Tag: 24 octobre

  • Police et milice main dans la main ? Le rapport qui accable

    Police et milice main dans la main ? Le rapport qui accable

    Avec l’arrêté préfectoral d’interdiction de la manifestation du 24 octobre, on ne savait pas trop à quoi s’attendre à Montpellier pour l’acte 2 contre la vie chère.

    Ce qu’on n’aurait pas imaginé, c’est que l’ultra droite et certaines forces de l’ordre agiraient de concert dans une volonté commune de réprimer le mouvement social.

    C’est en tout cas ce que semble prouver le rapport de l’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM). Dévoilé le 28 octobre à la presse sur la base de vidéos, photos, de recherches sur les réseaux sociaux et avant tout d’un travail minutieux sur le terrain (3 équipes de 3 observateurs), le document est accablant.

    Il tend à démontrer qu’à plusieurs reprises en centre-ville, samedi 24 octobre, des groupes de jeunes proches de la mouvance ultra-droite, ont librement déambulé aux côtés de formations de CRS, provoqué et invectivé des manifestants, mais aussi participé à des interpellations et commis des violences sous les yeux de policiers, sans jamais être entravés, contrôlés, ni interpellés.

    Les jours précédents, l’influenceur d’extrême droite Ahpha_Rise avait lancé un appel sur les réseaux sociaux à former des groupes de protection soi disant pour protéger des commerces de potentielles dégradations et pillages (comme ceux survenus le 17 octobre en marge de l’acte 1). Sur les photos et vidéos compilées par l’OLM, plusieurs personnes semblent avoir répondu présentes, reconnaissables à leur foulard blanc noué autour du bras ou dépassant de la poche. Organisés en milice, ces individus ont sévi à plusieurs reprises, certains cagoulés, d’autres à visages découverts aisément identifiables.

    D’abord à 16h30 au bas de la rue de la Loge. Près d’une vingtaine de CRS à qui ils tournent le dos, une poignée de ces individus insultent et provoquent un groupe de manifestants qui leur font face côté Comédie. Pleuvent ensuite les projectiles et les coups. Aucune réaction du cordon de CRS qui observe la scène environ 20 mètres plus haut. Lorsque des manifestants se rebellent et que la milice en sous nombre paraît malmenée, les CRS se mettent à charger. On voit qu’ils évitent les membres au foulard blanc pour foncer sur les manifestants qu’ils matraquent. À aucun moment les miliciens ne sont inquiétés, ils déambulent librement au milieu des policiers. Un milicien se permet même des coups de pied à une personne à terre sans conséquence. Lors du repli des CRS, on semble distinguer le pouce levé d’un policier, probablement à l’attention d’un milicien qui se replie avec eux.

    Pour Sophie Mazas, la présidente héraultaise de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), la scène illustre un « traitement différencié » avec une « passivité » vis-à-vis des actes répréhensibles du groupe d’ultra-droite mais aussi une « proximité opérationnelle » avec les CRS.

    L’ultra droite a déjà sévi

    Second exemple une heure plus tard sur l’Esplanade. Face à l’office de tourisme, trois jeunes miliciens traînent une personne au sol, la frappent et la remettent aux CRS qui l’interpellent. Les trois jeunes sans aucun brassard de policiers repartent tranquillement. L’un se permet même de toucher la hanche d’un policier. Enfin, à 19h55 devant l’arrêt de tram Observatoire, une scène interroge. Les images montrent deux voitures de la Brigade anticriminalité s’arrêter et un groupe de jeunes s’approcher en déployant des foulards blancs. Assiste-t-on à une sorte de congratulations ? Toujours est-il qu’aucun contrôle n’est opéré.

    Pour la LDH34, ces faits s’apparentent à une « action coordonnée », un « schéma organisé et répété », pas à des « actes isolés ». Des comportements « contraires au droit constitutionnel et aux droits fondamentaux », une milice qui travaillerait au maintien de l’ordre aux côtés de CRS s’inscrivant hors du cadre légal et républicain.

    À Montpellier, ce n’est pas la première fois que l’extrême droite s’en prend violemment au mouvement social. On se souvient du commando de la fac de droit en 2018 ou des violences des Beaux-Arts de septembre 2025.

    Par le passé, la préfecture avait tendance à réduire ce genre d’événements à des rixes entre bandes rivales. Pour la LDH qui s’apprête à saisir le procureur de la République et lui transmettre ses éléments, « cette rhétorique ne tient plus ». Pour l’heure, la préfecture de l’Hérault n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, le procureur a ouvert une enquête.

