Celle qu’on surnomme la « belle endormie » a été particulièrement animée ce samedi 24 octobre pour l’Acte II des mobilisations. À Aix-en-Provence, plusieurs centaines de manifestants se sont réunis pour faire entendre d’une voix commune leurs revendications plurielles. Malgré l’« interdiction temporaire des manifestations » imposée par le préfet du département deux jours plus tôt, les Aixois étaient nombreux dans les rues de la ville.
Pour Sabine, aixoise et membre de la CGT « c’était inconcevable de laisser la jeunesse se battre seule pour des droits qui nous concernent tous ». Accompagnée de son fils Louis, élève de Seconde, elle poursuit « le gouvernement ne nous écoute pas alors pourquoi nous devrions, nous, respecter ces interdictions […] c’est donnant-donnant ». Dans le cortège, beaucoup de jeunes sont présents, parmi lesquels Achille, étudiant en master à Sciences Po Aix. Également membre du collectif Sciences Po Aix en lutte, il se dit « en colère contre l’État et sa politique de répression ». Selon lui, cette situation témoigne d’« un durcissement des moyens démocratiques […] qui nous pousse à être dans l’illégalité avec le maintien de cette manifestation ».
En raison de son interdiction, aucun parti ou syndicat ne s’est revendiqué de l’organisation de cette journée. Comme Hakim, ils sont alors plusieurs aixois, de tout âge et tous horizons à donner de la voix pour guider, animer et sécuriser le cortège. Également présent lors de la mobilisation du 17 octobre, ce père de famille estime qu’« il en va de l’avenir de [ses] enfants ». Il dénonce « les factures qui augmentent mais un salaire qui ne bouge pas d’un centime ». Tout autour du cortège plusieurs voitures de police et de nombreuses forces de l’ordre, un dispositif qu’il juge « démesuré et honteux ». Entre deux slogans, Hakim conclut « en manifestant calmement, on va leur montrer à ces CRS qu’on peut très bien se mobiliser sans qu’ils soient obligés d’utiliser leur gaz lacrymo et leur bouclier ».
Pour sécuriser le cortège, les « brassards blancs », couleur symbolisant la paix, guident également les manifestants. Dominique et Fred, tous deux membres de La France Insoumise (LFI), en font partie. Ancienne directrice d’école, Dominique insiste sur sa présence à titre individuel et ses motivations personnelles qui justifient sa présence dans le peloton. Elle explique se mobiliser « en soutien pour toute cette jeunesse » et notamment pour sa fille, actuellement résidente à Berlin et n’ayant pu se déplacer pour participer à la marche de ce 24 octobre.
les CRS interviennent
Toujours pacifique et rythmé par la musique, le groupe de manifestants se dirige lentement vers le Jas de Bouffan. Son but : rejoindre l’autoroute. Sur son chemin pour la rejoindre, une minute de silence est organisée devant le stade Maurice-David, en hommage à l’attentat de Trappes et La Verrière, dans le département des Yvelines. L’événement survenu la veille, a fait un mort et cinq blessés. Le groupe a ensuite repris sa marche vers la route de Galice pour tenter de bloquer l’entrée de l’autoroute A51. Alors qu’un sit-in est en train de s’organiser, les manifestants sont rapidement délogés par les forces de l’ordre. Ils décident alors de contourner les dispositifs policiers en passant par le quartier de Corsy, leur permettant ainsi d’arriver au-dessus de l’autoroute. En quelques minutes les deux voies de l’A51 sont bloquées. Face à la situation, les CRS décident d’intervenir et de repousser les manifestants vers les voies d’insertion. Malgré l’élan de panique à la vue des CRS et la crainte d’un nassage, les manifestants sont finalement remontés sans égratignures vers l’entrée de l’autoroute. Le cortège prend finalement fin là où il a commencé quatre heures plus tôt, à la Rotonde. Comme pour traduire une forme de soulagement, la fontaine est investie par les manifestants qui chantent et clament à tue-tête. L’ambiance légère et festive de cette fin de mobilisation est cependant perturbée après l’arrestation d’un jeune homme par les CRS provoquant ainsi un élan de mécontentement chez les Aixois. Tandis que la mobilisation touchait à sa fin, un groupe de manifestants décide alors de rejoindre le commissariat pour demander la libération du jeune homme. Mais les choses dégénèrent lorsqu’après une sommation, un élan de foule se crée. Un homme alors âgé d’une soixantaine d’années trébuche et finit au sol, la tête ensanglantée. Une infirmière en civil s’occupe de lui en attendant l’intervention des secours quelques minutes plus tard. Cet événement sonne alors le glas pour cette mobilisation du 24 octobre dont les manifestants se félicitent toutefois du pacifisme général.

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