’est moins d’État, moins de services publics et ce sont les plus fragiles qui paient ! », développe Virginie Akliouat, secrétaire générale de la FSU 13. Syndicat qui évoque le chiffre de « 50% de grévistes chez les instituteurs dans les Bouches-du-Rhône » comme mesure de l’exaspération des fonctionnaires.

    Une chose est sûre, c’est que la colère monte crescendo. Avec 30 000 manifestants décomptés côté intersyndicale et 3 800 côté préfecture de police, on est bien au-dessus de la précédente journée de grève et de manifestation, qui s’est déroulée le 15 septembre dernier. Il était alors décompté 5 000 manifestants côté syndicats, contre 900 selon la préfecture. Il faut dire que les fonctionnaires ont reçu le soutien de nombreuses autres catégories de travailleurs, comme ceux du monde de la culture, les travailleurs de l’énergie ou encore les lycéens. La fougue de la jeunesse a d’ailleurs pris la tête du cortège. « Pour Bernard Arnault et ses collègues, il n’y a pas de crise », lance Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie Marseille, sur le fameux camion bleu de sa profession. Avant de délivrer un message de soutien à l’adresse des agents : « La fonction publique, les écoles, les pompiers, les infirmières, c’est notre patrimoine ».

  • Le 29 septembre pour faire converger toutes les colères ?

    Le 29 septembre pour faire converger toutes les colères ?

    Le 29 septembre ne sera pas seulement une bataille de fiches de paie. Dans le Gard et l’Hérault, comme partout dans l’Hexagone, les syndicats veulent faire de cette journée de grève un point de convergence des colères qui traversent les services publics et, au-delà, le monde du travail. Les huit organisations représentatives de la Fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP, auxquels s’ajoute la CFTC) appellent ensemble à se mobiliser pour une journée interprofessionnelle. Une unité rare, renforcée après l’échec du rendez-vous salarial du 8 juillet et sur fond de nouvelles économies annoncées pour 2027.

    Au cœur des revendications : la revalorisation du point d’indice, gelé à 4,92 euros depuis juillet 2023, la refonte des grilles, le retour de la GIPA [garantie individuelle du pouvoir d’achat], l’abrogation du jour de carence et davantage de moyens humains. Depuis juin, 862 000 agents doivent même percevoir une indemnité différentielle pour que leur traitement indiciaire atteigne le Smic. Ambiance faste. « Ce n’est plus une histoire de pouvoir d’achat, mais de pouvoir de vivre », tranche Pascale Thoirey, de la FSU du Gard. Elle décrit des enseignants qui décrochent, des AESH maintenues dans la précarité et « une perte de sens du métier » jusque chez des personnels autrefois « avec le service public chevillé au corps ». « L’État organise la précarité de ses personnels », tout simplement.

    Même constat côté CFDT. Sylvia da Costa, secrétaire générale de l’UD du Gard et soignante, refuse de réduire la mobilisation à une défense corporatiste : « Le service public, c’est un bien commun. Tout le monde doit pouvoir y accéder dans de bonnes conditions. » La soignante pointe les urgences du CHU de Nîmes, où plus de 150 patients attendaient récemment une prise en charge, mais aussi les écoles et collectivités confrontées aux non-remplacements. « Sans nous, le pays ne fonctionne pas. »

    Du salaire au service rendu

    Dans le Gard, FO veut justement éviter que le 29 septembre ne soit qu’une date de plus sur le calendrier syndical. Gilles Besson, secrétaire général de l’UD, préfère partir des conflits déjà ouverts : à Carrefour Supply Chain Saint-Gilles, dans l’énergie, à la Sécurité sociale ou encore chez les marins-pêcheurs. « La convergence ne se décrète pas depuis une salle de réunion », insiste-t-il. Elle doit, selon lui, se construire sur les revendications concrètes des salariés : « Une journée de grève coûte cher : pour qu’un salarié accepte de perdre une journée de salaire, il faut construire un rapport de force qui ait du sens et des perspectives. »

    Pour Mathieu Guy, qui coordonne la journée pour la CGT dans l’Hérault, « le 29 septembre n’arrive pas de nulle part ». Santé, éducation, secours, action sociale : « Les besoins explosent », tandis que les syndicats redoutent de nouvelles restrictions budgétaires. La CGT oppose notamment ces économies aux 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises recensées en 2023, tandis que 54 milliards d’euros d’efforts sont annoncés pour 2027. Le sens des priorités. Derrière les salaires se joue enfin la capacité même des services publics à remplir leurs missions. « Nous ne voulons pas choisir entre de bons services publics et des agents correctement rémunérés : nous voulons les deux, parce que l’un ne va pas sans l’autre », résume Mathieu Guy. Tous ne promettent pourtant pas déjà un mouvement reconductible. Les suites dépendront du rapport de force construit sur le terrain, dans les ateliers, les hôpitaux, les écoles et dans la rue. La colère est là : reste à voir si, le 29 septembre, elle saura se transformer en rapport de force.