  • Nouveau samedi de colère sociale en vue

    Nouveau samedi de colère sociale en vue

    Une nouvelle fois, Marseille s’annonce comme être l’épicentre de la colère sociale, dans la région, pour ce samedi et « l’acte III » du mouvement social de la jeunesse. De nombreux appels à la manifestation sont relayés sur les réseaux sociaux et font état de plusieurs rendez-vous dans la cité phocéenne, notamment à 14h aux Réformés. Le comité de lutte des étudiants d’Aix-Marseille université, tout comme l’assemblée générale des étudiants ou encore la coordination des Gilets jaunes, partagent le rendez-vous. La fédération des Bouches-du-Rhône du PCF donne rendez-vous à 14h sur les escaliers de la gare Saint-Charles et appelle « les communistes à se retrouver pour un rassemblement en point fixe, dans une zone non concernée par l’interdiction préfectorale ».

    Halloween oblige, certains mots d’ordre tournent autour des déguisements et autres appels nocturnes comme à la Plaine… De quoi faire craindre le pire du côté des forces de l’ordre (lire article ci-contre).

    À la différence du samedi précédent, cette fois, les syndicats locaux ne sont pas organisateurs de la manifestation marseillaise et n’ont pas non plus attaqué l’arrêté préfectoral devant la justice. L’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône ne communique pas sur l’événement. Mais plusieurs organisations de la CGT, comme les Unions locales Marseille Sud, de la Joliette ou encore celle du centre-ville appellent tout de même à la mobilisation. Quand la FSU 13 dénonce un « arrêté liberticide » et appelle à « poursuivre et amplifier les mobilisations », notamment en vue de la grève interprofessionnelle et intersyndicale du 5 novembre. Le syndicat Solidaires 13 adopte la même position que la semaine passée, « en grève et dans la rue », pour cette date.

    Les syndicats présents

    en Vaucluse et dans le Var

    Notons enfin qu’un autre appel à la manifestation est relayé par plusieurs organisations syndicales et progressistes, dont le PCF, pour Aix-en-Provence.

    Dans le Var comme en Vaucluse, les syndicats sont à l’initiative des mobilisations du samedi. Pour le premier département, c’est une intersyndicale CGT, FSU et Solidaires qui a déposé un parcours de manifestation, validé en préfecture et qui s’élancera depuis la Bourse du travail de Toulon (notre article du 30/10). L’intersyndicale étant soucieuse « de ne pas reproduire » la situation de la semaine précédente où la mobilisation avait été ballottée entre interdiction préfectorale et autorisation à la dernière minute après une contestation en justice. Cette fois, et malgré les arrêtés d’interdiction, les Varois pourront bien battre le pavé sereinement.

    En Vaucluse, l’Union départementale CGT, avec Solidaires et FO, appelle à la mobilisation à Avignon, notamment pour faire « face à la criminalisation du mouvement social ». Sur fond de bras de fer avec la préfecture puisque cette dernière juge « cette manifestation illégale » à la suite de la prise d’arrêtés d’interdiction. Et ce malgré la déclaration de la manifestation et des discussions qui n’ont pas pu aboutir à un compromis sur le trajet. « Aucun accord sur un parcours alternatif n’a pu être trouvé », justifie la préfecture. Pas de quoi refroidir les représentants du monde du travail, qui maintiennent bien l’appel à la mobilisation devant la préfecture à 10h et déposent un recours contre ledit arrêté. Plus que ça : une large intersyndicale, avec l’Unsa, la CFDT, la FSU et la LDH dénonce la situation dans un communiqué commun, ce vendredi. Rappelons que la manifestation du 24 octobre s’était globalement déroulée dans le calme pour la Cité des Papes.

    Multiples rassemblements dans les Alpes du Sud

    Du côté des départements des Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes, pas de gros point de rendez-vous, mais une multiplication de mobilisations et pas d’interdiction de manifester. On recense au moins quatre appels aux rassemblements pour le premier département, mais une seule manifestation est déclarée : à Barcelonnette par la CGT, FSU et Solidaires. Plusieurs ronds-points sont ciblés comme à Digne-les-Bains et Forcalquier ou la place de la République de Sisteron, dès le matin. Principe similaire pour les Hautes-Alpes avec deux appels à la mobilisation, à Gap et Briançon, à 14h.

  • [Justice] « Je vais devenir un nouveau Kevin T. »

    [Justice] « Je vais devenir un nouveau Kevin T. »

    Attention jeudi ce qui va se passer, on se prépare. Je suis RN, j’ai la haine, je vais devenir un nouveau Kevin T. » Repéré et signalé lundi par la plateforme Pharos au parquet de Marseille pour un live alarmant sur TikTok, Fabrice B., un Marseillais de 46 ans, sans casier, sous suivi psychiatrique, a été condamné mercredi en comparution immédiate pour apologie du terrorisme et menaces de mort à raison de la race, de la religion.

    Le tribunal lui a infligé 16 mois de prison, moitié avec sursis et moitié ferme aménagée sous bracelet électronique. Un suivi sociojudiciaire pendant 3 ans est prononcé avec interdiction de port d’arme pendant 5 ans, d’inéligibilité pendant 2 ans et de réseaux sociaux pendant 6 mois.

    La suite de la capture vidéo du direct est glaçante. « Ils veulent la guerre, on va la faire, t’inquiète, moi je suis prêt à massacrer les musulmans, ils sont en train de bouffer notre pays, vous allez voir jeudi personne ne sera arrêté, l’actualité va exploser jeudi, notez bien jeudi. Faut plus que les blancs on se laisse faire. Ils veulent la guerre, on va la faire. »

    « Vous encourez 7 ans d’emprisonnement aujourd’hui. Qu’auriez-vous fait jeudi ? » lance le président Thierry Bonnifay au prévenu squelettique, pâle et émacié qui tremble dans le box. « Je me suis embrouillé avec des gens qui parlaient de Trappes, ça partait dans tous les sens et j’ai été emporté, j’ai dit des paroles très très dures et ça, je m’en rends compte », pleure le prévenu. L’enquête décrit un homme isolé socialement, victime de maltraitance du père dans sa jeunesse, mis à la porte à l’âge de 17 ans par sa famille en raison de son orientation sexuelle, recueilli par sa grand-mère morte depuis. Il a un temps été agent de sécurité au port autonome, avant de sombrer dans la dépression à la mort de son compagnon. Bénéficiaire de l’allocation adulte handicapé, il est sous suivi psychiatrique à Edouard-Toulouse depuis 2020 et a arrêté son traitement il y a deux mois.

    « Glorification de l’auteur d’un acte terroriste »

    Sommé par la procureure Mathilde Fontaine de dire ce qu’il sait de l’attentat raciste qui a tué Pengo Bossio Wangi et blessé sept autres personnes à Trappes, il patauge. « J’ai pas trop suivi ce qui s’est passé à Trappes. Kevin, c’est l’autre très méchant qui a fait du mal en tuant un être humain. Je ne suis pas du tout comme ça, j’aime tout le monde. J’espère que personne ne m’a entendu et ne va faire de bêtises, je m’en voudrais toute ma vie. Je regrette énormément ce que j’ai dit. Mon cerveau, il a bloqué. C’est parce qu’il y a eu tellement de haine dans la semaine avec l’actualité. Je me suis énervé de voir mon pays comme ça avec tant de haine, les manifestations et l’attentat et tout et moi j’ai rajouté une couche et je m’en veux. Je veux avoir une sanction mais pas aller en prison ça va m’abîmer. »

    Ayant clamé sur Tiktok qu’il était du RN, la procureure lui demande. « Vous appartenez à un groupuscule ? Vous vous revendiquez d’extrême droite ? » Sa réponse fuse : « Mais non, je vote même pas ! »

    Pour la représentante du ministère public, on est dans « la banalisation d’un discours qui arrive tôt ou tard à un passage à l’acte. On ne peut pas se retrancher derrière un ordinateur et les réseaux sociaux. Il n’est pas le seul depuis cette attaque, avec toujours ces mêmes discours “je ne l’aurais pas fait”. Le 24 octobre, le tireur a choisi ses victimes à raison de la couleur de peau et lui, au profil inconnu des renseignements et de la police, dit qu’il veut devenir le nouveau Kevin ». Pour cette « glorification de l’auteur d’un acte terroriste » doublé de menaces de morts racistes, elle requérait 10 mois ferme sous bracelet électronique.