    « L’État organise la précarité de ses personnels »

  • À Avignon, l’intersyndicale espère une « journée noire » mardi

    À Avignon, l’intersyndicale espère une « journée noire » mardi

    Depuis plus de trois ans et les immenses manifestations contre la réforme des retraites, il est rare de retrouver un aussi large front syndical appelant à une journée d’action commune. En l’occurrence ce mardi dans la fonction publique. Dans le Vaucluse, le cortège a rendez-vous à Avignon (10h30) au départ du cours Jean-Jaurès jusqu’au Palais des papes. « On appelle à une journée noire, elle sera réussie si plusieurs services publics sont à l’arrêt, des écoles fermées », campe Laurence de Villèle, secrétaire générale de l’UD CGT 84. Un message délivré ce vendredi lors d’un point presse au sein de l’UD CFDT, en présence de FO, la FSU, Solidaires et l’Unsa.

    Les syndicats réclament une revalorisation des salaires et redoutent que les services publics soient davantage sacrifiés dans le prochain budget d’austérité. « Faire mieux avec moins, je ne sais pas comment on fait », ironise Laurence de Villèle pour qui les services publics sont une sorte de valeur refuge pour tous en ces temps de crises. « Ce n’est pas la dépense publique qu’il faut réduire, c’est l’injustice fiscale qu’il faut combattre », défend la représentante CGT, en faisant allusion aux « 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises en 2023 [selon une commission d’enquête du Sénat] ».

    Des salaires en dessous

    du Smic

    « Qui sont les vrais assistés dans ce pays ? », questionne faussement Alice Raimundo, secrétaire adjointe de la FSU. La prof des écoles dénonce « les cadeaux fiscaux aux plus riches » et plaide notamment pour la taxe Zucman « qui aurait rapporté 20 milliards d’euros et permettrait d’augmenter les salaires de 10% ». L’intersyndicale s’émeut de la paupérisation dans la fonction publique. « Il y a 56 branches qui sont en dessous du Smic avec des indemnités de compensation, rappelle Étienne Raoul, délégué FO 84. Depuis 2000, l’inflation a progressé de 58% quand le point d’indice n’a bougé que de 15,95%. » Exemple criant de cette précarité, les AESH [accompagnant d’élèves en situation de handicap], « qui ont un temps partiel imposé sur la base du Smic », rappelle Étienne Raoul. « Bien souvent ce sont des femmes qui subissent cette discrimination salariale, abonde Pascale Battaglia, trésorière de l’Unsa 84. Avant, c’était le 2e salaire du foyer, aujourd’hui beaucoup de femmes vivent seules et portent leur famille à bout de bras. »

    « L’austérité ne marche pas, si on augmente les salaires c’est, derrière, de l’argent dépensé dans l’économie à l’inverse des cadeaux fiscaux pour rentiers », peste Florent Ponzo, secrétaire CFDT santé. Des décisions qui « conduisent au délabrement du service public, cela pousse les gens hors du champ républicain qui se tournent alors vers le RN, un leurre casé avec le capitalisme », décrypte Laurent Derbès, secrétaire adjoint Solidaires des finances publiques. Une position contre l’extrême droite unanimement partagée, hors FO qui applique une stricte neutralité politique.

  • Les agents des services publics se rebiffent

    Les agents des services publics se rebiffent

    Tous unis ! Les huit organisations composant l’intersyndicale de la fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE/CGC et FA-FP) annoncent un mardi 29 septembre de grèves et de manifestations massives dans tout le pays, en métropole et outre-mer. À Montpellier et Nîmes, les cortèges partiront respectivement à 14h et 14h30 de la Place Albert 1er et de la Maison Carré.

    Ces agents des services publics, titulaires ou contractuels, représentent 10% de la population active et assurent les services publics du quotidien quel que soit leur métier. À titre d’exemple non exhaustif, ils et elles sont policiers ou enseignants dans la fonction publique d’État ; cantinières, éboueurs ou ingénieurs dans la fonction publique territoriale ; médecins, infirmiers, brancardiers, aides-soignants ou secrétaire dans la fonction publique hospitalière. Des métiers publics qui échappent au système marchand.

    Mercredi 23 septembre, lors d’une conférence de presse, toutes les organisations syndicales représentant les quelque six millions de travailleurs de la fonction publique ont rappelé les raisons de la colère : « La semaine dernière [le premier ministre Sébastien Lecornu] a annoncé les premiers contours de son budget. Il confirme une nouvelle fois le gel du point d’indice à la veille de la mobilisation Fonction publique du 29 septembre ce qui résonne comme une véritable provocation. Et il annonce 54 milliards de coupes budgétaires. »

    Pour les agents publics, précise l’intersyndicale « ce ne sont pas des chiffres abstraits : ce sont des rattrapages de perte de pouvoir d’achat qui n’auront pas lieu. Or les agents publics ont perdu plus de 6% de pouvoir d’achat depuis la dernière revalorisation du point d’indice en juillet 2023 et plus de 15% depuis 10 ans ! ». Alors que l’inflation galope, alimentée par le coût des produits pétroliers et de l’alimentation, les travailleurs du public vont continuer de s’appauvrir. « Combien d’agents publics de plus auront leur traitement indiciaire inférieur au Smic ? », interroge l’intersyndicale.

    « Jamais il n’y a eu autant de dividendes dans notre pays. La France est deuxième sur le podium mondial. Nous préférerions qu’elle soit championne du monde des salaires et des droits sociaux », a déclaré mercredi la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet. Elle appelle à faire du 29 septembre une « grande journée de grève » avec pour « mot d’ordre, les salaires et les services publics ». 150 cortèges étaient déjà annoncés. Le secteur public est moteur de la colère sociale qui gronde.