    « Je ne veux pas qu’on en fasse un dossier politique. Ses fragilités visibles n’excusent pas tout, mais regardez-le, est-ce que vous pensez sérieusement qu’il peut passer à l’acte ? » a plaidé Me Allison Mallia. « Je veux payer et je veux m’excuser, mes propos ont dépassé une certaine limite qui est inqualifiable. »

  • Marseille : des milliers pour défendre les libertés

    Marseille : des milliers pour défendre les libertés

    Venant de toutes artères de Marseille mais aussi des communes voisines où les regroupements étaient interdits, des dizaines de milliers d’étudiants, de militants, de retraités, de chômeurs, ont convergé samedi à Marseille dans une ambiance enjouée et déterminée pour la seule manifestation autorisée par la Préfecture, un acte II d’une grande puissance protestataire.

    « C’est une grande satisfaction, un ouf de soulagement pour nous la CGT et les autres syndicats d’avoir emmené cette manifestation pour la liberté d’expression de nos revendications » s’est félicité en fin de parcours Marc Pietrosino, secrétaire général de l’UD CGT 13. Il revendiquait 100 000 manifestants contre 17 000 selon la Préfecture dans ce cortège intersyndical CGT, FSU et Solidaires colossal.

    Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG) a salué le « calme » de la manifestation et un dispositif policier qu’il a estimé cette fois « à la hauteur de l’enjeu » après les folles exactions du 17 octobre. Plus tard, il rejoignait le poste de supervision urbain, des débordements sporadiques ayant lieu avec des dégradations et des pillages dans une ambiance de lacrymogènes et de feux de poubelles. Dimanche matin, la Préfecture comptait pour tout le département 7 commerces pillés ou dégradés, 71 interpellations dont 40 majeurs et 61 gardes à vue.

    Pour le préfet, cette manifestation dérogatoire s’est déroulée « dans de bonnes conditions ». Lancé à 14h15, après une minute de silence aux Réformés en hommage aux victimes de l’attentat criminel raciste de Trappes, l’immense cortège emmené par la CGT et de nombreux militants et élus communistes prenait la direction de la gare Saint-Charles, sécurisé par les dockers CGT. Postés sur la Canebière près d’un canon à eau, des CRS continuaient de barrer l’accès de l’hypercentre à de potentiels fauteurs de trouble pour ne pas répéter le sac du 17 octobre.

    « On vient de Carpentras, on tenait à manifester dans une ville où ça a de l’ampleur » expliquent Alia et Ludivine, motivées comme jamais. « Nous sommes en guerre contre ce gouvernement corrompu » proclame la pancarte de la mère. « Tout ce que j’ai retenu de la Marseillaise, c’est aux armes citoyens ! » dit celle de sa fille. Les pancartes en disent long et gros sur la colère sociale concentrée sur Emmanuel Macron, figure d’un pouvoir honni. « La voilà ta République en marche, connard ! » conspue celle d’Émilie venue avec Pierre son papa. « La répression policière fait peur, mais ça fait longtemps qu’on n’a pas ressenti des émotions aussi fortes en manif. Ça redonne de l’espoir d’être tous ensemble » assure ce dernier.

    « Ils fabriquent la misère puis nous facturent la survie » a écrit Céline, éducatrice spécialisée qui n’a pas eu peur de venir « pour défendre les lycéens et les travailleurs sociaux » et qui est comblée de voir « tout ce monde de tous âges ». « M-A-C-R-O-N, Menteur, Arrogant, Corrompu, Répressif, Odieux, Narcissique » a écrit en grosses lettres Oscar, jeune chômeur pour qui « c’est un ras le bol accumulé de ces dix dernières années, le gouvernement Macron, la gestion de la crise Covid et des gilets jaunes, l’ignorance des cahiers de doléances, même l’affaire Epstein, tout !!! » Des Scop-Ti (ex-Fralib) sont là. Des parents d’élèves aussi. « On est un collectif de 360 parents « vaillants et révolutionnaires » des lycées de Marseille.

    Eva et son ami sont descendus d’Aix pour dénoncer les conditions d’enseignement à la faculté de droit Robert Schumann, mais pas que : « On n’arrive pas à joindre les deux bouts, on a peur de l’avenir. » Eugène, 19 ans, en BTS de cybersécurité, s’est déguisé en banane et en tutu rose pour demander lui aussi de « meilleures conditions matérielles d’études. »

    « Manu, Manu, jusqu’à la victoire ! » « Tout le monde emmerde le Rassemblement national ! » « Siamo tutti antifascisti ! » claquent dans les mains la foule hétérogène de ce très long cortège sécurisé par les dockers de la CGT qui a emprunté les allées Léon Gambetta, le boulevard d’Athènes, la gare Saint-Charles, la Place Marceau pour ensuite se disperser à la Porte d’Aix où des CRS finissent par gazer des manifestants boulevard des Dames. « La liberté est un droit fondamental. Sans elle, il n’y pas de véritable justice, pas d’égalité et pas d’avenir ! » venait de conclure au mégaphone une militante CGT. « Nous voulons la paix, la liberté pour construire un monde plus juste. Ne restons pas silencieux, continuons à défendre nos droits. La liberté a besoin d’hommes et de femmes prêts à la défendre ! Ensemble faisons vivre la liberté et rendez vous au 5 novembre ! » « Je suis là en solidarité avec la jeunesse quand je vois tous les coups qu’ils se sont pris pour exprimer leurs revendications » dit Jessie, mère de quatre enfants venue de Vitrolles pour affirmer son « droit à manifester ».

  • 1200 personnes ont manifesté à Toulon samedi en dépit de l’autorisation tardive d’un tracé

    1200 personnes ont manifesté à Toulon samedi en dépit de l’autorisation tardive d’un tracé

    Samedi matin, s’il demeurait certain qu’en dépit des nombreux arrêtés émis par le préfet du Var, de nombreux Toulonnais bâteraient une nouvelle fois le pavé dans l’après-midi, les modalités, elles, l’étaient beaucoup moins. Et elles sont restées floues jusqu’à 13h45, soit un petit quart d’heure avant l’heure de rendez-vous donnée pour le départ de la manifestation. En cause : l’attente de la décision du tribunal administratif concernant le référé liberté déposé vendredi par l’Union syndicale Solidaires du Var et l’association Résistance Handi Droits, au sujet de l’interdiction de manifester. Si celle-ci a été maintenue dans le périmètre du centre-ville, en vertu des arrêtés préfectoraux, un tracé alternatif a été autorisé, sur une distance d’à peine 1,5 km, dans le quartier du Pont-du-Las, avec un aller-retour de la place Martin Bidoure au rond-point de Bon Rencontre.

    Un parcours pourtant refusé la veille par l’Union syndicale Solidaires du Var, qui avait déposé une demande de manifestation en préfecture, au cours des négociations avec cette dernière. Mais qu’elle s’est résolue, faute de mieux, à accepter. « Ce n’est pas une vraie victoire car on voulait manifester en centre-ville », avouait Olivier Rosay, secrétaire Solidaires du Var, le verre à moitié vide avant le départ du cortège : « Il y a du monde, mais le déferlement médiatique a été dissuasif. Le gouvernement a réussi son coup en montrant en boucle des images de violence ».

    Mais c’est aussi cette organisation incertaine jusqu’à la dernière minute – bien indépendante de la volonté des organisateurs, qui avaient proposé de se retrouver à la Bourse du travail avant le départ, sans que cela ne parvienne aux oreilles de tout le monde –, et des informations contradictoires sur le lieu de rendez-vous (la gare était annoncée depuis le début de semaine), qui n’ont pas facilité l’acheminement des manifestants vers un lieu qui plus est peu identifiable. « Ça a été super compliqué de trouver le rassemblement », affirme Camille, qui s’est d’abord rendue porte d’Italie, à la gare, et place d’Armes, et avoue qu’elle et ses amies sont « tombées sur les manifestants par hasard ».

    20 gardes à vue, la police réprime des soignants

    Le cortège a donc grossi à vue d’œil au cours du kilomètre qui sépare la Bourse du travail de la place Martin Bidoure, où des manifestants sont ensuite arrivés par petits groupes, tandis que d’autres se sont joints à la foule une fois celle-ci engagée dans les rues du Pont du Las. 1 200 personnes ont alors défilé dans le calme, mais non sans revendications. Guélaud et Isabelle, qui n’avaient « même pas entendu parler des arrêtés », comptaient « être là quoi qu’il en soit ». Sur leur pancarte, on lit « Si nous ne sommes rien pour eux, soyons tout face à eux ». Une manière de dire que « nous sommes 80 millions. Qu’est-ce que vous allez faire si on se révolte vraiment ? », demandent-ils. Pour ces Varois, il est d’autant plus « important de manifester dans une région très à droite. La ville n’est pas dotée d’une grande force en termes de population comme de conviction, mais il est important que des voix s’élèvent partout, pas qu’à Paris ».

    « On continue notre mobilisation, et on appellera à l’amplifier car il y a une profonde colère sociale dans le pays », promet Olivier Rosay, qui donne déjà rendez-vous « pour la grève du 5 novembre, car ce sont les travailleurs qui font tourner l’économie. Les salariés, les couches populaires, n’arrivent pas à joindre les deux bouts ».

    Mais une fois le cortège revenu à son point de départ, l’après-midi a pris une autre tournure. Un groupe d’environ 150 personnes, pour la plupart d’un âge peu avancé, a pris la direction du centre-ville. Il a été stoppé à hauteur du lycée Bonaparte, sur le boulevard de Strasbourg, par des tirs de grenades lacrymogènes des forces de l’ordre. La tension est montée et a définitivement franchi un cap après des lancés de feux d’artifice de manifestants dans leur direction. Sous les coups des charges policières couplées à l’usage des grenades lacrymogènes et de quelques tirs de flash-ball répondant aux jets de pierre, le groupe de manifestants restant, qui s’est étiolé au fur et à mesure, au contraire du dispositif policier, a reculé jusqu’au Pont du Las, dans un tango où chaque pas en avant en précédait deux en arrière. Encerclé sur l’avenue du XVe Corps, jonchée de feux de poubelle, il a fini par se disperser aux alentours de 19h.

    Aucune casse majeure n’est à déplorer. 64 personnes ont été interpellées, dont 20 placées en garde à vue. La préfecture dénombre deux blessés parmi les manifestants, autant chez les policiers. Un bilan heureusement modéré, ces derniers ayant « enlevé le matériel médical de certains collègues », relate Jody, une soignante bénévole. Cela, avant le début de la manifestation, au prétendu motif qu’elle n’était alors pas encore autorisée. Pas de quoi freiner la motivation de la jeune aide-soignante et militante, qui s’est mobilisée, comme d’autres, après avoir vu « les images des blessés et de soignants ciblés la semaine dernière ». Mais il faut croire que les pansements et le désinfectant peuvent troubler l’ordre public.

  • La paix au cœur de la mobilisation aixoise

    La paix au cœur de la mobilisation aixoise

    Celle qu’on surnomme la « belle endormie » a été particulièrement animée ce samedi 24 octobre pour l’Acte II des mobilisations. À Aix-en-Provence, plusieurs centaines de manifestants se sont réunis pour faire entendre d’une voix commune leurs revendications plurielles. Malgré l’« interdiction temporaire des manifestations » imposée par le préfet du département deux jours plus tôt, les Aixois étaient nombreux dans les rues de la ville.

    Pour Sabine, aixoise et membre de la CGT « c’était inconcevable de laisser la jeunesse se battre seule pour des droits qui nous concernent tous ». Accompagnée de son fils Louis, élève de Seconde, elle poursuit « le gouvernement ne nous écoute pas alors pourquoi nous devrions, nous, respecter ces interdictions […] c’est donnant-donnant ». Dans le cortège, beaucoup de jeunes sont présents, parmi lesquels Achille, étudiant en master à Sciences Po Aix. Également membre du collectif Sciences Po Aix en lutte, il se dit « en colère contre l’État et sa politique de répression ». Selon lui, cette situation témoigne d’« un durcissement des moyens démocratiques […] qui nous pousse à être dans l’illégalité avec le maintien de cette manifestation ».

    En raison de son interdiction, aucun parti ou syndicat ne s’est revendiqué de l’organisation de cette journée. Comme Hakim, ils sont alors plusieurs aixois, de tout âge et tous horizons à donner de la voix pour guider, animer et sécuriser le cortège. Également présent lors de la mobilisation du 17 octobre, ce père de famille estime qu’« il en va de l’avenir de [ses] enfants ». Il dénonce « les factures qui augmentent mais un salaire qui ne bouge pas d’un centime ». Tout autour du cortège plusieurs voitures de police et de nombreuses forces de l’ordre, un dispositif qu’il juge « démesuré et honteux ». Entre deux slogans, Hakim conclut « en manifestant calmement, on va leur montrer à ces CRS qu’on peut très bien se mobiliser sans qu’ils soient obligés d’utiliser leur gaz lacrymo et leur bouclier ».

    Pour sécuriser le cortège, les « brassards blancs », couleur symbolisant la paix, guident également les manifestants. Dominique et Fred, tous deux membres de La France Insoumise (LFI), en font partie. Ancienne directrice d’école, Dominique insiste sur sa présence à titre individuel et ses motivations personnelles qui justifient sa présence dans le peloton. Elle explique se mobiliser « en soutien pour toute cette jeunesse » et notamment pour sa fille, actuellement résidente à Berlin et n’ayant pu se déplacer pour participer à la marche de ce 24 octobre.

    A51 bloquée,

    les CRS interviennent

    Toujours pacifique et rythmé par la musique, le groupe de manifestants se dirige lentement vers le Jas de Bouffan. Son but : rejoindre l’autoroute. Sur son chemin pour la rejoindre, une minute de silence est organisée devant le stade Maurice-David, en hommage à l’attentat de Trappes et La Verrière, dans le département des Yvelines. L’événement survenu la veille, a fait un mort et cinq blessés. Le groupe a ensuite repris sa marche vers la route de Galice pour tenter de bloquer l’entrée de l’autoroute A51. Alors qu’un sit-in est en train de s’organiser, les manifestants sont rapidement délogés par les forces de l’ordre. Ils décident alors de contourner les dispositifs policiers en passant par le quartier de Corsy, leur permettant ainsi d’arriver au-dessus de l’autoroute. En quelques minutes les deux voies de l’A51 sont bloquées. Face à la situation, les CRS décident d’intervenir et de repousser les manifestants vers les voies d’insertion. Malgré l’élan de panique à la vue des CRS et la crainte d’un nassage, les manifestants sont finalement remontés sans égratignures vers l’entrée de l’autoroute. Le cortège prend finalement fin là où il a commencé quatre heures plus tôt, à la Rotonde. Comme pour traduire une forme de soulagement, la fontaine est investie par les manifestants qui chantent et clament à tue-tête. L’ambiance légère et festive de cette fin de mobilisation est cependant perturbée après l’arrestation d’un jeune homme par les CRS provoquant ainsi un élan de mécontentement chez les Aixois. Tandis que la mobilisation touchait à sa fin, un groupe de manifestants décide alors de rejoindre le commissariat pour demander la libération du jeune homme. Mais les choses dégénèrent lorsqu’après une sommation, un élan de foule se crée. Un homme alors âgé d’une soixantaine d’années trébuche et finit au sol, la tête ensanglantée. Une infirmière en civil s’occupe de lui en attendant l’intervention des secours quelques minutes plus tard. Cet événement sonne alors le glas pour cette mobilisation du 24 octobre dont les manifestants se félicitent toutefois du pacifisme général.

  • Dans la rue pour la liberté de manifester

    Dans la rue pour la liberté de manifester

    Les syndicats des Bouches-du-Rhône sont bien déterminés à défendre la liberté de manifester, ce samedi 24 octobre. Et à ne pas laisser le gouvernement dérouler son arsenal judiciairo-policier pour tenter d’éteindre la colère sociale.

    Après les scènes de chaos du samedi 17 octobre, la préfecture des Bouches-du-Rhône avait prévu de mettre Marseille sous cloche, ce samedi, avec une interdiction de toutes les manifestations, un couvre-feu élargi aux majeurs et l’arrêt des transports en commun. Comme une traduction des annonces d’Emmanuel Macron qui entend interdire, ce week-end, les manifestations organisées par « des gens qui n’ont aucune légitimité pour cela ».

    Finalement, les Marseillais pourront bien battre le pavé dans le cortège intersyndical qui va s’élancer des Réformés, en haut de la Canebière, à 14 heures, comme annoncé en exclusivité par La Marseillaise dès ce vendredi matin. La CGT étant montée au créneau auprès de la préfecture. « L’interdiction de manifester est une attaque claire contre les libertés. En tant qu’organisation syndicale, nous ne pouvions pas laisser faire, surtout vu le contexte social actuel. On ne pouvait pas les laisser mettre Marseille sous cloche », explique Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône.

    Si son organisation n’appelait pas, à l’origine, à descendre dans la rue ce samedi, ni le précédent, il assure que la CGT 13 a « pris ses responsabilités » face à cette « restriction des libertés ». « On a indiqué très fermement au préfet que, quoi qu’il arrive, on manifesterait pour permettre l’expression des revendications légitimes », relate le syndicaliste. Avant de développer : « Il y a une paupérisation de la population, il y a une colère sociale. Il faut qu’elle puisse s’exprimer de manière pacifique. Ce samedi va être une manière de canaliser les colères en vue de les faire converger pour le 5 novembre ». Et concernant de potentiels débordements similaires à ceux de la semaine dernière, l’UD CGT 13 est tout aussi ferme : « Nous encadrerons le cortège syndical. Et nous serons avec nos partenaires habituels : la FSU et Solidaires. » Dans le détail, le parcours est le suivant : Des Réformés à Gambetta, puis boulevard d’Athènes jusqu’à Saint-Charles, avant de prendre le boulevard Leclerc, d’arriver à la place Marceau puis d’emprunter l’avenue Camille-Pelletan et de finir Porte d’Aix.

    L’intersyndicale veut « amplifier la mobilisation »

    Il sera également possible de se rendre à la manifestation en transports en commun, le préfet ayant lui aussi fait volte-face sur ce sujet pour la cité phocéenne. « La FSU appelle à manifester demain et sera présente à Marseille », confirme Virginie Akliouat, secrétaire générale de la FSU 13. Organisation qui est partie prenante d’une procédure judiciaire, un référé-liberté (lire article ci-contre) lancé pour contester l’arrêté interdisant les manifestations sur le département. Procédure qui réunit plusieurs autres organisations progressistes : Ligue des droits de l’homme, Syndicat des avocats de France, Syndicat de la magistrature, CGT et Parti communiste français.

    Le PCF, justement, appelle également à faire grossir les rangs des manifestants ce samedi, à Marseille. « Ces limitations de droits individuels et collectifs renvoient aux heures les plus sombres de notre histoire. On ne peut pas accepter d’interdire à des centaines de milliers de personnes dans le pays de revendiquer dans le calme », explique Jérémy Bacchi, secrétaire fédéral du PCF 13 et sénateur des Bouches-du-Rhône. Il enjoint les militants communistes à « réaffirmer l’attachement à la liberté de revendiquer », avant de dénoncer « un gouvernement qui navigue à vue ». « La vraie solution est de répondre à l’inquiétude et la colère sociale », martèle-t-il. Dans cette lignée, LFI, par la voix du député de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, Manuel Bompard, relaie également le rendez-vous marseillais. Quand le NPA juge que « la CGT a su prendre ses responsabilités en annonçant en son nom le maintien de la manifestation ».

    Notons que même « l’Union locale des syndicats CGT du Pays d’Aix appelle à la manifestation à Marseille ». Plus globalement, presque l’ensemble des syndicats des Bouches-du-Rhône (CGT, FSU, FO, CFDT, Unsa et Solidaires) appellent, dans un communiqué commun diffusé ce vendredi, à « amplifier la mobilisation », notamment « en s’engageant massivement dans la grève interprofessionnelle et les manifestations le jeudi 5 novembre  ».

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    La manifestation finalement autorisée à Toulon samedi

    Il sera finalement possible de manifester légalement ce samedi à Toulon. Alors qu’il a interdit toute manifestation dans le centre-ville de Toulon, le préfet du Var a finalement autorisé un rassemblement ce samedi, à 14h, devant la gare de Toulon. Si le parcours reste encore à confirmer, celui-ci ne devrait pas prendre la direction du centre-ville, suite à un premier refus du préfet concernant le parcours initial déposé par l’Union syndicale Solidaires du Var et le Collectif « Résistance Handi Droits ». Un trajet alternatif, évitant le centre-ville, a depuis été négocié. Il devrait passer, entre autres, devant le Palais de Justice, l’ancienne corderie et par l’avenue de la République.

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    [Exclusif] L’intersyndicale des Bouches-du-Rhône appelle à « amplifier la mobilisation »

    L’intersyndicale des Bouches-du-Rhône monte au créneau après l’interdiction de manifester prise par la Préfecture pour ce samedi 24 octobre. «Alors que le préfet des Bouches-du-Rhône annonçait jeudi une restriction sans précédent des libertés individuelles, l’intersyndicale des Bouches-du-Rhône s’est immédiatement mobilisée pour faire annuler l’arrêté prévu », expliquent la CGT, FO, FSU, CFDT, Unsa et Solidaires dans une déclaration adressée à La Marseillaise ce vendredi. Un communiqué commun loin d’être anodin dans la période puisqu’il réunit presque l’ensemble des organisations syndicales représentatives du département. Elles se félicitent surtout « toutes celles et ceux qui le souhaitent pourront se retrouver dès samedi et dans les prochaines semaines pour user de ce droit ».

    Et de tonner : « Nous ne pouvons accepter que le pouvoir décide qui peut manifester et à quelles conditions. Le droit de manifester appartient à toutes et tous, il ne saurait être une faveur accordée aux organisations syndicales ».

    D’où un appel à « amplifier la mobilisation » notamment « en s’engageant massivement dans la grève interprofessionnelle et les manifestations le jeudi 5 novembre ».